Mon grand père était enfant sous l'occupation, à Lille. Il y voyait donc souvent des Allemands.
Un jour, il se promène dans la rue avec sa mère, quand ils croisent un soldat entre deux âges. Celui ci parlait un peu français et dit à sa mère, avec un gros accent : "Vous un très beau petit garçon."
Or, chez mon grand père, on était non seulement anti allemand mais résistants. Et comme les enfants ont peu de jugeotte, il crut bon de lui répondre : "Sale boche !"
Il n'arriva rien à mon grand père. Par contre, le regard du "sale boche" le hante encore, et il n'en a plus jamais insulté aucun. Peut être a-t-il compris, à ce moment là, que le soldat avait sans doute un enfant de cet âge à la maison et qu'il n'avait voulu qu'être gentil.
Dans un registre un peu moins triste, il était habituel, dans son école primaire, de marcher au pas au son des "Gauche ! Gauche !", ou en chantant la chanson bien connue : "Dans la troupe, y'a pas d'jambe de bois..." et qui comprends aussi son passage de "Gauche ! Gauche !"
Or, les enfants prirent l'habitude, à partir d'un moment, à changer les paroles pour dire "Boche ! Boche !" à la place. Tous les enfants ne le faisaient pas ce qui tendait à faire un mélange de "gauche" et de "boche" qui, couplé à l'accent du nord, empêchait les Allemands ne comprendre clairement ce que disaient les enfants. Il n'empêche que leur instituteur s'en rendit vite compte et leur interdit formellement de recommencer !
Une autre anecdote liée aux enfants et à l'école, issue d'un livre : La Résistance dans l'Aude
Dans ce livre, une institutrice raconte qu'en 1943, elle avait de très petits enfants de la maternelle. L'école avait reçu des affiches, en couleur, avec les paroles de Maréchal nous voilà !. On avait ordre de les mettre dans toutes les classes. Cette institutrice, résistante à ses heures, avait évidemment tout sauf envie de le faire. Elle opposa même de vrais arguments à la directrice : les enfants ne savaient pas lire, ils ne la verraient pas bien si on la mettait trop haute... la directrice imposa donc qu'on la mette au niveau du sol, ce qui évidemment était une grave erreur.
Lorsqu'elle revint une semaine plus tard vérifier que l'affiche était bien en place. Oui, elle l'était : il en restait quatre punaises entourées d'un peu de papier. L'institutrice n'y était pour rien. Les enfants, attirés par les couleurs, avaient un peu trop tripoté le papier. Pétain était en miette, et pour une fois, l'acte de vandalisme était tout à fait innocent...