La Seconde Guerre Mondiale
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Mes souvenirs de la guerre

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Gardavous
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Ven 1 Fév - 15:17

tayptayp a écrit:
Quels membres de ta famille se sont battu en 40??



Nous étions tranquillement en vacances en famille à St-Gervais, fin août 1939 lorsque mon père, lieutenant de réserve, a été rappelé à Paris par un télégramme. En raison de son âge, il a été affecté dans des bureaux à Woippy. Chose curieuse, l'armée lui a proposé, au mois d'octobre, la démobilisation; il a trouvé plus avantageux de rester. Il est revenu à la maison en février 40.
Après une longue convalescence, mon lieutenant de frère (dont j'ai déjà parlé) a repris du service. Début 42, il a trouvé moyen de se faire affecter en Algérie. Je ne comprends pas que les allemands l'aient laissé partir...Il est revenu en août 44 avec l'armée de Lattre, est remonté jusque dans le Jura. Là, il s'est pris une balle qui a traversé son casque de part en part, lui éraflant sérieusement le cuir chevelu. A quelques milimètres près...
L'un de mes oncles a pris sa retraite de colonel en juillet 40 après avoir été décoré pour avoir fait retraiter son régiment en bon ordre...
Un autre a été fait prisonnier. Il s'est évadé, je ne sais dans quelles circonstances. Nous l'avons entendu rentrer à la maison un soir. Il est allé dormir dans le poulailler, de crainte d'être retrouvé par les allemands. Puis il est allé se cacher dans la Nièvre où il a été embauché comme ouvrier agricole.De là il a rejoint le Maroc
Il fit une brillante campagne de Tunisie en 1943, et passa ensuite en Angleterre.
Aux premiers jours de septembre 44, nous le vimes réapparaitre dans une magnifique voiture qu'il avait confisquée à un collaborateur de Rennes. Il avait été parachuté ( à 50 ans et sans entrainement préalable) le mois précédent près de Guingamp, dans le cadre de la mission "Aloès". Pour la toute petite histoire: Il s'est abimé une jambe en arrivant au sol. L'avion volait bien bas puisque, s'il faut en croire mon oncle, le choc de l'ouverture du parachute s'est pratiquement confondu avec celui du contact avec le sol.
Mon oncle installa dans le grenier un poste émetteur-récepteur avec lequel son radio, du nom de Victor, envoyait des messages vers Londres. Je n'ai encore pas compris la raison d'être de cette liaison, puisque la Libération était acquise depuis 1 mois ?
L'un de mes cousins aviateur fut considéré comme mort; son "Marauder" ayant été abattu au dessus du pont de Chalampé. En réalité, il était tombé dans le Rhin. Il eut beaucoup de peine à se débarrasser de son harnachement, et n'eut d'autre choix que de gagner la rive occupée par les allemands. Il fut enfermé dans la célèbre forteresse de Leipzig, où, au début, ses co-détenus le prirent pour une taupe et le tinrent à l'écart.
Ironie du sort: Des années plus tard, en Indochine, son avion disparut avec lui en mission; et cette fois, il ne revint jamais...

D'une certaine manière, l'un de mes frères et l'une de mes soeurs ont fait de la résistance: Ayant remarqué que des camions allemands stationnaient la nuit sans garde, ils ont planté des clous dans leurs pneus. Ils étaient inconscients, car ils l'ont fait plus d'une fois à la même heure et au même endroit !
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tayptayp
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Ven 1 Fév - 17:22

Merci pour ces informations complémentaires!
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generalwolf
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Sam 2 Fév - 1:44

fallait déja avoir le courage de le faire
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Sam 2 Fév - 4:34

Bonjour,
Un grand merci, Gardavous, pour ces souvenirs passionnants.

Je suis en mesure de t'apporter quelques eclaicissements au sujet de la mission Aloes a laquelle ton oncle a participe :

Dans la nuit du 4 au 5 aoit 1944, la mission "Aloès" est parachutée sur le terrain "Bonaparte" à 15 km au sud de Guingamp, prés de Kérien. Trente officiers en tout.

Le 5 août, vers 18 h, le major Broussard, de l'état-major de Patton se présente à Kérien au colonel Eon, et devient auprès de celui-ci l'officier de liaison de l'armée américaine. Rassuré sur l'encadrement et la combativité des résistants, Patton laisse maintenant aux formations des maquis la tâche de nettoyer la Bretagne, avec le soutien de trois divisions de son armée, et il se porte vers l'Est.

Conformément à des instructions antérieures de l’OKW, les Allemands se replient sur les trois ports de Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Le 3 août après midi, commence un mouvement de repli général : Tandis que les troupes de la base aérienne de Meucon, le 708ème bataillon de Osttruppen stationné à Surzur et le bataillon de parachutistes de Josselin se mettent en route vers Saint-Nazaire, les autres unités du Morbihan ainsi qu'un certain nombre venant des Côtes du Nord, du Sud Finistère et même de Carhaix, essaient de gagner aux abords de la "Forteresse de Lorient", la ligne de sécurité Quimperlé, Arzano, Plouay, Baud.

Du jour au lendemain, les rôles se renversent et les Allemands passent sur la défensive. Le 2 août, alors qu'on se bat aux abords de Rennes, les Allemands qui viennent de rafler la veille plus de soixante containers d'armes, attaquent encore à Moréac la 2ème Compagnie du 4ème bataillon FTP, mais cette fois les Résistants les obligent à décrocher.

Les Résistants abattent ici et là des arbres en travers des routes, sectionnent des cables téléphoniques, sabotent des pylônes électriques. A Malansac, l'attaque du dépôt de carburant, dont les quatre gardiens sont tués, permet l'enlèvement de 25 000 litres d'essence. A Pont-Kerlo en Plouay, un groupe de FFI attaque un convoi et tue deux allemands, deux autres périssent dans l'attaque d'un véhicule isolé sur la route de Josselin à Pontivy; deux autres encore sont faits prisonniers à la Trinité-Surzur par la compagnie Ferré du bataillon de Vannes.

Donc la mission Aloes fut chargee d'encadrer et de former les FFI ce qui permis a Patton de faire demi-tour et se ruer vers l'Est avec le gros de ses forces.

Parmi cette armee de gamins en haillons que "Aloes" s'efforcait d'organiser se trouvait un jeune Breton de 18 ans, Roger Lenevette, membre ici sous le pseudo de "Logico".

Source :
http://stephane.delogu.free.fr/le-mag09-06.html
Voir l'article "Le front des oublies"
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generalwolf
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Sam 2 Fév - 11:45

merci Daniel, c'était une mission analogue à celle des SAS français ?
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Dim 3 Fév - 1:47

Bonjour,
generalwolf a écrit:
merci Daniel, c'était une mission analogue à celle des SAS français ?

Ca y ressemble : Parachutage de petits groupes d'hommes hyper-entraines avec mission de renseignement et d'encadrement et formation des Resistants.
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tayptayp
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Dim 3 Fév - 5:40

C'est une mission de Jedburgh!! Groupe super entraîné, composé de français, US et Anglais mélangé. Les sticks comportaient 3 personnes.
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Gardavous
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Dim 3 Fév - 6:03

Désolé de vous contredire. Mon oncle n'était pas superentrainé..Et il y avait plus de 3 personnes avec lui.
Cependant, Victor, son chauffeur et radio, portait à son épaule un macaron: "troupes de choc", qui m'a beaucoup impressionné...
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le serpent mexicain
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Dim 3 Fév - 10:25

Meri pour ces infos, superbement illustré pouce
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Gardavous
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MessageSujet: Re: Mes souvenirs de la guerre   Mar 5 Fév - 5:22

Suite
Un après midi de juillet 44,je tenais compagnie tranquillement à mon père qui bricolait à l'extérieur; ma mère s'apprêtait à distribuer leur nourriture aux poules, quand des chasseurs ont fait brusquement irruption à basse altitude dans le ciel. Aussitôt, la dca a ouvert le feu ; la sirène a été prise de court encore une fois. Les obus ont éclaté au-dessus de nous...Mon père m'a dit: "Va te mettre à l'abri"; lui-même a continué son occupation comme si de rien n'était. On entendait pleuvoir les éclats qui traversaient le feuillage des arbres ou ricochaient sur les toits. Je me suis dirigé vers un hangar à une quinzaine de mètres de là, sans me presser, tout fier de faire l'expérience du "baptême du feu". .Je n'ai pas été déçu ! Je n'avais pas fait trois pas que j'ai entendu le chuintement d'un éclat d'obus qui s'est fiché en terre en passant à moins d'un mètre de mon épaule.
Je n'ai jamais compris pourquoi mon père avait considéré que j'étais en danger davantage que lui. Peut-être l'habitude de 14-18 ? Pendant que ma mère, un peu plus loin, se dirigeait sans hâte vers la porte de la maison, suivie des poules frustrées de leur pitance, elles-mêmes suivies du coq qui fermait la marche, un éclat d'obus est tombé si près de lui qu'il a sursauté; (je crois même qu'il a traversé sa queue !).
Le tout n'a duré que quelques minutes à l'issue desquelles mon père a vu un avion s'abattre au loin.

Nous nous sommes rendus en vélo à Trappes, où la gare de triage avait été sévèrement bombardée 3 semaines auparavant. Les champs étaient profondément labourés de trous de bombes, loin de l'objectif auquel elles étaient destinées. Sur la ville ravagée planait un silence de mort. L'un des rares cheminots qui se trouvaient là nous a dit, en nous montrant un passage sous les voies effondrées: "On croit que le chef de gare se trouve dessous". De fait, il n'y avait personne pour déblayer les décombres.

Les jeunes allaient dans les champs récolter les petits pois. Ils arrachaient les plants entiers,qu'ils entassaient dans la remorque de leur vélo sans prendre le temps de cueillir les gousses, de peur d'être surpris par un nouveau bombardement..

Début août 44, des allemands écrasés de fatigue traversèrent la ville en direction de l'est dans des véhicules de fortune. Souvent des voitures civiles camouflées de branchages. Pour faire bonne mesure, certaines portaient aussi un drapeau blanc, ou même une croix-rouge

Le 12 août, le bruit courut que les allemands avaient abandonné le camp de Satory. Nombre de versaillais s'y rendirent alors pour visiter les dépôts. Mon frère et moi les avons rejoints. Nous avons chargé notre remorque non pas d'armes comme je l'espérais, mais de ...skis et de rouleaux de papier photo.Qu'est-ce que faisaient là des skis (et leurs chaussures dont j'ai gardé une paire) en plein mois d'août ? Probablement avaient-ils été fabriqués dans l'ouest de la France. Nous eumes un moment de frayeur, quand un mauvais plaisant cria: "Voilà les SS qui reviennent"; ce qui n'était nullement invraisemblable. Nous décampames avec notre butin, heureusement sans rencontrer d'uniformes.

Dans la journée du 24 , des tirs se firent entendre ici et là. J'ai déjà parlé de l'avion de reconnaissance qui est passé, qui a été descendu, et dont le malheueux pilote est mort.
La nuit venue, des points lumineux sillonnèrent le ciel. Il s'agissait d'obus tirés sur la batterie allemande de Bougival par les canons de Leclerc qui avaient pris position au pont de Sèvres (je ne l'ai su que bien plus tard). Je suis assez sidéré de la précision des tirs, car j'ai vu les canons allemands avant et après...Pourquoi les artilleurs allemands n'ont pas tiré les premiers ? Peut-être n'étaient-ils pas renseignés ? En tous cas, les artilleurs de Leclerc l'étaient ! Après avoir entendu à la radio ( l'électricité n'était pas coupée ) Londres annoncer à 22 h que Paris était libéré (ce qui nous laissa sceptiques) je suis allé me coucher, pas trop rassuré.
A mon réveil, j'ai vu un civil porteur d'un brassard tricolore et pistolet au poing qui remontait la rue. Je dois dire qu'il m'a paru un peu frimeur.
Nous nous sommes rendus au centre ville.J'ai été un peu déçu de ne voir que des camions militaires vides rangés devant la préfecture, à peine gardés.Je pense que les soldats étaient occupés plus loin en direction de Paris. Quelques impacts marquaient la façade de l'hôtel de ville; quelques voitures incendiées gisaient ça et là.
Et surtout, je n'ai pas compris l'animation autour de quelques femmes aux habits déchirés qu'on emmenait sans ménagement je ne savais où. Ma grande soeur à qui je demandai ce qu'on leur reprochait me répondit laconiquement: "Elles sont allées avec des allemands". Le motif, dont je ne comprenais pas le sens exact (je n'avais que 10 ans), me parut léger...
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