Décidément les "cahiers du Levant" n'ont pas fini de polluer l'Histoire. Je l'ai déjà écrit dans une autre rubrique. La présence de soldats polonais au Levant était la volonté du général Weygand qui, avant l'invasion de la France, projetait une opération inter-Armées sur les puits de pétrole de Bakou. Ce corps expéditionnaire devait partir du Levant avec des troupes française qui avaient pour nom de code, le 2° RDC (2ème régiment de découverte et de combat), en fait presque toutes les troupes blindées et motorisées françaises du Levant, un effectifs britannique considérable fourni par le général Wawell et des Polonais. Si dans les "cahiers du Levant" il est écrit que les polonais sont repartis armés en Egypte, c'est encore un mensonge de plus, ils ne sont repartis qu'avec les armes individuelles et l'armement collectif léger, car au passage, la cinquantaine de chars R35 de fabrication française qu'ils avaient et qui étaient payés leur a été volée en vue de créer et d'équiper le 68° BCC. Quelle trahison envers des anciens alliés.
Après l'affreuse et inévitable affaire de Syrie, les troupes françaises du Levant ont été divisées en plusieurs catégories.
- Les très petites unités de la valeur d'un petit escadron ou d'une petite compagnie qui rentraient avec famille en France pour perpétuer les traditions d'unités et avoir une présence symbolique en Métropole.
- Ceux qui étaient volontaires pour être dans les forces de l'ordre vichystes et qui partirent avec familles.
- Les familles qui embarquaient sur le Mariette Pacha, auxquelles on a fait croire que les époux partiraient après. Et dans le même paquebot, ceux qu'on expédiaient en France et dont les familles ont été abandonnées au Levant, canalisées par les gardes mobiles venus de France, gare à l'enfant qui embrassait trop longtemps son papa en larmes. Le plus hypocrite c'est que cela prenait la forme d'un cérémonial où il avait été demandé à la musique de la 9° division australienne de jouer pour rendre les honneurs.
- Ceux qui malgré les menaces, parfois les bastonnades, rejoignaient la France Libre en ayant 15 minutes pour faire un maigre baluchon, généralement une serviette nouée qu'ils devaient payer immédiatement en liquide au fourrier d'unité, les cantines et valises personnelles étaient confisquées pour partir à la fouille de l' enquête de soi-disant désertion. Avec la condamnation à mort par contumace qui suivait automatiquement. Combien sont arrivés au bureau de recrutement FFL de Beyrouth avec le visage tuméfié.
- Et ceux qui partirent en unités constituées. Tranquillement, pendant que les troupes de la France Libre continuaient le combat, ils ne connurent pas la guerre du désert, étaient bien soldés, bien nourris, mais avaient-ils le choix. Et on refait à leur avantage toute l'affaire de Syrie, en écrivant, au milieu de quantité de détails exacts sur leurs effectifs, les armements, les moyens, les implantations, les lieux et les combats, en faisant volontairement des omissions, des sous-entendus, des contre-vérités, les mettant en valeur, oubliant ceux qui se sont bien battus, parfois été blessés, quand il n'étaient plus des leurs. Voilà la triste vérité des "cahiers du Levant" - Leurs instigateurs n'avaient pas pensé que la troupe (et même des Officiers) n'était pas forcément d'accord avec leur comportement et leurs écrits. Car l'ambiance de l'époque était fort dissuasive à qui voulait rejoindre la France Libre. Les moyens de pression étaient énormes. Etre surpris à écouter radio Haïfa ou radio Londres.....
Les Polonais, eux, ont rejoint Le Caire et se sont bien battus au sein de la 8° Armée Britannique.