5)
La première bataille défensive du Don (août-septembre 1942).Pour renforcer la
8e Armée italienne qui tenait un des secteurs du Don,
Hitler ordonna le 19 août que le
Corps Alpin devait rebrousser progressivement chemin et se porter sur le Don. Une décision qui par la suite fit couler beaucoup d’encre.
Toutefois, dès le 20 août, les 63e et 21e Armées soviétiques attaquèrent violemment divers secteurs du front tenus par les Italiens. Une tête de pont dut même être éliminée par un exploit complètement anachronique : une charge de cavalerie.
En effet, dans la plaine d’Isbucensky, le 23 août, 600 cavaliers du Savoia Cavalleria commandés par le colonel Bettoni chargèrent au cri de « Savoia, caricat ! » plusieurs bataillons russes. Le combat qui suivit coûta 32 tués aux italiens et 150 tués, 300 blessés et 500 prisonniers aux soviétiques !
Mais le 26 août, une énième offensive fit voler en éclats le 54e reg. d’infanterie de la
Sforzesca qui perdit pas moins de 479 tués, 1500 blessés et 1200 disparus en quelques heures. 6 bataillons furent anéantis dans le choc. Une contre attaque fut menée par les
Bersaglieri qui réoccupèrent quelques côtes au prix de pertes sensibles. Arrivés en toute hâte, les alpini du
Val Chiese et du
Vestone se préparèrent, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, à attaquer en direction de l’axe Kotovsky-Jagodny-Bolchoï afin de colmater la brèche.
Les objectifs furent atteints mais jamais dans l’histoire de ces deux bataillons le prix du sang ne fut aussi élevé, on compta 100% des officiers hors de combat ! Cette action bloqua net l’offensive russe.
Du côté adverse, les objectifs principaux ne furent pas atteints, mais les têtes de pont furent consolidées sur la rive droite du Don ; c’est d’ailleurs de celles ci que partiront les offensives contre la 3e Armée roumaine (11 au 21 novembre) et la 8e Armée italienne (11 décembre).
Durant les mois de septembre et d’octobre, la situation se calma et les italiens s’efforcèrent de consolider leurs positions.
Ils furent très appréciés par la population autochtone qui les trouvaient sympathiques et humains. Une telle attitude choqua les allemands et nombreuses furent les rixes entre soldats « alliés » (déjà à Brest-Litovsk, le 24 juillet 1942, lors du trajet ferroviaire vers l’Ukraine, les alpini de la
Tridentina furent les principaux acteurs d'une violente bagarre contre des sentinelles nazies molestant des adolescentes arborant l’étoile jaune.
Simon Wiesenthal en personne a témoigné de l’humanisme des italiens). Notons que seuls les italiens ont été autorisés par le gouvernement de l’ancienne URSS à ériger un monument aux morts, à
Nikolajevka, siège de la dernière bataille soutenue par les italiens en Ukraine.
Insérée entre la 2e Armée hongroise à sa gauche et la 3e Armée roumaine à sa droite, la 8e Armée italienne s’apprêtait à passer l’hiver. Signalons qu’aucune unité d’importance n’assurait les arrières du front du Don après le départ des 294 et 62.ID allemandes et de la 21. Panzer Division sur le front de Stalingrad. Le 20 décembre seulement, quelques unités de la 27 Panzer Division vinrent se placer en retrait du II°Corps !
6)
La seconde bataille défensive du Don (novembre 42-janvier 43).
L’offensive russe se divisa en plusieurs phases bien distinctes.
La première, surnommée
Uranus, anéantit non sans mal les courageux Roumains entre le 1er et le 22 novembre 1942.
La seconde prit la dénomination d’opération
Petite Saturne : la
6e Armée et la
1re Armée de la Garde attaquèrent, à l’aube du 11 décembre, la partie centrale du dispositif italien.
Le 16 décembre, une violente attaque eut pour résultat une percée sur le front de la
Ravena et de la
Cosseria. Pour parvenir à leurs fins, les russes avaient engagé 10 divisions d’infanterie, 13 brigades blindées, 4 brigades motorisées et 2 régiments blindés contre 2 divisions !
N’en déplaise aux inconditionnels de Sir Liddle Hart, les soldats du Regio Esercito ne détalèrent pas au premier coup de feu. La résistance de l’infanterie, et en particulier des unités telles les bersaglieri, les chemises noires ou les régiments d’artillerie, fut admirable et se prolongea durant presque une semaine. Les russes eurent des pertes impressionnantes, mais contre les T-34 et les KV-1, les italiens ne pouvaient tenir en l’absence de matériels anti-chars appropriés.
Le 17 décembre fut une journée tragique ; après un violent corps à corps dans les localités de
Samodurovka et
Sviniuka, les armées exploitèrent la percée et menacèrent directement les arrières du Corps Alpin. Le gal
Gariboldi décida de créer en toute hâte un groupe d’intervention composé d’unités de la
Julia, du bataillon
Monte Cervino et des restes du
XXIV Panzerkorps. Promptement dépêchés dans le secteur de
Novo Kalitva, là où le Don forme un coude, ces hommes se livrèrent à une lutte acharnée dans des conditions inhumaines (température moyenne de – 42°C) ayant pour enjeu un carrefour constitué par les localités de Seleny Iar, Komarov, Ivanovka, Deresovka et Kriniknaïa. Méconnus, ces combats furent pourtant d’une importance capitale car ils protégeaient le flanc droit des unités de l’Axe. Pendant un mois, les alpini se transformèrent en Panzergrenadiers, juchés sur la caisse des quelques
Sturmgeschütze III encore disponibles. Le gal
Eibl, autrichien commandant le groupe d’intervention (il décédera durant la retraite après avoir été amputé des deux jambes sans anesthésie !), ne tarissait pas d’éloges à leur égard, répétant sans cesse :
«
Mais Panzers sont les chasseurs alpins italiens » (témoignage du sous-lieutnant
Giuseppe Prisco, bataillon
L’Aquila, qui aujourd’hui est le vice président du club de football de l’
Inter de Milan).
Ils tinrent mais à quel prix ! Le bataillon
L’Aquila ne comptait plus que 290 alpini et 3 officiers valides sur les 1600 alpini et 53 officiers du début des combats ! Ces heures de gloire militaire ont été injustement occultées. Seule l’offensive contre la
2e Armée hongroise et l’encerclement du Corps Alpin délogèrent le groupe d’intervention des positions chèrement défendues, à un contre dix.
Entre temps, les unités d’infanterie des II° et XXXV° Corps entamèrent leur retraite en constituant deux groupes :
un bloc nord, en direction de
Voroschilovgrad, composé des divisions
Ravenna, Cosseria, Pasubio, Torino et d’éléments allemands de la 298.I.D. Ces unités atteignirent leur but à la mi-janvier 43.
Un bloc sud, constitué d’unités hétéroclites des divisions
Ravenna, Torino, 3e Celere, Pasubio et
Sforzesca, il combattit durement pour rejoindre des lignes amies, ce qui fut fait au début du mois de janvier .
Notons que cette partie du front put être ravitaillée par air par les appareils du CAFO, qui conservait quelques
Caproni 133 et
Savoia Marchetti 81. Entreprise périlleuse qui coûta la vie au gal
Enrico Pezzi, qui pilotait lui même un avion de transport. Les quelques
Macchi 200 encore disponibles effectuèrent quant eux diverses missions d’attaque au sol. Sur le plan militaire le bilan fut positif (88 appareils soviétiques abattus en combat aérien pour la perte de 15 chasseurs et l’émergence d’as tels
Biron,
Fornaci,
La Ferla ou
Sanson).
7)
L’odyssée du Corps Alpin italien (14 au 31 janvier 1943).
Le 14 janvier 1943, l’opération
Ostrogosk-Rossosk, dernière phase du plan soviétique, anéantit les positions hongroises, à gauche du Corps Alpin Italien. En quelques heures, la 40e Armée et le 17e Corps Blindé russes atteignent
Rossosk, siège du commandement italien, situé à 50 km derrière la ligne de front tenue par les divisions alpines ! La ville fut défendue mais encerclée.
Le 15 et le 16 janvier, dans le secteur de la
Tridentina, les russes attaquèrent mais furent repousssés, le bataillon
Vestone se permit même une contre attaque et poursuivit les russes au-delà du Don !
Dans l’historiographie italienne,
la retraite du Corps Alpin est légitimement auréolée de pages de gloire et de souffrances. Sans armes valables et sans ravitaillement d’aucune sorte, les alpini conduisirent les opérations avec les rares allemands encore en état de combattre. Les pertes furent terribles, la Tridentina, la division martyre perdit 9790 tués et disparus (60 % des effectifs), la Cuneense, 13470 tués et disparus, soit 80 % de ses effectifs. Il faut noter que des furiosciti (communistes italiens ayant fui le fascisme) vêtus d’uniformes du Regio Esercito diffusèrent des fausses informations et dirigèrent leurs compatriotes sur des troupes russes !
La bataille de
Nikolajevka, dernier verrou avant de rejoindre les lignes amies fut terrible. La bataille qui dura 10 heures coûta plus de 5000 hommes aux unités italiennes, les bataillons n’étaient plus que des compagnies.
8)
Le Bilan.
L’expérience italienne en URSS fut un échec pour des raisons multiples, qui vont de l’éloignement de la mère patrie sur le plan logistique et l’obsolescence de l’armement et de l’équipement sur un point de vue militaire. Les hommes, eux, se comportèrent admirablement n’en déplaise à la propagande anglo-saxonne et aux idées reçues.
Le prix fut extrêmement élevé : un combattant sur 3 y laissa la vie. Des 229 000 hommes de l’ARMIR, on compta 3010 officiers hors de combat sur 7130, 81 820 sous-officiers et soldats tués ou disparus sur 221 875. Les blessés et les gelés furent au nombre de 26 690. L’URSS rendit environ 10 000 hommes, survivants du système concentrationnaire.