Un témoignage intéressant dans les Mémoires de Rochus Misch, "J'étais garde du corps d'Hitler, 1940-1945", Le Cherche Midi, 2006, sur Stalingrad, qui fait l'objet d'un chapitre, d'ailleurs, pages 137 à 141?
Misch raconte qu'Hitler, en novembre 1942, reçut Paulus dans son QG de Prusse-Orientale. C'est lui-même qui accompagna Paulus devant le bunker d'Hitler. Misch est resté dehors, mais son camarade du Beleigtkommando, un certain Bussmann, était à l'intérieur, s'occupant du service. Misch raconte que Bussmann lui a dit que Paulus était partisan d'un retrait de la 6eme armée de Stalingrad, et que le Führer aurait cédé aux arguments du futur maréchal !
"Ils viennent de discuter sur un repli stratégique du front est. Ils se sont mis d'accord sur ce point", m'a assuré Bussmann. Il aurait rajouté avoir entendu Hitler affirmer qu'il fallait mettre en oeuvre un tel repli "assez rapidement, sinon il sera trop tard".
A midi, les deux hommes ont mis fin à leur discussion pour rejoindre la réunion militaire quotidienne. Elle commença avec retard, peu après 12 heures 30. Tous les chefs de l'Etat-major étaient là, les Keitel, Jodl, Dönitz, Warlimont, Zeitzler. La réunion s'est finie vers 18 heures, et certains des invités se sont mis à prendre un verre et à grignoter un morceau. J'ai vite compris que deux camps s'étaient opposés lors de la réunion :
- D'un côté, Goering défendant l'idée qu'il fallait coûte que coûte tenir les positions et surtout ne pas quitter la Volga.
- De l'autre, Paulus demandant inlassablement l'autorisation d'abandonner dans les plus brefs délais les positions qu'il occupait avec sa 6eme armée.
Et cette fois-ci, Hitler fut sensible aux arguments du chef de la Luftwaffe, qui proclamait qu'il fallait contrôler les routes énergétiques.
Misch confirme donc une idée qui était commune, comme quoi c'est Goering qui avait juré au Führer que la poche de Stalingrad pouvait être ravitaillée par les airs. Mais plus que le pont aérien, le maréchal de l'air pensait aussi qu'il fallait à tout prix tenir Stalingrad pour couper l'artère vitale qu'était la Volga. Au-delà de l'aspect purement technique du pont aérien, Goering avait donc des idées stratégiques assez claires, et pensait que le contrôle du Caucase et de Stalingrad, pour avoir accès au pétrole ou en tout cas empêcher les russes d'y avoir accès.