Source:
J'étais garde du corps d'Hitler, 1940-1945,
Rochus Misch,
Le Cherche Midi, 2006.
1°)
Rochus Misch, au service d'Hitler, 1940-1945.
Misch faisait partie du
Begleitkommando, commando d'escorte d'
Hitler, qui était dirigé, en 1940, par un vieux compagnon du dictateur,
Bruno Gesche. Il était entré dans la SS, le 1er octobre 1937, affecté à
Leibstandarte, non par vocation idéologique puisqu'il était apolitique mais dans la perspective d'avoir un bon boulot après ses 4 ans de services. Grièvement blessé devant la forteresse de
Modlin, le 24 septembre 1939, lors de la campagne de Pologne, et versé après sa guérison, dans une compagnie spéciale pour soldats convalescents, il se lia d'amitié avec le capitaine de compagnie,
Wilhelm Monhke, blessé lui aussi durant la campagne de Norvège. Et lorsque
Brückner, l'aide de camp du
Führer a appelé la compagnie pour disposer de quelqu'un de sûr, pour travailler à la Chancellerie,
Monkhe a pensé à
Misch.
Sa mission était d'être coursier et il était souvent en contact avec les deux aides de camps d'
Hitler,
Walter Brückner (
qui fut remplacé à l'automne 1940 après un différend avec le [i]Führer par Julius Schaub) et
Albert Bormann, le frère du futur secrétaire du NSDAP,
Martin.
Le
Begleitkommando était composé d'une vingtaine de personnes, hommes à tout faire, devant rester aux côtés du
Führer pour servir de "
missi dominici" auprès des grands du régime, de coursiers, de standardistes, de charcheurs d'invités aux repas du
Führer, et, accessoirement, de gardes du corps armés d'un Walter PP.
Misch, resta donc 5 ans aux côtés du
Führer, devant cette longévité assez rare, auprès du dictateur, à sa discrétion et à son manque de curiosité pour la chose politique et les cancans.
Il faut noter qu'un second
Begleitkommando du RSD (
Service de Sécurité du Reich) commandé depuis 1935 par le lieutenant
Johann Rauttenhuber était chargé, plus particulièrement, de la sécurité du
Führer.
Le livre ne révèle rien de particulier de la vie du
Führer qui a déjà été dit, à part deux ou trois événements dont
Misch a été le témoin privilégié, et l'affaire
Hess en fut un ! Il aborde ce sujet dans un chapitre nommé "
L'envol de Hess" pages 112 à 121.
Misch fut aux premières loges lors de cet envol, car il avait de très bons rapports avec le valet de chambre de
Hess, un certain
Joseph Plattzer.
2°)
Novembre 1940, l'idée de l'envol germe chez Hess.
Il date l'idée de
Hess d'aller en Angleterre pour essayer de négocier une paix séparée avec les british, d'un certain jour de novembre 1940 (
il ne se souvient pas de la date exacte. Le
Begleitkommando étant chargé de fournir en invités diverses et variés la table du
Führer, un des membres se souvint que
Hess était dans les parages, dans son chalet alpin, non loin de celui d'
Hitler. Le paladin nazi partagea donc, avec d'autres convives (
qui ne devaient pas avoir le même métier), le repas au
Berghof. A la fin du dîner, un messager a surgi dans la pièce et a remis une dépêche à
Otto Dietrich, que le chef de Presse, après l'avoir lue, a remis au
Führer.
Hitler a lu la missive et s'est exclamé :
"
Mais enfin, que dois je faire de plus ? Je ne peux tout de même pas prendre un avion et aller me mettre à genoux devant eux !"
Misch était présent, lors de cette scène, mais il ne sut pas de quoi il s'agissait. Mais il crut comprendre en écoutant des bribes de discussion qu'il s'agissait d'une rencontre au Portugal, entre l'ambassadeur allemand
Emil von Rintelen, celui que tout le monde appelait le "
facteur d'Hitler", et le comte
Bernadotte.
Misch en ignore les raisons, mais
Nicolas Bourcier, évoque le fait qu'
Hitler n'aurait pas reconcer à une possible paix avec la Grande-Bretagne et que d'après
Heinrik Eberle et
Matthias Uhl,(
Das Buch Hitler,
Lübbe, Bergisch Gladbach, 2005, p.143), des négociations auraient commencé au mois d'août 1940.
Mais
Hess intervint dans la discussion et affirma que si
Hitler ne pouvait, effectivement, pas le faire, lui, en revanche, il le pourrait. Le soir même, devant son valet de chambre,
Sepp Plattzer,
Hess répéta plusieurs fois qu'
Hitler ne pouvait pas le faire et
Plattzer fut mandé d'aller chercher deux livres d'histoire sur la Grande-Bretagne. Les aides de camps
Alfred Leitgen et
Karl-Heinz Pintsch furent priés de ne rien divulguer.
3°)
Préparation et envol.
Hess devait obtenir, sans éveiller les soupçons, ce que l'on appelait les
Parolen, les codes inscrits sur les cartes d'état-major précisant les horaires durant lesquels les avions pouvaient voler au-dessus de certaines régions définies sans être abattus par la DCA. Ces documents précieux ont été habilement soutirés au capitaine d'aviation
Hans Baur, le pilote d'
Hitler. Après avoir volé les précieux documents,
Hess étudiait, dans sa chambre, les plans possibles de vol, souvent en présence de son valet.
Plattzer se procura des bottes spéciales pour le saut en parachute et des bandages que l'on enroulait autour des jambes du sauteur.
Hess s'entraînait quasiment tous les jours depuis les usines
Messerschmitt d'
Augsbourg et lorsqu'
Hitler le sut, il interdit expressément à son bras droit de s'adonner au pilotage !
Misch souligne qu'un permier vol fut tenté durant l'hiver 1940-41, mais que celui-ci échoua rapidement,
Hessrevenant après quelques minutes de vol. Une deuxième tentative échoua encore, en février, mais la 3eme tentative fut la bonne, le 10 mai.
C'est son aide de camp,
Karl-Heinz Printsch qui se présenta le lendemain au
Berghof et lorsqu'il lut la lettre de
Hess devant le
Führer,
Misch se souvint que
Hitler eut de la peine à garder son calme, ce qui tranchait avec l'attitude habituelle de son chef et qu'il paraissait complètement sonné.
Hitler après avoir convoqué tous les caciques du régime, fit arrêter
Printsch et tout l'entourage de Hess, dont le malheureux
Plattzer, qui furent envoyés au camp de
Sachsenhausen, dans un baraquement spécial et durant deux jours, du 11 au 13 mai,
Hitler resta cloîtré dans ses appartements.
4°)
Un acte solitaire, d'après MischMisch est convaincu que la mission de
Hess n'était pas une action secrète décidée par le
Führer. Pour lui et ses camarades du
Begleitkommando,
Hess avait agi seul, dans le fol espoir de négocier avec les anglais. Mais il souligne que le bras droit d'
Hitler lui semblait avoir toute sa tête avant sa folle équipée, ne croyant pas une seconde à la folie invoquée par les dirigeants nazis pour expliquer son action. il ajoute qu'
Hitler, si il pouvait être parfois colérique ou autoritaire, lui paraissait incapable, d'après ce qu'il avait observé, durant toute ces années, d'un coup tordu ou d'un mensonge éhonté.