Pendant toute cette période préliminaire, Hitler convoqua ses généraux
à plusieurs reprises pour discuter du plan et en préciser les moindres
détails. Von Runstedt et Model, sceptiques sur la réalisation d'un
projet d'une telle envergure, proposèrent le 2 décembre, lors d'une
nouvelle réunion au quartier général de Hitler, de réduire l'importance
de l'offensive, mais le führer resta inébranlable: le plan devait être
exécuté selon les dispositions prévues par lui.
Le
12 décembre eut lieu la dernière réunion à caractère "psychologique":
Hitler convoqua en deux groupes distincts les commandants de corps
d'armée et de division pour exalter leur foi et leur esprit de combat.
Face à l'imposant dispositif mis en place par les Allemands, il n'y
avait de l'autre côté du front qu'à peine 6 divisions américaines du
5eùe corps du général Leonard Gerow (2eme, 99eme, 106eme) et du 8eme
corps du général Troy Middleton (28eme, 4eme et 9eme divisions
blindées), soit, au total, 82000 hommes qui ne sont absolument pas
préparés à faier face à l'attaque surprise et simultanée de quatre
armées.

On arrive ainsi au 16 décembre 1944. Après un tir d'artillerie sur les
lignes américaines, commencé à 5h30, les divisions blindées entrent en
action. Les espoirs allemands reposent principalement sur la puissance
des blindés; ils comptent également sur le mauvais temps et le
brouillard pour empêcher l'aviation alliée d'intervenir. Les lignes
américaines sautent l'une après l'autre et la surprise est telle que, 4
heures après le début de l'attaque, le 12eme corps américains, déployé
sur le flanc droit du 8eme corps, ignore toujours tout de l'attaque
allemande.
Face à la violence de l'attaque des Panzer, la désorganisation et la
confusion générale règnent dans les unités américaines. Cependant,
Hitler ajoute un élément nouveau, une initiative imprévue et secète
dont le nom de code est "Opération greif" et qui va provoquer de
sérieux dégats dans les lignes américaines. Un groupe de commandos
dressés par le colonel Otto Skorzeny, vêtus d'unifomres américains et
utilisant des véhicules pris aux Alliés, ou des véhicules allemands
transformés pour y ressembler, sèment la panique dans les lignes de
l'arrière en répandant des nouvelles alarmantes, modifiant la
signalisation routière, faisant sauter les dépôts de munitions, coupant
les câbles téléphoniques et se livrant à toutes les opérations de
sabotage possibles.
Le stratagème est découvert relativement vite, mais il réussit à
provoquer une véritable psychose du soupçon: surévaluant la portée du
plan de sabotage allamand, les Américains vont créer des centaines de
postes de verrouillage pour soumettre à de sévères controles les
occupants de toutes les Jeeps ou autres véhicules, les officiers
supérieurs n'échappant pas à cette rigueur. En fait, les militaires
chargés des contrôles posaient des questions portant sur la vie
américaine: personnages de bandes dessinées, championnats de baseball,
détails de la vie des vedettes de Hollywood, ....
Pour bien se rendre compte de cet état d'esprit, reportons-nous aux
souvenirs du général Bradley, commandant du XIIeme groupe d'armées:
"Imaginez...un demi-million d'authentiques soldats américains jouant au
gendarme et au voleur, à chacune de leurs rencontres. Ni grade, ni
bonen foi manifeste, ni protestations ne pouvaient éviter un
interrogatoire digne de l'inquisition à chaque poste de contrôle. On
m'a bien demandé trois fois de prouver mon identité. Je la prouvai, la
première fois en répondant à mon inquisiteur que la capitale de
l'Illinois était Springfield et non Chicago, comme il le soutenait avec
talent; la deuxième fois, en effectuant un mouvement d'escrime et la
troisième en nommant le mari de Betty Grable."
Ci-dessus:Cliché tiré du film réalisé près de Poteau
en décembre 1944 lors de la destruction d'un convoi du 14th Cavalry
Group par le Kampfgruppe Hansen. L'homme au premier plan est un
sous-officer, armé d'une carabine américaine M1
L'annonce de l'attaque allemande dans les Ardennes parvint à Eisenhower
alors qu'il se trouvait dans son quartier général à Versailles. Le
commandant suprême des Alliés ordonne en premier lieu que toutes les
forces blindées disponibles aillent immédiatement renforcer le secteur
attaqué. Les 82eme et 101eme divisions parachutistes sont elles aussi
mobilisées: la première rejoint le secteur de Houffalize, en plein
coeur du front d'attaque allemand, où convergent les unités des 58eme
et 47eme corps de Panzer. La seconde rejoint Bastogne, le plus grand
noeud routier de la région, à 20 km au sud de Houffalize. Cependant,
les conditions atmosphériques empêchent l'aviation alliée d'intervenir.
Tandis que sur le flanc nord du 67eme corps blindé de la VIeme
Panzerarmee SS de Sepp Dietrich, l'offensive est assez bien contenue
par les Américains dans le secteur de Monschau, sur le flanc sud, le 19
décembre, le 1er corps blindé atteint Trois-Ponts sur la rive gauche de
l'Amblève, et poursuit vers le nord en direction de Spa. Mais sa
progression est modeste comme l'est celle de la 9eme division blindée
SS du 2eme corps de Panzer attaquée par la 82eme division parachutiste
américaine, est contrainte de repasser sur la rive droite de l'Amblève.
Le 25 décembre 1944, après le premier élan, l'ensemble de la VIeme Panzerarmee SS se met sur la defensive.
Dans
le secteur central du front d'attaque, les corps de la Veme Panzerarmee
de Manteuffel progressent en profondeur: les 66eme et 47eme
franchissent l'Our et atteignent respectivement Houffalize (116eme
division blindée) et Bastogne (division Panzer-Lehr). Si la première
localité est conquise, la seconde résiste, défendue par la 101eme
division parachutiste et par des unités des 9eme et 10eme divisions
commandées par le général Mc Auliffe. Les jours suivants, bien que
complètement encerclée par un régiment de la division Panzer-Lehr et de
la brigade Führer Begleit, la ville résiste toujours et refuse l'offre
de reddition du général Heinz Kokott; enfin, le 26 décembre, le cercle
qui étreignait la cité est brisé par les unités de la 4eme division
blindée de la 3eme armée de Patton.
Sort réservé aux soldats allemands surpris à porter l'uniforme américain