Les 23, 24 et 25 décembre

Dès le 23, le temps s'éclaircit et l'aviation alliée passe à
l'attaque. Le 24, il y a 5 000 sorties alliées contre seulement 1 000
sorties allemandes.
Au nordLa ligne de défense alliée est fermement installée.Le 24, avant l'aube, Peiper, abandonné, fait sauter ses véhicules et s'exfiltre à travers bois. Il laisse à
La Gleize ses blessés et des prisonniers US. Tous ses chars sont perdus, la 1re SS Pz Div est brisée.
Au centreBastognesubit de violentes attaques. Les défenseurs, qui disposent de moyens de
communication, guident les attaques aériennes rapprochées. Chaque jour,
plus de cent tonnes d'approvisionnement (surtout des médicaments et des
munitions d'artillerie) leur sont parachutées.
Plus à l'ouest, les blindés allemands ont progressé dans la trouée
entre Marche et Dinant mais avec lenteur car ils manquent de carburant
et subissent sur leur flanc nord le harcèlement d'une brigade blindée
britannique. Le 24, la 2e Pz Div prend
Celles (8 km à l'est de
Dinant) ; la Meuse est en vue. Hasard d'appellation, en face se trouve la célèbre 2e Div Bl US surnommée « Hell on wheels » (
l'enfer sur roues) renforcée par une brigade blindée britannique.
Le jour de Noël, la percée atteint son point extrême ; elle n'ira
pas plus loin. La 2e Div Bl US débute une manœuvre en tenaille et, dans
les trois jours qui suivent, avec l'appui de l'artillerie et de
l'aviation, mettra fin au rêve de la 2e Pz Div d'atteindre la Meuse.
Au sudLes unités de Patton attaquent et la 4e Div Bl pousse sur la route
Martelange - Bastogne. Le 24, elle est bloquée à 10 km au sud de
Bastogne et doit effectuer un débordement par l'ouest. Elle ne pourra
pas atteindre Bastogne pour la Noël comme espéré.
TristesseLa veille de la Noël, une tragédie s'accomplit à
Bande (commune de
Nassogne,
à 10 km de Marche-en-Famenne). Chargée par Himmler de missions de
représailles, la Gestapo arrête 35 hommes (de 16 à 32 ans) et les abat
un par un ; un seul parvient à s'échapper.Les 23, 24 et 25 décembre, la ville de
Malmedyest bombardée, par erreur, par des avions alliés. Il y a plusieurs
centaines de tués parmi la population belge et les militaires
américains.
Du 26 au 31 décembre 1944 

Chaque jour l'aviation alliée fait des milliers de sorties. Le 26,
Saint-Vithconsidéré comme un objectif capital est complètement détruit. Les
sorties allemandes sont de moins en moins nombreuses ; elles dépassent
rarement quelques centaines.
Sur le bord nord du saillantDix divisions alliées sont en ligne et deux en réserve. Le XXXe
Corps britannique peut intervenir à bref délai et la 6e Div Abn UK est
arrivée à
Dinant.
À Bastogne,Les ravitaillements par air continuent. Plusieurs planeurs atterrissent dont un amenant une équipe de chirurgiens.
Le 26 à 16h45, l'avant-garde de la 4e Div Bl US parvient à réaliser
la jonction. Le couloir est extrêmement étroit et les combats seront
âpres pour l'élargir.
Le 27, un convoi d'ambulances peut évacuer des blessés. Le général
Taylor a rejoint sa division. Après avoir remercié et congratulé
MacAuliffe, il reprend le commandement.
Les jours suivants, munitions, équipements chauds, cigarettes et
même, avec un peu de retard, dindes de Noël arrivent à Bastogne.
À Celles,La 2e Pz Div, encerclée par la 2e Div Bl US, laisse 1 500 prisonniers et de nombreux véhicules.
À l'OKW,Le 28, Hitler finit par admettre qu'
Anvers ne peut être atteint et change la mission : détruire les forces alliées dans les Ardennes.Le 30, la 5e armée de von Manteuffel lance une attaque importante pour essayer de couper le corridor vers
Bastogne.
Janvier 1945 Le 1er janvier, la
Luftwaffe exécute une riposte bien conçue et exécutée par surprise; il s'agit de l'
opération Bodenplatte.
Volant en rase-mottes, l'aviation allemande attaque une trentaine de
bases alliées. Selon certaines sources, 800 avions sont détruits ou
endommagés ; 300 selon d'autres, mais pour ne pas inquiéter la
population, les services d'information alliés ont minimisé les faits.
La Luftwaffe perd toutefois dans ce raid 277 avions et beaucoup de ses
derniers pilotes chevronnés. Elle ne sera plus en mesure de combler ses
pertes et de jouer un rôle dans la fin de la guerre. Les Alliés qui
n'ont presque pas perdu de pilotes dans cette opération remplaceront
les avions perdus en deux semaines.
Le même jour, profitant du déforcement du groupe d'armées Devers,
les Allemands lancent une attaque de diversion en Alsace. Cela n'aura
toutefois aucune répercussion en Ardennes.
En ce mois de janvier 1945, les conditions atmosphériques sont
épouvantables. Dans les Ardennes, il y a beaucoup de neige et la
température est tellement basse qu'il faut faire tourner régulièrement
tous les moteurs pour que l'huile ne gèle pas. C'est dans ces
conditions que démarre le 3 janvier la contre-attaque de Montgomery. En
fait, il s'agit de l'attaque du VIIe corps US du général Collins qui a
été relevé sur ses positions par le XXXe Corps britannique. Elle
démarre de la région de Hotton en direction de Houffalize. Elle sera
appuyée sur sa droite, à partir du 6 janvier, par des unités
britanniques (Welsh Div et la 6e Abn Div). La jonction avec la
contre-attaque de Patton qui a commencé 12 jours plus tôt est prévue
dans la région d'Houffalize. Les opérations sont lentes car les
journées sont courtes et les Allemands se sont bien retranchés derrière
des canons antichars et de nombreux champs de mines. La jonction aura
lieu le 16 janvier. À la même date, le XXXe Corps britannique retourne
vers le front de Hollande.
Le 17 janvier, la 1re armée US est replacée sous le commandement de Bradley mais la 9e reste sous celui de Montgomery.
Le Commandement suprême allemand (OKW) ordonne le repli car, après trois mois d'arrêt, les
Soviétiques ont repris l'offensive.
Le 24 janvier, Saint-Vith est repris et le 30, les Allemands sont rejetés au-delà de leur ligne de départ.
Conséquences et conclusions Tout en reconnaissant la précarité des
a posteriori, les historiens militaires estiment que les Américains ont commis deux erreurs :
- sur le plan du renseignement, malgré le remarquable secret du plan
allemand, les Alliés disposaient d'informations qui auraient dû les
mettre en garde mais ils les ont parfois ignorées, parfois mal
interprétées ;
- sur le plan du dispositif, le déploiement en Ardennes constituait un fameux coup de poker.
Quant aux Allemands qui avaient connu un succès foudroyant sur le
même terrain en mai 1940, ils n'ont pas tenu compte (Hitler, du moins)
des conditions qui avaient changé :
- un hiver rigoureux a remplacé un printemps radieux ;
- la suprématie aérienne a changé de camp ;
- la coordination char-artillerie-aviation de la blitzkrieg n'existe plus ;
- le ravitaillement, particulièrement en carburant, n'est pas assuré ;
- le commandement et les troupes allemandes et adverses sont tout autres.
La bataille des Ardennes aura des conséquences militaires majeures
pour les Allemands puisqu'ils y perdront leurs meilleures unités. Elle
aura aussi des conséquences politiques importantes car en attaquant sur
le front occidental, Hitler a fait le jeu de Staline. L'armée rouge
pourra ainsi franchir rapidement l'
Oder et atteindre l'Elbe avec les suites que l'on connaît.
Le vainqueur de la Bataille des Ardennes, c'est le général
Eisenhower qui, de nouveau, a assumé avec compétence les énormes
responsabilités qui lui étaient confiées. Le véritable héros reste
néanmoins le soldat américain qui, dans des conditions extrêmement
difficiles, a rempli sa mission avec courage et avec la conséquence,
pour beaucoup d'entre eux, d'y perdre la vie. Pour témoigner leur
reconnaissance, les Belges ont érigé à Bastogne un énorme monument sur
la colline de la ville appelée Mardasson. Au cœur de ce mémorial, on
peut lire la phrase latine «
Populus belgicus memor liberatoribus americanis».(
Le peuple belge se souvient de ses libérateurs américains). Le 16 juillet 1950, lors de l'inauguration, le président de la cérémonie ajouta : «
Puisse cette inscription dans la pierre, l'être également dans les mémoires ».