| | | Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. | |
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| Auteur | Message |
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roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Lun 11 Mai 2009, 9:31 pm | |
| Le lundi 13 mai 1940. La percée de Sedan... A partir d'aujourd'hui, et jusqu'au 25 juin 1940 plus rien ne va aller pour les troupes franco-britanniques...
L'auditeur des postes de TSF français attend avec impatience de prendre connaissance des deux communiqués quotidiens de l'Etat-Major de l'Armée française :
* communiqué n° 505 (13 mai 1940 - matin) : « En Hollande et en Belgique, les attaques ennemies ont redoublé de violence, particulièrement dans la région située au nord du canal Albert, entre ce canal et le Rhin inférieur, ainsi que dans la région de Tirlemont et dans les ardennes belges. A la frontière franco-luxembourgeoise, de Longwy à la Moselle, pas de changement notables, malgré des bombardements intenses. Plus à l'Est, rien à signaler. En fin de journée et au cours de la nuit, des colonnes allemandes ont été attaquées à la bombe et à la mitrailleuse par notre aviation. Douze avions allemands ont été abattus dans la soirée du 12 mai. »
L'auditeur français est rassuré après avoir entendu ce communiqué du 13 mai au matin : rien de grave ne se passe... Nous contenons aisément les forces allemandes !...
* communiqué n° 506 (13 mai 1940 - soir) : « Les troupes allemandes ont continué aujourd'hui leurs attaques massives, tant en Hollande qu'en Belgique. En Hollande, elles ont réalisé une avance, notamment au sud du cours inférieur de la Meuse. En Belgique, dans la région de Saint-Trond, des contre-attaques françaises, menées principalement par des chars de combat, ont infligé de fortes pertes à l'ennemi. Les allemands ont fait un effort particulièrement important dans les Ardennes belges où ils ont pu progresser. Nos éléments de cavalerie, après avoir rempli leur mission retardatrice, se sont repliés sur la Meuse que l'ennemi a atteinte sur une partie de son cours. L'ennemi a exercé une forte pression sur Longwy. Ses attaques ont été repoussées, de même que celles qui ont été prononcées à l'est de la Moselle et dans la région de la Sarre. Rien à signaler sur le Rhin. Les aviations de bombardement alliées et ennemies ont poursuivi leurs actions d'appui des forces terrestres en attaquant les colonnes adverses. Quinze avions ennemis ont été abattus au cours de ces engagements. Sur les arrières, les actions de l'aviation ennemie, bien que répétées, n'ont causé que des dégâts peu importants au point de vue militaire. »
Après l'écoute de ce communiqué du 13 mai 1940 au soir l'auditeur est perplexe : on annonce bien que l'armée allemande progresse, mais c'est toujours en Hollande ou en Belgique... Combien de temps la frontière française restera-t-elle inviolée ?...
Le généralissime Maurice Gamelin fait parvenir dans la journée un nouvel ordre du jour aux troupes françaises : « Il faut maintenant tenir tête à la ruée des forces mécaniques et motorisées de l'ennemi. L'heure est venue de se battre à fond sur les positions fixées par le Haut Commandement. On n'a plus le droit de reculer. Si l'ennemi fait localement brèche non seulement colmater, mais contre-attaquer et reprendre. »
En Hollande, Rotterdam s'est rendue à midi aux troupes allemandes... La résistance de l'armée hollandaise semble être arrivée à ses derniers retranchements...
A 16 heures l'attaque de Sedan commence... A 20 heures les Allemands ont réussi à occuper une tête de pont sur la rive Sud de la Meuse de 4 à 5 kilomètres de large et de 5 à 6 kilomètres de profondeur... A 21 heures c'est toute l'aile gauche de l'armée Huntziger qui lâche... C'est le début de la curée pour l'armée française...
En Hollande, la reine Wilhelmine a accepté, après beaucoup d'hésitation, de monter dans un destroyer britannique pour se réfugier en Angleterre. C'est à 17 heures qu'elle arrive au palais de Buckingham (avec toujours un casque lourd sur la tête...) où le roi George VI l'accueille. C'est en français que les deux souverains converseront...
Dans la soirée la reine Wilhelmine lance sur les ondes de la BBC son premier appel à la résistance du peuple hollandais : « Notre sympathie va à nos compatriotes qui, dans notre pays bien-aimé, auront à passer par de durs moments. Mais, en temps voulu, avec l'aide de Dieu, les Hollandais recouveront leur territoire européen ».
Quant à la famille Grand-Ducale du Luxembourg, elle quitte elle aussi son territoire national pour venir se réfugier en France. Elle est hébergée à la préfecture de Laon (Aisne).
Le double exil des souverains hollandais et luxembourgeois n'est-il pas un signe très inquiétant pour la suite des événements ?...
Les Français commencent à se demander combien de temps vont résister encore les troupes belges ?...
Et l'Italie dans tout ça ?... Eh bien, Benito Mussolini, voyant que les choses tournent dans le bon sens pour son allié allemand, déclare dans la soirée du 13 mai à son gendre, le comte Galeazzo Ciano (ministre italien des Affaires Étrangères) : « Il y a quelques mois j'ai dit que les Alliés avaient laissé échapper la victoire. Aujourd'hui, je dis, qu'ils ont perdu la guerre. Nous n'avons plus de temps à perdre. Avant la fin du mois, j'entrerai dans l'arène ».
Demain, mardi 14 mai 1940, de nombreux chefs de l'armée française vont hélas malheureusement prendre de très mauvaises décisions...
Roger le Cantalien. 
Dernière édition par roger15 le Ven 15 Mai 2009, 10:43 pm, édité 4 fois |
|  | | roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Mar 12 Mai 2009, 3:42 pm | |
| Le mardi 14 mai 1940. Le jour où la France a perdu la guerre... Les auditeurs des postes de TSF sont impatients de prendre connaissance des deux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'Armée française :
* communiqué n° 507 (14 mai 1940 - matin) : « L'attaque allemande se développe avec une violence accrue. Rien d'important à signaler dans la Belgique centrale. L'ennemi a atteint la Meuse, de Liège à Namur et à Sedan. Cette dernière ville a été évacuée, et des combats particulièrement acharnés ont lieu dans les environs immédiats, ainsi que dans la région au nord de Dinant. La bataille continue, des abords sud de Longwy à la Moselle. Des attaques ennemies ont été repoussées dans la région de Wissembourg. Partout, nos troupes et les troupes alliées combattent avec vaillance contre l'ennemi qui déploie, notamment avec ses chars et son aviation, un effort d'une extrême intensité. A la fin de la journée du 13 mai, seize avions ennemis ont été abattus. Ils doivent être ajoutés au chiffre donné dans le communiqué du 13, au soir. Au cours de la nuit, notre aviation de renseignement a effectué de nombreuses reconnaissances. »
L'auditeur en retient qu'il n'y a pas eu un mot sur la Hollande, et que l'armée allemande a atteint la Meuse, la ville de Sedan ayant dû être évacuée... De plus, pour la première fois l'armée allemande a attaqué en Alsace, dans la région de Wissembourg... Tout cela n'augure rien de bon...
* communiqué n° 508 (14 mai 1940 - soir) : « En Belgique, au nord de la Meuse, nous avons poursuivi normalement nos mouvements et notre organisation. L'ennemi a attaqué en deux points notre front actuel. Il a été repoussé avec de lourdes pertes en chars de combat. Sur la Meuse, au sud de Namur, les Allemands ont tenté en plusieurs endroits de franchir le fleuve. Nous avons lancé des contre-attaques et le combat continue, en particulier dans la région de Sedan où l'ennemi fait avec acharnement, et en dépit de pertes élevées, un effort très important. Les troupes allemandes ont prononcé quelques attaques locales à l'ouest de la Moselle. Elles ont été repoussées avec pertes. Notre aviation est intervenue puissamment et d'une manière efficace dans la bataille. En outre, de nombreuses reconnaissances aériennes ont été faites au cours de la nuit du 13 au 14 et dans la matinée du 14. Des missions de bombardement ont été exécutées avec succès sur des points stratégiques et sur des convois militaires. Au cours des engagements aériens, quinze avions ennemis ont été abattus sur notre territoire. En Norvège, dans la région de Narvik, des opérations ont été conduites avec succès dont il est rendu compte dans le communiqué britannique. »
L'auditeur retient de ce bulletin du 14 mai au soir qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter outre mesure : certes, les combats sont violents autour de Sedan, mais l'armée française contient l'armée allemande. Et puis, notre aviation fait toujours des merveilles en abattant plein d'avions ennemis !... Comme je vous le dis, il n'y a aucune raison que cet auditeur s'alarme au soir du 14 mai 1940...
Quant au fameux communiqué britannique indiqué à la fin du communiqué français du 14 mai au soir, voici ce qu'il déclare : « Les forces alliées ont débarqué à Bjerkvik, à douze kilomètres au nord de Narvik. Le débarquement a été effectué avec succès et on ne compte quelques blessés légers. Bjerkvik se trouve en arrière des positions allemandes, dans la région de Gratangen où nos forces ont en même temps attaqué avec succès. Un détachement ennemi qui avait débarqué à Hemnes, a été bombardé par un navire de guerre britannique. L'ennemi a subi des pertes. »
L'auditeur du 14 mai 1940 est surpris que l'État-Major français n'évoque pas du tout un point très important : l'armée hollandaise a t-elle capitulé ou non ?...
Peut-être, s'il se porte à l'écoute du poste radiophonique de Sottens (radio suisse romande) pourra t-il prendre connaissance du communiqué hollandais du 14 mai 1940 : La légation des Pays-Bas communique : le commandant en chef de l'armée néerlandaise, le général Wilkenman, a adressé une proclamation aux troupes que cela concerne pour que celles-ci reposent les armes. La proclamation ajoute : « En Zélande le combat continue. » La décision fut prise le 14 mai à la fin de l'après-midi. Des troupes ennemies en très grand nombre avaient réussi à traverser les ponts de Wœrdyk et à reprendre Rotterdam après un violent bombardement de cette ville. Par conséquent, le cœur du pays était ouvert à l'ennemi et le gros des forces armées derrière la ligne d'eau était menacé par des attaques immédiates dans le dos. Dans ces circonstances, et pour éviter une destruction du pays, le commandant en chef était d'avis que toute résistance était devenue inutile et par conséquent devait être abandonnée. Conformément à une décision prise par le gouvernement néerlandais à Londres, l'état de guerre entre les Pays-Bas et l'Allemagne continue d'exister.
L'auditeur de Sottens apprendra de plus que selon la légation des Pays-Bas à Londres : « La proclamation du général Wilkenman s'adressait uniquement aux troupes prenant part aux combats et ne s'adressait pas aux unités navales. »
Dans la soirée la reine des Pays-Bas Wilhelmine a adressé sur les ondes de la BBC un deuxième appel à son peuple déclarant : « Il ne faut voir dans le transfert de mon gouvernement en Angleterre aucune intention de capituler. Tous les pays faisant partie de la communauté néerlandaise : Hollande, Indes néerlandaises et Guyane hollandaise continuent de former un État souverain et participent comme tel aux délibérations communes des alliés. Les Pays-Bas en dépit des calamités répétées ont toujours pu renaître, ils renaîtront encore. »
L'auditeur français se réjouit que la Hollande ait à sa tête une souveraine si énergique !...
En réalité, sur le front français, cette journée du mardi 14 mai 1940 sera catastrophique !... Il n'est pas question que je vous décrive tous les faits et gestes des différentes unités de l'armée française en ce jour décisif (il y a plein d'ouvrages sur la percée de Sedan...), mais je voudrais simplement vous signaler quatre points importants (pris dans l'ouvrage de Jacques Benoist-Méchain) :
* 1°) l'aviation française a héroïquement tenté de détruire le seul pont mis en service par le génie allemand pour franchir la Meuse, à Gaulier. Pendant toute la journée du 14 mai 1940 les aviateurs français ne cesseront d'attaquer pour le détruire. Sans arrêt, les "Potez" et les "Morane" se lanceront sur l'objectif avec un courage remarquable, au milieu de l'enfer déchaîné par la DCA allemande pour protéger ledit pont. Durant la journée du 14 mai l'aviation française perdra pas moins de quarante avions (dont vingt-huit abattus par la DCA) pour tenter d'empêcher les panzers de franchir la Meuse. Hélas, tout cela en vain... Je tenais à rendre ici justice à ces glorieux aviateurs français qui ont fait tout leur possible, et même au-delà...
* 2°) dans la soirée du 14 mai la défense de la rivière la Bar s'est effondrée. Pour garder une armée cohérente (la IIème armée française) le général Charles Huntziger doit se replier. Mais il hésite sur la direction à prendre. En reculant, il risque de découvrir soit la région de Paris, soit le flanc nord de la ligne Maginot. Il téléphone au Grand Quartier Général pour demander des instructions. Il ne reçoit pas de réponse... Quelques heures plus tard, le général Alphonse Georges (chef des opérations du front Nord Est de la France), a nouveau sollicité, lui répond enfin : « Faites pour le mieux... ». D'ailleurs, au sujet du général Georges, son supérieur hiérarchique, le généralissime Maurice Gamelin, écrira plus tard : « Le général Georges me paraissait à ce moment véritablement surmené et j'espérais, je l'avoue, que la dépression que je constatais chez lui - et que je n'étais pas le seul à remarquer - serait passagère et qu'elle se trouvait due à sa visible lassitude. »
* 3°) Le général Charles Huntziger décide alors que la IIème armée va se replier à l'ouest de la Meuse sur le Chesne et les hauteurs de la Stonne. Seule sa droite restera accrochée à la ligne Maginot.
* 4°) A 1h30 du matin, le général André Corap (Chef de la IXème armée), à la suite d'une conversation téléphonique avec son supérieur le général Gaston Billotte (chef du Groupe d'Armées n°1), prend la décision fatale d'abandonner tout le cours de la Meuse au nord de Sedan et de se replier sur la ligne Rocroi - Signy l'Abbaye.
A la trouée de 16 kilomètres de large que l'ennemi s'était frayée aux dépens de la IIème armée française (Huntziger) s'ajoute à présent une faille de 50 kilomètres dans le secteur jusqu'ici tenu par la IXème armée (Corap). Une brèche irréversible s'est donc ouverte par laquelle vont s'engouffrer les 1 800 blindés de Schmidt, de Reinhardt et de Guderian. Pas moins de sept sur les dix "Panzerdivisionen" de la Wehrmacht s'élancent, en direction de Péronne et de Cambrai, à l'assaut des ports de la Manche...
Dès la nuit du 14 au 15 mai 1940 les unités alliées qui combattent en Belgique sont menacées d'encerclement. Pour les sauver, il faudrait que l'État-Major français leur donne immédiatement l'ordre général de repli. Mais, hélas, le Haut commandement français ne saisit manifestement pas la pensée du Grand État Major allemand. Il sous-estime la portée stratégique des événements qui viennent de se dérouler sur la Meuse, dont il est insuffisamment informé. L'ordre de repli ne sera donné au Groupe d'Armées n°1 (Billotte) que dans 48 heures, donc bien trop tard pour le sauver du piège qui est en train de se refermer sur lui...
On peut raisonnablement affirmer que les armées alliées ont perdu la guerre dans la soirée du mardi 14 mai 1940...
Heureusement que notre auditeur de la TSF française n'en sait rien encore...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Mar 12 Mai 2009, 7:34 pm | |
| Le mercredi 15 mai 1940. Le soir où les politiques français ont enfin su... Comme durant les cinq jours précédents, les auditeurs des postes de TSF français sont impatients de prendre connaissance des deux habituels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'Armée française :
* communiqué n° 509 (15 mai 1940 - matin) : « Dans la Belgique centrale, en fin de journée, une attaque de chars ennemis a eu lieu dans la région de Gembloux. Nous avons contre-attaqué et rejeté l'adversaire. Sur la Meuse, de Namur jusqu'au confluent de la Chiers, les efforts ennemis se sont encore accrus. La bataille est en cours. Notre aviation et l'aviation britannique, agissant en coopération complète, continuent d'intervenir avec une grande vigueur. Rien d'important à signaler sur le reste du front. »
L'auditeur de ce communiqué du matin est rassuré : partout les armées alliées, et leurs aviations, contiennent l'ennemi allemand. Il devrait toutefois être perplexe par le peu de détails mentionnés...
* communiqué n° 510 (15 mai 1940 - soir) : « En plusieurs points, violentes attaques ennemies avec chars sur les troupes belges, britanniques et françaises, d'Anvers au nord-ouest de Namur. Toutes ont été repoussées. Sur la Meuse, entre Mézières et Namur, l'ennemi est parvenu à franchir le fleuve sur plusieurs points, et les combats continuent. Dans la région de Sedan, l'ennemi avait fait quelques progrès. Des contre-attaques sont en cours avec chars et aviation de bombardement. Plus à l'Est, action d'artillerie. Notre aviation a poursuivi ses reconnaissances. La chasse est intervenue, notamment pour protéger les missions de bombardement. Au cours des engagements, onze appareils ennemis ont été abattus. »
L'auditeur de ce communiqué du 15 mai au soir est définitivement rassuré : tout va bien pour les Alliés !...
De plus, il apprendra dans la soirée que les membres du Gouvernement français se sont réunis en Conseil des Ministres à l'Elysée, de 18h00 à 20h15, sous la Présidence d'Albert Lebrun (Président de la République). Au cours de ce conseil, Paul Reynaud (Président du Conseil et Ministre des Affaires Étrangères) a fait l'exposé de la situation diplomatique. Ensuite, Édouard Daladier (Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre) a mis le Conseil au courant des dernières opérations militaires.
En Hollande, le général Winckelmann a capitulé. L'armée hollandaise est faite prisonnière toute entière avec son chef. Seules les forces hollandaises dans les îles de Zélande, placées sous les ordres de l'amiral van der Stadt, reçoivent l'ordre de poursuivre la lutte à côté des Français. Le gouvernement néerlandais a décidé de rejoindre la reine Wilhelmine en Angleterre.
En recevant Hubert Pierlot, Premier Ministre du gouvernement belge, à son quartier général de Breendonck, le roi Léopold III lui montre, sur une carte, la côte du Pas-de-Calais et lui dit : « Les Allemands arriveront là avant huit jours. » Comme Hubert Pierlot lui indique que dans ce cas l'armée belge devrait retraiter vers l'ouest et le sud, le roi lui répond : « Non, pas vers le sud, vers le nord. » Le fossé commence à se creuser entre le roi des Belges et son Premier Ministre...
Dans la brèche ouverte depuis la Meuse, les Panerdivisionen s'engagent dans une incroyable course de vitesse en direction de la Manche. Elles avancent à raison de 50 à 65 kilomètres par heure !!!...
Le général Corap est relevé de son commandement, et remplacé par le général Giraud.
Mais, ce qui est important c'est que ce soir les politiques français vont enfin découvrir l'ampleur du désastre... Nous le savons grâce à William Bullitt, l'ambassadeur des États-Unis en France, qui a sollicité un entretien avec Édouard Daladier. L'ambassadeur est arrivé au Ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique, à 19h45. A 20h20 il est enfin reçu par le ministre, tout juste de retour du Conseil des Ministres. Daladier commence par lui raconter l'évolution, très favorable selon lui, de la situation militaire : il a entièrement confiance dans le cours de la bataille. Le général Gamelin l'a pleinement rassuré. Mais, brusquement la sonnerie du téléphone retentit : c'est justement le général Gamelin qui l'appelle depuis le donjon du château de Vincennes. Le généralissime l'informe des toutes dernières informations en provenance du front. L'ambassadeur américain n'entend évidemment pas ce que dit Gamelin mais ce que lui répond Daladier. Et tout à coup ce dernier s'écrie : « Non ! Ce que vous dites n'est pas possible! Vous vous trompez ! Ce n'est pas possible ! » Gamelin vient de lui apprendre qu'une colonne blindée allemande, ayant tout brisé sur son passage, croise entre Rethel et Laon. Daladier est haletant. Il trouve la force de crier : - Il faut attaquer aussitôt ! - Attaquer ? Avec quoi ? Je n'ai plus assez de réserves. Entre Laon et Paris, je ne dispose pas d'un seul corps de troupes. William Bullitt observe que le visage de Daladier se contracte de plus en plus. Il a l'impression qu'il diminue à vue d'œil. Le sinistre dialogue entre Gamelin et Daladier s'achève sur cet échange de phrases : - Alors, dit Daladier, c'est la destruction de l'armée française ? - Oui, répond Gamelin, c'est la destruction de l'armée française.
William Bullitt quitte la rue Saint-Dominique à 21h05 et file immédiatement à l'ambassade des États-Unis pour câbler à son gouvernement l'extraordinaire dialogue auquel il vient d'assister.
Ce mercredi 15 mai 1940 vers 21h10, après avoir été informé par Daladier de l'ampleur du désastre, le Président du Conseil, Paul Reynaud, prononce devant Paul Baudouin (sous-secrétaire d’État à la Présidence du conseil, secrétaire du Cabinet de guerre et secrétaire du Comité de guerre), pour la première fois le nom du Maréchal Pétain : « Ah ! si le Maréchal était là ! Il pourrait agir sur Gamelin. Sa sagesse et son calme seraient d'un grand secours ! »
Sans tarder, Paul Reynaud fait venir le général de l'Armée de l'Air Bertrand Pujo et lui demande de prendre, le soir même, le train rapide "Sud-Express" pour aller chercher le Maréchal à Madrid.
Dans la nuit du 15 au 16 mai le général Gamelin se décide enfin à donner l'ordre de repli général à nos forces qui combattent en Belgique. Hélas, c'est beaucoup trop tard !...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Mer 13 Mai 2009, 3:53 pm | |
| Le jeudi 16 mai 1940. Le jour de la panique dans les milieux officiels à Paris. Comme d'habitude, les auditeurs des postes de TSF français veulent savoir ce qui se passe sur le front. Aussi, sont-ils attentifs aux termes contenus dans les deux habituels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'Armée française :
* communiqué n° 511 (16 mai 1940 - matin) : « La bataille a pris, de la région de Namur à celle de Sedan, le caractère d'une guerre de mouvement, avec la participation, de part et d'autre, des éléments motorisés et de l'aviation. L'intérêt supérieur de la conduite des opérations commande de ne pas fournir actuellement de renseignements précis sur les opérations en cours. »
L'affirmation, en apparence anodine, que la guerre a pris "le caractère d'une guerre de mouvement" est un aveu camouflé du désastre qui s'abat sur la France... Quant à la dernière phrase du communiqué, elle est particulièrement inquiétante, elle suggère fortement que les combats ne se déroulent pas dans le bon sens pour les armées alliées...
* communiqué n° 512 (16 mai 1940 - soir) : « La bataille continue, dans son ensemble, avec la même intensité. Des engagements très vifs ont lieu sur certains points. Notre aviation de bombardement, protégée par la chasse, a effectué avec succès des attaques vigoureusement menées sur des colonnes ennemies d'engins blindés signalés par notre aviation de reconnaissance. »
Ce communiqué du soir est tout aussi laconique que celui du matin... Notre auditeur commence sérieusement à s'inquiéter...
D'un point de vue militaire, la seule bonne nouvelle qui est parvenue cet après-midi au PC du général Gamelin à Vincennes est que la poussée allemande dans la région de Laon s'est ralentie.
Hélas, à la tombée du jour, vers 22 heures la division de Panzers du général Erwin Rommel a réussi à pénétrer subrepticement en plein cœur d'Avesnes-sur-Helpe (département du Nord) et à faire prisonniers des centaines d'officiers français, médusés de constater que les Allemands ont déjà atteint cette cité !...
Les équipages de toutes les divisions de Panzers sont fatigués par l'effort ininterrompu qu'ils fournissent depuis six jours... Plus grave : le ravitaillement peine à suivre l'avance frénétique des chars et les munitions commencent à manquer...
Plus inquiétant pour l'armée française : à partir d'aujourd'hui commence l'exode massif des populations civiles sur les routes. Des millions de réfugiés se sont enfuit de chez eux vers l'Ouest ou vers le Sud, quelques uns en automobiles, mais l'immense majorité en poussant des charrettes... Désormais, les soldats français auront beaucoup de mal à se frayer un chemin parmi ce flot ininterrompu de réfugiés. De plus, ces colonnes de fuyards font d'excellentes cibles pour l'aviation allemande...
Voici ce que Jacques Benoist-Méchain déclare sur cette journée du 16 mai : Rejoint par une fraction de son État-Major, le colonel de Gaulle fait des reconnaissances à l'est du canal de Sissonne. Son impression est affreuse. Sur toutes les routes venant du nord, affluent de lamentables convois de réfugiés. On y voit aussi nombre de militaires désorganisés. Ils appartiennent aux troupes que les Panzers ont disloquées au cours des jours précédents. Rattrapés dans leur fuite par les détachements mécaniques de l'ennemi, ils en ont reçu l'ordre de jeter leurs fusils et de filer vers le sud pour ne pas encombrer les routes. « Nous n'avons pas le temps de vous faire prisonniers » leur a-t-on crié au passage. « Au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute militaire, écrit de Gaulle [Mémoire de Guerre, tome I : "l'Appel" pages 30 et 31], au récit de cette insolence méprisante de l'adversaire, je me sens soulevé d'une fureur sans bornes. Ah ! C'est trop bête ! La guerre commence infiniment mal. Il faut donc qu'elle continue. Il y a pour cela de l'espace dans le monde. Si je vis, je me battrais, où il faudra, tant qu'il le faudra, jusqu'à ce que l'ennemi soit défait et lavée la tache nationale. Ce que j'ai pu faire par la suite, c'est ce jour-là que je l'ai résolu. » Voilà un fait très important, pour l'avenir !...
A 3h30 du matin, ce jeudi 16 mai 1940, Hubert Pierlot (Premier Ministre), Pierre-Henri Spaak (Ministre des Affaires Étrangères) et le général Henri Denis (Ministre de la Défense nationale) après avoir quitté Bruxelles un peu après minuit, se présentent au Grand Quartier Général de l'Armée belge à Saint-André. Ils s'inquiètent tout de suite des routes (et surtout des ponts) empruntables pour rejoindre rapidement la France...
A Paris, à 4h00 du matin le Président du Sénat Jules Jeanneney et le Président de la Chambre des Députés Édouard Herriot et les principales personnalités de l'État français sont réveillés par un coup de fil du Grand Quartier Général les informant du caractère dramatique de la situation du front.
A 6h00 Paul Reynaud (Président du Conseil) convoque le général Gamelin au Quai d'Orsay. Celui-ci l'informe que « Les Allemands peuvent être à Paris ce soir même ».
A 10 heures du matin le général Pierre Héring (Gouverneur militaire de Paris), informé par le G.Q.G. de l'importance de la brèche qui s'est ouverte dans le front, écrit à Paul Reynaud que « Dans les circonstances actuelles, j'estime prudent, pour éviter tout désordre, de vous suggérer d'ordonner l'évacuation du gouvernement, sauf les ministères de la Défense Nationale (ou au moins leur premier échelon), de la Chambre des députés et du Sénat, sur les zones de repli prévues. Je vous serais obligé de me communiquer au plus tôt votre décision. »
A 11 heures, Paul Reynaud réunit une partie des membres du gouvernement, les présidents du Sénat et de la Chambre, le général Pierre Héring, le préfet de police de Paris Roger Langeron, et quelques autres personnalités au hasard de leur présence. La panique s'est emparé de presque tout le monde. Seul, Jules Jeanneney (Président du Sénat) affirme haut et fort qu'il ne faut pas paniquer et tenter d'enrayer l'avance allemande. Quelqu'un suggéra même une mesure inapplicable en pratique : « Pourquoi des bateaux de guerre de faible tirant d'eau, ne remonteraient-ils pas la Seine et ne défendraient-ils pas la ville ? » Paul Reynaud annonce finalement son verdict : le gouvernement va transférer son siège à Tours. Le départ est prévu cet après-midi à 16 heures. Le ministre des Travaux Publics (Anatole de Monzie) est convoqué à 15h30 afin d'arrêter toutes les dispositions utiles.
Sitôt la conférence terminée, Paul Reynaud câble directement (en court-circuitant toute la voise hiérarchique !...) au général Maxime Wegand (Chef des forces françaises au Moyen-Orient), à Beyrouth (Liban) : « La gravité de la situation militaire sur le front occidental s'accentue. Je vous demande de vous rendre à Paris sans aucun retard. Prenez les dispositions utiles pour remettre vos fonctions à qui vous choisirez. Le secret de votre départ est souhaitable. »
Ensuite, Paul Reynaud câble, vers 12h30, au nouveau Premier Ministre britannique (depuis le 10 mai 1940, où il a remplacé sir Arthur Neville Chamberlain ; auparavant il était depuis le 3 septembre 1939 Premier Lord de l'Amirauté britannique) Winston Churchill : « Hier soir, nous avons perdu la bataille. La route de Paris est ouverte. Envoyez toutes les troupes et toute l'aviation que vous pourrez. » Effrayé par la lecture de ce télégramme alarmiste, Winston Churchill décide de se rendre en avion, pour la première fois depuis qu'il est Chef du gouvernement britannique, à Paris dès cet après-midi.
Durant la matinée un triste spectacle a lieu dans la cour du Quai d'Orsay (siège du Ministère français des Affaires Étrangères) : Paul Reynaud a ordonné dans la matinée à son Secrétaire Général, Alexis Léger (plus connu par son pseudonyme d'écrivain : Saint-John Perse) de faire jeter par les fenêtre dans la cour des tonnes de documents officiels et de les faire arroser par les huissiers avec de l'essence afin qu'ils ne tombent pas aux mains des Allemands. Les passants qui circulent sur les quais de la Seine s'étonneront de voir, par une belle journée radieuse, un nuage noir qui laisse retomber des fragments de papier noircis... Cela va accentuer la panique dans la population parisienne.
A 15h30 Paul Reynaud, pâle comme un mort, prononce un discours à la Chambre des députés : « J'ai peu de mots à vous dire. Depuis que la Chambre s'est séparée, l'Allemagne a décidé de jouer son va-tout. Elle s'est jetée sur trois peuples libres, et aujourd'hui elle vise la France au cœur. (...) Hitler veut gagner la guerre en deux mois. S'il échoue, il est condamné, et il le sait... Le temps que nous allons vivre n'aura peut-être rien de commun avec celui que nous venons de vivre. Nous serons appelés à prendre des mesures qui auraient paru révolutionnaires, hier. Peut-être devrons-nous changer les méthodes, les hommes (vifs applaudissements). Il faut nous forger tout de suite une âme nouvelle. Nous sommes plein d'espoir. Nos vies ne comptent pour rien. Une seule chose compte : maintenir la France ! (les députés se lèvent et applaudissent longuement). »
Édouard Herriot, qui préside la séance, déclare ensuite : « La France sent la grandeur et le tragique de cette épreuve. Elle demeurera égale à son passé et à son destin... La Chambre voudra sans doute laisser à son Président le soin de la convoquer lorsque le gouvernement aura une communication à lui faire ? (Assentiment général). » Cette dernière phrase prononcée par le Président Herriot est, sous son aspect anodin, d'une importance capitale. Mais on n'en mesurera la portée que dans quelques semaines... La Chambre se réunira plus en effet avant le 5 juillet 1940, au casino de Vichy, pour commencer à enterrer la Troisième République...
En quittant la Chambre, Paul Reynaud téléphone au PC du général Giraud. Celui-ci l'informe que la situation est un peu meilleure et que Paris ne semble plus immédiatement menacé. Du coup, le Président du Conseil annule la décision d'évacuation des pouvoirs publics pour Tours.
A 17h20, commence au quai d'Orsay une réunion franco-britannique qui durera jusqu'à 19 heures, suivie d'une réception privée au domicile personnel de Paul Reynaud. Churchill tente de nombreuses fois de remonter le moral des dirigeants français. Il finit par leur annoncer qu'il vient de télégraphier à Londres et a ordonné à la Royal Air Force de mettre dix squadrons supplémentaires à la disposition du Haut commandement franco-britannique, donc du général Gamelin. Tant Reynaud que Daladier le remercient très chaleureusement de ce geste très amical pour soutenir l'armée française. Avant de repartir pour Londres Churchill déclare à Messieurs Reynaud et Daladier cette phrase prophétique : « Si la France venait à succomber, l'Angleterre poursuivrait la lutte avec une aviation de plus en plus puissante et essaierait d'affamer l'Allemagne en brûlant ses forêts et ses récoltes. » A 22heures le Premier Ministre britannique quitte Paris et regagne Londres en avion.
L'auditeur de la radio française entend à 20 heures une déclaration de Paul Reynaud, enregistrée dans l'après-midi : « L'Allemagne s'est décidée à jouer son va-tout. Elle s'est jetée hier sur trois peuples libres. Aujourd'hui, elle vise la France au cœur. Sur la charnière de notre front, l'armée allemande fait peser toutes ses forces de destruction. Hitler veut gagner la guerre en deux mois. Dans ces attaques désespérées, il est condamné et il le sait. Ce péril, nous l'abordons unis, en France comme en Angleterre. C'est le jour où tout paraîtrait perdu que le monde verrait de quoi la France est capable. Nos soldats se battent, nos soldats donnent leur vie pour nous. Que l'attitude de chacun de nous soit digne d'eux. La fermeté d'âme, le mépris des rumeurs alarmistes, voilà le premier de nos devoirs à tous dans les jours qui viennent. On a fait courir les bruits les plus absurdes. On a dit que le gouvernement voulait quitter Paris : c'est faux ! Le gouvernement est et demeure à Paris. On a dit que l'ennemi se servait d'armes nouvelles et irrésistibles, alors que nos aviateurs se couvrent de gloire, alors que nos chars lourds surclassent les chars allemands de la même catégorie. On a dit que l'ennemi était à Reims. On a même dit qu'il était à Meaux. Il a seulement réussi à faire au sud de la Meuse une large poche que nos vaillantes troupes s'appliquent à colmater. Nous en avons colmaté d'autres en 1918. Vous, anciens combattants de la dernière guerre, camarades, vous ne l'avez pas oublié. Mais, dites-moi. A qui tous ces mensonges profitent-ils ? A Hitler. Est-ce que tous ceux qui les colportent s'en rendent compte ?Français, il y a exactement mille ans, des hordes germaniques déferlaient sur l'Europe. Depuis, trente générations de Français ont fait la France. La France est forte de ce passé de gloire. Elle n'est pas à la merci de la jactance de l'ennemi. Dans les pleines du Nord, où s'est effondrée la puissance des barbares depuis Attila, jusqu'à Guillaume II, dix siècles de civilisation française sont aujourd'hui menacés. Nous sommes résolus, pour vaincre, à tous les sacrifices. Un châtiment terrible frappera ceux qui n'auraient pas compris. Notre courage, notre ardeur, notre foi maintiendront intactes sur le monde les libertés de la civilisation latine et chrétienne. Vive la France ! »
L'auditeur de la radio française se demande si la fameuse "large poche au sud de la Meuse" évoquée par Paul Reynaud est effectivement en voie de colmatage ?...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


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 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Jeu 14 Mai 2009, 4:44 pm | |
| Le vendredi 17 mai 1940. Le jour où le mot "armistice" est prononcé pour la première fois du côté français. Il y a aujourd'hui exactement une semaine que l'attaque allemande contre la Belgique, la France, le Luxembourg et les Pays-Bas commençait. Déjà deux pays sur quatre (le Luxembourg et les Pays-Bas) ont capitulé, la Belgique n'en mène pas large, et la France commence à pressentir la défaite...
Raison de plus, pour les auditeurs des postes de TSF français, d'être très attentifs, afin de savoir ce qui se passe sur le front, aux termes utilisés dans les deux habituels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'Armée française :
* communiqué n° 513 (17 mai 1940 - matin) : « La bataille a continué hier et au cours de la nuit, entre la Sambre et la région au nord de Rethel, ainsi qu'au sud de Sedan. Les combats ont été moins violents en Belgique. Rien à signaler en Lorraine et en Alsace. »
L'auditeur de la radio française est perplexe après avoir entendu ce communiqué très bref, et qui ne donne guère d'indications sérieuses sur l'issue de la bataille.
* communiqué n° 514 (17 mai 1940 - soir) : « L'attaque allemande s'est développée aujourd'hui d'une manière massive, non seulement en Belgique, mais dans la région d'Avesnes et de Vervins. L'ennemi a engagé sur cet ensemble la plus grosse partie de ses divisions de chars lourds. La bataille a pris le caractère de véritable mêlée. Plus à l'Est, l'ennemi a attaqué sans succès dans la région de Sedan et de Montmédy. En coordination étroite avec l'aviation britannique, notre aviation a poursuivi son action énergique et efficace contre les troupes au sol, les nœuds de routes et les voies ferrées. Tout en assurant la couverture de nos troupes, notre aviation de chasse a livré de multiples combats aériens. De nombreux avions ennemis ont été abattus. Dans les circonstances actuelles de guerre de mouvement, il est impossible de les dénombrer exactement. »
L'auditeur de la TSF française, en retient que l'offensive allemande s'est encore intensifiée, de plus le communiqué du soir avoue enfin que les troupes allemandes évoluent en au moins deux points du territoire français (la région d'Avesnes-sur-Helpe et de Vervins, et la région de Sedan et de Montmédy). Tout cela n'est guère encourageant pour la suite de la guerre...
Aujourd'hui les troupes allemandes (VIème armée, général von Reichenau) entrent à Bruxelles. La 7ème Panzer, a cette nuit traversé les rue encombrées de Maroilles (la ville au célèbre fromage à l'odeur inoubliable...), et a atteint la Sambre, qu'elle a franchit sans difficulté. Elle s'arrête à 6h15 du matin juste à l'est du Cateau-Cambrésis. Le XIXème Corps blindé de Guderian est au contact des chars français dans la région de Montcornet. En effet, la IVème Division Cuirassée Française (avec à sa tête un certain colonel Charles de Gaulle...) attaque sur l'axe Laon-Montcornet le XIXème Corps blindé de Guderian. Hélas, cette attaque ne parvient pas à ralentir durablement l'avance des blindées de Guderian, que rien ne semble pouvoir arrêter. Et, oh surprise !... c'est Adolf Hitler en personne qui va l'arrêter !... En effet, le Führer s'inquiète d'une possible contre-attaque de l'armée française sur le flanc gauche du Corps blindé de Guderian, et ordonne qu'il stoppe son avance... Guderian est relevé de son commandement, puis finalement rétabli et même autorisé à reprendre sa marche en avant, mais uniquement pour des "reconnaissances de combat". Cet arrêt de la marche en avant a été providentiel pour que certaines troupes franco-britannique puissent s'échapper de justesse du piège qui allait se refermer sur elles !...
Maurice Gamelin annonce à Paul Reynaud qu'il ne garantit la sécurité de Paris que pour aujourd'hui 17 mai et pour le lendemain samedi 18 mai et pour la nuit du 18 au 19, mais pas au-delà... Il lui déclare : « Il convient dès à présent d'envisager l'armistice. »
Dans la soirée de ce vendredi 17 mai, Gamelin, informé que Paul Reynaud veut sa tête, adresse aux troupes françaises un ordre du jour, dont il pressent que se sera sans doute un des derniers : « Le sort de la patrie, celui des Alliés, les destins du monde dépendent de la bataille en cours. Les soldats anglais, belges, polonais et volontaires étrangers luttent à nos côtés. L'aviation britannique s'engage à fond comme la nôtre. Toute troupe qui ne pourrait avancer doit se faire tuer sur place plutôt que d'abandonner la parcelle du sol national qui lui a été confiée. Comme toujours, aux heures graves de notre histoire, le mot d'ordre aujourd'hui est : vaincre ou mourir. Il vaut vaincre. »
Côté politique, un Conseil des Ministres se tient à l'Élysée sous la présidence d'Albert Lebrun. Paul Reynaud veut fermement se séparer du général Gamelin. Mais il ne réussit pas à obtenir sa tête... Édouard Daladier défend encore le généralissime. En outre, certains ministres objectent que la disgrâce du général risque d'ébranler le moral de l'armée. Toutefois, avant de se séparer Reynaud et Daladier déclarent, pour une fois d'accord, qu'avant de prendre une décision définitive ils veulent recueillir l'avis d'une personnalité militaire incontestée : le Maréchal Pétain, qui doit arriver le lendemain de Madrid.
Paul Reynaud, pour faire reporter scandaleusement sur le seul Alexis Léger la destruction des archives du Quai d'Orsay d'hier après-midi, décide de le limoger et de le remplacer, comme Secrétaire Général du Ministère des Affaires Étrangères par Charles Roux, actuel ambassadeur de France auprès du Vatican.
A Washington, le Président Franklin Delano Roosevelt a dans la soirée un entretien à la Maison Blanche avec Lord Lothian, ambassadeur d'Angleterre. Compte tenu de la tournure dramatique qu'ont pris les événements sur le front français au cours des tous derniers jours, le Président américain lui fait savoir qu'il s'inquiète du sort réservé à la flotte britannique, en cas de défaite de l'Angleterre. Il lui indique qu'il souhaiterait que les navires de la Royal Navy soient mis en sécurité dans des ports américains avant que le gouvernement anglais n'engage des pourparlers avec les Allemands en vue d'une suspension des combats... Rentré à l'ambassade anglaise, Lord Lothian, extrêmement surpris par cette "suggestion", s'empresse de la câbler à Winston Churchill qui s'en trouvera très contrarié...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


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 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Ven 15 Mai 2009, 8:26 pm | |
| Le samedi 18 mai 1940. Le jour où le Maréchal Pétain entre au gouvernement français comme Vice-Président du Conseil. En ce samedi, les auditeurs des postes de TSF français tentent, en décortiquant les rares informations diffusées par l'État-Major de l'Armée française, dans ses deux communiqués quotidiens, de savoir ce qui se passe réellement sur le front :
* communiqué n° 515 (18 mai 1940 - matin) : « En France, la bataille continue violemment, dans les régions indiquées par le communiqué d'hier soir. En Belgique, pour tenir compte de la situation générale, les troupes alliées ont exécuté un mouvement de repli et se sont reportées à l'ouest de Bruxelles. Au cours de la nuit, notre aviation a attaqué violemment à la bombe les colonnes sur les routes et les points de passage obligés de l'ennemi. »
A l'audition de ce communiqué du matin l'auditeur constate que l'État-Major français reconnaît enfin un recul des armées alliées en Belgique, dont la capitale, Bruxelles, a été abandonnée aux troupes allemandes...
* communiqué n° 516 (18 mai 1940 - soir) : « Les combats ont continué toute la journée avec la même âpreté. Ils se sont déroulés principalement dans la région de Guise et Landrecies où l'ennemi, malgré des pertes considérables, attaque avec des moyens puissants dans la direction de l'ouest. Sur le reste du front, rien d'important à signaler. Notre aviation de bombardement a continué de harceler les colonnes motorisées ennemies qui ont beaucoup souffert de son action. De nombreuses reconnaissances ont été effectuées et de nombreux avions ennemis ont été abattus, tant par la D.C.A. que par notre aviation de chasse. »
L'auditeur a surtout retenu, de ce communiqué du soir, les noms de deux communes : Guise et Landrecies. S'il regarde une carte, il constatera que Landrecies (département du Nord) est située à 10 km à l'Ouest d'Avesnes-sur-Helpe, sur la rivière Sambre, et Guise (département de l'Aisne) est située à 25 km à l'Est de Saint-Quentin, tout près de la rivière Oise. Cela lui confirme bien que la guerre tourne à l'avantage des troupes allemandes...
Un des points important de cette journée du 18 mai est que l'armée allemande ose attaquer pour la première fois la fameuse ligne Maginot. Sa cible est l'ouvrage de la Ferté-sur-Chiers (Ardennes), à 12 km au Nord-Ouest de Montmédy, construit entre 1935 et 1938. Ce n'est qu'un petit ouvrage de la ligne Maginot (une garnison d'une centaine d'hommes seulement), mais construit exactement de la même façon que les forts les plus important de la ligne. L'attaque commence dans la matinée du 18 par un bombardement massif des casemates par un obusier spécial de 320, amené par voie ferrée. Ce bombardement massif dure tout l'après-midi. Après chaque série de bombardements, de petits groupes de sapeurs de la Wehrmacht se glissent pour atteindre les abords et le dessus de l'ouvrage. A l'aide de perches, ils placent des explosifs à proximité des embrasures des casemates. Sitôt l'explosion, c'est l'assaut général. Malgré une résistance désespérée, le fort de la Ferté succombera le dimanche 19 mai à 5 heures du matin...
Ce succès de la Wehrmacht, bien que local, n'en inquiète pas moins fortement le Haut Commandement français, qui craint désormais de voir attaqué de la même manière tous les ouvrages de la ligne Maginot. Ce succès local de l'armée allemande ébranle la confiance de l'État -Major de l'Armée française dans l'invulnérabilité de la ligne Maginot...
Le général Maurice Gamelin, envoie aujourd'hui un très long rapport (pas moins de quinze pages !!!...) à Édouard Daladier, Ministre de Défense nationale, sur les opérations qui se sont déroulées depuis le 10 mai. C'est un plaidoyer présentant sa défense, avant sa disgrâce, qu'il sent prochaine... Paul Reynaud, lorsqu'il en prendra connaissance, s'étonnera qu'en pleine bataille le général Gamelin ait passé une partie de son temps à rédiger un document si long !...
Le Maréchal Pétain, arrivé le matin même en train depuis Madrid, se rend en compagnie de Paul Reynaud et d'Édouard Daladier, d'abord à La Ferté-sous-Jouarre pour s'entretenir avec le général Georges, puis au château de Vincennes pour faire de même avec le général Gamelin. A chacun, il demande de lui exposer la situation. Rentré avec les deux ministres à l'Hôtel Matignon, il leur déclare que ces deux généraux sont « troublés au point qu'ils n'ont pas pu m'indiquer l'emplacement de leurs troupes... J'ai dit au général Gamelin : je vous plains de tout cœur. »
Paul Reynaud demande alors au Maréchal Pétain d'entrer dans son gouvernement, avec le rang de "Ministre d'État, vice-Président du Conseil". Le Maréchal Pétain accepte. Paul Reynaud en est très soulagé !... Il informe ensuite le Maréchal que c'est en principe demain matin que le général Weygand arrivera à Paris (il passe la nuit à Tunis), et qu'il va lui proposer de remplacer le général Gamelin.
En début de soirée, Paul Reynaud profite de l'arrivée du Maréchal Pétain dans gouvernement, pour le remédier assez profondément : * lui-même prend la Défense nationale (jusqu'ici occupée par Édouard Daladier) ; * Édouard Daladier passe de la Défense nationale aux Affaires Étrangères ; * Georges Mandel passe des Colonies à l'Intérieur ; * Louis Rollin passe du Commerce aux Colonies ; * Henry Roy, jusqu'ici Ministre de l'Intérieur, quitte le gouvernement.
A 20h30, sur tous les postes de la radiodiffusion française, Paul Reynaud s'adresse une nouvelle fois aux Français :
« Je vous ai dit, avant-hier, que l'ennemi avait réussi à faire, au sud de la Meuse, une large poche. Depuis lors, cette poche s'est élargie vers l'ouest. La situation est grave. Elle n'est nullement désespérée. C'est dans des circonstances comme celles-ci que le peuple français montre ce qui est en lui. Les sacrifices des soldats sont ceux vers lesquels se tendent toutes nos pensées. Il y a aussi les souffrances morales et matérielles de leurs familles, des réfugiés, des victimes du bombardement de l'ennemi. La grandeur de notre peuple est, dans des circonstances comme celles-ci, il oublie ses propres souffrances pour ne plus penser qu'au péril de la patrie. Ce que le pays attend du gouvernement, ce ne sont pas des paroles, il n'en a que trop entendu depuis quelques années, ce sont des actes qu'il veut !...
Voici les décisions que je viens de prendre : Le vainqueur de Verdun, celui grâce à qui les assaillants de 1916 n'ont pas passé, celui grâce à qui le moral de l'armée française, en 1917, s'est ressaisi pour la victoire, le Maréchal Pétain, est revenu ce matin de Madrid, où il a rendu tant de services à la France. Il est désormais à mes côtés comme Ministre d'État, Vice-Président du Conseil, mettant toute sa sagesse et toute sa force au service du pays. Il y restera jusqu'à la victoire.
Dans les circonstances actuelles, il fallait aussi que le chef du gouvernement fût placé au poste le plus exposé, il fallait qu'il prît les responsabilités les plus lourdes. J'ai donc assumé la direction de la défense nationale. Le Président Daladier reprend le portefeuille des Affaires Étrangères. Quant au ministère de l'Intérieur, dont la tâche vient de s'accroître brusquement, Monsieur Georges Mandel, disciple de Clemenceau, le prend en main.
J'ajoute qu'un mouvement diplomatique va paraître qui donnera à la politique extérieure de la France et à sa représentation à l'étranger son maximum d'efficacité. Toute l'administration de la France doit s'adapter à la guerre. Il faut qu'un esprit de guerre circule dans les bureaux comme ailleurs. Toute faute sera punie sans délai.
Chaque Français, qu'il soit aux armées ou à l'intérieur, doit faire, ce soir, avec moi, le serment solennel de vaincre. »
Après avoir entendu, pour la deuxième fois en trois jours, Paul Reynaud à la radio, l'auditeur se dit deux choses : * qu'il est très inquiet que le Président du Conseil reconnaisse que la "large poche au Sud de la Meuse" s'est élargie vers l'Ouest ; * qu'il fait confiance au Maréchal Pétain pour inspirer aux responsables du gouvernement et aux chefs de l'armée française les bonnes décisions à prendre en ces heures très difficiles pour la France...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Dim 17 Mai 2009, 12:18 pm | |
| Le dimanche 19 mai 1940. Le jour où le général Maxime Weygand devient le nouveau commandant en chef de l'armée française. En ce dixième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, les auditeurs des postes de TSF français prennent connaissance, comme d'habitude, mais sans grande illusion sur leur véracité, des deux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :
* communiqué n° 517 (19 mai 1940 - matin) : « La bataille continue dans la même région avec autant d'acharnement. Notre aviation a continué pendant la nuit les bombardements sur les arrières de l'ennemi. »
L'auditeur se dit que décidément, les nouvelles réelles du front ne doivent pas être excellentes pour que le communiqué de ce dimanche matin soit si bref...
* communiqué n° 518 (19 mai 1940 - soir) : « Les principaux combats ont eu lieu dans la région du nord-est de Saint-Quentin, où nos troupes opposent à l'ennemi une résistance acharnée. De violentes attaques ont été repoussées par nous dans la région de Montmédy avec de fortes pertes pour l'ennemi. Grosse activité aérienne. Notre aviation de chasse et notre D.C.A. se sont opposées aux incursions de bombardement ennemies, leur infligeant de très lourdes pertes. En particulier, une expédition ennemie comptant quinze appareils a perdu les deux tiers de son effectif. »
L'auditeur des postes de TSF français s'étonne que les communiqués ne mentionnent plus ce qui se passe en Belgique...
Dans la nuit du 18 au 19, l'État-Major britannique commence à envisager sérieusement un ré-embarquement de ses troupes en Belgique et dans le Nord de la France pour l'Angleterre...
A 7 heures du matin le généralissime Maurice Gamelin (Commandant en chef de l'armée française) quitte en voiture son PC de Vincennes pour aller à la Ferté-sous-Jouarre, siège du PC du général Alphonse Georges (Commandant en chef du front du Nord-Est) pour évoquer avec lui la manœuvre qu'il préconise. Mais, il trouve le général Georges très ému et si déprimé qu'il le juge incapable de tenir la barre dans des circonstances aussi dramatiques. Aussi, ne s'entretient-il qu'avec les généraux Doumenc et Vuilemin. Il rédige ensuite une "instruction personnelle et secrète n°12" adressée au général Vuillemin, commandant en chef des forces aériennes, et au général Georges, commandant en chef du front du nord-est. Cette "instruction" commence curieusement ainsi : « Sans vouloir intervenir dans la conduite de la bataille en cours, qui relève de l'autorité du commandant en chef sur le front nord-est, et approuvant toutes les dispositions qu'il a prises, j'estime qu'actuellement : (...) »
Après l'avoir signée, le général Gamelin adresse une copie de cette "instruction" à Paul Reynaud, à Édouard Daladier et au Maréchal Pétain.
Cette "instruction", qui n'est toutefois pas un "ordre", aura surtout pour conséquence de perturber tout l'État-Major autour du général Georges...
Le général Maxime Weygand arrive à Paris à 10h30. Durant la matinée il se rend au PC du général Georges à la Ferté-sous-Jouarre où il pourra constater lui-même la stupidité du commandement bicéphale de l'armée française...
Le premier Conseil des Ministres du gouvernement Paul Reynaud, remanié, se tient à l'Elysée en fin de matinée, sous la présidence d'Albert Lebrun, Président de la République. Paul Reynaud déclare qu'il va rencontrer cet après-midi le général Weygand à qui il envisage de confier la charge de généralissime de l'armée française, en remplacement du général Gamelin.
Et puis, à l'issue de ce Conseil des Ministres, un événement à peine croyable se produit : le gouvernement au grand complet se rend à la cathédrale Notre-Dame de Paris, où une cérémonie religieuse a été organisée, afin d'y prier Dieu pour qu'il accorde la victoire à la France... Le public, médusé, voit passer ce curieux cortège composé principalement de personnalités connues pour leur militantisme laïc se placer spontanément sous la protection du Sacré-cœur. Il se dit sur le passage du cortège : « Il faut vraiment que les choses aillent mal pour qu'ils en soient arrivés là !... »
A 19h30 Paul Reynaud reçoit, au ministère de la guerre, rue Saint-Dominique, le général Maxime Weygand. Il l'informe qu'il désire qu'il assume désormais la charge de commandant en chef de l'armée française. Après un moment de silence, Weygand répond au Président du Conseil : « J'accepte la lourde charge que vous me demandez de prendre. Je ferai ce que je pourrai, mais je ne garantis pas de réussir. »
Le général Weygand demande à Paul Reynaud que ses pouvoirs de commandement soient étendues par rapport à ceux de ses prédécesseurs, et aussi que la diplomatie française fasse l'impossible pour dissuader l'Italie d'entrer en guerre.
Paul Reynaud serre avec émotion la main de Maxime Weygand, il le remercie « de sa décision courageuse, dont la France saura apprécier toute la valeur » et l'assure que tout sera fait pour empêcher Mussolini de participer au conflit.
Tout de suite après cet entretien, Paul Reynaud file à l'Élysée où il fait signer deux décrets à Albert Lebrun :
* Le premier supprime les fonctions de "Commandant en chef", prévues par la loi du 11 juillet 1939 sur la nation en temps de guerre.
* Le second nomme le général Weygand au poste de chef d'Etat-Major de la Défense nationale et commandant en chef sur l'ensemble des théâtres terrestres, maritimes et aériens.
La stupide "bi-céphalité" du Haut Commandement français est enfin supprimée !... Mais, n'est-il pas déjà beaucoup trop tard ?...
De retour au ministère de la guerre, Paul Reynaud rédige la lettre suivante au général Gamelin, qui la reçoit vers 20h45 : « J'ai l'honneur de porter à votre connaissance deux décrets que vient de signer Monsieur le Président de la République. Je vous adresse les remerciements du gouvernement pour les services que vous avez rendus au pays au cours d'une longue et brillante carrière. »
Le général Maurice Gamelin note que son successeur reçoit sur la Marine et l'Aviation une autorité qu'il n'a jamais pu obtenir... Quant à la dernière phrase de la lettre de Paul Reynaud il la trouve « cruellement ironique ».
Côté militaire, la situation devient dramatique du côté du front français, ainsi le général Giraud, commandant de la IXème armée est fait prisonnier par les Allemands...
Les divisions de Panzer n'ont qu'un seul et même but : rassemblées au nord et au sud de la ligne Cambrai, Péronne et Ham, elles foncent le long du fleuve la Somme pour arriver le plus vite possible à Abbeville afin de couper définitivement tout espoir de retraite à toutes les troupes alliées encore en Belgique ou dans le Nord de la France.
Le premier acte du nouveau commandant en chef, Maxime Weygand, est de suspendre l'exécution de la fameuse "Instruction personnelle et secrète n°12" du général Gamelin. Avant de se lancer dans une opération d'une telle envergure, il veut aller en personne demain, par un autorail spécial, rencontrer en Belgique et dans le Nord le roi des Belges, lord Gort (le chef des troupes britanniques), ainsi que les généraux français Gaston Billotte (chef du 1er groupe d'armées) et Blanchard (commandant de la 1ère armée française).
Maxime Weygand arrivera-t-il à redresser la situation des armées françaises, qui semble à ce moment déjà désespérée ?...
Roger le Cantalien. |
|  | | roger15 Lieutenant


Nombre de messages: 209 Age: 60 Localisation: Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal) Date d'inscription: 04/05/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Dim 17 Mai 2009, 12:27 pm | |
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|  | | david885 Sergent-chef


Nombre de messages: 57 Age: 20 Localisation: Nancy Date d'inscription: 23/12/2008
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Dim 17 Mai 2009, 1:08 pm | |
| Merci, c'est très intéressant de pouvoir "revivre" les sensations des Français de 1940! A noter que c'est à partir du 20 mai 1940 qu'à la radio, les stations d'Etat (le service public, c'est à dire Radio-Paris, le Poste de la Tour Eiffel, etc.) et les radios privées (Radio-Cité, Poste Parisien, etc.) reçoivent l'interdiction d'emettre des émissions de variétés. A partir de cette date, seules les émission d'informations en français et en langues étrangères sont autorisées sur les ondes françaises. |
|  | | Alexarp Major


Nombre de messages: 123 Age: 16 Localisation: Brive-la-gaillarde Date d'inscription: 22/03/2009
 | Sujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. Lun 18 Mai 2009, 12:02 pm | |
| Wouaw merci beaucoup Roger pour ton topic; je pensais être bien informé avec ce que je considère comme ma bible (les deux ouvrages de Raymond Cartier), mais je cours acheter ton livre Quel dommage que l'Armée Francaise fut dirigée ainsi; forte de son histoire militaire bien remplie, elle aurait pu faire bien mieux... |
|  | | | | Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident. | |
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