La Seconde Guerre Mondiale

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 Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mar 19 Mai 2009, 10:44 pm

Alexarp a écrit:
Wouaw merci beaucoup Roger pour ton topic; je pensais être bien informé avec ce que je considère comme ma bible (les deux ouvrages de Raymond Cartier), mais je cours acheter ton livre pouce
Quel dommage que l'Armée Francaise fut dirigée ainsi; forte de son histoire militaire bien remplie, elle aurait pu faire bien mieux...


Bonjour Alexarp, Smile

J'ai moi aussi commencé, dans ma jeunesse, l'étude de la Seconde guerre mondiale avec l'ouvrage en deux tomes de Raymond Cartier, "La Seconde guerre mondiale". C'est un excellent livre de référence. Il a l'avantage de couvrir entièrement les six années de ce conflit, entre le 1er septembre 1939 et le 2 septembre 1945.

L'ouvrage de Jacques Benoist-Méchain "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident" est limité à la période du 10 mai au 10 juillet 1940. Donc, c'est un ouvrage très spécialisé sur une très courte période, contrairement au livre de Raymond Cartier.

Enfin, je précise que l'ouvrage de Benoist-Méchain ne reproduit pas les communiqués militaires de l'armée française. Je les ai trouvés dans la reproduction numérisée par "Gallica" du quotidien "Le Matin" : voir par exemple http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k586700r.zoom.f1.langFR pour l'exemplaire du lundi 20 mai 1940.

Roger le Cantalien. Rolling Eyes

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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 21 Mai 2009, 12:28 pm

Le lundi 20 mai 1940. Le jour où le piège s'est refermé sur les armées alliées du Nord de la France et en Belgique.


En ce onzième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, comme chaque jour les auditeurs des postes de TSF français prennent connaissance des deux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 519 (20 mai 1940 - matin) : «
Nos troupes combattent vigoureusement dans la région au nord de Saint-Quentin pour contenir la poussée de l'ennemi. Aux environs de Rethel, des éléments ennemis qui avaient réussir à franchir l'Aisne ont été rejetés au cours de la nuit.
Dans la région de Montmédy, les attaques allemandes se sont renouvelées avec la même intensité. Elles ont été repoussées.
Au cours de la nuit, notre aviation de bombardement a poursuivi avec acharnement son plan de désorganisation du ravitaillement ennemi.
»

L'auditeur retient de ce communiqué du matin que l'armée française ne fait que subir la pression de l'armée allemande au Nord de Saint-Quentin. Tout cela reste assez inquiétant...

* communiqué n° 520 (20 mai 1940 - soir) : «
La poussée allemande est toujours très vive dans la région au nord et à l'ouest de Saint-Quentin.
De nouvelles attaques ennemies ont été repoussées dans la région de Montmédy.
Rien d'important sur le reste du front.
La grande activité de notre aviation s'est poursuivie au cours de la journée.
De nombreuses reconnaissances ont préparé l'engagement des formations de bombardement sur les éléments cuirassés ennemis. De forts tonnages ont été lancés sur les colonnes retardant leur progression et leur infligeant des pertes sévères.
»

L'auditeur retient de ce communiqué du soir l'aveu (certes à demi-mots) que les colonnes blindées allemandes progressent, mais prudemment l'État-Major de l'armée française ne dit pas vers où ?...

Cette journée est en réalité celle où l'armée allemande a quasiment gagné la guerre contre les armées alliées !...

De bon matin, Maxime Weygand, nouveau généralissime de l'armée française se rend au donjon du château de Vincennes où il va y rencontrer son prédécesseur, Maurice Gamelin. Après un entretien entre les deux hommes, Gamelin quitte vers 8 heures, sans avoir adressé la moindre parole à ses collaborateurs, pour toujours l'endroit d'où il a dirigé jusqu'à présent les troupes françaises...

Le général Weygand va passer la plus grande partie de la journée à préparer, avec ses collaborateurs immédiats, le voyage en autorail spécial pour aller voir le front Nord et rencontrer le roi des Belges Léopold III. Il a décidé de le repousser d'une journée (heureusement pour lui !...) et de l'entreprendre seulement demain mardi...

Durant cette journée la coupure entre les armées alliées dans le Nord et en Belgique et celles qui opèrent au Sud de la Somme atteint déjà 90 kilomètres de profondeur !...

A 20 heures, ce lundi 20 mai 1940, les panzers de Guderian atteignent enfin la côte à l'Ouest de Montreuil sur-Mer (Pas-de-Calais). Guderian établit aussitôt trois "secteurs de sécurité", sur le fleuve la Somme pour prévenir toute éventuelle attaque des Français en provenance du Sud. Trois têtes de pont sont également établies sur la rive gauche de la Somme : à Abbeville, à Amiens et à Péronne. A minuit le dispositif allemand est achevé. Les armées alliées du Nord sont prises au piège... Les autres panzers foncent vers Calais et Dunkerque...

Informé de ces excellentes nouvelles dans la soirée, Adolf Hitler laisse enfin éclater sa joie auprès de son entourage !... Il leur déclare : « Les négociations d'armistice s'engageront dans la forêt de Compiègne, comme en 1918, et le wagon historique sera transféré à Berlin !... Le traité devra rendre à l'Allemagne tous les territoires qui lui ont été volés depuis quatre cents ans. Quant à l'Angleterre, elle obtiendra la paix quand elle le voudra, à condition qu'elle nous rende nos anciennes colonies. »

Grisé par sa victoire, Hitler prend alors une décision qui va sauver la ligne Maginot : afin d'éviter des pertes allemandes inutiles il annule l'attaque projetée dans les jours suivants des casemates de la ligne Maginot par le groupe d'armée C de Ritter von Leeb (1ère armée allemande, von Witzleben, et 7ème armée allemande, Dollmann). Les soldats français, retranchés dans les casemates de la ligne Maginot ignoreront qu'ils devront leur tranquillité (jusqu'au 25 juin 1940) à Hitler en personne... L'assaut contre le fort de la Ferté (le 18 mai 1940) restera donc la seule tentative allemande contre la ligne Maginot.

Dans la soirée le général Weygand est informé par un coup de téléphone que toutes les liaisons par route ou par chemin de fer sont désormais impossibles avec le Nord de la France... C'est donc en avion qu'il se rendra là-bas demain...

Winston Churchill, adresse ce 20 mai 1940 au Président américain un télégramme suite à la conversation que celui-ci a eu avec l'ambassadeur britannique le 17 mai, lui suggérant d'envoyer, avant toute négociation avec les Allemands, les bâtiments de la Royal Navy dans des ports américains :

«
En ce qui concerne la dernière partie de votre entretien avec Lothian, nous avons l'intention, quoi qu'il arrive, de lutter jusqu'au bout dans cette île et, si nous ne pouvons obtenir les secours que nous demandons, nous espérons que notre supériorité individuelle nous permettra de tenir tête à l'ennemi dans les combats aériens. Les membres de l'actuel gouvernement risqueraient fort de sombrer dans la tourmente, si la lutte tournait à notre désavantage, mais nous n'accepteront jamais de nous rendre, quelles que puissent être les circonstance.
Si les membres de l'actuel gouvernement étaient balayés et que leurs successeurs fussent disposés à engager des pourparlers parmi les ruines, vous ne devez pas perdre de vue que notre seule monnaie d'échange serait la flotte et, au cas où les États-Unis abandonneraient l'Angleterre à son sort, nul n'aurait le droit de blâmer les responsables de l'heure, d'avoir obtenu les meilleures conditions possibles pour les survivants.
Excusez-moi, Monsieur le Président, d'évoquer brutalement ce cauchemar. Il est évident que je ne saurais répondre de mes successeurs qui, au comble du désespoir et de l'impuissance, pourraient bien être contraints de se plier aux exigences de l'Allemagne...
»

Roger le Cantalien. Rolling Eyes


Dernière édition par roger15 le Jeu 21 Mai 2009, 11:27 pm, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 21 Mai 2009, 6:40 pm

Le mardi 21 mai 1940. Le jour où il devient évident pour tout le monde que l'Allemagne a gagné la guerre.



En ce douzième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici les deux fameux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 521 (21 mai 1940 - matin) : « Malgré de nombreux engagements, la nuit n'a pas apporté de changements importants à la situation qui reste confuse entre la Somme et la région de Cambrai.
Des attaques ennemies ont été repoussées en divers autres points du front, notamment sur l'Aisne, dans la région de Rethel.
Notre aviation a continué de nuit ses bombardements intenses sur les arrières de l'ennemi.
»

* communiqué n° 522 (21 mai 1940 - soir) : « Dans la région au nord de la Somme, l'ennemi continuant sa pression, a réussi à pousser des éléments avancés jusqu'à Amiens et à Arras.
Sur le reste du front, situation sans changement, malgré des efforts locaux de l'ennemi.
Intense activité de notre aviation de renseignement et de nos formations de bombardement qui, avec la collaboration des unités de bombardement en piqué de la marine, ont harcelé sans répit les troupes ennemies au sol.
Le nombre minimum des avions ennemis que l'aviation française et notre D.C.A. ont à elles seules abattus dans nos lignes, pendant la période du 10 au 19 mai, s'établit actuellement à trois cent trois.
»

En revanche, les auditeurs français de radio Sottens (Suisse romande) pourront entendre le bulletin victorieux de l'armée allemande d'aujourd'hui : « Dans l'ouest, la plus grande opération offensive de tous les temps obtient, après une série de succès partiels, son premier effet stratégique : nos troupes ont atteint la mer. (...) Les forces allemandes, divisions cuirassées en tête, ont commencé le refoulement, sur les côtes de la Manche, de toutes les forces française, anglaises et belges qui se trouvent au nord de la Somme. »

Le général Weygand s'est envolé ce matin du Bourget à 8h35. Ce n'est qu'à 15 heures, après un voyage des plus mouvementé, qu'il arrive en automobile à Ypres où va se dérouler une importante conférence interalliée. Y assistent : du côté belge le roi Léopold III, les généraux Michiels et Overstraeten ; du côté français : les généraux Weygand, Billotte, Falgade, Champon et l'amiral Jean-Marie Abrial ; du côté anglais : le seul amiral Keyes. Aucun représentant de la RAF ni le chef du Corps expéditionnaire britannique sur le front français... Cette conférence, qui durera jusqu'à 19 heures, n'apportera pas grand chose de concret, car si les Français et les Belges veulent dès que possible lancer une opération afin de tenter de percer le corridor creusé par les Allemands pour s'échapper vers le Sud, les Anglais (sans encore vouloir l'avouer officiellement) ne cherchent qu'à vouloir ré-embarquer à Dunkerque...

Weygand regagne justement Dunkerque où l'attend le torpilleur français "La Flotte" qui le ramène à Cherbourg. L'amiral Jean-Marie Abrial l'accompagne dans cette traversée. Weygand est conquis par son sang-froid et son rayonnement, aussi songe-t-il à lui confier la défense du camp retranché de Dunkerque si les projets de percés des armées alliées encerclées vers le Sud ne se réalisaient pas.

Un nouveau malheur va s'abattre sur l'armée française encerclée dans le Nord : le général Gaston Billotte, Chef du Premier groupe d'armées, en quittant la réunion d'Ypres a un grave accident d'automobile... Le général tombe immédiatement dans le comas et décèdera le 23 mai sans avoir repris connaissance. Pendant un jour et demi les troupes françaises du Nord n'auront plus de chef !...

Paul Reynaud prononce à 15h10 un discours au Sénat. Il commence d'une manière dramatique : « La patrie est en danger. Le premier de mes devoirs est de dire la vérité au Sénat et au pays. »

Il flétrit le général Corap (ancien chef de la IXème armée française) qu'il rend seul responsable du désastre actuel dans le Nord.

Il annonce aux Sénateurs, médusés, que ce matin à huit heures l'État-Major l'a informé qu'Arras et Amiens sont occupés par l'ennemi.

Il termine son discours de façon solennelle : « La France ne peut mourir. Pour moi, si l'on venait me dire un jour que seul un miracle peut sauver la France, ce jour-là je dirais : je crois au miracle, parce que je crois en la France ! »

On trouvera sur le corps d'un officier de l'armée Corap (IXème armée française) qui vient de se suicider, une carte postale adressée à Paul Reynaud : « Je me tue pour vous faire savoir, Monsieur le Président, que tous mes hommes étaient des braves, mais on n'envoie pas des gens se battre avec des fusils contre des chars d'assaut ! »

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 21 Mai 2009, 7:31 pm

Le mercredi 22 mai 1940. Le jour où Winston Churchill vient à Paris pour renforcer la coopération anglo-française.



En ce treizième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce que peuvent entendre les auditeurs français sur la situation du front en entendant les deux fameux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 523 (22 mai 1940 - matin) : «
La pression de l'ennemi a continué de s'exercer dans la direction de la côte, sous la forme de raids exécutés par de petits détachements motorisés.
Arras est actuellement entre nos mains.
En Lorraine, l'ennemi ayant exécuté des tirs sur trois villes à l'arrière de notre front, nous avons riposté sur trois villes à l'arrière du front allemand.
».

L'auditeur français est perplexe : hier Paul Reynaud annonce à la tribune du Sénat qu'Arras est occupé par l'ennemi, et le communiqué de ce matin dit exactement le contraire !...

* communiqué n° 524 (22 mai 1940 - soir) : «
Au cours de la journée, les combats ont continué dans le Nord et en Belgique.
Rien d'important à signaler sur le reste du front.
»

Le caractère excessivement succinct du communiqué du soir ne fait rien pour remonter le moral de l'auditeur français...

A midi s'ouvre, au château de Vincennes, un Conseil de Guerre interallié. Des témoins diront : « La séance, tenue dans le bureau du général Weygand, est lugubre !... ». Y participent :

* du côté anglais : Winston Churchill ("dont le visage est morne et sérieux"), le général Sir John Dill, le vice-ministre de l'Air Peirse, et le général Ismay ;


* du côté français : Paul Reynaud accompagné du capitaine de Margeride, le général Weygand accompagné de quelques officiers de son État-Major.

A la demande du général Weygand, le colonel Simon commence par faire un exposé de la situation militaire. Le général Weygand expose ensuite la manœuvre qu'il préconise : lancer une opération alliée d'envergure vers la Somme, donc vers le Sud.

Le Premier Ministre britannique approuve le plan de Weygand. Il précise que les forces britanniques encerclées n'ont plus que pour quatre jours de vivres...

La conférence prend fin à 13h15. Ensuite, en privé, Winston Churchill se plaint auprès de Paul Reynaud et du général Weygand de l'attitude du général Billotte qui a laissé le général Gort (chef du corps expéditionnaire britannique) sans instruction pendant quatre journées consécutives !... Reynaud et Weygand informent alors Churchill de l'accident survenu au général Billotte, et de son remplacement par le général Blanchard. Ils assurent le Premier Ministre anglais que désormais le général Blanchard et lord Gort travailleront la main dans la main.

Rentré à Londres à 22h30, Winston Churchill convoque le général Edward Spears à l'Amirauté. Le bref séjour qu'il vient de faire à Paris lui a laissé une impression de malaise, et il pense qu'il serait utile de resserrer les liens entre le gouvernement français et le gouvernement britannique. Il lui déclare : « J'ai décidé de vous envoyer à Paris comme mon représentant personnel auprès de Paul Reynaud. Vous aurez le rang de Major général. La situation est très grave. »

Le général Edward Spears écrira à ce sujet dans ses mémoires :
« Je fus heureux de constater que Winston ne trouvait pas nécessaire de définir exactement ma mission, ni de me dire ce que j'aurais à faire. Cela me donna confiance en moi-même de penser qu'il se fiait suffisamment à moi pour m'envoyer, sans ordre précis, dans ce tourbillon incompréhensible, dans cette situation de cauchemar. »

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 21 Mai 2009, 11:20 pm

Le jeudi 23 mai 1940. Le jour où le plan Weygand est rejeté de fait par les Britanniques.


En ce quatorzième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce que les auditeurs français apprennent sur la situation du front en entendant les deux fameux communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 525 (23 mai 1940 - matin) : « Dans le nord la lutte se poursuit avec la plus grande violence. Il est confirmé que nous avons progressé jusqu'aux abords de Cambrai.
Le combat d'artillerie est devenu violent en divers autres points du front, notamment dans les régions d'Attigny, de Longuyon et au nord de la Nied.
»

L'auditeur français est dubitatif concernant cette progression jusqu'aux abords de Cambrai...

* communiqué n° 526 (23 mai 1940 - soir) : « De multiples combats ont eu lieu en divers points de la région du nord. Nos éléments avancés ont atteint les faubourgs d'Amiens.
Une attaque ennemie, précédée d'une forte préparation d'artillerie, a échoué au sud de Sedan.
Lutte d'artillerie entre Longuyon et la Moselle.
Intense activité de notre aviation de bombardement, de jour et de nuit.
Au cours de la soirée du 22 mai, notre aviation de chasse a fait battre en retraite quatre groupes de bombardiers ennemis composés chacun d'une vingtaine d'appareils qui s'efforçaient d'attaquer en piqué notre front de bataille. Huit avions ennemis, au moins, ont été abattus au cours de ce combat. Tous nos appareils sont rentrés.
»

Tout comme pour le communiqué du matin, l'auditeur français est dubitatif concernant cette progression jusqu'aux faubourgs d'Amiens...

Au matin, le général Weygand donne l'ordre d'avertir tous les chefs de corps de la manœuvre prescrite : « Dans le carré fermé à l'ouest par la mer, au sud par la Somme, au sud-est par les actions convergentes Frère et Blanchard, à l'est par les Belges, le gros des Panzerdivisionen doit trouver sa mort par inanition. L'ennemi s'est placé dans une situation qu'il faut exploiter sans retard. Que tous comprennent la manœuvre et s'y donnent avec initiative, résolution, fermeté inébranlable. »

Ce soir les forces allemandes ont atteint la ligne Béthune-Aire-Saint-Omer.

Les Panzers de Rommel contournent les faubourgs ouest d'Arras et menacent les arrières des troupes anglaises qui y sont engagées. Cela rend Lord Gort extrêmement perplexe. Il constate que sa position s'aggrave d'heure en heure, et qu'il n'a qu'une confiance limitée dans le plan Weygand. Sur les instances de Churchill, il accepte de rencontrer le général Blanchard. Mais, il s'y résigne à contre-cœur et repart déçu de l'entrevue...

Lord Gort dira dans ses mémoires : « Je ne reçus de qui que ce fût, aucun renseignement sur la position exacte de nos forces, ni sur celles de l'ennemi sur l'autre bord de la brèche. Je ne reçus non plus, ni précisions, ni horaires sur les projets d'attaque dans cette région. »

A partir de ce moment, Lord Gort, irrité et déçu, se désintéresse du plan Weygand. Il décide de replier ses troupes au nord d'Arras dans le courant de la nuit. Cette manœuvre porte le coup de grâce aux plans du Commandant en chef français. Elle surprendra d'autant plus le général Blanchard que lord Gort ne juge pas utile de l'en prévenir...

Tard dans la soirée, Paul Reynaud demande à Paul Baudouin (Secrétaire du Comité de guerre) de téléphoner au général Weygand pour l'inviter à faire venir d'urgence en métropole les divisions algériennes et tunisiennes. Paul Baudouin lui fait remarquer qu'il ne faut pas sous-estimer le danger italien possible. « Oui, répond le Président du Conseil, mais il faut tout lancer dans la bataille pour contenir les Allemands. Mon point de vue est très net : je suis d'avis que le général Weygand dégarnisse l'Afrique au profit de la métropole. »
Paul Baudouin communique aussitôt ce désir au Commandant en chef.

Roger le Cantalien. Rolling Eyes



Dernière édition par roger15 le Ven 22 Mai 2009, 10:23 am, édité 2 fois
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david885
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 22 Mai 2009, 12:59 am

Merci pour tout ce travail passionant!
A ce moment, le civil français commence sans doute à être très inquiet. En plus de l'arrêt des émissions de variétés à la radio, il peut entendre les radios noires allemandes, qui démoralisent aussi bien les troupes que les civils à l'arrière, par exemple Radio-Stuttgart avec Paul Ferdonnet.
Voici un extrait du Pathé-Journal diffusé dans les salles de cinéma entre le 23 et le 30 mai 1940. On peut voir y voir Weygand. C'est bien entendu de la propagande.


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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 22 Mai 2009, 9:33 am

Bonjour David 885,

Merci beaucoup pour cette vidéo très intéressante du "Pathé Journal" du 23 mai 1940.

Elle m'a fait penser que j'ai oublié de citer, à la date du mardi 21 mai 1940, un événement important (et qui ne se trouve point dans l'ouvrage de Benoist-Méchain, et pour cause, vu que ce livre a été publié, je le rappelle, en 1957, car on ne l'a retrouvé qu'en 1985 ["Le Figaro" du 30 octobre 1985] grâce aux recherches lancées par Alain Peyrefitte dans la revue "Historia" n° 336 de novembre 1974, qui en donne le détail dans son ouvrage "C'était de Gaulle" aux pages 25 à 29) : le tout premier appel de Charles de Gaulle (alors colonel) à Savigny sur Ardres (département de la Marne, arrondissement de Reims, canton de Ville-en-Tardenois) à la radio-diffusion nationale française dans le cadre de l'émission d'Alex Surchamp "Le quart d'heure du soldat". Voir :
http://www.crdp-reims.fr/memoire/LIEUX/2GM_CA/plaques/savigny.htm.


Voici le texte, reconstitué, de ce tout premier appel de Charles de Gaulle le mardi 21 mai 1940 à Savigny-sur-Ardres (Marne) :
« C'est la guerre mécanique qui a commencé le 10 mai.
En l'air et sur la terre, l'engin mécanique - avion ou char - est l'élément principal de la force.
L'ennemi a remporté sur nous un avantage initial. Pourquoi ? Uniquement parce qu'il a plus tôt et plus complètement que nous mis à profit cette vérité.
Ses succès lui viennent de ses divisions blindées et de son aviation de bombardement, pas d'autre chose !
Eh bien ? nos succès de demain et notre victoire - oui ! notre victoire - nous viendront un jour de nos divisions cuirassées et de notre aviation d'attaque. Il y a des signes précurseurs de cette victoire mécanique de la France.
Le chef qui vous parle a l'honneur de commander une division cuirassée française. Cette division vient de durement combattre ; eh bien ! on peut dire très simplement, très gravement - sans nulle vantardise - que cette division a dominé le champ de bataille de la première à la dernière heure du combat.
Tous ceux qui y servent, général aussi bien que le plus simple de ses troupiers, ont retiré de cette expérience une confiance absolue dans la puissance d'un tel instrument.
C'est cela qu'il nous faut pour vaincre. Grâce à cela, nous avons déjà vaincu sur un point de la ligne.
Grâce à cela, un jour, nous vaincrons sur toute la ligne.
»

Alain Peyrefitte a interrogé le général de Gaulle, le 22 avril 1963, sur cet appel :
«
Avez-vous gardé le souvenir, mon général, d'avoir parlé à la radio, après l'engagement de Montcornet, quand vous étiez encore colonel ?
- Oui, c'était l'Etat-Major qui m'avait envoyé un correspondant de guerre. On voulait faire parler quelqu'un qui puisse remonter le moral des Français. Il n'y avait pas l'embarras du choix.
»
Alain Peyrefitte sent qu'il l'agace, il se hâte de changer de sujet.

Le futur académicien déclare ensuite : « Pendant plusieurs années, je n'ai pas osé lui reparler de cet épisode. Il aurait été capable de m'asséner un "Je vous l'ai déjà dit". Beaucoup plus tard, je saisis l'occasion d'une conversation détendue, en avion, pour le relancer. »

«
Retour de Cherbourg, en Caravelle, 17 mars 1967.
- Pourquoi parle-t-on toujours de votre appel du 18 juin, et jamais de votre appel de mai, après Montcornet, qui était encore plus prémonitoire ?
- Ce n'était pas un appel, c'était une interview, comme on dit.
- Dans mon souvenir, c'était le même ton, le même thème : "Nous avons reculé devant les chars et les avions, un jour nous l'emporterons avec davantage de chars et d'avions". N'avez-vous pas gardé le texte ?
- Je ne sais pas si on l'a conservé... Ce qui est vrai, c'est que, dans la confusion générale, le devoir m'est apparu, alors, clair comme la lumière du jour. J'ai été submergé par la fureur devant le désastre. Penser que tout ça n'était dû qu'à l'aveuglement de nos gouvernements et de nos grands chefs militaires ! Tandis qu'un peu de clairvoyance nous aurait épargné la défaite - et même la guerre !
Une maigre division blindée, formée à la hâte, sans encadrement et sans entraînement, venait de retourner la débâcle en succès sur un point du front. Oui ! Nous aurions pu gagner la bataille. Nous aurions même évité la guerre, si nous avions disposé de cet instrument au moment de la remilitarisation par Hitler de la rive gauche du Rhin ! C'était trop bête ! C'est à Montcornet que j'ai forgé ma résolution.
»
Alain Peyrefitte " C'était de Gaulle" tome I , éditions Fayard 1994, pages 26 et 27.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 22 Mai 2009, 9:42 am

On pourrait continuer ici sur Mechin? Ensuite je donnerai la version anglaise des évènements à partir de Churchill mais dans un autre fil. Il serait intéressant de comparer dans un troisième fil.
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 22 Mai 2009, 12:39 pm

Le vendredi 24 mai 1940. Le jour où Adolf Hitler prend une décision capitale qui va lui faire perdre la guerre, qu'il est pourtant sur le point de gagner !...


En ce quinzième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici les deux traditionnels communiqués quotidiens diffusés sur les postes de TSF français par l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 527 (24 mai 1940 - matin) : «
Dans la région du Nord, l'ennemi s'efforce d'accentuer sa pression.
Sur la ligne de la Somme, nos troupes occupent solidement les positions conquises.
Au sud de Sedan, l'ennemi a poursuivi ses attaques sans progresser de façon appréciable, malgré les moyens mis en œuvre.
»

L'auditeur français se sent un peu plus rassuré : l'ennemi continue certes d'attaquer, mais il ne progresse plus...

* communiqué n° 528 (24 mai 1940 - soir) : «
Les violents combats qui se sont déroulés depuis plusieurs jours dans le Nord, notamment dans les régions de Cambrai et d'Arras et qui se sont étendus jusqu'aux régions de Saint-Omer et de Boulogne, n'ont pas permis jusqu'à présent de rétablir la continuité de l'ensemble de notre front.
Au sud de Sedan, l'attaque allemande signalée ce matin a été menée avec des moyens puissants. Notre contre-attaque a été marquée par un succès très net.
Opérations très actives de nos aviations de reconnaissance et de bombardement, qui poursuivent le harcèlement des arrières ennemis.
Notre aviation de chasse, tout en continuant son action de couverture, a attaqué au canon avec succès, des éléments blindés et motorisés ennemis.
»

L'auditeur français se sent beaucoup plus inquiet après avoir entendu le communiqué de ce soir : l'État-Major français reconnaît que l'ennemi a étendu son action jusqu'aux régions de Saint-Omer et de Boulogne-sur-Mer... S'il regarde une carte, il comprend très vite l'objectif des Allemands : prendre le plus rapidement possible les ports de Calais et de Dunkerque !...

Au cours de la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 mai 1940 les deux divisions britanniques qui la défendaient évacuent la ville d'Arras. De plus, trois autres divisions britanniques dans la région de Lille replient elles aussi vers les ports de Calais et de Dunkerque.

Le général Weygand écrira dans ses mémoires : « La coupure entre les armées du Nord et celles opérant au sud vers la Somme était auparavant de 30 kilomètres. J'espérais la réduire fortement et même la combler lorsque, par le retrait des Britanniques, cette distance fut portée de 30 à 70 kilomètres. »

De ce fait le plan Weygand devient inexécutable.

De plus, l'Etat-Major anglais donne aux unités britanniques et au matériel lourd l'ordre de se préparer à évacuer le port du Havre. Cela confirme que les responsables de l'armée britanniques s'attendent à la défaite prochaine de l'armée française...

La VIIème armée française, commandée par le général Robert Altmayer attaque violemment les forces allemandes vers le sud, en direction d'Amiens. Hélas, très vite elle s'essoufflera devant la résistance des troupes allemandes...

Histoire de désorganiser un peu plus le moral des Alliés, l'aviation allemande lance des tracts sur l'armée belge lui annonçant : « Le roi a abandonné ses troupes pour s'enfuire à l'étranger. » Léopold III riposte en faisant immédiatement diffuser la proclamation suivante : « Officiers, sous-officiers, soldats ! Quoi qu'il puisse arriver, mon sort sera celui de mes troupes ! Je vous demande de résister avec fermeté, discipline et confiance. »

Mais, ce qui est très important pour cette journée du vendredi 24 mai 1940, c'est le Conseil de Guerre que préside Adolf Hitler à son Grand Quartier Général de Charleville (chef-lieu du département des Ardennes).
Le Führer va en effet prendre une décision capitale... qui va lui faire perdre la guerre qu'il est pourtant en train de gagner !..

Ce Conseil de guerre réunit autour d'Adolf Hitler le général Wilhelm Keitel (Chef de l'O.K.W. [Oberkommando der Wehrmacht]), le général Alfred Jodl (Chef des opération), le général Walther von Brauchitsch (Commandant en chef des forces terrestres), le général Karl Rudolph von Rundstedt (Commandant le groupe d'armée A) et plusieurs autres généraux appartenant au Grand État-Major allemand.

Le général Walther von Brauchitsch commence par proposer une attaque de grand style des forces blindées allemandes dans la région Vimy-Saint-Omer-Graveline. Son intention est de presser brutalement sur la poche de Dunkerque, d'isoler de la côte les troupes du Groupe d'armées alliées n°1 qui font retraite vers la mer, et de parachever leur investissement. Le général Wilhelm Keitel ajoute : « La plus grande bataille d'encerclement de l'Histoire doit se terminer par l'anéantissement de toutes les troupes anglaises, françaises et belges qui combattent encore dans les Flandres. »

Tous les généraux présents approuvent le plan Brauchitsch. Cependant, Adolf Hitler va le repousser !... En effet, il représente à ses yeux une perte de temps inutile. Pour lui le sort des forces alliées qui combattent dans les Flandres est déjà scellé. Qu'importe si quelques contingents s'échappent ? Ils n'en devront pas moins abandonner en totalité leurs armes et leur matériel. Ce qui compte, c'est de préparer sans délai les opérations le long de la ligne allant de la Somme à la ligne Maginot, pour ne pas laisser au Haut Commandement français le temps de reprendre haleine. Il ne doit y avoir aucun hiatus entre la bataille des Flandres et la bataille de France.

En conséquence, Hitler prescrit au général von Rundstedt les deux ordres suivants :

* -1°) Ne plus pousser les Panerdivisionen vers le nord-est, mais les regrouper dans la région de Saint-Quentin, en vue de la deuxième phase des opérations, dont le déclenchement est fixé au vendredi 31 mai 1940.

* -2°) Confier à l'infanterie et à l'aviation seules, le soin de terminer la bataille des Flandres.

A l'issue de la conférence, Hitler, au grand étonnement de tous les assistants, se met à parler en termes admiratifs de l'Empire britannique, de l'utilité de son existence et de la valeur de la civilisation introduite par la Grande-Bretagne dans le monde. Il compare l'empire britannique à l'Église catholique, les estimant tous deux des éléments indispensables à la stabilité générale. Le Führer déclare : « Je demanderai seulement à la Grande-Bretagne de reconnaître la position prééminente de l'Allemagne sur le continent. Le retour de nos colonies serait évidemment souhaitable, mais ce n'est pas essentiel. Les colonies ne constituent qu'une question de prestige, puisqu'on ne peut pas les garder pendant une guerre et que, de toute façon, peu d'Allemands supportent le climat des tropiques. Je suis même prêt à offrir à l'Angleterre, si elle se trouve en difficulté où que se soit, le soutien de nos armées. »

Pour terminer Adolf Hitler affirme désirer une paix avec l'Angleterre « sur des bases que celle-ci accepterait comme compatibles avec son honneur. »

L'ordre d'arrêter l'avance des blindés allemands est transmis aux commandants de corps, pour exécution. Cet ordre, inattendu, consterne les généraux. Le colonel Schmundt, aide de camp du Führer chargé de leur transmettre cette décision, déclarera : « Ils ressemblaient à une meute de chiens de chasse, arrêtés en plein élan juste avant la curée et qui voient s'échapper leur proie. »

Le général von Kleist déclarera : « Le XLIème Corps cuirassé de Reinhardt avait déjà atteint la ligne Aire-Saint-Omer, à 30 kilomètres de Dunkerque. Les blindés allemands étaient donc plus près de ce port que le gros des armées anglaises. »

Le XLIème Corps cuirassé allemand (colonel Reinhart) n'est en effet plus qu'à 30 kilomètres de Dunkerque quand il reçoit l'ordre d'arrêter sa progression. Il envoie alors un message de protestation, mais il reçoit très rapidement en réponse un télégramme très sec lui disant : « Les divisions blindées doivent rester à portée moyenne de canon de Dunkerque (13 à 15 kilomètres). Les mouvements de reconnaissance et de protection sont seuls autorisés. »

Reinhart déclarera : « Cet ordre me semblait incohérent. Je décidais de l'ignorer et de traverser le canal d'Hazebrouck. Mes autos blindées entrèrent même à Hazebrouk, coupant les voies de de la retrair britannique. J'appris plus tard que le Commandant en chef anglais, Lord Gort, se trouvait justement à Hazebrouk, à ce moment-là. Je reçus un ordre, plus impératif encore me sommant de me retirer de l'autre côté du canal. Mes chars furent stoppés là pendant trois jours. »

Bien sûr, tout le monde se demande, depuis 69 ans, pourquoi Hitler a-t-il donné un ordre aussi surprenant ?... Deux thèses s'affrontent :


- pour certain il n'a pas voulu, en l'écrasant militairement, créer l'irréparable entre le Reich et l'Angleterre, espérant qu'un arrangement surviendrait entre ces deux pays. C'est volontairement qu'il a laissé échapper le gros du Corps expéditionnaire britannique, afin de faciliter les pourparlers de paix ;

- pour d'autres, il a voulu permettre à la Luftwaffe de son ami Hermann Gœring, d'écraser les forces alliées encerclées dans la poche de Dunkerque. Gœring avait en effet supplié Hitler de ne pas accorder l'honneur de régler le sort de Dunkerque à la seule armée de terre, mais à la
Luftwaffe, faisant ainsi de la bataille de Dunkerque une victoire du régime.

A vous de choisir la thèse que vous préférez, pour ma part, je croirais assez qu'Hitler était favorable aux deux...

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Sam 23 Mai 2009, 1:33 pm

Le samedi 25 mai 1940. Le jour où Paul Reynaud ose enfin prononcer, en "Comité de Guerre", le mot (jusqu'ici tabou) "Armistice".



En ce seizième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 529 (25 mai 1940 - matin) : «
En fin de journée, hier, nous avons consolidé nos positions sur la Somme, et fait, au cours de ces opérations, un certain nombre de prisonniers.
Au cours de la nuit, rien à signaler sur l'ensemble du front.
»

L'auditeur français se sent assez rassuré après avoir entendu ce communiqué du matin. Les opérations militaires marquent un répit, mais pour combien de temps ?...

* communiqué n° 530 (25 mai 1940 - soir) : «
Au nord, la situation est sans changement important. Nos troupes se battent avec vigueur et une résolution que souligne l'intensité des efforts ennemis et infligent aux Allemands, dans toutes les rencontres, de lourdes pertes.
Entre l'Aisne et la Somme, l'activité est toujours très vive, et nous avons, au cours des dernières journées, dominé l'ennemi.
»

L'auditeur français se sent complètement rassuré après avoir entendu ce communiqué du samedi 25 mai 1940 au soir : l'ennemi a été complètement "dominé
" lors des combats des dernières journées !...

La réalité est hélas toute autre...

Dans la nuit de vendredi à samedi la Wehrmacht enlève Audenarde et progresse dans les faubourgs de Courtait. Elle se trouve en même temps sur l'Escaut et sur la Lys. La 2ème Panzer constitue à Saint-Omer une tête de pont. La chute de Calais n'est plus qu'une question d'heures...

A 4 heures du matin Hubert Pierlot (Premier Ministre belge), accompagné par trois ministres (Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, Herman van der Poorten, et du général Denis, ministre de la défense nationale), arrivent en avion au PC du roi Léopold III au château de Wynendaele. Ils l'informent qu'ils partent pour Londres et invitent le roi des Belges à les imiter. Léopold III décline l'invitation et leur déclare : « J'ai décidé de rester. Je dois, quel qu'il soit, partager le sort de mon peuple. C'est en demeurant auprès de lui que je pourrai le mieux le protéger. Je l'ai déjà dit dans une lettre que j'adresse ce jour au roi d'Angleterre. »

A l'instant du départ les quatre ministres demandent au roi combien de temps l'armée belge pourra encore tenir ? Léopold III leur répond : « Tout au plus vingt-quatre heures. » En réalité, l'armée belge ne capitulera que le mardi 28 mai 1940, donc trois jours plus tard.

Le général Weygand fait adresser à 19h35 au général Blanchard le télégramme suivant : « Vous demeurez seul juge des décisions à prendre pour sauver ce qui peut être sauvé, et avant tout l'honneur des drapeaux dont vous êtes le gardien. »

Côté politique, un "Comité de guerre" se réunit à l'Élysée à 19 heures sous la présidence d'Albert Lebrun, Président de la République. Y prennent part :

* Paul Reynaud, Président du Conseil et Ministre de la Défense nationale ;

* le Maréchal Philippe Pétain, vice-Président du Conseil ;

* César Campinchi, Ministre de la Marine ;

* Victor-André Laurent-Eynac, Ministre de l'Air ;

* Louis Rollin, Ministre des Colonies ;

* le général Maxime Weygan, Commandant en chef des armées françaises ;

* François Darlan, Amiral de la Flotte ;

* le général Joseph Vuillemin, chef des forces aériennes françaises ;

* le général Jules Bührer ;

* Paul Baudouin, Sous-secrétaire d’État à la Présidence du conseil, Secrétaire du "Comité de guerre".

Le général Maxime Weygand commence par faire l'historique des opérations militaires depuis le 10 mai 1940, jusqu'à l'encerclement du Groupe d'Armée n°1 dans le Nord et en Belgique..

Le général Weygand examine ensuite la situation sur le reste du front. La ligne tenue par les troupes françaises comprend la ligne Maginot, les fortifications qui suivent jusqu'à Montmédy, l'Aisne, l'Ailette, le canal Crozat et la Somme jusqu'à la mer. Le long de cette ligne, le Haut Commandement français est en train de masser toutes les forces dont il dispose encore, y compris ses ultimes réserves. Il déclare : « Une ligne de défense nouvelle d'environ 280 kilomètres de long est en voie de formation. Pour la tenir quelles sont nos disponibilités ?
Il nous reste actuellement 48 divisions. En y ajoutant sept divisions récupérées parmi les débris de l'Armée Corap, une division prélevée sur l'Armée des Alpes et trois divisions puisées parmi nos forces d'Afrique du Nord, l'armée française disposera en tout s'une soixantaine de divisions.
Devant nous, nous avons 130 à 150 divisions allemandes, dont neuf divisions blindées. Nous somme donc appelés à lutter à un contre trois. D'autre part, nos unités de chars sont réduites des quatre cinquièmes. Nos disponibilités en chasse et en avions de bombardement sont appelées à se réduire rapidement au cours des semaines à venir, puisque, actuellement, la bataille consomme 30 à 40 avions par jour.
Que faire, dans ces conditions ? Chercher une ligne plus courte. Laquelle ? Trois possibilités se présentent :

- 1°) Une ligne qui va de la mer à la Loire, en couvrant Paris. Mais alors il faut abandonner la ligne Maginot et les 150 000 combattants qui l'occupent.

- 2°) Une ligne plus courte englobant la ligne Maginot. Mais, alors, il faut abandonner Paris.

- 3°) Défendre une ligne transversale, constituée par la Basse-Seine, la position de Paris, l'Oise, la Nonette, la Marne, l'Argonne, Verdun, Metz et la ligne Maginot. Après une bataille sur le front actuel Somme-Aisne, l'armée devrait se regrouper derrière cette position, qui a le mérite de couvrir Paris. Mais nous n'aurons pas les réserves voulues pour opérer en bon ordre, sous la pression de l'ennemi, une retraite de la ligne Somme-Aisne, vers la ligne Basse-Seine-Marne. Il n'y a pas de retraite méthodique possible, avec une pareille infériorité numérique.

Ces trois possibilités sont donc à écarter. Il ne lui reste plus qu'une solution, et une seule : tenir sur la position actuelle Somme-Amiens, et nous y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Cette position présente de nombreux points faibles, en particulier le canal Crozat et l'Ailette. Nous pourrons y être crevés. Dans ce cas les fragments constitueront des môles. Chacune des parties de l'armée devra se battre jusqu'à épuisement pour sauver l'honneur du pays.
»

Le général Weygand termine son exposé par un violent réquisitoire contre les autorités politiques françaises qui ont déclaré la guerre à l'Allemagne sans se soucier de l'état réel de l'armée française : « La France a commis l'immense erreur d'enter en guerre en n'ayant ni le matériel qu'il fallait, ni la doctrine adéquate. Il est probable qu'elle devra payer cher cette coupable imprudence. Mais on ne doit penser qu'au redressement du pays, et le courage avec lequel il sera défendu sera un élément du redressement futur. »

Un silence pesant succède à ces paroles.

Paul Reynaud est en effet d'avis qu'il va falloir engager les négociations avec les Allemands. Mais à quel moment conviendra-t-il d'entamer les pourparlers ? Avant ou après la chute de Paris ? Avant ou après la destruction de nos armées ? Il déclare alors : « Il n'est pas certain que notre adversaire nous accordera un armistice immédiat. N'est-il pas indispensable d'éviter la capture du gouvernement, si l'ennemi entre à Paris ? »

César Campinchi, Ministre de la Marine, fait alors allusion aux accords franco-anglais du 28 mars 1940 (accords par lesquels La France et le Royaume Uni se sont engagés réciproquement à ne pas signer de paix séparée avec l'ennemi allemand), et demande si ceux-ci ne subordonnent pas la conclusion d'un armistice séparé à l'accord préalable de l'Angleterre ?

Une longue discussion suit cette question.

C'est alors que le Maréchal Pétain, jusqu'ici silencieux, prend la parole : « A mon avis, les engagements conclus entre la France et l'Angleterre, ne seraient applicables à la lettre que s'il y avait réciprocité absolue entre les deux signataires. Or tel n'est pas le cas. Chaque nation a des devoirs vis-à-vis de l'autre dans la proportion de l'aide que l'autre lui a donnée. Or, actuellement, l'Angleterre n'a jeté dans la lutte que dix divisions, alors que 80 divisions françaises se battent sans discontinuer, depuis le premier jour. De plus, la comparaison ne doit pas se limiter aux efforts militaires des deux pays : il faut l'étendre aux souffrances déjà subies, et à celles qui les attendent. »

Pour terminer, le Comité de guerre décide que le Président du Conseil se rendra à Londres dans le plus bref délai pour mettre Monsieur Churchill au courant de la situation tragique où se trouve le gouvernement français. Paul Reynaud demande au général Weygand de lui rédiger une note sur la situation militaire, telle qu'il vient de l'exposer aux membres du Comité de guerre, afin de s'appuyer sur elle au cours des pourparlers avec le gouvernement britannique.

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Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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