La Seconde Guerre Mondiale

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 Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 18 Juin 2009, 11:30 pm

Le dimanche 16 juin 1940. Le jour où Paul Reynaud jette l'éponge, remplacé comme Président du Conseil par le Maréchal Pétain.


En ce dimanche 16 juin 1940, 38ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 573 (16 juin 1940 - matin) : «
Depuis vingt-quatre heures, la bataille est parvenue à son plus haut point d'intensité.
Jetant toujours dans la lutte de nouvelles réserves appuyées par un matériel considérable et puissant, l'ennemi continue avec violence ses attaques vers le plateau de Langres, et il a réussi à pousser des reconnaissances d'éléments blindés au-delà de Chaumont, dans la région de Gray.
Nos troupes se battent toujours avec la même vaillance, opposant une résistance farouche à l'envahisseur, malgré la supériorité de ce dernier en matériel et en effectifs.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, du dimanche 16 juin 1940 au matin, se dit qu'il est vraiment grand temps que les opérations militaires cessent avant que toute la France ne soit envahie par les troupes allemandes.

* communiqué n° 574 (16 juin 1940 - soir) : «
Les attaques ennemies se sont répétées aujourd'hui sur tout le front de la bataille.
A l'Ouest de Paris, dans la région de Laigle et de la Ferté-Vidame, ses efforts ont été contenus par nos troupes qui ont exécuté des contre-attaques locales.
Au Sud-Est de Paris, l'ennemi a continué sa progression. Il a franchi la Seine aux environs de Melun et de Fontainebleau. Il a, d'autre part, poussé au-delà d'Auxerre des éléments d'avant-garde dans la direction de Clamecy et d'Avallon.
Au Sud du plateau de Langres, ses colonnes blindées et motorisées ont atteint la région au Nord de Dijon et la Saône en amont de Gray. Des éléments légers ont franchi la rivière.
En Lorraine et en Alsace, les mouvements prescrits par le commandement français s'exécutent conformément aux ordres donnés.
Pendant les deux derniers jours, de nombreux combats aériens ont été livrés ; en particulier durant la journée du 15, le sergent-chef Le Gloan a abattu à lui seul, au cours d'une même sortie, cinq avions italiens, dont trois chasseurs et deux bombardiers.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du dimanche 16 juin 1940 au soir, se dit que, hormis l'exploit du sergent-chef Le Gloan, qu'il salue, la situation militaire empire de jour en jour...

Voici maintenant les points importants de cette journée du dimanche 16 juin 1940, la douzième de "la bataille de France". Vu l'importance capitale de cette journée, je ne vais vous relater que la situation politique, car sinon mon message serait beaucoup trop long...

Ce dimanche 16 juin 1940 fut sans doute, comme je lai déjà dit, la journée la plus dramatique de toute l'histoire de la France. Cette journée a vu Paul Reynaud, le Président du Conseil français depuis le vendredi 22 mars 1940 (où il avait remplacé Édouard Daladier) qui portait seul sur ses épaules la responsabilité de la guerre, s'effondrer en fin d'après-midi et laisser la place au Maréchal Pétain, qui n'attendait que cela pour entamer auprès des Allemands des négociations d'armistice.

Cette journée ne peut absolument pas être racontée exhaustivement, il faudrait plusieurs pages de ce forum !… Aussi, je vais seulement décrire quels ont été, selon moi, les principaux moments politiques de ce dramatique dimanche 16 juin 1940.

A dix heures du matin Paul Reynaud reçoit à la Préfecture de la Gironde les deux présidents des Chambres françaises, Jules Jeanneney, le Président du Sénat, et Édouard Herriot, le Président de la Chambre des Députés. Conformément à la Constitution de la Troisième République il leur demande "un avis favorable au transfert du gouvernement en Afrique du Nord". Les deux Présidents ayant donné un avis favorable à ce transfert, Paul Reynaud leur demande de venir le confirmer tout à l'heure devant les ministres. A onze heures du matin s'ouvre, sous la présidence du Président du Conseil, un "Conseil de Cabinet". Les deux Présidents des Chambres y sont introduits. Seul Jules Jeanneney prend la parole au nom des deux : il renouvelle leur avis favorable au départ du gouvernement pour l'Afrique du Nord. Il précise : « Dans notre esprit, il s'agit d'un départ en vue de continuer la guerre. »

Paul Reynaud remercie les deux Présidents au nom du gouvernement. Ceux-ci se retirent, le Président de la République Albert Lebrun entre alors, et un Conseil des Ministres peut valablement délibérer. Paul Reynaud commence par leur lire la réponse du Président Roosevelt à son appel à l'aide lancé le 14 juin : le Président américain l'assure de son soutien, mais refuse d'engager les hostilités contre l'Allemagne et l'Italie… Cette lecture décevante décourage tous les ministres…

Camille Chautemps, Vice-Président du Conseil, demande à Paul Reynaud s'il a reçu une réponse de Winston Churchill à sa demande d'envisager une paix séparée avec l'Allemagne. Paul Reynaud répond qu'il n'a rien encore reçu…

C'est alors que brusquement le Maréchal Pétain, autre Vice-Président du Conseil, se lève et déclare : « Je ne peux demeurer plus longtemps au gouvernement. Plus le temps passe et plus nos armées se désagrègent. L'inévitable solution n'a été que trop retardée. Je ne veux pas m'associer à ce retard dont la France toute entière paye les conséquences. »

Le Président Lebrun et la plupart des ministres le supplient et lui demandent de rester au gouvernement. Le Maréchal accepte, mais, pour marquer sa désapprobation, il refusera de s'asseoir et restera debout jusqu'à la fin du Conseil… Le Maréchal fait savoir à Paul Reynaud qu'il ne reste au gouvernement que jusqu'à la communication de la réponse de Winston Churchill concernant l'autorisation pour la France de s'affranchir de l'accord franco-anglais du 28 mars 1940 qui interdisait toute négociation séparée avec l'Allemagne. Le président Lebrun lève alors ce premier Conseil des ministres de la journée. Un deuxième est prévu pour quinze heures.

Dans la matinée à Londres le général de Gaulle s'entretient avec Messieurs Charles Corbin (Ambassadeur de France à Londres) et Jean Monnet (Chef de la mission économique française à Londres) de leur projet, qui doit être soumis au gouvernement britannique, visant à l'union totale de la France et de la Grande-Bretagne. Selon eux, seul un "coup de théâtre" comme ce projet peut inciter Paul Reynaud et la majorité des ministres à quitter la métropole pour Alger afin de poursuivre la guerre aux côtés de l'Angleterre. Le général de Gaulle les approuve.

Lors du repas, de Gaulle plaide pour cette fusion franco-britannique auprès de Churchill. Celui-ci n'est d'abord pas du tout favorable à cette fusion, mais se laisse finalement convaincre, pour sauver Paul Reynaud.

Après le repas Winston Churchill convoque un Conseil des ministres anglais au 10 Downing Street pour examiner ce projet de fusion franco-britannique.

A 15h30 de Gaulle téléphone depuis Downing Street à Paul Reynaud le suppliant de ne pas démissionner jusqu'à ce que le Cabinet britannique termine de délibérer. Paul Reynaud répond qu'il peut retarder le Conseil des Ministres français jusqu'à 17 heures, mais guère au-delà…

A 16h30 à Downing Street Churchill sort enfin de la sale du Conseil et va immédiatement, très souriant vers de Gaulle :
« Nous sommes d'accord !!!… » et il lui remet un exemplaire, en français, du texte de cet accord de fusion franco-britannique. De Gaulle le lit avec un enthousiasme extraordinaire. Il demande immédiatement à pouvoir joindre par téléphone Paul Reynaud à la préfecture de Bordeaux. Il lui dicte, mot à mot, le texte de cet accord ; Paul Reynaud le recopie en répétant chaque mot au fur et à mesure qu'il le transcrit. Edward Spears (officier de liaison entre les gouvernements français et britannique) déclare à Reynaud qu'il faut immédiatement faire taper ces feuillets à la machine à écrire pour les présenter aux ministres et il se précipite vers une des dactylographes du bureau d'à côté. Il y rencontre la comtesse Hélène de Portes, la maîtresse de Paul Reynaud, qui va tout faire pour ralentir le travail de dactylographie de la secrétaire. La comtesse, en lisant ce texte, ne cache pas, par son regard mauvais, qu'elle y est farouchement opposée !…

A 17h15 s'ouvre, sous la Présidence d'Albert Lebrun, le deuxième Conseil des Ministres de la journée à la préfecture de Bordeaux.

Paul Reynaud commence par dire que le gouvernement britannique refuse que la France puisse ouvrir seule des négociations séparées en vue d'un armistice avec l'Allemagne. Plusieurs ministres protestent et veulent intervenir mais Paul Reynaud leur dit qu'il a une communication de la plus haute importance à leur faire. Il leur lit alors le texte du projet de fusion franco-britannique et déclare que demain matin il doit rencontrer Winston Churchill à Concarneau pour en discuter des modalités d'application.

Les ministres français ont écouté avec une très grande stupéfaction cette lecture du projet de fusion franco-britannique. Le premier à réagir est le Vice-Président du Conseil Camille Chautemps qui déclare aussitôt : « Je ne veux pas que la France devienne un Dominion !!! ». Plusieurs autres ministres s'associent à sa protestation.

A ce moment, entre dans la salle du Conseil un huissier qui apporte à Paul Reynaud un billet griffonné à la hâte par la comtesse Hélène de Portes : « J'espère que vous n'allez pas jouer les Isabeau de Bavière ! ». Isabeau de Bavière, femme du roi de France Charles VI, dit "Le Fol", était à l'origine du honteux traité de Troyes le 21 mai 1420 qui livrait la France aux Anglais…

Paul Reynaud a-t-il lu avec assez de conviction le projet d'union totale franco-britannique ? Toujours est-il que le Conseil est devenu après sa lecture encore plus anti-britannique qu'il l'était avant. De plus, le billet de Madame Hélène de Portes a fini d'achever la résistance de Paul Reynaud.

Camille Chautemps demande la parole et redit son couplet favori : « Il est vraiment impossible de quitter la France sans avoir demandé à l'ennemi ses conditions. ». La plupart des ministres l'approuvent.

C'est alors que Georges Mandel (ministre de l'Intérieur) déclare « Il y a ici des gens qui veulent se battre, et d'autres qui ne le veulent pas ! » Cette accusation publique de lâcheté va être très mal prise par tous les autres ministres, y compris Paul Reynaud, qui s'estiment visés très gravement par cette sentence blessante.

Mais celui qui va moucher publiquement Georges Mandel va être Camille Chautemps. Lequel, venait d'apprendre juste avant l'ouverture du Conseil que la ville de Blois (Loir-et-Cher), dont il était un ancien député, venait d'être bombardée par l'aviation allemande, bombardement qui avait fait 200 victimes !... Camille Chautemps a répondu immédiatement à Georges Mandel :
« Non ! il y a des Français désespérés de la situation dans laquelle se trouve leur pays et qui cherchent le moyen de s'en sortir… D'AILLEURS JE N'AI PAS DE LEÇON A RECEVOIR DE VOUS !!!… ». De nouveau la plupart des ministres apportent leur soutien public à Camille Chautemps. Georges Mandel se sent de plus en plus marginalisé…

Paul Reynaud met fin à la polémique en déclarant que dans ces conditions le Conseil des ministres est terminé. Un nouveau Conseil des ministres (le troisième de cette journée du dimanche 16 juin 1940) va se réunir à dix heures du soir pour démissionner, afin que d'ici-là le Président de la République puisse consulter au préalable les deux Présidents de chambre. A 19h30 la séance est levée… Lorsqu'il sort de la salle du conseil Paul Reynaud rencontre l'ambassadeur des États-Unis en
France, Monsieur Drexel Biddle, avec qui il échange quelques mots. L'ambassadeur est péniblement frappé par le changement de l'aspect physique du Président du Conseil français « Il était devenu littéralement gris de panique, et quelqu'un qui l'aurait vu deux semaines auparavant ne l'aurait pas reconnu. » C'est sans doute là l'explication la plus vraisemblable : Paul Reynaud a jeté l'éponge car il a craqué nerveusement. Les charges qui pesaient sur ses seules épaules étaient soudainement devenues trop lourdes à porter…

A 22 heures, lors du troisième Conseil des ministres de la journée, Paul Reynaud confirme la démission de son gouvernement. Albert Lebrun tente de le faire revenir sur sa décision, mais il refuse en disant : « Cela m'est impossible. Pour faire cette politique adressez-vous au Maréchal Pétain. »

A 23 heures, alors que Paul Reynaud s'en est allé de la préfecture de Bordeaux (accompagné de Messieurs Georges Mandel, Louis Marin, Alphonse Rio et César Campinchi ; les derniers "jusqu'au-boutistes"), Albert Lebrun prend le Maréchal Pétain à part et lui demande : « Voulez-vous constituer le gouvernement ? ». Le Maréchal Pétain sort alors une liste de son portefeuille, la tend au Président de la République en lui disant : « Le voici ! ».

A une heure du matin (donc le lundi 17 juin 1940) le maréchal Pétain fait convoquer à la préfecture de Bordeaux Monsieur de Lequerica, l'ambassadeur d'Espagne, pour lui demander de contacter par la voie diplomatique le gouvernement allemand pour lui faire demander "à quelles conditions le Chancelier Hitler serait disposé à arrêter les opérations et à conclure un armistice ?".

Une nouvelle page de l'histoire de France (assez sinistre !…) commence alors…

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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Narduccio
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 19 Juin 2009, 1:40 am

roger15 a écrit:
. Tous les membres du gouvernements sont d'accord pour quitter Paris. On communique les itinéraires. L'heure du départ est fixée à minuit.

....


Dans les ministères on cloue des caisses, on emballe des dossiers, il faut organiser à l'improviste, l'évacuation d'une foule de choses et de gens.

Enfin, les ministres s'en vont, et leur départ nocturne prend, quelques efforts qu'ils fassent pour sauver les apparences, l'allure d'un véritable sauve-qui-peut. Dans le trouble de la dernière heure, on néglise d'aviser de cette décision importante le général Héring, gouverneur militaire de Paris.

A 23 heures, brusquement la radio-diffusion française interrompt ses émissions pour diffuser le communiqué suivant : « Le gouvernement est obligé de quitter la capitale, pour des raisons militaires impérieuses. Le Président du Conseil se rend aux Armées. » L'auditeur français se félicite que Paul Reynaud se rende "aux Armées" !... La réalité est hélas toute autre : Paul Reynaud s'embarque en voiture, à minuit, sur la route nationale 20, plein Sud, en direction d'Orléans (il est accompagné du général de Gaulle). Quant au gouvernement, il part pour Tours.


Il manque un élément dans cette excellente narration des faits, quelque chose qui va marquer les Français pendant des années et qui pourtant ne transparait pas tellement dans de nombreux ouvrages sur cette période.

Ce fait capital est qu'il y a de moins en moins de Français chez eux à écouter ces communiqués. La France est sur les routes, encombrant celles-ci et rendant plus difficile les opérations militaires. Mais, les armées montant au front, les ministres et les administrations retraitant vers l'arrière et la masse des Français vont à peine s'apercevoir, ce qui va rendre bien tenace des légendes urbaines qui continuent à se propager, même de nos jours.

Les autorités avaient bien préparé des plans de circulations. Les grands axes et les voies principales sont interdites à la masse des réfugiés. Elles sont réservées aux armées et aux administrations. A chaque carrefour, il y a des gendarmes qui ont pour but d'endiguer le flot des réfugiés. Les soldats qui refluent ne faisant pas partie d'unités constituées vont aussi être dirigés vers ce réseau secondaire.

Que voient les différentes personnes en fonction du réseau sur lequel elles circulent ?
Les personnes des administrations voient quelques unités militaires monter au front, mais le reflux d'unités constituées, et des blessés militaire que l'on va regrouper à l'arrière. Les unités pour les reconstituer autant que faire ce peut, les blessés pour les soigner.
Les militaires des unités constitués voient les convois des personnels administratifs courant se mettre à l'abri à l'arrière. C'est du moins ainsi que de nombreux soldats vont l'interpréter pensant que ces "planqués" auraient mieux fait d'aller ce battre au front.
Les uns et les autres ne vont pas voir l'immense masse des réfugiés qui eux cheminent sur le réseau secondaire.

Sur le réseau secondaire, justement, chemine une foule de plus en plus hétéroclite constituée de personnes qui ont fuit devant l'avance allemande, certains cheminent depuis les Pays-Bas et la Belgique. Souvent, c'est l'arrivée des premiers réfugiés qui incite les gens à se mettre sur les routes pour fuir. Ainsi, il va y avoir des réfugiés provenant de zones dans lesquelles les Allemands n'arriveront que plus tard.
Dans cette masse, il y a bon nombre de soldats qui cherchent soit à retrouver des membres de leur famille, soit leur unités, soit simplement de fuir les Allemands comme tout le monde. Du souvenir de ces soldats débandés va naitre l'impression de débâcle qui va entacher cette période. Ces civils sont sûrs d'avoir vu l'armée française fuir à leurs cotés .... Ils n'ont pas vu ces mêmes soldats mourir lors des grandes batailles du nord de la France !
De plus, des soldats débandés, il y en a de plus en plus, pour une raison toute simple, tout soldat distancé par son unité se retrouve dans le réseau non-prioritaire. On a le témoignage de pas mal de soldats qui pour une raison ou une autre se retrouvent séparé de leur unité. Souvent devant rester en retrait pour remplir une quelconque mission. Ils sont évacués parmi les derniers. Or, suite à la confusion, dès que leur moyen de transport tombe en panne, ils sont refoulés dans le réseau des réfugiés au premier carrefour. Et par voie de conséquence, ils arrivent en retard aux lieux de rassemblements de leurs unités et doivent se rendre à un autre lieu de rassemblement ... et ainsi de suite.
Ce qui rajoute à l'impression de pagaille que ressentent les réfugiés sur les routes.

On perçoit mal cette période si on n'a pas conscience que la France est sur les routes et que certaines villes sont vides à 80-90%.
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 19 Juin 2009, 7:46 am

Bonjour Narduccio, Smile

Merci pour tes commentaires, très pertinents.

Je vais te répondre sur deux points de ton analyse :

Tu écris : « Il manque un élément dans cette excellente narration des faits, quelque chose qui va marquer les Français pendant des années et qui pourtant ne transparaît pas tellement dans de nombreux ouvrages sur cette période.

Ce fait capital est qu'il y a de moins en moins de Français chez eux à écouter ces communiqués. La France est sur les routes, encombrant celles-ci et rendant plus difficile les opérations militaires. Mais, les armées montant au front, les ministres et les administrations retraitant vers l'arrière et la masse des Français vont à peine s'apercevoir, ce qui va rendre bien tenace des légendes urbaines qui continuent à se propager, même de nos jours.
»

C'est certes vrai pour les habitants des grandes villes et des villes moyennes, surtout celles situées sur les grands axes routiers, très favorables à l'extension du mouvement de panique. En revanche, les Paysans (ne pas oublier quand même qu'à cette époque 80% de la population française est rurale) dans leur très grande majorité resteront dans leurs fermes. Ils ne peuvent en effet pas abandonner leurs animaux qui sont leur seul maigre gagne-pain quotidien...

En revanche, il est vrai que l'énorme masse des civils fuyards qui encombrent les routes va être un allié non négligeable pour l'armée allemande, et une très énorme gène pour l'armée française. La question est de savoir si les responsables militaires allemands l'avaient prévue ou non ? Je crois, mais j'avoue que c'est une opinion toute personnelle, qu'eux aussi ont été très surpris par l'ampleur du nombre de civils français sur les routes.

Tu as raison de souligner (c'est un point qu'on néglige souvent d'aborder) que le très grand nombre de soldats français désappointés car étant séparés de leur unité d'affectation, ne sachant plus très bien où aller, et qui errent tristement sur les routes parmi les civils en fuite, va marquer durablement les esprits des témoins de cette époque : pour eux, très injustement, le soldat français ne se sera pas battu et aura surtout cherché à s'enfuir à la première occasion...

Tu as tout à fait raison, Naduccio, de dire : « Dans cette masse, il y a bon nombre de soldats qui cherchent soit à retrouver des membres de leur famille, soit leurs unités, soit simplement de fuir les Allemands comme tout le monde. Du souvenir de ces soldats débandés va naître l'impression de débâcle qui va entacher cette période. Ces civils sont sûrs d'avoir vu l'armée française fuir à leurs côtés .... Ils n'ont pas vu ces mêmes soldats mourir lors des grandes batailles du nord de la France ! »


C'est hélas à cause de cela que va naître dans le pays la légende, très injuste mais hélas très tenace jusqu'à aujourd'hui, que le soldat français de mai et juin 1940 ne s'est pas battu mais à cherché avant tout à fuir.

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 19 Juin 2009, 4:48 pm

Le lundi 17 juin 1940. Le jour où le Maréchal Pétain fait don de sa personne à la France pour atténuer son malheur.


En ce lundi 17 juin 1940, 39ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 575 (17 juin 1940 - matin) : «
Les combats continuent dans la région de Laigle et Châteaudun, ainsi que sur la ligne de la Loire et au Sud d'Avallon. L'ennemi a franchi la Saône en certains points et progresse dans la direction du Doubs.
La situation est sans changement en Haute-Alsace où l'ennemi n'a pas réussi à franchir le canal du Rhône au Rhin.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, du lundi 17 juin 1940 au matin, se dit que son audition n'apporte que des mauvaises nouvelles...

* communiqué n° 576 (17 juin 1940 - soir) : «
La bataille s'est poursuivie aujourd'hui sur l'ensemble du front, et particulièrement sur le cours moyen de la Loire.
De violents combats ont eu lieu à Orléans et dans la région de La Charité-sur-Loire.
Des détachements ennemis, qui avaient réussi à franchir le fleuve, ont été contenus sur le canal latéral. A l'Est de la Loire, l'ennemi a progressé encore au-delà d'Autun.
En bourgogne, il est entré dans Dijon. En Franche-Comté, il a atteint le Doubs et a lancé des éléments motorisés vers le Jura.
Sur tous les points de contact, nos troupes se battent toujours avec la même bravoure pour l'honneur du drapeau.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du lundi 17 juin 1940 au soir, se dit qu'il est surpris que les combats continuent entre les Français et les Allemands alors qu'il a entendu le Maréchal Pétain, le nouveau Président du Conseil, déclarer à la TSF à 12h30 : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. »

Voici maintenant les points importants de cette journée du lundi 17 juin 1940, la treizième de "la bataille de France" :

Une fois n'est pas coutume je vais commencer par une bonne nouvelle pour les Parisiens et les banlieusards : les quotidiens sont de retour dans les kiosques !... Du moins, deux d'entre eux : "La Victoire" de Gustave André (une feuille au tirage très confidentiel) mais surtout le célèbre "Le Matin" de Maurice Bunau-Varilla. E
n première page "Le Matin" est désormais obligé de publier le communiqué militaire allemand.

En première page également, une information pratique : « Les horloges sont avancées d'une heure. Rappelons que depuis le 14 juin à 23 heures, les horloges, pendules et montres ont dû être avancées d'une heure. » C'est un aspect peu connu des conséquences de l'Occupation allemande : l'heure légale dans les territoires occupés par l'armée allemande est désormais "l'heure de Berlin" (Temps Universel, l'heure du méridien de Greenwich, plus deux heures), les territoires non occupés conservant "l'heure française" d'été (Temps Universel plus une heure).

Quant à la deuxième page du "Matin" du lundi 17 juin 1940, elle n'est curieusement composée que de "réclames" (comme on appelait alors la publicité).

Curieusement aucune mention n'est faite du changement de Président du Conseil... Ce n'est que "Le Matin" du mardi 18 juin 1940
qui annoncera le changement de ministère. Quant à la déclaration du Maréchal Pétain de la veille, elle ne sera pas reproduite, mais seulement évoquée dans le gros titre de la "une" : « LA FRANCE DOIT METTRE BAS LES ARMES déclare le Maréchal Pétain ».

L'événement le plus important de cette journée du lundi 17 juin 1940 est bien sûr la déclaration, à 12h30, du Maréchal Pétain :

«
Français ! A l'appel de Monsieur le Président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France.

Sûr de l'affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes. Sûr que par sa magnifique résistance, elle a rempli nos devoirs vis-à-vis de nos alliés. Sûr de l'appui des Anciens Combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.

En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude

C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l'Honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.

Que tous les Français se groupent autour du Gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'obéir qu'à leur foi dans le destin de la Patrie.
»

Pour entendre ce discours : http://www.youtube.com/watch?v=LjsJ716sEkc
.


La phrase importante, que tous les auditeurs ont retenu est bien évidemment celle-ci : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat ». Tout le monde en a déduit que la guerre était terminée...

L'ennui, c'est que Pétain n'a absolument pas averti le Haut Commandement de l'Armée française du texte de son discours, qui est interprété par les soldats comme un ordre de "cessez le feu" immédiat... Dans l'après-midi, le général Georges informe le général Weygand que c'est par régiments entiers que nos troupes cessent de combattre, ce dont, évidemment, les Allemands prennent aussitôt avantage. En fin d'après-midi à la fois le général Weygand (nouveau ministre de la Défense nationale), le général Pujo (nouveau Ministre de l'air) et l'Amiral Darlan (nouveau Ministre de la marine marchande et militaire) font chacun publier un communiqué enjoignant à tous les commandants d'armées, à tous les chefs de l'armée de l'air et à tous les amiraux de continuer la lutte contre les Allemands. Mais, n'est-ce pas déjà trop tard ? Le discours de Pétain a complètement démobilisé les dernières troupes combattantes...

Et le pire, c'est que beaucoup de soldats français qui ont laissé passer les troupes allemandes, conformément à l'ordre du Maréchal Pétain, vont de ce fait être considérés, lorsque l'armistice entrera effectivement en fonction, comme "prisonniers" et devoir passer cinq longues années dans des camps en Allemagne....

Pour que les choses soient bien nettes, Paul Baudouin (nouveau ministre des Affaires Étrangères) prononce à son tour une allocution à la radio à 21h30 : « (...) Voilà pourquoi le gouvernement présidé par le Maréchal Pétain a dû demander à l'ennemi quelles seraient ses conditions de paix ? Mais il n'a pas pour autant abandonné la lutte, ni déposé les armes. Comme l'a dit ce matin le Maréchal Pétain, le pays est prêt à rechercher dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Il n'est pas prêt, et ne sera jamais prêt à accepter des conditions déshonorantes, à abandonner la liberté spirituelle de notre peuple, à trahir l'âme de la France. »

En clair : la guerre continue !... Les Français sont très décontenancés après ce deuxième discours radiophonique de la journée...

Paul Baudouin fait rectifier dans les journaux la phrase malheureuse de Pétain en y ajoutant deux mots : "tenter de". Ainsi, la phrase rectifiée de Pétain (qui sera publiée dans les journaux du lundi 17 juin l'après-midi et du mardi 18 juin 1940) sera celle-ci : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut tenter de cesser le combat ».

Paul Baudouin, nouveau Ministre des Affaires Etrangères, s'aperçoit d'une bourde énorme : dans la confusion de la soirée et de la nuit dernière il a omis d'adresser une demande d'armistice aux Italiens, comme il l'a fait aux Allemands. Aussi fait-il venir à la préfecture de Bordeaux Monseigneur Valerio Valeri, le nonce apostolique (donc l'ambassadeur du Vatican), et lui remet à 9h45 une note lui demandant « de faire part au gouvernement italien de son désir de rechercher avec lui les bases d'une paix durable entre les deux pays. »

De 10 heures du matin à midi moins le quart se réunit, sous la présidence d'Albert Lebrun, le premier Conseil des Ministres du gouvernement Pétain.

Le principal événement militaire de cette journée du lundi 17 juin 1940 est le bombardement effroyablement meurtrier de Rennes... Les Allemand poursuivaient en effet depuis Sillé-le-Guillaume (Sarthe) un train de douze wagons de mélinite et de munitions. Ils l'avaient manqué à plusieurs reprises. Au matin du 17 juin, ce convoi se trouve garé - par on ne sait quelle aberration - sur les voies de triage de Rennes, encadré par cinq trains contenant une foule de réfugiés, de blessés, et des troupes françaises rapatriées d'Angleterre (ayant notamment combattu les Allemands à Narvik en Norvège). Touchés par un chapelet de bombes placés au but, les wagons explosent, provoquant un véritable carnage : deux mille morts et neuf cents blessés. Ce fut le bombardement le plus meurtrier de toute la campagne de France.


L'autre événement militaire important est la course de vitesse que vont se livrer toute la journée entre la 7e Panzerdivision de Rommel et les derniers soldats britanniques encore sur le sol français qui tentent, à toute vitesse d'atteindre le port de Cherbourg pour rembarquer vers l'Angleterre. Les Allemands sont favorisés à partir de 12h30 suite au discours du Maréchal Pétain : la 7e Panzerdivision fonce sur Cherbourg, à une vitesse de 40 à 50 kilomètres par heure, sans rencontrer la moindre résistance de la part des troupes françaises. Un peu après minuit, à La Haye-du-Puits les troupes allemandes sont enfin stoppées par un feu nourri d'artillerie et de mitrailleuses. La 7e Panzerdivision avait alors parcouru 240 kilomètres depuis le matin et n'était plus qu'à 45 kilomètres de Cherbourg... A la même heure, les troupes anglaises, qui ont parcouru 320 kilomètres au cours des vingt-quatre dernières heures, arrivent à Cherbourg où elles peuvent in extremis s'embarquer pour l'Angleterre.

Pour ajouter encore un peu plus à la confusion de la situation militaire, le Président de la Chambre des Députés, Édouard Herriot (qui se vante pourtant d'être avec Jules Jeanneney, le Président du Sénat, un des partisans de "la lutte à outrance"...), qui a appris vers minuit par un coup de téléphone émanant de la mairie de Lyon (ville dont il est le maire) que les Allemands approchent de la ville, et que celle ci risque d'être bombardée, fait réveiller en pleine nuit le Maréchal Pétain et le supplie, toute affaires cessantes, d'obtenir du général Weygand qu'il déclare, tout comme il a fait pour Paris, Lyon "ville ouverte" pour éviter "des destructions et des morts inutiles".

Le Maréchal accepte, et demande à Weygand de déclarer Lyon "ville ouverte". Weygand décide alors de déclarer plus largement "villes ouvertes" tous les centres de plus de vingt mille habitants. Leur défense ne doit plus être assurée qu'à leur périphérie. Le général Georges proteste faisant valoir que cette décision est de nature à compromettre gravement la défense des rivières dont les principaux points de passage se trouvent précisément dans les villes de plus de 20 000 habitants.

Apprenant cette décision, les maires des agglomérations au Sud de la Loire demandent alors que l'on tienne compte non de la population de leurs villes en temps normal, mais en recensant tous les très nombreux réfugiés qui y sont regroupés.

La défense du territoire français devient donc quasiment impossible...

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 19 Juin 2009, 9:40 pm

Le mardi 18 juin 1940. Le jour où le général de Gaulle lance son célèbre appel sur les ondes de la BBC.


En ce mardi 18 juin 1940, 40ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce au seul communiqué officiel de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 577 (18 juin 1940) : «
L'ennemi est parvenu aujourd'hui, par une action violente contre nos éléments de résistance, à progresser profondément en Normandie et en Bretagne. Ses détachements avancés ont atteint Cherbourg et Rennes.
De violents combats ont lieu également au Sud de Châteaudun.
Sur la Loire moyenne, l'ennemi a pu établir, au cours de la journée, quelques têtes de pont entre Orléans et Nevers.
Entre la Loire et les Vosges, les masses ennemies ont continué à s'avancer vers le Jura.
Des combats se poursuivent en Lorraine et en Alsace où nos troupes contiennent l'ennemi.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mardi 18 juin 1940, se dit que jamais depuis la guerre de 1870-1871 l'ennemi allemand n'avait pénétré aussi profondément le territoire français.

Voici maintenant les points importants de cette journée du mardi 18 juin 1940, la quatorzième de "la bataille de France" :

Précisons tout d'abord que les deux ordres donnés aux soldats français durant la journée du 17 juin :

-1°) ne pas se battre à l'intérieur des agglomérations de plus de 20 000 habitants ;
-2°) ne pas cesser de combattre partout ailleurs, aussi longtemps que l'armistice ne sera pas conclu ;
bien que très difficilement conciliables, ont été partout respectés.

A l'Ouest, la bataille de Cherbourg commence. Le dernier navire britannique quitte le port à 16 heures. Le lendemain matin les troupes de Rommel prendront le port.

Dans l'après-midi, les blindés de la 5e Panzerdivision foncent simultanément sur Morlaix, Brest et Lorient. Sur la Loire, l'ennemi a conquis une nouvelle tête de pont à Briare, et borde le fleuve de Gien à Digoin. Plus à l'Est, des éléments avancés du Groupement blindé von Kleist ont encerclé Moulins et marchent sur Vichy et Roanne après avoir occupé le centre industriel du Creusot.

Voyant cela, le général Besson, qui commande le IIIe Groupe d'Armées, inquiet de la menace qui se développe sur ses arrières, prescrit d'entamer dans la nuit le replis sur le Cher.

Dans la vallée du Rhône, les divisions motorisées allemandes ayant dépassé Macon s'avancent rapidement dans la direction de Lyon. Encore plus à l'Est, la 1ère Panzerdivision s'empare de Belfort. Guderian dirige personnellement l'attaque contre les forts qui ont refusé de se rendre, et les emporte l'un après l'autre, tandis qu'à sa gauche, les 2e, 6e et 8e Panzerdivisionen franchisse la Meuse du Sud au Nord, entre Remiremont et Charmes.

Le IIe Groupe d'Armées (IIe, IIIe, Ve et VIIe armées françaises) est entièrement encerclé dans les Vosges. La situation est sans issue...

L'Amiral de la Flotte, François Darlan, lance un ordre à toutes les unités navales françaises leur disant : « Le Président du Conseil rappelle à tous les combattants qu'aucun armistice n'est encore intervenu et que leur devoir est de poursuivre la résistance au maximum. Aucun bâtiment de combat ne doit tomber intact aux mains de l'ennemi. En cas de besoin, la ligne de repli de tout bâtiment de combat ou aéronef est l'Afrique du Nord. Tout bâtiment de combat ou aéronef ne pouvant facilement l'atteindre et risquant de tomber aux mains de l'ennemi doit se détruire ou se saborder, suivant ordre de l'autorité supérieure. »

Grâce à cette consigne, quasiment aucun bâtiment de guerre ne tombera intact aux mains des Allemands :

- à Brest : le cuirassé Richelieu (35 000 tonnes), qui vient de terminer ses essais, prend la mer sous le commandement du capitaine de vaisseau Marzin. Il est précédé et suivi par pas moins de quatre-vingts bâtiments, conduits par l'amiral Moreau : contre-torpilleurs, torpilleurs, avisos, sous-marins avec leur ravitailleur Jules Verne, croiseurs auxiliaires, paquebots, chalutiers armés, remorqueurs, transports. Tout ce qui peut voguer par ses propres moyens, fût-ce à six nœuds seulement, file en direction de Casablanca et de Dakar.
- à Saint-Nazaire : le cuirassé Jean-Bart (49 000 tonnes) n'est hélas pas tout à fait terminé. Il risque donc de tomber aux mains des Allemands qui descendent à marches forcées vers l'embouchure de la Loire. Le capitaine de vaisseau Pierre-Jean Ronac'h (c'est le neveu de l'amiral Pierre Alexis Ronac'h qui commandait la célèbre brigade de fusiliers marins à Dixmude, sur l'Yser, en octobre 1914) stimule les équipes qui ne dépensent sans compter jusqu'à l'épuisement de leurs forces pour lui permettre d'échapper aux Allemands.
- à Cherbourg : cinq sous-marins sur cale dans l'arsenal sont sabordés ainsi que des dragueurs de mines et des remorqueurs.
- à Brest : quatre grands sous-marins de 1 500 tonnes sont sabordés ainsi que le torpilleur Cyclone. Le lendemain, le torpilleur Mistral et le sous-marin Surcouf, appareillent pour Plymouth, emmenant l'amiral Cayrol, chef du secteur de Brest et les derniers échelons des services et des équipages de démolition.

Les avisos et patrouilleurs incapables de prendre la mer seront sabordés :
* le 19 juin à Lorient (dont l'héroïque défense sera assurée par l'amiral de Penfentenyo) ;
* le 22 juin à La Pallice ;
* le 24 juin au Verdon ; c'est-à-dire au fur et à mesure que les forces allemandes arrivent à la lisière des ports de l'Atlantique.

L'escadre de la Méditerranée, basée à Toulon, est moins menacée. Aussi reste-telle seulement en alerte.

Ajoutons qu'une fois les navires de la flotte de l'Atlantique évacués ou sabordés, les marins français font sauter à Cherbourg, à Brest, à Lorient, et à La Rochelle, l'arsenal, les réservoirs à mazout, les poudrières, les stocks à munition, les installations portuaires. Tout saute et tout est en flammes !... Les incendies brûleront pendant plusieurs jours.

Mussolini rencontre Hitler à Munich. Il espère obtenir de grosses compensations territoriales au détriment de la France : l'occupation par l'Italie de tous les territoires à l'Est du Rhône, plus la Corse, la Tunisie et la Somalie française. De plus il souhaiterait obtenir les bases navales d'Alger, Oran et Casablanca. Hélas pour le Duce, Hitler a balayé ces plans d'un revers de manche : il espère une paix prochaine avec la Grande-Bretagne et ne désire pas accroître l'hostilité des Français. Mussolini en est tout dépité...

A Bordeaux : nouveau Conseil des Ministres à 11 heures. A son issue, le Maréchal Pétain propose à Paul Reynaud le poste d'ambassadeur de France à Washington. Reynaud refuse d'abord, puis devant l'insistance de Pétain donne son accord de principe, mais demande à ce que cette nomination ne devienne effective que lorsque les conditions d'armistice seront connues.

Les Présidents Jeanneney et Herriot, tentent de convaincre le Maréchal Pétain de transférer le gouvernement français en Afrique du Nord. Devant son refus, ils imaginent un stratagème : scinder le gouvernement en deux, une partie irait à Perpignan, et l'autre directement à Alger. Albert Lebrun y est favorable. Le Maréchal consent à accepter cette solution. Et c'est là qu'entre en scène Pierre Laval. Ayant appris ce projet de scission du gouvernement, il se précipite chez le Maréchal et lui démontre qu'ainsi seul le gouvernement d'Alger sera reconnu par l'étranger et non le sien, resté en France métropolitaine. L'intervention de Pierre Laval laisse le Maréchal Pétain profondément perplexe. La politique, décidément, est un jeu difficile...

La BBC diffuse à 15 heures un grand discours que Winston Churchill prononce devant la Chambre des Communes. A 18 heures elle diffuse le célèbre appel du général de Gaulle (malheureusement il n'a pas été enregistré car tous les magnétophones de la BBC ont été réquisitionnés pour enregistrer le discours de Winston Churchill) :

« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un
jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.
»


Cet appel a été en réalité très peu entendu, mais ce qui est très important c'est que beaucoup y ont répondu durant les jours, les semaines, les mois et les années qui ont suivi.

Peu de gens le savent, mais le texte de cet appel a été envoyé à l'agence française d'informations Havas (l'ancêtre de l'actuelle Agence France Presse - AFP), qui l'a reproduit sur ses télescripteurs (en faisant une faute au nom du général, l'appelant "de Gaule") et ainsi certains journaux de la zone non encore occupée ont pu le faire paraître dans leurs éditions du mercredi 19 juin1940. Il a même été reproduit en première page du "Petit Provençal"
, et en pages intérieures du "Petit Marseillais" et du "Progrès" à Lyon.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Sam 20 Juin 2009, 7:54 pm

Le mercredi 19 juin 1940. Le jour où les Cadets de Saumur décident de défendre héroïquement les ponts sur la Loire.


En ce mercredi 19 juin 1940, 41ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux habituels communiqués de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 578 (19 juin 1940 - matin) : « L'ennemi a maintenu sa pression sur l'ensemble du front. Il n'a pas réalisé d'avance importante depuis hier soir. »

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mercredi 19 juin 1940 au matin, n'en pense pas grand chose...

* communiqué n° 579 (19 juin 1940 - soir) : «
En Bretagne, l'ennemi s'efforce de progresser en direction de Nantes.
Au Sud de la Loire moyenne, nos troupes se sont repliées et l'ennemi a atteint le cours du Cher en certains points plus à l'Est, il a lancé des éléments dans la direction de Roanne, Lyon, Ambérieux.
Les opérations se poursuivent en Alsace et au Sud de la Lorraine.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mercredi 19 juin 1940 au soir, se dit que rien ne semble pouvoir arrêter les Allemands. Il se demande également pourquoi les Italiens n'attaquent-ils toujours pas ?...

Voici maintenant les points importants de cette journée du mercredi 19 juin 1940, la quinzième de "la bataille de France" :

A Cherbourg, les troupes de Rommel reprennent l'attaque à onze heures du matin. La reddition du port aura lieu à 17 heures. L'amiral Abrial (le responsable du camp retrancé de Dunkerque début juin) est fait prisonnier.

En Bretagne, les Panzers du Corps blindé Hoth sont aux lisières de Lorient et de Morlaix. Ils progressent rapidement à Brest, où ils entreront à 19 heures.

Dans le secteur de la Basse-Loire, Nantes, déclarée "ville ouverte" n'est pas défendue. Les Allemands établissent une tête de pont sur la rive gauche du fleuve et marchent sans désemparer sur Saint-Nazaire. Sentant qu'il n'y a plus une minute à perdre, le commandant Ronar'ch décide de faire appareiller le cuirassé Jean-Bart à 3 heures du matin, une heure avant la pleine mer, de manière à être dans le chenal au moment de la marée haute. A 3h30, tiré et poussé par trois puissants remorqueurs, le Jean-Bart quitte le quai. Soudain, trois bombardiers allemands surgissent au Nord et l'attaque avec des bombes, le navire réussit à les éviter. La DCA du cuirassé ouvre alors le feu sur eux. Les trois avions s'éloignent, puis reviennent pour une deuxième attaque. De nouveau les bombes allemandes manquent le navire. Lors d'une troisième attaque, un bombardier réussit à placer une bombe entre deux tourelles de 380. Hélas pour les Allemands, cette bombe n'a pas réussi à percer le blindage en acier du pont, épais de 17 centimètres. Le Jean-Bart vogue sur les eaux de l'Atlantique. Deux escorteurs, venus de Brest, le Hardi (avec à son bord l'amiral Laborde, Commandant en chef des forces françaises maritimes de l'Ouest) et le Mameluk l'accompagnent désormais. Le Jean-Bart se ravitaille en mazout auprès du pétrolier-ravitailleur le Tarn. Un destroyer britannique, le Vanquisher, l'escorte bientôt également. A 11h30, le ravitaillement en mazout étant en cours, le destroyer britannique (qui s'est rendu compte que le convoi ne prenait pas la direction de l'Angleterre...) envoie un message optique demandant "Where are we going ?" (Où allons-nous ?). Le commandant du Jean-Bart ne répond pas, estimant que seul l'amiral Laborde peut répondre à cette question, s'il le juge utile. Le navire britannique s'approche alors de l'escorteur le Hardi et pose la même question. Son commandant lui fait répondre que sa mission est terminée. Déçu, le destroyer britannique s'éloigne vers le Nord-Est. Le Jean-Bart accostera à Casablanca le 22 juin à 16h55, ayant navigué sans compas.

A Saumur, les Allemands vont piétiner pendant 48 heures, les jeunes Cadets de l'école de cavalerie défendant héroïquement leur ville face aux troupes allemandes. Sous l'impulsion d'un chef ardent, le colonel François Michon, les 2 200 Cadets de l'école de cavalerie de Saumur vont défendre la Loire, du pont de Montsoreau au pont de Gennes, sur 25 kilomètres de front. Leur maigre armement est celui de l'instruction : cinq chars Hotchkiss, trois automitrailleuses, quatre canons de 75, dix canons de 25, quelques mortiers de 60 et de 81, et les armes individuelles. Deux jours durant, les 19 et 20 juin, ces 2 200 Cadets vont réussir à arrêter les troupes allemandes sur les ponts de Saumur. Ils ne cesseront le combat qu'une fois leurs munitions épuisées... Le flot des Panzers peut alors franchir les ponts sur la Loire. Mais au moins l'honneur est sauf !...

Des colonnes allemandes occupent Vierzon, Romorantin, Bourges, Vichy, Roanne, et même Lyon.

Dans l'après-midi la Luftwaffe bombarde Poitiers, puis Bordeaux même au cours de la nuit. Le Maréchal Pétain et les membres du gouvernement sont obligés de gagner les abris.

Dans la matinée le Maréchal Pétain demande au général Weygand s'il est prêt à aller lui-même à la rencontre des Allemands pour recevoir leurs conditions d'armistice ? Weygand répond qu'en 1918 ce n'est pas le Commandant en chef de l'armée allemande qui est allé à Rethondes. Pétain décide donc que ce sera le général Huntziger, commandant du Groupe d'Armées n°4. Cinq autres personnes l'accompagneront : les diplomates Léon Noël et François Charles-Roux, le contre-amiral Maurice Le Luc, le général Georges Parisot et le général de l'armée de l'air Jean Bergeret. Cette liste est remise à Monsieur de Lequeria pour qu'il la fasse parvenir au gouvernement allemand ainsi qu'au gouvernement italien.

A Munich, Mussolini demande que les deux délégations d'armistice, l'allemande et l'italienne, fusionnent. Hitler s'y oppose : s'il a admis que les deux armistices entrent en vigueur simultanément, il désire qu'ils soient négociés et signés séparément.

Revenu à Rome, Mussolini prend conscience que le principe de l'entrée en vigueur simultanée des deux armistices lui permet d'en retarder l'effet pendant plusieurs jours. Il décide d'en profiter pour lancer sans délai une offensive dans les Alpes, espérant améliorer ainsi la situation de l'Italie, avant la cessation des hostilités. Prudemment, il décide de limiter son attaque à deux petits secteurs : l'un près de la frontière Suisse, l'autre au Sud, le long du littoral. Mussolini sera très irrité d'apprendre du général Pintor, commandant la 1ère Armée italienne que cette armée ne peut pas encore attaquer la France demain, 20 juin.

A 9 heures du matin un Conseil des Ministres se réunit à la préfecture de Gironde. Il décide, sur l'initiative du ministre de l'Intérieur Charles Pomaret, de quitter assez rapidement Bordeaux pour Perpignan.

A 18 heures, le général de Gaulle prononce un deuxième appel sur les ondes de la BBC :
« A l'heure où nous sommes, tous les Français comprennent que les formes ordinaires du pouvoir ont disparu.
Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d'un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l'impossibilité de faire jouer nos institutions, moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j'ai conscience de parler au nom de la France.
Au nom de la France, je déclare formellement ce qui suit : tout Français qui porte encore les armes a le devoir absolu de continuer la résistance. Déposer les armes, évacuer une position militaire, accepter de soumettre n'importe quel morceau de terre française au contrôle de l'ennemi, ce serait un crime contre la Patrie.
A l'heure qu'il est, je parle avant tout pour l'Afrique du Nord française, pour l'Afrique du Nord intacte.
L'armistice italien n'est qu'un piège grossier.
Dans l'Afrique de Clauzel, de Bugeaud, de Lyautey, de Noguès, tout ce qui a de l'honneur a le strict devoir de refuser l'exécution des conditions ennemies.
Il ne serait pas tolérable que la panique de Bordeaux ait pu traverser la mer.
Soldats de France, où que vous soyez, debout !
»

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 21 Juin 2009, 11:43 am

Hommage aux Cadets de l'École de Cavalerie de Saumur, les Premiers Résistants de France, dès le 17 juin 1940 dans l'après-midi, donc un jour avant l'Appel du 18 juin.


Bonjour à toutes et bonjour à tous, Smile

J'interromps un moment la relation chronologique, jour après jour, pour revenir un instant sur la raison qui m'a fait baptiser la journée du mercredi 19 juin 1940 "Le jour où les Cadets de Saumur décident de défendre héroïquement les ponts sur la Loire".

Pourquoi ai-je particulièrement insisté sur cet événement ? Eh bien, tout simplement parce qu'il est je crois l'illustration des causes de la défaite française de mai et juin 1940 : s'il y avait eu davantage de "colonel François Michon", sachant trouver les mots et les actes pour galvaniser les soldats français, l'exploit des jeunes Cadets de l'École de Cavalerie de Saumur aurait été multiplié par mille, les troupes anglaises seraient alors restées aux côtés des troupes françaises et la débâcle n'aurait peut être pas eu lieu, ou alors il n'y aurait eu qu'une simple retraite des armées franco-britanniques, comme en août-septembre 1914, qui tôt ou tard, notamment grâce à l'aviation anglaise utilisée alors sans restriction sur le sol français, auraient réussi à stabiliser l'avance des troupes allemandes.

Pour ceux qui voudraient en savoir davantage sur l'exploit des Cadets de Saumur, je les renvoie à l'excellent témoignage de Jean Zimmerman, colonel de réserve (un des anciens "Cadets de Saumur" en juin 1940, blessé grièvement le 20 Juin 1940, au cours des Combats, au poste de Commandement du Colonel Michon) :
http://www.anac-fr.com/2gm/2gm_99.htm

On y apprend que : « Ce fut ainsi que fin mai 1940, le principe de la défense de la Loire fut décidé.
A l'École de Cavalerie, fut attribué le secteur allant du confluent de la Vienne et de la Loire à 1'Est (au-delà de Montsoreau), au Thoureil (au-delà de Gennes)à l'Ouest, soit un front de 40 kilomètres.
Ce front comprenait quatre points de franchissement de la Loire :
- le pont de Montsoreau ;
- le Viaduc de Chemin de Fer ;
- les deux ponts de Saumur (de part et d’autre de l'Ile) ;
- le Pont de Gennes.
(...)
Le 15 Juin, l'École de Cavalerie, établissement d’instruction relevant directement de la Direction de la Cavalerie, et non des Armées en Campagne, reçut de cette Direction l’ordre de repli à Montauban.
Cette prescription annulait l'ordre de défendre les passages de la Loire dans le secteur imparti à l'École, et son départ créait un trou de 40 kilomètres dans le dispositif de défense de la Loire.
Le Colonel Michon, dont la grandeur d'âme, la flamme et l’esprit de sacrifice étaient indiscutables, n'admit pas que l’École quittât Saumur sans combattre ; il obtint de ne renvoyer à l’arrière que les éléments non susceptibles de combattre (personnel de service, chevaux....) et de maintenir sur place les combattants, notamment les Cadres et les Élèves.

Le lundi 17 juin 1940 à 12 heures 30 : message du Maréchal Pétain donnant l'ordre de cesser les combats, la demande d'armistice étant faite.
Le Colonel Michon et son Chef d'État Major, le Commandant Lemoyne, convinrent que le prestige et l'honneur de l'École de Cavalerie nous commandaient, malgré cet ordre, de nous battre à Saumur pour tenter de nous opposer, bien que n'ayant que de faibles moyens, à la traversée de la Loire par les Allemands dans notre secteur.
Le Colonel Michon convoqua tous les Cadres, leur exposant la situation et sa décision, mais, qu'étant donné les ordres supérieurs, ils étaient libres de ne pas être du même avis : TOUS FURENT VOLONTAIRES.

Les élèves furent ensuite réunis pour leur exposer la situation : TOUS FURENT ÉGALEMENT VOLONTAIRES POUR ENGAGER LE COMBAT.

Ainsi donc, dès le 17 juin 1940, avant que ne retentisse l'appel du 18 Juin, l'École de Cavalerie de Saumur entrait la première dans la Résistance, aussitôt l’armistice demandé.
»

Vous lirez ensuite sur ce site Internet le déroulement des combats, heure par heure, pont par pont.

Je voudrais seulement citer trois autres extraits de ce site Internet très intéressant :

* Premièrement la citation du 24 août 1940, signée du Généralissime Maxime Weygand, "Citation à l'ordre de l'armée de l'École Militaire d'application de la Cavalerie et du Train" : «
Sous le commandement du colonel Michon, reflétant l'âme de son chef, l'École Militaire et d'Application de la Cavalerie et du Train a combattu les 19, 20 et 21 juin 1940 jusqu'à l'extrême limite de ses moyens de combat, éprouvant de lourdes pertes, prodiguant les actes d'héroïsme et inscrivant dans les fastes de la Cavalerie une page digne entre toutes de son glorieux passé.
A suscité par sa bravoure, l'hommage de son adversaire.
Vichy, le 24 août 1940
Le général Commandant en Chef
Weygand.
»

* Deuxièmement ce qui est arrivé aux Cadets faits prisonniers dans la forêt de Fontevraud : « J
e dois ajouter que les Allemands qui avaient fait prisonniers les élèves et Officiers de l’École, dans la Forêt de Fontevraud, les escortèrent d’abord à Bourgueil, puis les ramenèrent à l'École de Cavalerie , où ils les internèrent.
Après 15 jours de captivité, en raison de leur résistance opiniâtre sur le Front de Saumur, ils les séparèrent des autres prisonniers. Formant une colonne encadrée par leurs Officiers de l'École et seulement quelques soldats allemands, les élèves se dirigèrent en direction de la Zone libre par Loches, où l'Indre franchie, ils furent libérés et rejoignirent Montauban.
Les Allemands avaient libéré également 749 chevaux de l'École , en même temps que les 218 Élèves et Officiers prisonniers.

Selon le rapport du Colonel Michon, publié à Montauban le 9 août 1940, sur les 560 Élèves-Officiers ayant participé aux combats de Saumur, il n’en restait que 366 :
79 étaient tués ou disparus
32 blessés en traitement
15 en convalescence.
»

* Troisièmement l'hommage de l'adversaire ; extrait du rapport, en date du 3 juillet 1940, du général allemand Der Vornach (qui commandait la Première Division allemande de Cavalerie ayant attaqué Saumur) :
«
Alors qu’il y a quelques jours les pointes des colonnes allemandes se rapprochent de Saumur, tandis que les restes démoralisés des divisions françaises battues sur la Somme et sur la Seine, traversent sans arrêt les ponts sur la Loire, et, tandis que le Maire de Saumur veut déclarer la ville : "Ville ouverte", le Commandant repousse cette initiative, et place la ville en état de défense avec ses 500 Cadets, élèves de Cavalerie.
Les Ponts sur la Loire sautèrent devant les premiers blindés allemands. Et alors, le crépitement retentit de toutes les maisons du Quartier Sud, de l’Est et de l’Ouest sur plusieurs kilomètres, des coupures et des bastions naturels des hauteurs dont les rocs de craie blanche s'enfoncent ici vers le lit du fleuve.
Au moyen de mitrailleuses, de canons anti-chars, d’obusiers, "les Cadets de l'École de Cavalerie" se battirent ardemment pendant plus de deux jours dans une position sans espoir, tandis qu’à leur droite et à leur gauche, retentissait déjà le chaos de la rupture générale.
Même le feu de notre artillerie allemande ne pouvait ralentir cette vaillante résistance bien voulue reconnue par nous l’adversaire. A peine se taisait-il d’un côté, même un instant seulement, qu'aussitôt reprenait de l’autre côté le crépitement des mitrailleuses.
Elle retarda le passage des éléments allemands sur le fleuve, mais ne put l'empêcher au-delà d'une certaine durée, dès qu’à l'Ouest de Saumur, et à plusieurs kilomètres à l'Est les têtes de ponts allemandes furent établies.
Les attaquants allemands de Saumur sont aussi des Cavaliers. Ils appartiennent à la Première Division Blindée de Cavalerie, qui hier s'est portée à 70 kilomètres au Sud de Saumur, dans la région comprise entre Thouars et Parthenay, en une marche en avant contre un ennemi faiblissant.
Cet épisode n'eut pas la moindre part dans la poursuite de l'adversaire et également dans le succès final allemand en France.

Signé : général Der Vormach
Commandant de la 1ère Division Blindée de la Cavalerie Allemande
le mercredi 3 juillet 1940.
»

Il est à noter que le Général Allemand Der Vormach fut le premier à appeler les défenseurs : les Cadets de Saumur et ce nom leur resta par la suite.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mar 23 Juin 2009, 8:04 pm

Le jeudi 20 juin 1940. Le jour où la délégation française d'armistice quitte Bordeaux.


En ce jeudi 20 juin 1940, 42ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce au seul communiqué de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 580 (20 juin 1940) : «
Au cours de la journée, la situation n'a subi dans l'ensemble aucun changement notable.
L'ennemi a poussé des détachements de reconnaissance au Sud de Nantes, à l'Ouest de Bourges, vers Montluçon et Vichy, au Sud de Lyon et en direction de Nantua.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du jeudi 20 juin 1940, se dit que décidément rien ne va plus...

Voici maintenant les points importants de cette journée du jeudi 20 juin 1940, la seizième de "la bataille de France" :

Après avoir achevé l'occupation de Cherbourg, la 7e Panzerdivision de Rommel est mise au repos.

A 7 heures du matin, le général Georges part pour Montauban, nouveau siège du Quartier Général. Par décision du général Weygand, l'armée des Alpes passe sous ses ordres. On en arrive enfin à la solution qu'on aurait dû adopter dès le début de la guerre : la création d'un théâtre d'opération en France, sous une seule autorité. C'est vrai ; mais il est hélas trop tard. Il n'y a plus d'opérations autres que locales. Et il n'y a pour ainsi dire plus d'armée...

Au cours de la journée, l'ennemi réussit à franchir la Loire, à l'Est de Tours et à Saumur. Sur le Cher, il force le passage à Selles et pousse vers le Sud, rompant la gauche de la Ve Armée, dont quatre divisions disparaissent presque complètement. Plus à l'Est, les Allemands pénètrent dans Montluçon, Riom et Thiers. Dans les Vosges, les blindés de Guderian entrent à Gérardmer.

En revanche, cette journée du jeudi 20 juin 1940 voit une bonne nouvelle pour l'Armée française des Alpes : elle a enfin l'occasion de combattre pour la première fois depuis la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939 !... En effet, l'armée italienne tente quelques escarmouches d'avant-postes en Tarentaise, et une attaque locale sur les positions françaises de défense au col du Mont-Cenis. Toutes ces actions italiennes sont repoussées, sans pertes sensibles pour nous.

A 14h30 la délégation française d'armistice quitte Bordeaux. Elle ignore où exactement elle va aller... Son trajet est : Libourne, Angoulême, Poitiers et Tours. Là elle est très surprise de constater que la préfecture de l'Indre-et-Loire n'est pas encore occupée par l'armée allemande... Ce n'est qu'à 22 heures (alors qu'elle était sensée y arriver à 17 heures) que la délégation arrive à Tours. C'est le Secrétaire Général de la préfecture d'Indre-et-Loire et le Commissaire central qui se présentent à elle et vont l'amener aux avants-postes allemands. La rencontre avec les premières troupes allemandes a lieu à Vendôme, mais le voyage doit continuer vers Chartres, puis Villacoublay et c'est par la porte d'Orléans qu'elle entre à Paris. C'est finalement à 7h30 du matin, le vendredi 21 juin, après un voyage interminable de 17 heures, que la délégation française d'armistice peut prendre un peu de repos à l'hôtel Royal Monceau, avenue Hoche. La destination finale de cette délégation reste toujours un mystère pour elle...

A Bordeaux un Conseil des Ministres se tient à la préfecture de Gironde à 11 heures. Albert Lebrun indique son souhait de partir immédiatement pour l'Afrique du Nord. Camille Chautemps propose un compromis : le départ pour Perpignan. Cette solution est finalement acceptée par le Conseil. L'heure du départ est même fixée à 14h30. Ensuite, un croiseur stationné à Port-Vendres, se tiendra prêt à partir pour emmener le Président de la République, le gouvernement et les Parlementaires qui le souhaiteront pour Alger. Cette solution est également adoptée par le Conseil.

A 12h30, le Maréchal Pétain prononce à la radio un deuxième discours :
«
Français ! J'ai demandé à nos adversaires de mettre fin aux hostilités. Le gouvernement a désigné hier, mercredi, les plénipotentiaires chargés de recueillir leurs conditions.
J'ai pris cette décision, dure au cœur d'un soldat, parce que la situation militaire l'imposait. Nous espérions résister sur la ligne de la Somme et de l'Aisne. Le général Weygand avait regroupé nos forces. Son nom seul présageait la victoire. Pourtant, la ligne a cédé, et la pression ennemie a contraint nos troupes à la retraite.
Dès le 13 juin, la demande d'armistice était inévitable. Cet échec vous a surpris. Vous souvenant de 1914 et de 1918, vous en cherchez les raisons : je vais vous les dire.
Le 1er mai 1917, nous avions encore 3 280 000 hommes aux armées, malgré trois ans de combats meurtriers. A la veille de la bataille actuelle, nous en avions 500 000 de moins. En mai 1918, nous avions 85 divisions britanniques ; en mai 1940, il n'y en avait que 10. En 1918, nous avions les 58 divisions italiennes et les 42 divisions américaines.
L'infériorité de notre matériel a été plus grand encore que celle de nos effectifs. L'aviation française a livré à un contre six ses combats.
Moins forte qu'il y a 22 ans, nous avions aussi moins d'amis. Trop pu d'enfants, trop peu d'armes, trop peu d'alliés, voilà les causes de notre défaite.
Le peuple français ne conteste pas ses échecs. Tous les peuples ont connu tour à tour des succès et des revers. C'est par la manière dont ils réagissent qu'ils se montrent faibles ou grands.
Nous tirerons les leçons des batailles perdues. Depuis la victoire, l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on n'a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur.
J'ai été avec vous dans les jours glorieux. Chef du Gouvernement, je suis et resterai avec vous dans les jours sombres. Soyez à mes côtés. Le combat reste le même. Il s'agit de la France, de son sol, de ses Fils.
»

Un peu avant 14h30, donc à l'heure fixée au Conseil des Ministres de ce matin pour quitter Bordeaux pour Perpignan, Raphaël Alibert, sous-secrétaire d'État à la Présidence du Conseil, téléphone à Albert Lebrun pour l'informer qu'un Conseil de Cabinet doit se réunir à 14h30 à la préfecture de Gironde. Albert Lebrun accepte de différer son départ pour Perpignan dans l'attente des décisions qui seront prises.

A 14h30 le Maréchal Pétain réunit ses ministres en Conseil de Cabinet à la préfecture de Gironde. Le Maréchal leur fait savoir que la délégation d'armistice vient de se mettre en route et qu'elle doit rencontrer les Allemands à Tours, à 19 heures. Il espère en recevoir des nouvelles dans la soirée et demande au gouvernement de surseoir à son départ jusque-là. Les ministres acquiescent. Seul Camille Chautemps n'a pas l'air satisfait.

Les opposants au départ en Afrique du Nord sont sur le point de gagner la partie !...

A minuit le général Émile Laure, adresse l'Ordre général suivant aux officiers, sous-officiers et soldats de la VIIIe Armée : «
Nous formons désormais le dernier carré, avec peu de vivres et peu de munitions, autour du Poste de Commandement du Chef de l'Armée.
Pour la presque totalité d'entre vous, vous envisagez la situation avec calme et fermeté : je sais quelle est, dans le fond de votre âme, votre décision et, au nom du Pays qui vous regarde, je vous en remercie.
Quelques-uns s'émeuvent : qu'ils tournent leurs regards vers ceux qui ne savent pas trembler. J'ordonne que toutes les positions confiées à votre garde soient défendues avec une énergie farouche, jusqu'aux dernières vivres, jusqu'à la dernière munition et que, si elles sont cependant perdues, on se resserre avec la même résolution autour du Chef de l'Armée.
J'interdis que qui que ce soit faiblisse ou se rende. Chacun à son poste, nous défendrons l'honneur de l'Armée et de la France, les armes à la main.
»

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mer 24 Juin 2009, 12:07 am

Le vendredi 21 juin 1940. Le jour où l'armée italienne déclenche une grande offensive contre la France dans les Alpes.


En ce vendredi 21 juin 1940, 43ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux communiqués de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 581 (21 juin 1940 - matin) : «
Au cours de la journée, la situation n'a subi dans l'ensemble aucun changement notable.
L'ennemi a poussé des détachements de reconnaissance au Sud de Nantes, à l'Ouest de Bourges, vers Montluçon et Vichy, au Sud de Lyon et en direction de Nantua.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du vendredi 21 juin 1940 au matin, s'étonne que les combats continuent, vu la situation géographique des villes mentionnées.

* communiqué n° 582 (21 juin 1940 - soir) : «
Dans les Vosges, nos troupes, formées en un vaste carré, soutiennent vigoureusement la lutte. Elles ont, à plusieurs reprises, repoussé les assauts de l'ennemi et contre-attaqué avec succès.
Sur le reste du front, quelques rencontres locales notamment dans la région de Clermont-Ferrand.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du vendredi 21 juin 1940 au soir, plaint sincèrement les pauvres soldats français encerclés dans les Vosges, et se désespère de voir que l'ennemi est aux portes de Clermont-Ferrand !...

Voici maintenant les points importants de cette journée du vendredi 21 juin 1940, la 17ème de "la bataille de France" :

La 7e Panzerdivision de Rommel quitte Cherbourg et se dirige sur Rennes, pour participer aux dernières opérations de Bretagne.

Morlaix et Lorient tombent dans la journée. Brest, où les forces blindées du groupement Horth ont été relevées par des unités d'infanterie ordinaires, offre un spectacle désolé. Le port est vide. Nos bateaux incapables de prendre la mer se sont sabordés. L'arsenal n'est plus qu'un tas de décombres.

Au soir, toute la Bretagne est occupée.

Au Sud de la Loire, l'ennemi fait son apparition à Thouars et à Cholet. Plus à l'Est, il pénètre à Clermont-Ferrand et progresse en direction d'Issoire. Dans la soirée Vienne et Montbrison sont pris.

Mais l'événement le plus important de la journée au point de vue des opérations militaires, est le déclenchement d'une violente offensive italienne dans les Alpes à l'aube : pas moins de 19 divisions italiennes, sur les 32 qui se trouvent massées dans ce secteur, s'élancent à l'assaut des positions tenues par l'Armée française des Alpes.

En face d'elles, notre Armée des Alpes, commandée par le général René Olry (dont le PC se trouve à Valence), se trouve réduite à un état squelettique (trois divisions de montagne seulement !...), par suite des prélèvements successifs effectués par le Haut Commandement français.

Dès le déclenchement des opérations, les troupes françaises se trouvent dans une position difficile. Elles doivent s'opposer, face à l'Est, aux attaques de l'armée italienne, tandis que dans leur dos les formations allemandes descendent la vallée du Rhône.

Devant cette situation périlleuse, le général Olry réagit avec décision : il divise ses forces en deux. Une partie tournée vers le Nord-Ouest, s'opposera à l'avance allemande. L'autre, tournée vers les Sud-Est, fera face aux Italiens.

Pour constituer le Groupement du Nord de l'Armée des Alpes, le général Olry a rassemblé tout ce qu'il a pu trouver dans les dépôts. Sur sa demande, l'armée de l'Air a accepté de lui fournir treize bataillon, et la Marine a également accepté de lui fournir deux bataillons et des canonniers marins prélevés sur le front de mer. Bientôt, grâce à son énergie, pas moins de 25 000 hommes de toute provenance se trouvent massées sur l'Isère et le Haut-Rhône. Tous ces hommes sont prêts à faire face à l'armée allemande sur l'Isère, depuis son confluent avec le Rhône jusqu'à Voreppe, en le continuant par les Échelles, le lac du Bourget et le Rhône de Haute-Savoie.

Depuis hier soir, tous les ponts sur l'Isère ont sauté. De plus, l'ouverture des vannes des deux grands barrages du Sautet (qui retient les eaux de la Romanche) et du Chambon (qui retient les eaux du Drac), situés en amont, augmente considérablement le débit de la rivière et augmente l'obstacle pour l'armée allemande.

Dès le début des opérations, les troupes italiennes se portent partout en avant.

Au Nord, dans la Tarentaise, douze bataillons s'efforcent d'enlever Bourg-Saint-Maurice, en passant par les trois cols de la Seigne, du Petit Saint-Bernard et du Mont. Elles ne réussissent qu'à encercler un petit ouvrage, la "Redoute ruinée", près du col du Petit Saint-Bernard, mais sans pouvoir s'en emparer... Les positions françaises face à ces douze bataillons italiens ne s'élèvent qu'à quatre bataillon et 42 pièces d'artillerie.

En Maurienne, les Italiens attaquent avec des moyens puissants: deux divisions, quatre bataillons d'Alpini, le 11e bataillon de Chemises noires, suivis en deuxième échelon par la division "Brennero". Leur objectif est Modane, qu'ils s'efforcent d'atteindre par les quatre cols du Mont-Cenis, de Sollières, de Bellecombe et du Clapier. A 5h30 du matin, plus de mille obus s'abattent sur le fort de la Turra, sans entamer sa résistance. Plus au Sud, en revanche, nos trois sections d'éclaireurs, débordés par deux bataillons italiens, ne peuvent tenir au Planey. Elles sont refoulées au barrage de la Tuille et la progression italienne, s'avançant de la Belle-Plinier, s'oriente vers le Mont-Rond.

A Briançon, un duel d'artillerie s'engage entre le fort italien du Chaberton et une batterie française de 280. En quelques heures le fort du Chaberton est obligé de cesser le feu, toutes ses pièces d'artillerie ayant été mises hors d'usage par les tirs de l'artillerie française.

En Ubaye, l'ouvrage de Viraysse, un moment encerclé, est dégagé par une contre-attaque française qui permet de faire 334 prisonniers italiens !!!...

A la fin de la journée du vendredi 21 juin, les Italiens sont arrêtés partout devant leurs positions de départ, sauf dans la pointe du Queyras, où ils ont réussi à encercler le village d'Abriès.

Dans la soirée, pour faire face aux conséquences possibles d'actions allemandes s'exerçant de part et d'autre du Massif-Central, le Haut Commandement français prescrit aux 16e et 18e régions de constituer des groupements de défense qui couvriront éventuellement Toulouse face à l'Est, et Bordeaux, face au Nord. Ces groupement agiront :
- pour la 16e région : sur les axes Saint-Pons - Mazamet, et Narbonne - Carcassonne ;
- pour la 18e région : en barrant la Dordogne en aval De Bergerac.

A 13h30 la délégation française d'armistice quitte l'hôtel Royal-Montceau pour la porte de la Villette, Senlis et Compiègne. Les voitures ralentissent, puis s'arrêtent : c'est Rethondes. Le wagon où Foch signa l'armistice du 11 novembre 1918 est à quelques mètres. On aperçoit Hitler à travers la vitre du wagon.

Les plénipotentiaires français montent dans le wagon, Hitler les invite par un geste à s'asseoir. Le général Huntziger prend place face au chancelier allemand. Sans prononcer un mot, Hitler donne la parole au général Keitel. Celui-ci lit, au nom du Führer, une longue déclaration puis il lit le texte des 23 articles de la conventions d'armistice. Adolf Hitler tend alors à chacun des délégués français un exemplaire du texte qui vient d'être lu. Puis il se lève, salue du bras droit en fixant dans les yeux chaque délégué, puis descend du wagon, sans avoir prononcé un mot. On entend dans la clairière s'élever une strophe de l'hymne national allemand.

Des très longues discussions commencent alors entre les délégués français et le général Keitel.

Sur sa demande, la délégation française est autorisée par Keitel à communiquer par téléphone à partir de 20h15 avec le gouvernement de Bordeaux.

Le général Weygand, angoissé, demande au général Huntziger :
«
- Où êtes-vous, et quelle est votre impression générale ?
- Je suis sous une tente, à Rethondes, à côté du Wagon...
- Mon pauvre ami...
- Les conditions sont dures, mais elles ne renferment rien qui soit contraire à l'honneur.
- Et la flotte ?
- Les Allemands n'exigent pas qu'elle leur soit remise.
- Et le reste ?
- Nous avons reçu un document qui comporte vingt-quatre articles. Il forme un tout et ne peut être modifié.
- Sur quel ton vous a été faite la communication allemande ?
- Très dur.
- Et les conditions elles-mêmes ?
- Je vais vous les lire.
- Bien. Je les répéterai au fur et à mesure pour que Gasser, qui est à côté de moi, puisse les prendre par écrit.
»

Cette dictée a lieu de 20h15 à 21h53.

La dictée étant terminée Weygand appelle le Maréchal Pétain au téléphone pour le prévenir que les conditions d'armistice viennent d'arriver. Celui-ci lui demande : « Comment sont-elles ? ». Weygand lui répond : « Dures, mais non déshonorantes ».

A Bordeaux, à 22h15, le Maréchal Pétain fait prévenir Albert Lebrun qu'un Conseil des Ministres se réunira à une heure du matin.

Le général Huntziger rappelle le général Weygand et lui signale que les Allemands exigent une réponse pour le lendemain à 11 heures, heure allemande (10 heures, heure de Bordeaux).

La délégation française quitte alors Rethondes, et retourne en voiture à Paris, à l'hôtel Royal-Montceau, où elle arrive à 2h30 du matin.

Adolf Hitler fait transmettre à Benito Mussolini, par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Allemagne en Italie, une copie des conditions d'armistice. Mussolini est désespéré de constater que les conditions allemandes sont très légères. Du coup, il revoit ses ambitions territoriales très à la baisse : il se bornera donc à demander la délimitarisation d'une bande de 50 kilomètres de largeur le long de la frontière franco-italienne.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mer 24 Juin 2009, 3:26 pm

Le samedi 22 juin 1940. Le jour où l'armistice franco-allemand est signé.



En ce samedi 22 juin 1940, 44ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux communiqués de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 583 (22 juin 1940 - matin) : « Des rencontres locales ont eu lieu au Sud de la Loire, notamment à Moncontour, à Ligueil et à Châtillon-sur-Indre, ainsi qu'entre Saint-Étienne et Roanne.
Sur le Rhône, à Andance, un détachement de spahis a repoussé, après un vif combat, des éléments ennemis comprenant un bataillon et des chars.
Dans les Alpes, les Italiens ont tenté, sans succès quelques attaques locales.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du samedi 22 juin 1940 au matin, se félicite du succès du détachement de spahis à Andance (Ardèche), et est très content d'apprendre que les troupes italiennes, qui ont enfin osé attaquer les troupes françaises qui gardent la frontière des Alpes, aient été repoussées.

* communiqué n° 584 (22 juin 1940 - soir) : « Au cours de la journée, les Allemands ont poussé des reconnaissances au Sud de la Basse-Loire, en direction de la Roche-sur-Yon et Poitiers. Ils ont accentué légèrement leur poussée dans la vallée du Rhône, vers l'Isère.
Sur le front des Alpes, les Italiens ont attaqué en plusieurs points, du Mont-Blanc à la mer. Ils ont été partout contenus.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du samedi 22 juin 1940 au soir, s'inquiète que ce communiqué ne soit pas plus explicite sur des "points" attaqués par les troupes italiennes.

Voici maintenant les points importants de cette journée du samedi 22 juin 1940, la 18ème de "la bataille de France" :

Sur la côte de l'Atlantique, les Allemands prennent pied jusqu'à la hauteur de La Rochelle.

Dans les Vosges, le cercle s'est rétréci autour des troupes françaises. Tronçonnées en plusieurs groupes isolés les uns des autres, il n'existe plus, pour elles, d'autre alternative que la destruction ou la capitulation. Dans cette situation désespérée, le général Condé (chef de la IIIe Armée française) demande des instructions au général Georges. Les vivres vont manquer et les munitions s'épuisent. Après accord du général Weygand, le général Georges prescrit au général Condé de tenir encore coûte que coûte. La perspective d'un armistice prochain justifiant cet ultime effort. C'est en fait la consigne déjà donnée par le général Laure (chef du IXe Corps d'Armée) dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 juin 1940 (voir à la page du jeudi 20 juin 1940).

Mais, dans la soirée du samedi 22 juin 1940, la situation ayant encore empiré, le général Condé, ayant épuisé ses vivres et ses munitions, est autorisé à demander la cessation des hostilités, à condition qu'on lui rende les honneurs de la guerre. Ceux-ci lui sont accordés par le général List. Toutes les troupes françaises de l'Est (à l'exception de celles encore retranchées dans les forts de la ligne Maginot), soit près de cinq cent mille hommes, sont faites prisonnières après avoir lutté jusqu'à la dernière extrémité.

Que reste-t-il, ce samedi 22 juin 1940 au soir, des forces armées françaises ?

La Xe Armée française, qui a retraité de la Somme à la Bretagne, est capturée presque toute entière.

A l'Est, les IIIe, Ve et VIIIe Armées le sont également, avec une partie de la VIe Armée. Il ne reste que des débris informes de la VIe et de la VIIe Armées, « une misérable fraction de l'armée française, sans matériel, sans une seule division cohérente, qui court vers le Sud, mêlée aux civils. »

Sur les Alpes, tandis que les forces allemandes bordent l'Isère, les Italiens renouvellent leurs attaques sur toute la longueur du front : dans la Tarentaise, par le col du Petit Saint-Bernard ; dans la Maurienne, par le col du Mont-Cenis ; vers l'Ubaye, par le col de Larche. Comme la veille, ils sont bloqués partout sur les avant-postes français, sauf sur le littoral où ils progressent légèrement dans la région Est de Menton.

A une heure du matin, le Conseil des Ministres se réunit à la préfecture de Gironde sous la présidence d'Albert Lebrun. Le général Weygand commence par lire le texte qui lui a été téléphoné par le général Huntziger.

Messieurs Chautemps, Frossard, Rivière et Février ne sont pas favorables à l'acceptation de ces conditions. Le Président Lebrun hésite... Camille Chautemps déclare alors : « Si j'avais pensé qu'on en arriverait là, je ne serais jamais entré dans le ministère. »

Les opposants à l'acceptation des conditions allemandes vont soudainement recevoir l'appui inattendu de l'amiral de la Flotte, François Darlan qui déclare : « Il faut continuer à nous battre. Je vais faire bombarder les pots italiens par la flotte ! » Et il fait porter, sur le champ, le message suivant à l'amirauté : « 22 juin 1940. Je précise que rien n'étant encore conclu, les hostilités continuent. F. Darlan. »

A trois heures du matin le Conseil des Ministres s'achève. Il doit se réunir de nouveau à 8 heures. En fait c'est à 8h45 qu'un nouveau Conseil des Ministres se réunit. La nuit aurait-elle porté conseil ? Camille Chautemps et l'amiral Darlan ne parlent plus de continuer la résistance. Il est visible qu'une partie du Conseil a reporté ses espoirs de rupture sur l'armistice avec l'Italie. Le Conseil estime donc qu'il n'y a rien de déshonorant dans les conditions d'armistice - si dures soient-elles - et par conséquent il examine les articles les uns après les autres. A 10 heures du matin (heure de Bordeaux, soit 11 heure, heure allemande) le Conseil s'interrompt et l'on téléphone au général Huntziger les amendements proposés. A 11h05 (heure allemande) les deux délégations se retrouvent face à face dans le wagon historique de Rethondes. Huntziger demande d'abord au général Keitel que les forces allemandes s'engagent à ne pas attaquer Bordeaux comme le Maréchal Pétain l'a demandé au chancelier Hitler, le temps que les négociations avec l'Italie puissent s'engager. Keitel répond que la demande sera transmise au Führer qui peut seul prendre cette décision.

Le général Huntziger arrive à émouvoir la délégation allemande en lui disant : « L'Italie nous a déclaré la guerre, mais elle ne nous l'a pas faite [le général Huntziger ignore, vu qu'il a quitté Bordeaux depuis plus de 48 heures, que l'armée italienne a attaqué depuis hier la frontière française des Alpes]. Nous n'avons pas besoin d'armistice avec l'Italie, parce que l'armistice a coïncidé avec sa déclaration de guerre... Il y a là une situation qui est ressentie cruellement par le peuple français.
Si à Rome, nous sommes mis en présence d'exigences inacceptables, tout l'édifice de notre convention s'écroulera. Vous nous foulerez aux pieds ; vous nous ferez plus de mal encore ; nous le supporterons, mais nous ne donnerons pas notre signature et nous reprendrons notre liberté d'action. Advienne que pourra ! La France estime que l'honneur est préférable à la vie !
Je rends hommage à l'intention d'adoucir certaines des clauses très dures de la convention, intentions qui s'est exprimée dans certaines déclaration du général Keitel. Si le gouvernement me donne l'ordre de signer, la France s'exécutera loyalement, reconnaissant le fait que la guerre lui a été contraire... Mais cela n'aura pas lieu si nous mis à Rome en présence d'appétits qui ne seraient justifiés par rien...
»

Les termes de cette déclaration, le ton sur lequel elle a été faite émeuvent visiblement les officiers allemands. Le général Keitel lui-même ne peut dissimuler qu'il est touché dans sa conscience de soldat. Il ne proteste pas. Il se borne à déclarer : « Je ne suis pas qualifié pour vous répondre, pas plus que je ne suis en mesure de donner des conseils aux Italiens. Tout ce que je puis dire, c'est que la délégation italienne connaîtra nos délibérations et nos accords. »

Jacques Benoist-Méchain déclare dans son ouvrage que le Maréchal Keitel devait lui confier plus tard : « A ce moment-là, le général Huntziger m'a vraiment ému. Si j'avais été à sa place, c'est exactement ce que j'aurais dit. Je ne savais que lui répondre. »

Mais, le temps passe. Les délais prescrits par le Haut Commandement allemand sont écoulés depuis longtemps. Keitel déclare alors : « Il faut aboutir. C'est au gouvernement français de décider s'il veut ou non la cessation des hostilités, ou s'il préfère perdre un temps précieux en délibérations. Le gouvernement du Reich et l'armée allemande n'ont, en ce qui les concerne, aucune raison de désirer la cessation des
hostilités.
»

A ce moment, on apporte au général Keitel la réponse de Hitler à la demande du Maréchal Pétain : « Sous condition que la convention d'armistice soit signée dans la journée même, il est du désir du Führer de tenir Bordeaux à l'écart des opérations militaires, tant que durera la négociation avec l'Italie. »

Il est 16 heures. La séance est suspendue, pour permettre au général Huntziger de prendre une dernière fois contact avec le gouvernement français et lui demander ses instructions finales : doit-il ou non signer la convention d'armistice ? A 16h05 le général Huntziger fait connaître par téléphone à Bordeaux le résultat de la négociation sur les amendements, et notamment les avantages obtenus concernant les avions et la flotte. Il signale en même temps qu'il a été convenu de part et d'autre, de tenir le texte de la convention secret, jusqu'au moment où sera signée la convention avec l'Italie - si toutefois elle est signée...

(à suivre...)

Roger le Cantalien. Rolling Eyes



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Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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