La Seconde Guerre Mondiale

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 Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mer 24 Juin 2009, 3:32 pm

Le samedi 22 juin 1940. Le jour où l'armistice franco-allemand est signé (suite).



A Bordeaux, les ministres (réunis en Conseil Des Ministres qui siège en permanence depuis ce matin) décident de délibérer sur les informations que vient de leur transmettre le général Huntziger.

A 16h50 le téléphone sonne dans la tente de la délégation française : le général Weygand fait savoir que les ministres veulent que soient annexées à la convention d'armistice les demandes de la délégation française et les réponses du gouvernement allemand pour qu'il en reste une trace officielle.

La délégation française, après réflexion, estime qu'il serait maladroit de soumettre cette demande à la délégation allemande vu que plusieurs fois le général Keitel a refusé de coucher ses paroles par écrit répétant chaque fois que « la parole d'un soldat allemand valait mieux qu'une feuille de papier. » Revenir là-dessus risquerait de susciter un incident disproportionné avec le résultat escompté par le gouvernement de Bordeaux.

A ce moment (18h34, heure allemande) un aide de camp du général Keitel apporte au général Huntziger une lettre lui disant que si à 19h30 la convention d'armistice n'est pas signée il considérera que les négociations ont échoué. A l'heure dite, il quittera le lieu des négociations et ordonnera que la délégation française soit reconduite au front.

Il ne reste donc plus que 56 minutes pour signer ou non...

A Bordeaux, le Conseil des Ministres semble s'être ravisé puisqu'à 18h36 exactement (heure allemande) le génral Huntziger reçoit par téléphone l'ordre suivant (confirmation est immédiatement envoyée par télescripteur) : «
Ordre est donné à la Délégation française de signer la Convention d'armistice avec l'Allemagne.
Rendre compte de l'exécution.
La Délégation se rendra ensuite à Rome où les pouvoirs ont été envoyés par câble.
»

A 18h42 les deux délégations se retrouvent dans le wagon historique pour procéder à la signature.

Le général Charles Hunziger déclare dès le début : « D'ordre de mon gouvernement, je déclare que le gouvernement français a décidé de signer la convention d'armistice que nous venons d'élaborer. » Puis, avant d'apposer sa signature au bas de la convention d'armistice, il lit la déclaration suivante : «
Au moment d'apposer sa signature au bas de la convention d'armistice, le Chef de la délégation française juge indispensable de faire la déclaration suivante : contrainte par le sort des armes de cesser la lutte dans laquelle elle s'était engagée aux côtés de ses Alliés, la France se voit imposer de très dures exigences, dans des conditions qui en soulignent la rigueur.
Elle est en droit d'attendre que, dans des négociations prochaines, l'Allemagne s'inspirera d'un esprit de nature à permettre à deux grands peuples voisins de vivre et de travailler pacifiquement.
»

Après avoir remis une copie de ce texte au général Keitel, le général Huntziger ajoute : « Mon général, vous êtes un soldat et vous savez quelle dure épreuve est, pour un soldat, ce que je viens de faire. Il faut que dans l'avenir nous puissions, nous militaires français, n'avoir pas à nous repentir d'avoir fait le geste que je vais accomplir. » Les généraux allemands sont, eux aussi, visiblement émus. Le général Jold a des larmes aux yeux.

Le général Keitel déclare alors : « Il est honorable pour un vainqueur d'honorer un vaincu. Je tiens à rendre hommage au courage du soldat français. Je demande une minute de silence pour honorer la mémoire de ceux qui, de part et d'autres, ont versé leur sang pour leur Patrie. »
Tous les assistants se lèvent et observent une minute de silence.

Le général Huntziger signe alors la convention d'armistice, puis le général Wilhelm Keitel y appose à son tour sa signature. Il est 18h50 (heure allemande). L'armistice franco-allemand est conclu.

A 19h05 la délégation française remonte en voiture et regagne Paris, où elle attendra l'avion qui doit la conduire à Rome.

A 21h30 (heure française) arrive à Bordeaux l'ordre du Haut Commandement allemand accédant à la demande du Maréchal Pétain qui place Bordeaux en dehors de la zone de guerre. Cette décision est portée à la connaissance de la population bordelaise.

A Rome, Mussolini voudrait retarder le plus possible la signature de l'armistice franco-italien dans l'espoir que l'armée italienne prendra au moins la ville de Nice...

A Londres, à 18 heures le général de Gaulle prononce sur les ondes de la BBC son troisième appel radiophonique (le deuxième ayant été prononcé le 19 juin 1940 à 18 heures) :

«
Un gouvernement de rencontre, cédant à la panique après avoir demandé l'armistice, connaît à présent les conditions de l'ennemi.
Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l'air seront entièrement démobilisées, que nos armes seront livrées, que le territoire français sera totalement occupé et que le gouvernement français tombera sous la dépendance de l'Allemagne et de l'Italie.
On peut donc dire que cet armistice est non seulement une capitulation, mais encore un asservissement.
Or, beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude, pour des raisons qui s'appellent : l'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la patrie.

Je dis l'honneur, car la France s'est engagée à ne déposer les armes que d'accord avec ses alliés. Tandis que ses alliés continuent la guerre, son gouvernement n'a pas le droit de se rendre à l'ennemi. Le gouvernement polonais, le gouvernement norvégien, le gouvernement belge, le gouvernement hollandais, le gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.

Je dis le bon sens, car il est absurde de considérer la lutte comme perdue. Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l'esprit d'abandon du gouvernement pendant ces derniers combats, nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste Empire, une flotte intacte, beaucoup d'or. Il nous teste des alliés dont les ressources sont immenses et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l'industrie américaine. Les mêmes conditions de guerre qui nous ont fait battre par cinq mille avions et six mille chars, peuvent donner demain la victoire, par vingt mille chars et vingt mille avions.

Je dis l'intérêt supérieur de la patrie, car cette guerre n'est pas une guerre franco-allemande, qu'une bataille puisse décider ; cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres aujourd'hui le resteront demain, et si les alliés de l'Allemagne resteront toujours ses alliés. Si les forces de la liberté triomphaient finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d'une France qui se serait soumise à l'ennemi ?

L'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la Patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat là où ils seront et comme ils le pourront.
»

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 28 Juin 2009, 6:43 pm

Le dimanche 23 juin 1940. L'avant-dernier jour des combats.


En ce dimanche 23 juin 1940, 45ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux communiqués de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 585 (23 juin 1940 - matin) : «
La poussée allemande, signalée hier soir, au Sud de la Basse-Loire s'est accentuée en direction de Rochefort.
Les attaques italiennes ont continué dans les Alpes, où elles ont été repoussées sur tous les points en avant de notre position de
résistance.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du dimanche 23 juin 1940 au matin, se dit que si l'armée allemande est aux portes de Rochefort (Charente-Inférieure), rien ne l'empêchera d'occuper très bientôt Bordeaux où siège le gouvernement français...

* communiqué n° 586 (23 juin 1940 - soir) : «
Situation sans changement notable dans l'ensemble, sauf le long de la côte Atlantique où les Allemands continuent leur progression en direction de Rochefort, Saintes et Cognac.
Sur le front des Alpes, continuation des tentatives de progression italienne. Dans l'ensemble, nous tenons toujours nos positions avancées.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du dimanche 23 juin 1940 au soir, se dit qu'il grand temps que les combats cessent enfin.

Voici maintenant les points importants de cette journée du dimanche 23 juin 1940, la 19ème et avant-dernière de "la bataille de France" :

Le long de la côte de l'Atlantique, la Wehrmacht continue sa progression en direction du Sud. Elle atteint même dans la matinée Rochefort et Royan, prend possession en force de Poitiers, et progresse en direction d'Angoulême. Plus à l'Est, elle a dépassé Issoudun et Châteauroux, mais n'a pas encore franchi la Creuse. Dans la haute vallée de la Loire, des combats sérieux se déroulent dans la région Nord-Ouest de Saint-Étienne, au barrage de la Fouillouse.

Le général Georges signale, une fois de plus, au Commandant en Chef, le général Weygand, les effets très fâcheux de la décision gouvernementale, déclarant "villes ouvertes" toutes les localités de plus de vingt mille habitants. Celle-ci paralyse la défense et amène des conflits journaliers entre la population civile et les combattants.

Le général Olry proteste lui aussi, contre la non-destruction des ponts de Lyon, qui a permis aux Allemands de descendre rapidement la vallée du Rhône. Il déclare au général Weygand : « On ne peut pas me demander de me déshonorer en sacrifiant mon armée ».

De plus, l'arrivée des blindés allemands à l'estuaire de la Gironde pose un problème au Haut Commandement français. D'accord avec le Commandement allemand, une zone réservée a été tracée autour de Bordeaux, en vue de sauvegarder l'indépendance du gouvernement français, tant que dureront les négociations d'armistice avec l'Italie. De ce fait, on risque de voir la progression ennemie prendre rapidement la direction du Sud-Est, vers Marmande et Agen, compromettant encore davantage le repli de ce qui subsiste du IIIe Groupe d'Armées. Pour parer à cette éventualité, le général Georges demande l'autorisation de faire sauter les ponts de la Dordogne. Il reçoit, en fin de journée, l'autorisation de le faire.

Sur l'Isère, les forces allemandes, comprenant cinq divisions essaient de franchir la rivière à Voreppe, où elle fait un coude. La trouée est défendue par des Marins français servant des batteries antichars et par les Canonniers du 2e Groupe du 104e Régiment d'artillerie sous les ordres du chef d'escadron Azaïs de Vergeron. Les Alemands sont repoussés, laissant sur le terrain trois chars lourds, des batteries, des files de voitures.

Des dépôts d'essence sont incendiés au-delà de Voiron.

ET du côté de l'attaque de l'armée italienne sur notre frontière des Alpes ?

Avant de dire ce qu'il en a été lors de cette journée du dimanche 23 juin 1940, je voudrais revenir sur un point assez peu connu sur "l'élégance" du Commandant Suprême italien, le Duce. Cela s'est déroulé deux jours auparavant (donc le vendredi 21 juin 1940) : voulant améliorer à tout prix la situation militaire de l'Italie avant l'arrivée à Rome de la Délégation française d'armistice, Benito Mussolini a demandé au Haut Commandement allemand de lancer des unités de parachutistes sur les arrières des formations françaises qui tiennent solidement les cols des Alpes.

La réponse du Haut Commandement allemand, approuvée par Adolf Hitler, est cinglante : il refuse catégoriquement et déclare à Mussolini que « Ce ne serait pas chevaleresque ». Le Haut Commandement allemand ne tient absolument pas à assurer in extremis un succès à l'armée italienne, et moins encore un succès remporté à ses dépens.

Dépité, le Duce fait au Haut Commandement allemand une nouvelle demande : que les unités blindés allemandes qui descendent la vallée du Rhône accélèrent leur mouvement en avant. Cette demande lui est cette fois-ci accordée. Le Haut Commandement allemand transmet donc cet ordre au général von Rundstedt, mais avec la recommandation suivante : « Ne vous pressez pas trop. »

Revenons à la journée du dimanche 23 juin 1940, qui verra enfin l'armée italienne occuper une ville française : la cité frontalière de Menton.

Dès le matin l'armée italienne renouvelle encore une fois ses attaques contre les maigres troupes françaises qui défendent la frontière des Alpes, mais sans plus de succès que la veille, bien qu'elle ait augmenté considérablement ses effectifs en ligne. En fin de journée, son opiniâtreté est enfin récompensée : les troupes italiennes parviennent à enlever Menton, mais toutefois sans pouvoir continuer au-delà, car prises sous le feu nourri de la position française de résistance du Cap-Martin qui, elle, reste intacte.

A 5h25 du matin la Délégation française d'armistice se rend à l'aéroport du Bourget (où elle constate que les Allemands sont en train d'installer un formidable matériel de D.C.A.), où elle prend place à bord de trois avions Junkers. A 8h25 elle fait escale à Munich. Le départ pour Rome est fixé à 9h30, mais ce départ est retardé jusqu'à 11h30, afin de permettre aux autorités italiennes de prendre les mesures nécessaires, afin qu'à partir du col du Brenner, les trois avions de la délégation française soient escortés par des appareils militaires italiens. Ce n'est qu'à 15 heures que la Délégation française atterrit sur l'aérodrome de Littorio près de Rome. Elle est conduite à la villa Manzoni. Là les Délégués, très fatigués par les efforts qu'ils ont dû fournir ces derniers jours, prennent un peu de repos bien mérité.

A 19h30 la Délégation est reçue à la villa Incisa, sur la via Cassia. Mussolini s'est abstenu de venir en personne, il s'est fait représenté par son gendre, le comte Galeazzo Ciano, ministre italien des Affaires Étrangères, revêtu d'un uniforme. De part et d'autre il est assisté du maréchal Badoglio, du général Priccolo, de l'amiral Cavagnari et du général Roatta.

Ciano écrira plus tard : « Nous attendons les Français debout et les saluons à la romaine. Ils répondent en inclinant la tête. Ils sont corrects. Ils n'affichent ni dédain, ni abattement. Seul l'ambassadeur Noël est pâle comme un mort. »

Le comte Ciano se lève et ouvre les négociations en déclarant : « Le Duce de l'Italie fasciste, Chef du gouvernement, Commandant supérieur des Forces armées italiennes en opération, a chargé le maréchal Badoglio, Chef d'État-Major Général des Forces armées, de vous faire connaître les conditions de l'armistice entre l'Italie et la France. »

Le maréchal Badoglio se lève à son tour, et remet à chacun des plénipotentiaires français un exemplaire du texte italien, dont il fait lire la traduction française par le général Roatta.

Les délégués français ressentent un immense soulagement en entendant ces conditions. L'Italie ne réclame en effet, comme zone d'occupation, que le territoire occupé par ses troupes, au moment de la signature de l'accord. Or, à la connaissance de la Délégation française, les hostilités n'ont pas encore commencé dans les Alpes. Peu importe d'ailleurs, car cela revient presque au même.

Français et Italiens se serrent la main avec effusion, comme si l'accord était déjà conclu. Ce geste surprend le général Huntziger. La cérémonie a duré en tout vingt-cinq minutes.

Puis, les plénipotentiaires français retournent à la villa Manzoni pour se livrer à un examen approfondi des conditions italiennes. Un fil direct a été aménagé qui les relie à Bordeaux. C'est une attention délicate à laquelle ils sont sensibles.

Rentré au palais Chigi, Ciano téléphone à son beau-père : Mussolini est plein d'amertume car il n'aurait voulu n'arriver à l'armistice qu'après une victoire italienne.

Durant la nuit, les conditions d'armistice italiennes sont téléphonées par le général Huntziger au général Weygand.

A Bordeaux, à 11 heures se tient un Conseil des Ministres sous la Présidence d'Albert Lebrun. Messieurs Pierre Laval (sénateur du Puy-de-Dôme, nouveau Ministre d'État vice-président du Conseil) et Adrien Marquet (député-maire de Bordeaux, nouveau ministre d'État) y assistent pour la première fois.

Le Conseil examine, une dernière fois, les clauses de l'armistice allemand et approuve leur signature. Il est alors sans nouvelles de la Délégation française pour l'armistice italien.

Le gouvernement est unanime à déclarer intolérables les appels à l'insubordination. Le général Weygand fait valoir que le plus coupable, à ses yeux, est le général de Gaulle. Il indique qu'il a pris, par décret, la décision de lui retirer son grade de général (il redevient donc simple colonel d'infanterie) et de le mettre à la retraite d'office pour indiscipline, car il n'a pas obéi à ses chefs hiérarchiques qui lui ont enjoint de regagner immédiatement la France.

A l'issue du Conseil des Ministres, qui prend fin peu avant midi, le général Colson fait signer au Président Albert Lebrun le décret suivant :

Le Président de la République,
Sur le rapport du ministre de la Guerre,
Vu le décret-loi du 8 septembre 1939 suspendant le fonctionnement des conseils d'enquête pendant la durée de la guerre.

Décrète :
Article premier - Est admis à faire valoir ses droits à la retraite, par mesure de discipline, le colonel d'infanterie breveté d'État-Major de Gaulle (Charles, André, Joseph, Marie).
Article 2 - Le ministre de la Guerre est chargé de faire exécuter le présent décret.

Fait à Bordeaux, le 23 juin 1940
Par le Président de la République Albert Lebrun
Le Ministre de la Guerre :
Signé : Colson.

Vers 15 heures, le général de Gaulle, au cours d'une réunion tenue au lycée français de Londres, annonce à la radio anglaise la création du Comité National Français. Il fait savoir qu'il prend sous son autorité
« tous les Français se trouvant en Angleterre ou qui viendraient à s'y trouver ».

Quelques instants plus tard, la BBC publie deux déclarations du gouvernement britannique :

« Première déclaration :
Le gouvernement de Sa Majesté considère que les termes de l'armistice qui vient d'être signé, en violation des accords solennellement conclus entre les gouvernements alliés, place le gouvernement de Bordeaux dans un état d'assujettissement complet à l'ennemi et le prive de toute liberté et de tout droit de représenter de libres citoyens français.
En conséquence, le gouvernement de Sa Majesté ne peut considérer le gouvernement de Bordeaux comme celui d'un pays indépendant.

Première déclaration :
Le gouvernement de Sa Majesté a pris note du projet de formation d'un Comité national français provisoire, qui représenterait pleinement les éléments français indépendants qui sont résolus à poursuivre la guerre afin de remplir les obligations internationales contractées par la France.

Le gouvernement de Sa Majesté déclare qu'il reconnaîtra un Comité français de cette nature et qu'il traitera avec lui, sur toute matière relative à la poursuite de la guerre, tant que le Comité continuera à représenter les éléments français qui sont résolus à lutter contre l'ennemi commun. »

Dans la soirée, le Maréchal Pétain prononce à la radio l'allocution suivante :
«
Français !
Le gouvernement et le peuple français ont entendu hier, avec une stupeur attristée, les paroles de Monsieur Churchill.
Nous comprenons l'angoisse qui les guide. Monsieur Churchill redoute, pour son pays, les maux qui accablent le nôtre depuis un mois.
Il n'est pourtant pas de circonstances où les Français puissent souffrir sans protester, les leçons d'un ministre étranger. Monsieur Churchill est juge des intérêts de son pays. Il ne l'est pas des intérêts du nôtre. Il l'est encore moins de l'honneur français.
Notre drapeau reste sans tache. Notre armée s'est bravement et loyalement battue. Inférieure en armes et en nombre, elle a dû demander que cesse le combat. Elle l'a fait, je l'affirme, dans l'indépendance et dans la dignité.
Nul ne parviendra à diviser les Français, au moment où le pays souffre.
La France n'a ménagé ni son sang, ni ses efforts. Elle a conscience d'avoir mérité le respect du monde. Et c'est d'elle-même, d'abord, qu'elle attend le salut. Il faut que Monsieur Churchill le sache. Notre foi en nous-même n'a pas fléchi. Nous subissons une épreuve dure. Nous en avons surmonté d'autres. Nous savons que la patrie demeure intacte, tant que subsiste l'amour de ses enfants pour elle. Cet amour n'a jamais eu plus de ferveur.
La terre de France n'est pas moins riche de promesses que de gloire.
Il arrive qu'un paysan de chez nous voie son champ dévasté par la grêle. Il ne désespère pas de la moisson prochaine. Il creuse avec la même foi, le même sillon pour le grain futur.
Monsieur Churchill croit-il que les Français refusent à la France entière l'amour et la foi qu'ils accordent à la plus petite parcelle de leurs champs ?
Ils regardent bien en face, leur présent et leur avenir.
Pour le présent, ils sont certains de montrer plus de grandeur en avouant leur défaite qu'en lui opposant des propos vains et des projets illusoires.
Pour l'avenir, ils savent que leur destin est dans leur courage et leur persévérance.
»

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 28 Juin 2009, 8:34 pm

Le lundi 24 juin 1940. Le dernier jour des combats..


En ce lundi 24 juin 1940, 46ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux communiqués de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 587 (24 juin 1940 - matin) : «
Dans l'Ouest, aucun événement important.
Dans le centre, de vifs combats ont eu lieu aux environs de Saint-Étienne.
Dans le Sud-Est, les Allemands ont réussi à progresser dans la région de Culoz, en direction du Sud.
Sur la frontière des Alpes, les attaques renouvelées des Italiens, brisées par nos postes avancés, n'ont nulle part entamé notre position de résistance. L'ennemi a subi des pertes sérieuses.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du lundi 24 juin 1940 au matin, se félicite que les soldats français de la frontière des Alpes contiennent si bien les assauts de l'armée italienne.

* communiqué n° 588 (24 juin 1940 - soir) : «
Légères progressions allemandes dans les Charentes où l'ennemi a occupé Angoulême, ainsi qu'à l'Est de la vallée du Rhône, où il a atteint Aix-les-Bains et les abords de la Vorette.
Dans les Alpes, les attaques italiennes se sont poursuivies pendant toute la journée. Elles ont été bloquées à proximité de la frontière par nos avants-postes, sauf en Maurienne où l'ennemi a légèrement dépassé Lanslebourg et dans le secteur de la côte où il occupe Menton.
Notre position de résistance est intacte sur tout le front des Alpes.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du lundi 24 juin 1940 au soir, se désole que l'armée italienne ait finalement réussi à conquérir deux villes françaises : Lanslebourg (département de la Savoie) et Menton (département des Alpes-Maritimes).

Voici maintenant les points importants de cette journée du lundi 24 juin 1940, la 20ème et dernière de "la bataille de France" :

Saint-Étienne est pris dans la matinée, le barrage de la Fouillouse ayant cédé dans la nuit après une vive résistance. La ligne de défenses doit être reportée au Sud de la région industrielle.

L'armée allemande accentue son effort dans la vallée du Rhône, où elle pousse ses avant-gardes jusqu'aux abords de Tournon (département de l'Ardèche).

Aix-les-Bains (département de la Savoie) est pris. Des menaces inquiétantes pour les communications du front Nord des Alpes se dessinent.

N'ayant pu franchir l'Isère à Voreppe, les Allemands tentent de s'ouvrir, plus loin au Nord-Est, la route de Chambéry, en enlevant le village des Échelles. Celui-ci est défendu par deux compagnies, l'une appartenant au 25e Sénégalais, l'autre au 215e d'Infanterie.
Signalés la veille au soir à Pont-de-Beauvoisin, à 16 kilomètres des Échelles, les Allemands viennent se heurter, aux premières heures du lundi 24 juin 1940, aux forces françaises qui se défendent très brillamment en avant de la ville, à La Croix-de-la-Roche, au Maillet, à la Vielle Poste, tenant toute une journée entière contre un ennemi très supérieur en nombre et reculant pas à pas sur les Échelles mêmes. En fin de journée la ville est débordée à très courte distance. Les routes de repli sont coupées. Le maire des Échelles, Monsieur Viard, fait confectionner un drapeau blanc avec un drap. Précédé par un clairon et accompagné par deux habitants, Messieurs de Vaulxerre et Vigny, il se porte au-devant des Allemands et entame des pourparlers avec eux.
En raison de la belle défense de cette poignée de soldats français, le colonel von Marwitz consent à les laisser se replier. Ils précise que les soldats seuls seront désarmés, mais que les officiers auront le droit de conserver leurs armes.
Les officiers français protestent et repoussent ces conditions. Ils ne veulent pas être traités autrement que leurs hommes. Le combat va donc reprendre...
Pour éviter des morts français inutiles, Monsieur Viard retourne voir le colonel von Marwitz et obtient de sa part l'autorisation pour tous les soldats français qui défendaient les Échelles de pouvoir quitter le village, les armes à la main. C'est à 20h20 que les deux compagnies françaises (du moins ce qu'il en reste…) peuvent quitter les Échelles, en bon ordre, et avec leurs armes, en direction de Chambéry.


Qui a osé prétendre que les soldats français n'ont fait que fuir en mai-juin 1940, et ne se sont pas battus courageusement ?…

Sur la rive droite du fleuve Rhône, les soldats allemands arrivent jusqu'à la bourgade de Andance (département de l'Ardèche), ils lancent leur attaque dès les premières heures de la matinée. Ce secteur est défendu par une brigade de Spahis dirigée par le colonel Jouffrault. Le 6ème Spahis algériens défend les abords de la ville de Andance même, tandis que le 4ème Spahis marocains barre, 14 kilomètres plus loin, la route nationale menant à la ville du Puy-en-Velay (préfecture du département de la Haute-Loire). Cette brigade de Spahis tiendra ses positions toute la journée, et ne cessera le feu qu'à 22 heures, lorsque toutes ses munitions seront épuisées… Ici aussi, sachons reconnaître la bravoure des soldats français de mai-juin 1940…

A 22 heures, ce lundi 24 juin 1940, le général René, Henri Olry, qui commande l'armée des Alpes face aux troupes italiennes, transmet au Haut Commandement français, le bilan des opérations de la journée sur le front des Alpes :

« Sur les trente-deux divisions de l'armée italienne, tout ou partie de dix-neuf d'entre elles ont été engagées contre les avants-postes et quelques éléments de la position de résistance de nos six divisions.

Nous avons lutté à un contre sept en Tarentaise, contre quatre en Maurienne, contre trois en Briançonnais, contre douze en Queyras, contre neuf en Ubaye, contre six en Tinée, contre sept à l'Aution et à Sospel, contre quatre à Menton.
Notre adversaire n'a pris le contact de nos positions de résistance, ou ne s'en est rapproché, qu'en quelques points en Tarentaise et vers Menton. Nos ouvrages d'avant-postes ont tous tenus, même encerclés.
Face à l'Italie, luttant à un contre six, gardant intact au bout de cinq jours sa position de résistance et, par surcroît, une large bande de ses avant-postes, l'Armée des Alpes peut dire qu'elle a gagné sa bataille défensive.
».

A la page 491 du tome II Jacques Benoist-Méchin décrit de la façon suivante la fin des combats en ce soir du lundi 24 juin 1940 :
« A 23 heures, une note, adressée par message, prescrit à tous nos chefs de corps d'arrêter notre mouvement de repli. L'une après l'autre, nos unités, dont certaines sont en mouvement d'une façon ininterrompue depuis quarante-cinq jours, s'immobilisent et posent les armes.
Cependant, quelques régiments de forteresse, serrés dans les ouvrages de la ligne Maginot, notamment au fort du Grand Hohé et de Haguenau, bien que touchés par le message, refusent de cesser le combat et continueront à tirer jusqu'au soir du 30 juin. ».

L'événement le plus important de cette journée du lundi 24 juin 1940 est la reprise à 15h40, à la villa Incisa à Rome, des négociations d'armistice avec l'Italie. La signature de la convention d'armistice avec l'Italie intervient à 19h15, c'est donc à 01h15 du matin, soit six heures après cette signature que les hostilités devraient cesser sur tout le front français, à la fois face aux troupes allemandes et aux troupes italiennes. Mais, pour gagner du temps, le maréchal Pietro Badoglio a télégraphié au Haut Commandement allemand que l'armistice avait été signé à 18h35. C'est donc officiellement le mardi 25 juin 1940 à 00h35 heure française des territoires non occupés, ainsi à Bordeaux (soit 01h35 heure d'été allemande, des territoires occupés, ainsi à Paris) que le cessez-le-feu entre en vigueur.

A 18 heures, à Londres, le général de Gaulle lance sur les ondes de la BBC son quatrième Appel aux Français :
«
Ce soir, je dirai simplement, parce qu'il faut que quelqu'un le dise, quelle honte, quelle révolte, se lèvent dans le cœur des bons Français.
Inutile d'épiloguer sur les diverses conditions des armistices franco-allemand et franco-italien. Elles se résument en ceci : la France et les Français sont pieds et poings liés, livrés à l'ennemi.
Mais si cette capitulation est écrite sur le papier, innombrables sont chez nous les hommes, les femmes, les jeunes gens, les enfants, qui ne s'y résignent pas, qui ne l'admettront pas, qui n'en veulent pas.
La France est comme le boxeur qui a reçu un coup terrible qui l'a terrassé. Elle gît à terre. Mais elle sait, elle sent, qu'elle vit toujours d'une vie profonde et forte. Elle sait, la sent, que l'affaire n'est pas finie, que la cause n'est pas entendue.
Elle sait, elle sent, qu'elle vaut beaucoup mieux que la servitude acceptée par le gouvernement de Bordeaux.
Elle sait, elle sent, que dans son Empire, des forces puissantes de résistance sont debout pour sauver son honneur. Déjà, en beaucoup de points des terres françaises d'outre-mer, s'est affirmée la volonté de poursuivre la guerre.
Il est nécessaire de grouper, partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni, en fait d'éléments militaires français et de capacités françaises de production d'armement doit être organisé, partout où il y en a.
Moi, général de Gaulle, j'entreprends, ici, en Angleterre, cette tâche nationale.
J'invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l'air, j'invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi.
J'invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs, des forces françaises de terre, de mer, de l'air, où qu'ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi.
J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre.
Vive la France Libre dans l'honneur et dans l'indépendance.
»

Demain matin, mardi 25 juin 1940, l'auditeur français entendra
le 589ème et dernier communiqué émanant de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 589 (25 juin 1940 - matin) : «
Dans la soirée d'hier, les attaques italiennes ont continué et ont toutes été repoussées. Nos avants-postes, dans les régions du col de la Seigne, du Petit Saint-Bernard, du Mont-Cenis, d'Abries, du Pilon, de Pierre-pointue et de Coletta ont résisté à tous les assauts.
Nulle part notre position de résistance n'a été entamée.
En avant de cette position, une contre-attaque nous a permis de reprendre la moitié Ouest de Menton.
Les hostilités ont cessé sur tous les fronts à 0h35.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce 589ème et dernier communiqué du mardi 25 juin 1940 au matin, se félicitera que les soldats français de la frontière des Alpes aient réussi à terminer la guerre par un succès : reprendre la moitié de Menton aux Italiens !...

Roger le Cantalien. Rolling Eyes


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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 28 Juin 2009, 10:55 pm

Bonjour à toutes et bonjour à tous, Smile

Voilà, avec ce lundi 24 juin 1940 a pris fin l'offensive allemande qui avait commencé le vendredi 10 mai 1940. Après 46 jours de combat, l'armée française est vaincue, la France va être occupée pour 60 % de son territoire...

Il nous reste encore seize jours à évoquer jusqu'au mercredi 10 juillet 1940, qui vit la fin de la Troisième République, pour achever ces "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident".

Mais, maintenant que les combats sont terminés, il est bon que je vous laisse la parole afin que vous nous fassiez part de vos commentaires sur les 46 jours de combat de l'armée française du 10 mai au 24 juin 1940.

Donc, à vous la parole...

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 02 Juil 2009, 8:45 pm

Le mardi 25 juin 1940. Le jour où les armes se sont enfin tues.


En écoutant la radio ou en lisant leurs quotidiens ce mardi 25 juin 1940 au matin les Français sont partagés par deux sentiments :

-1°) ils sont soulagés que les combats aient enfin pris fin, car il était évident pour tout le monde que la France avait perdu la guerre sur le sol métropolitain. Fallait-il poursuivre la lutte en Afrique du Nord et dans l'Empire colonial, voilà une interrogation qui divisera profondément les Français pendant quatre ans...

-2°) ils sont littéralement assommés par le fait que l'armée française se soit si facilement fait battre par l'armée allemande et un si peu de temps... Ils vont rechercher les "coupables" de cette défaite et vont rapidement les désigner : le régime politique de la Troisième République, et plus particulièrement le "Front Populaire" qui n'a rien trouvé de mieux que de créer durant l'été 1936 un "sous-secrétariat d'État aux Sports et à l'organisation des Loisirs " alors que l'armée allemande ne cessait de se renforcer... Et un moment, au début de l'été 1940, certains vont demander que l'on juge le Sous-Secrétaire d'État "à l'organisation des loisirs" lors du Front Populaire, un certain Léo Lagrange !... Mais, très vite les accusations contre Léo Lagrange cesseront lorsqu'on apprendra qu'il est tombé au champ d'honneur, face aux troupes allemandes, le dimanche 9 juin 1940 à Évergnicourt (département de l'Aisne) à l'âge de 39 ans et demi...

A 8 heures du matin, le chancelier Adolf Hitler adresse au peuple allemand la proclamation suivante :
«
Peuple Allemand !
Nos soldats, après une vaillante lutte de six semaines, ont conduit à son terme la guerre en Occident contre un ennemi courageux. Leurs actions héroïques resteront dans l'histoire comme la victoire la plus glorieuse de tous les temps. Nous remercions le Seigneur pour sa bienveillance.
J'ordonne le pavoisement de tout le Reich pour dix jours, et la volée des cloches pour sept jours.
»

Le général Erwin Rommel écrit le même jour à sa femme : «
Enfin, l'armistice est entré en vigueur. Nous sommes maintenant à moins de 320 kilomètres de la frontière d'Espagne, et nous espérons aller droit jusque-là, de façon à prendre tout le littoral de l'Atlantique entre nos mains.
Que tout cela a été merveilleux !
»

Le Général Weygand adresses à l'armée française cet ultime ordre du jour :
«
Officiers, sous-officiers et soldats des armées françaises !
Après une suite ininterrompue de batailles acharnées, l'ordre vous est donné de cesser la lutte.
Si le sort des armes nous a été contraire, au moins avez-vous tous répondu magnifiquement aux appels que j'ai adressés à votre patriotisme, à votre bravoure, à votre ténacité.
Nos adversaires ont tenu à rendre hommage à vos vertus guerrières, dignes de nos gloires et de nos traditions.
L'honneur est sauf.
Soyez fiers de vous. Puisez dans la satisfaction du devoir accompli une confiance indéfectible dans les destinées de la France, qui au cours des siècles passés a surmonté d'autres revers.
Demeurez unis et confiant dans vos chefs. Continuez à vous soumettre à une stricte discipline. A ces conditions, ni vos souffrances, ni le sacrifice de nos camarades tombés au champ d'honneur, n'auront été vains.
Où que vous soyez, votre mission n'est pas terminée. Émanation la plus pure de la patrie, vous demeurerez son armature. Son relèvement moral et matériel sera votre œuvre de demain.
Haut les cœurs, mes amis !
Vive la France !
»

Charles Pomaret, ministre de l'Intérieur, prononce à la TSF l'allocution suivante :
«
Aujourd'hui, 25 juin, est pour nous tous une journée de deuil national.
Mais demain, 26 juin, une nouvelle vie commencera pour la France. Chaque homme, militaire ou civil, sera remis à sa place. Aussitôt, il reprendra le travail. Le souci essentiel du gouvernement est d'assurer à chacun du travail, donc du pain. Les labeurs de la France sont indéfinis.
Nous tournons une sombre page d'Histoire vers de nouveaux destins. La patrie blessée, douloureuse, va mettre de l'ordre dans ses affaires.
Le Maréchal Pétain a fait don de sa personne à la France. Autour de lui, le gouvernement constitutionnel résolu et digne, se dévouera pour le salut du pays qui va continuer à vivre, l'âme haute et libre.
»

Enfin, à 21h30 (heure de Bordeaux, soit 22h30 heure de Paris) le Maréchal Pétain prononce à son tour une importante allocution à la TSF :

«
Français,
Je m'adresse aujourd'hui à vous, Français de la métropole et Français d'outre-mer, pour vous expliquer les motifs des deux armistices conclus, le premier avec l'Allemagne, il y a trois jours, le second, hier, avec l'Italie.

Ce qu'il faut d'abord souligner c'est l'illusion profonde que la France et ses alliés se sont faite sur la véritable force militaire de l'Allemagne et sur l'efficacité de l'arme économique : liberté des mers, blocus, ressources dont ils pouvaient disposer. Pas plus aujourd'hui qu'hier on ne gagne une guerre uniquement avec de l'or et des matières premières. La victoire dépend des effectifs, du matériel et des conditions de leur emploi. Les événements ont prouvé que l'Allemagne possédait en mai 1940 dans ce domaine, une écrasante supériorité à laquelle nous ne pouvions plus opposer, quand la bataille s'est engagée, que des mots d'encouragement et d'espoir.

La bataille des Flandres s'est terminée par la capitulation de l'armée belge en rase campagne et l'encerclement des divisions anglaises et françaises. Ces dernières se sont battues bravement. Elles formaient l'élite de notre armée ; malgré leur valeur, elles n'ont pu sauver une partie de leurs effectifs qu'en abandonnant leur matériel.

Une deuxième bataille s'est livrée sur l'Aisne et sur la Somme. Pour tenir cette ligne soixante divisions françaises sans fortifications, presque sans chars, ont lutté contre cent cinquante divisions d'infanterie et dix divisions cuirassées allemandes. L'ennemi, en quelques jours, a rompu notre dispositif, divisé nos troupes en quatre tronçons et envahi la majeure partie du sol français.

La guerre était déjà gagnée virtuellement par l'Allemagne lorsque l'Italie est entrée en campagne, créant contre la France un nouveau front en face duquel notre armée des Alpes a résisté.

L'exode des réfugiés a pris, dès lors, des proportions inouïes. Dix millions de Français, rejoignant un million de Belges, se sont précipités vers l'arrière de notre front, dans des conditions de désordre et de misère indescriptibles.

A partir du 15 juin, l'ennemi franchissait la Loire, se répandait à son tour sur le reste de la France.

Devant une telle épreuve, la résistance de l'armée devait cesser. Le gouvernement était acculé à l'une des ces deux décisions : soit demeurer sur place, soit prendre la mer. Il en a délibéré et s'est résolu à rester en France pour maintenir l'unité de notre peuple et le représenter en face de l'adversaire. Il a estimé qu'en de telles circonstances son devoir était d'obtenir un armistice acceptable, en faisant appel, chez l'adversaire, au sens de l'honneur et de la raison. L'armistice est conclu. Le combat a pris fin.

En ce jour de deuil national, ma pensée va à tous les morts, à tous ceux que la guerre a meurtris dans leur chair et dans leurs affections. Leur sacrifice a maintenu haut et pur le drapeau de la France. Ils demeureront dans nos mémoires et dans nos cœurs.

Les conditions auxquelles nous avons dû souscrire sont sévères. Une grande partie de notre territoire va être temporairement occupée. Dans tout le Nord et dans l'Ouest de notre pays, depuis le lac de Genève jusqu'à Tours, puis le long de la côte, de Tours jusqu'aux Pyrénées, l'Allemagne tiendra garnison. Nos armées devront être démobilisées, notre matériel remis à l'adversaire, nos fortifications rasées, notre flotte désarmée dans nos ports. En Méditerranée, des bases navales seront démilitarisées. Du moins, l'honneur est-il sauf. Nul ne fera usage de nos avions et de notre flotte. Nous gardons les unités terrestres et navales nécessaires au maintien de l'ordre dans la métropole et dans nos colonies.

Le gouvernement reste libre. La France ne sera administrée que par des Français.

Vous étiez prêts à continuer la lutte. Je le savais. La guerre était perdue dans la métropole. Fallait-il la prolonger dans nos colonies ?

Je ne serais pas digne de rester à votre tête si j'avais accepté de répandre le sang français pour prolonger le rêve de quelques Français mal instruits des conditions de la lutte. Je n'ai voulu placer hors du sol de France, ni ma personne, ni mon espoir.

Je n'ai pas été moins soucieux de nos colonies que de la métropole. L'armistice sauvegarde les liens qui l'unissent à elle. La France a le droit de compter sur leur loyauté.

C'est vers l'avenir que, désormais, nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau commence.

Vous serez bientôt rendus à vos foyers. Certains auront à le reconstruire. Vous avez souffert. Vous souffrirez encore. Beaucoup d'entre vous ne retrouveront pas leur métier ou leur maison. Votre vie sera dure. Ce n'est pas moi qui vous bercerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal.

La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la Patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est une portion de la France qui meurt. Une jachère à nouveau emblavée, c'est une portion de France qui renaît.

N'espérez pas trop de l'État. Il ne peut donner que ce qu'il reçoit. Comptez, pour le présent, sur vous-mêmes, et, pour l'avenir, sur les enfants que vous aurez élevés dans le sentiment du devoir.

Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l'observe, à l'adversaire qui l'occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité.

Notre défaite est venue de nos relâchements. L'esprit de jouissance détruit ce que l'esprit de sacrifice a édifié.

C'est à un redressement intellectuel et moral que, d'abord, je vous convie.

Français, vous l'accomplirez et vous verrez, je vous le jure, une France neuve surgir de votre ferveur.
»

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 02 Juil 2009, 11:26 pm

Le mercredi 26 juin 1940. Le jour où le général de Gaulle répond à la BBC au Maréchal Pétain.


En application de la convention d'armistice avec l'Allemagne, des unités d'infanterie motorisées allemandes occupent Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et Hendaye, ainsi que toute la côte Atlantique allant de la Gironde à la Bidassoa. Seule la ville de Bordeaux, où siège le gouvernement français, n'est pas encore occupée par l'armée allemande. Les troupes allemandes n'y entreront que le dimanche 30 juin 1940, après le départ du gouvernement français pour Clermont-Ferrand.

En revanche, une partie des troupes allemandes font marche arrière vers la ligne de démarcation et évacuent les villes de Châteauroux, Montluçon, Clermont-Ferrand, Thiers, Vichy, Saint-Étienne, Roanne, Annonay, Vienne, Lyon, Grenoble et Mâcon.

A Londres, sur les antennes de la BBC, le général de Gaulle répond ce soir au message prononcé la veille par le Maréchal Pétain :

«
Monsieur le Maréchal,

Par les ondes, au-dessus de la mer, c'est un soldat français qui va vous parler.

Hier, j'ai entendu votre voix que je connais bien, et non sans émotion, j'ai écouté ce que vous disiez aux Français pour justifier ce que vous avez fait.

Vous avez d'abord dépeint l'infériorité militaire qui a causé notre défaite. Puis, vous avez dit qu'en présence d'une situation jugée désespérée, vous avez pris le pouvoir, pour obtenir des ennemis un armistice honorable.

Vous avez ensuite déclaré que, devant les conditions posées par l'ennemi, il n'y avait pas eu d'autre alternative que de les accepter en restant à Bordeaux ou de les refuser et passer dans l'Empire pour y poursuivre la guerre et que vous avez cru devoir rester à Bordeaux.

Enfin, vous avez reconnu que le sort du peuple français allait être très cruel, mais que vous avez convié ce peuple à se relever malgré tout, par le travail et la discipline.

Monsieur le Maréchal, dans ces heures de honte et de colère pour la Patrie, il faut qu'une voix vous réponde. Ce soir, cette voix sera la mienne.

En effet, notre infériorité, à quoi tenait-elle ? Elle tenait à un système militaire mauvais. La France a été foudroyée, non point du tout par le nombre des effectifs allemands, non point du tout par leur courage supérieur, mais uniquement par la force mécanique offensive et manœuvrière de l'ennemi. Cela, tous les combattants le savent. Si la France n'avait pas cette force mécanique, si elle s'était donnée une armée purement défensive, une armée de position, à qui la faute, Monsieur le Maréchal ?

Vous qui avez présidé à notre organisation militaire après la guerre de 1914-1918, vous qui fûtes généralissime jusqu'en 1932, vous qui fûtes ministre de la Guerre en 1935, vous qui étiez la plus personnalité militaire de notre pays, avez-vous jamais soutenu, demandé, exigé, la réforme indispensable de ce système mauvais ?

Cependant, vous appuyant sur les glorieux services que vous avez rendu pendant l'autre guerre, vous avez revendiqué la responsabilité de demander l'armistice à l'ennemi.

On vous a fait croire, Monsieur le Maréchal, que cet armistice demandé à nos soldats par le grand soldat que vous êtes, serait honorable pour la France. Je pense que maintenant vous êtes fixé. Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l'occupation de l'ennemi, et de quel ennemi ! Notre armée toute entière démobilisée. Nos officiers et nos soldats prisonniers maintenus en captivité. Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes, à livrer intacts, pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres alliés. La Patrie, le gouvernement, vous-même, réduits à la servitude. Ah ! pour obtenir et pour accepter un pareil acte d'asservissement, on n'avait pas besoin de vous, Monsieur le Maréchal, on n'avait pas besoin du vainqueur de Verdun. n'importe qui aurait suffit.

Mais vous avez jugé, dites-vous, que vous pouviez, que vous deviez y souscrire. Vous avez tenu pour absurde toute prolongation de la résistance dans l'Empire. Vous avez considéré comme dérisoire l'effort que nous fournit et celui que nous fournira notre allié l'Empire britannique. Vous avez renoncé d'avance aux ressources offertes par l'immense Amérique. Vous avez joué, perdu, jeté vos cartes, fait vider vos poches, comme s'il ne vous restait aucun atout. Il y a là l'effet d'une sorte de découragement profond, de scepticisme morose qui aurait été pour beaucoup dans la liquéfaction des suprêmes résistances de nos forces métropolitaines.

Et c'est du même ton, Monsieur le Maréchal, que vous conviez la France pillée, la France asservie, à reprendre son labeur, à se refaire, à se relever. Mais dans quelle atmosphère, par quels moyens, au nom de quoi voulez-vous qu'elle se relève sous la botte allemande et l'escarpin italien ?

Oui, la France se relèvera ! Elle se relèvera dans la liberté. Elle se relèvera dans la victoire. Dans l'Empire, dans le monde, ici même, des forces françaises se forment et s'organisent. Un jour viendra où nos armées reforgées au loin, mais bien aiguisées, se joignant à celles que se feront nos alliés et peut-être à d'autres encore, reviendront triomphantes sur le sol national.

Alors, oui, nous referons la France !
»

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 03 Juil 2009, 10:31 am

Le jeudi 27 juin 1940. Le jour où Winston Churchill obtient de ses ministres leur accord unanime pour l'opération "Catapulte" visant à détruire la flotte française.


La guerre semble être sur le point de toucher à sa fin en Europe puisqu'en Allemagne et dans les territoires occupés par l'armée allemande, la Wehrmacht démobilise une partie de ses troupes. Toutes les divisions d'infanterie, formées à l'automne de 1939, sont renvoyées dans leurs foyers. De plus, un certain nombre d'unités motorisées retournent à leurs garnisons du temps de paix, à l'intérieur du Reich.

Ces mesures confirment les généraux allemands dans le sentiment que les hostilités approchent de leur terme. Le général Albert Kesselring écrira dans ses mémoires : « Quand j'appris la démobilisation de certaines unités de l'armée de terre, mon espoir de voir Hitler mettre fin à la guerre parut se confirmer, car je savais que ses actes étaient dictés autant par la prévoyance politique que par une secrète prédilection pour l'Angleterre. »

Mais, en Grande-Bretagne, l'obsession de Winston Churchill et des hauts responsables de la Royal Navy est de tout faire afin que la flotte française ne tombe pas, malgré les assurances du gouvernement français et de l'amiral Darlan, prochainement aux mains des Allemands...

La position de Churchill est des plus délicates, et malgré l'indomptable optimisme dont il fait preuve en public, il doit connaître, quand il est seul, bien des moments d'angoisse. Le bouclier de l'île gît à terre, brisé, et il n'a presque plus rien pour défendre le Royaume-Uni contre l'invasion qui le menace : deux ou trois divisions régulières et quelques milices territoriales. Aucun plan d'évacuation n'a été prévu au-delà des mers, son intention, en cas de désastre, étant « de mourir enseveli sous les ruines de la capitale ». Cet holocauste qui éclipsera aux yeux de la postérité l'écroulement de Ninive et Babylone, ne lui inspire d'ailleurs aucune crainte. Il flatte plutôt son imagination, que rien ne saurait contenter en dehors d'un triomphe éclatant ou d'une fin sublime.

Ce qu'il ne peut tolérer, par contre, c'est l'idée que ses compatriotes puissent refuser de le suivre. Les Anglais se sentent seuls ? Mais n'est-ce pas leur tradition de ne se fier à personne, et ne se rendent-ils pas compte que jamais leur isolement n'a été plus splendide ?

Pourtant, il a encore dans les oreilles le murmure de la foule, priant dans la cathédrale de Westminster au matin du 26 mai 1940, pour que la destruction soit épargnée à l'Angleterre. L'expression inquiète qu'il a remarquée dans certains yeux lui a fait pressentir que ses compatriotes n'étaient pas encore mûrs pour les grandes décisions. Si le peuple anglais allait se montrer inférieur aux événements ? Si la Chambre le renversait et l'obligeait à démissionner ? Alors sa vie n'aurait plus de sens, et l'Angleterre, du même coup, cesserait d'être l'Angleterre. Ne dit-on pas déjà, à mots couverts, que l'Allemagne serait disposée à offrir aux Anglais des conditions de paix inespérées, s'ils se séparaient de lui et déposaient les armes ? Voilà l'éventualité qu'il redoute par-dessus tout, le pire danger qu'il puisse courir. Le tonnerre du Blitz l'effraie bien moins que ces rumeurs insidieuses. Même l'Amérique semble croire qu'il a perdu la partie puisqu'elle lui demande d'envoyer la flotte anglaise aux États-Unis, avant qu'il ne soit trop tard.

Cette seule pensée suffit à le remplir de rage. Le croit-on donc capable de capituler ? Non ! Cela ne sera pas. Le vieux lutteur qu'il est, relève le défi. Mais pour être en mesure de poursuivre la lutte, il faut qu'il donne un choc au peuple britannique, qu'il le réveille de sa torpeur, qu'il lui prouve que ce n'est pas le moment de songer à la paix, mais exclusivement à la guerre. Il lui faut, pour cela, frapper son imagination par quelque geste spectaculaire, par quelque acte irrémédiable qui l'oblige à persévérer. Il a besoin de lui fournir un bulletin de victoire, un succès - n'importe lequel.

Or ce succès est là, à portée de sa main. Puisque la flotte française a refusé de rallier les ports anglais, puisqu'il ne peut s'en emparer par la scission de l'Empire colonial français, cette flotte, il la détruira...

Sitôt sa décision prise, Churchill convoque ses ministres à Downing Street et leur dévoile son projet. Les membres du Cabinet britannique demeurent pétrifiés par une telle annonce !... Ils lui répondent que l'Angleterre n'est pas en guerre avec la France ; la destruction de la flotte française sera donc une violation flagrante des lois internationales. Mais Churchill explique à ses ministres que cet acte, de quelque nom qu'on le qualifie, est une nécessité. Bien plus : il exige que le War Cabinet se solidarise avec lui et que la décision soit prise à l'unanimité. Plus tard, dans ses mémoires, Churchill avouera : « Ce fut une décision odieuse, la plus inhumaine, la plus pénible que j'ai eu à prendre au cours de ma vie. » Mais ne faut-il pas que tout s'incline, quand l'existence du pays est en jeu ?

Un silence angoissé succède à ces paroles. Puis on procède au vote : la décision est prise à l'unanimité...

Churchill expose alors, à ses collègues les grandes lignes du plan qu'il a échafaudé. L'Amirauté britannique sera chargée de mettre au point l'opération. Celle-ci sera désignée sous le nom de "Catapulte". Les préparatifs se poursuivront dans le plus grand secret. Il est d'une importance capitale que nul n'en soit informé, pas même le général de Gaulle, dont il est impossible de prévoir quelle sera sa réaction.

Une fois ces explications fournies, Churchill lève la séance. Les ministres se retirent sans ajouter un mot. Un témoin qui les vit sortir ce jour-là, de Downing Street, déclare que plusieurs d'entre eux étaient pâles et que leur visage avait une expression atterrée.

L'opération "Catapulte" se déroulera le mercredi 3 juillet 1940, nous en reparlerons bien sûr alors longuement...

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 03 Juil 2009, 12:25 pm

Le vendredi 28 juin 1940. Le jour où Churchill ordonne à l'Amirauté britannique, sidérée, de préparer l'opération "Cataplute".


Dès les premières heures de la matinée du vendredi 28 juin 1940 , le Premier Ministre britannique transmet à l'Amirauté l'ordre de préparer l'opération "Catapulte".

Les amiraux anglais sont stupéfaits d'apprendre la décision à laquelle s'est arrêté Churchill, car la mission qu'on leur impose leur semble devoir entraîner des conséquences incalculables pour l'Angleterre. Cordell Hull (Secrétaire d'État du Président Roosevelt) dira plus tard : « Je me suis laissé dire que la marine britannique était opposée à cette attaque. »

Mais le Premier Ministre britannique n'admet aucune objection. Il fait valoir « qu'il s'agit d'une décision politique prise à l'unanimité par le Cabinet de Sa Majesté ». Dans ces conditions les Lords de la Mer ne peuvent que s'incliner.

Mais la destruction de la flotte française risque de produire des remous fâcheux parmi les milieux résistants français de Londres. Ne serait-il pas prudent de les lier plus étroitement aux autorités britanniques avant le déclenchement de l'opération "Catapulte" ?

Au début de l'après-midi, le mémorandum qu'a remis au gouvernement britannique le général de Gaulle, le 26 juin 1940, est ratifié par le Foreign Office. Accord politique et accord financier entrent immédiatement en vigueur.

Le même soir, le communiqué suivant est publié dans la presse anglaise : « Le gouvernement de Sa Majesté reconnaît le général de Gaulle comme chef de tous les Français libres, où qu'ils se trouvent, qui se rallient à lui pour la défense de la cause alliée. »

Simultanément, le général de Gaulle annonce sur les ondes de la BBC :

«
L'engagement que vient de prendre le gouvernement britannique en reconnaissant dans ma personne le Chef des Français Libres, a une grande importance et une profonde signification.

Cet engagement permet aux Français Libres de s'organiser pour continuer la guerre aux côtés de nos Alliés.

Cet engagement signifie que l'effort des Français Libres et celui de nos Alliés ne forment qu'un jusqu'à la Victoire.

Je décide ce qui suit :

- 1°) Je prends sous mon autorité tous les Français qui demeurent en territoire britannique ou qui viendraient à y demeurer.

- 2°) Il sera formé sans délai une Force française terrestre, aérienne et naval, composée pour l'instant de volontaires. Cette force concourra d'abord à toute résistance française qui se fera, où que ce soit, dans l'Empire français.
J'appelle tous les militaires français de terre, de mer et de l'air à venir s'y joindre. J'invite à s'y enrôler tous les jeunes gens et tous les hommes en âge de porter les armes.

- 3°) Tous les officiers, soldats, marins, aviateurs français, où qu'ils se trouvent, ont le devoir absolu de résister à l'ennemi. Si les circonstances les mettent dans le cas d'avoir à livrer leurs armes, leur avion, leur navire, ils doivent rejoindre immédiatement avec leurs armes, leur avion, leur navire, la résistance française la plus proche. S'il n'y a pas, à leur portée, de résistance française, ils doivent rejoindre immédiatement le territoire britannique, où ils se trouveront sous mes ordres.

Généraux, Commandants supérieurs, Gouverneurs dans l'Empire, mettez-vous en rapport avec moi pour unir nos efforts et sauver les terres françaises. Malgré les capitulations déjà faites par tant de ceux qui sont responsables de l'Honneur du Drapeau et de la Grandeur de la Patrie, la France Libre n'a pas fini de vivre. Nous le prouverons par les armes.
»

Ce même jour Paul Reynaud, l'ancien Président du Conseil est victime d'un terrible accident d'automobile, tandis qu'il se rendait avec sa maîtresse depuis 1938, la comtesse Hélène de Portes, au Grès dans l'Hérault. A Sète, Hélène de Portes lui a passé le volant pour le distraire de ses soucis. Mais à deux kilomètres de là, au milieu du bourg de La Peyrade, Paul Reynaud, par une maladresse inexplicable, vient heurter violemment un des platanes qui bordent la route. La comtesse Hélène de Portes est tuée sur le coup. Paul Reynaud, blessé à la tête, doit être transporté d'urgence dans une clinique de Montpellier.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 03 Juil 2009, 8:59 pm

Le samedi 29 juin 1940. Le jour où le gouvernement français quitte Bordeaux pour Clermont-Ferrand et où Pierre Laval commence son travail de sape pour liquider la Troisième République française.


La délégation française auprès de la commission italienne d'armistice s'installe à Turin. Elle est présidée par le vice-amiral Duplat, qui a commandé jusqu'à ces jours derniers l'escadre de Toulon.

Dès la première séance, la délégation française demande à ce que nos navires de guerre soient désarmés dans des ports non-occupés de la Méditerranée (Provence et Afrique du Nord). Les Italiens y consentent sans difficulté.

A 18h50, l'amiral Duplat fait téléphoner à Bordeaux, par le commandant de Larozière : « Pour le désarmement des bâtiments de la flotte, les Italiens acceptent le projet de répartition par ports proposé par l'Amirauté française, sous réserve d'une acceptation par l'Allemagne. » Comme l'acceptation de l'Allemagne ne fait guère de doute, l'amiral Duplat ajoute : « Donc, ne pas déplacer les bâtiments. »

Les délais durant lesquels les Allemands se sont engagés à respecter la neutralité de Bordeaux expirent le 30 juin. En conséquence, le gouvernement français quitte les bords de la Gironde pour Clermont-Ferrand. Le Président de la République, Albert Lebrun, s'installe à Royat (Puy-de-Dôme).

Depuis son arrivée à Bordeaux, Pierre Laval a acquis la conviction qu'il fallait réviser la constitution de la Troisième République, donc les trois lois constitutionnelles de 1875 (
la loi constitutionnelle du 24 février 1875 relative à l'organisation du Sénat, la loi constitutionnelle du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics, et la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 sur les rapports des pouvoirs publics). Cette révision lui paraît la conclusion logique du drame qui vient d'ensanglanter la France. Comment le régime responsable de la défaite pourrait-il survivre au désastre qu'il n'a pas su empêcher ?

Pour les négociations qui vont s'ouvrir avec l'Allemagne et l'Italie, il faut en outre que le gouvernement soit maître de ses mouvements et ne soit pas paralysé par la lenteur des procédures habituelles. Dans son message radiophonique du mardi 25 juin 1940 le Maréchal Pétain a annoncé la création d'un "ordre nouveau". Pense-t-il pouvoir l'instaurer dans le cadre des institutions existantes ?

Toutes ces idées sont dans l'air et Pierre Laval s'en empare plus qu'il ne les crée. Mais il va leur donner forme, les traduire en actes et assurer leur victoire sur le plan constitutionnel.

On s'étonne aujourd'hui des efforts qu'il lui en a coûté, car dans l'esprit de presque tous les Français de cette époque, le Parlement s'est disqualifié et tout l'édifice de nos institutions est à terre. Seuls le prestige du Maréchal Pétain et l'autorité du général Weygand ont empêché la liquéfaction totale de l'État.

Mais si telle est la conviction profonde du pays, celle-ci n'a pas encore pénétré le corps législatif. Les parlementaires se considèrent toujours comme les seuls mandataires qualifiés de la nation. Quelle que soit l'opinion du "pays réel", ils n'en demeurent pas moins le "pays légal" et ne sont pas encore conscients du discrédit dans lequel ils sont tombés.

Rien ne serait plus aisé de les balayer par un coup de force, et nombreux sont ceux qui applaudiraient à cette solution. Mais Pierre Laval estime que ce serait une faute. Modifier le régime ? Certes. Sur ce point, il ne saurait y avoir de discussion. Mais il vaut mieux que le Parlement soit associé à cet acte et que la liquidation de la Troisième République s'effectue dans les formes légales.

Toutes ces notions, encore en gestation, Pierre Laval les expose pour la première fois aujourd'hui à ses collègues au cours d'un conseil restreint qui réunit, ce matin-là, outre le Maréchal Pétain et lui, Messieurs Raphaël Alibert (Sous-Secrétaire d'État à la présidence du Conseil), Paul Baudouin (Ministre des Affaires Étrangères) et Yves Bouthillier (Ministre des Finances et du Commerce). Les cinq ministres sont d'ailleurs loin d'être d'accord sur la décision qu'il convient de prendre.

Curieusement c'est Raphaël Alibert, pourtant un juriste (spécialiste du droit administratif, il a été Maître des Requêtes au Conseil d'État et sera le futur garde des Sceaux du gouvernement de Vichy entre le 12 juillet 1940 et le 27 janvier 1941), qui se montre partisan de la manière forte. Toutes les précautions dont veut s'entourer Pierre Laval lui semblent appartenir à une époque révolue. Ce juriste n'a pas un respect excessif pour les lois. Selon lui, l'heure n'est plus aux discours, ni aux procédures compliquées : il faut déblayer les décombres et relever les ruines. Le pays a fait confiance au Maréchal Pétain parce qu'il en attend autre chose que ce qu'ont fait ses prédécesseurs. Le vainqueur de Verdun n'a qu'à parler : tout le monde lui obéira.

Yves Bouthillier, en revanche, est hostile à toute solution extrême. Proclamer la déchéance de la République lui paraît alourdir inutilement la tâche du gouvernement. Il déclare : « Pourquoi soulever d'autres problèmes que ceux qui se posent à nous d'une façon inévitable ? N'y en a-t-il pas bien assez comme cela ? J'entrevois, pour ma part, une autre solution. Que le Maréchal puisse gouverner sans être harcelé par le Parlement ? Sur ce point, nous sommes tous d'accord. Mais il suffit pour cela de différer jusqu'au 15 janvier 1941, la réunion des Chambres. D'ici là, la situation aura évolué, et l'on y verra plus clair. A ce moment, Monsieur le Maréchal, vous pourrez exposer au Parlement non point ce que vous voulez faire, mais ce que vous aurez fait. » Le Maréchal n'est pas contraire à cette manière de voir.

Mais, au cours d'une deuxième réunion qui a lieu dans l'après-midi, Pierre Laval et Raphaël Alibert proposent une troisième formule : pourquoi ne pas convoquer le plus tôt possible les sénateurs et les députés et leur faire voter un texte autorisant le Maréchal à promulguer, en un ou plusieurs actes, une nouvelle loi constitutionnelle ? Tant Paul Baudouin qu'Yves Bouthillier jugent ce plan irréalisable. Yves Bouthillier déclare :
- Il faudrait que le Parlement se dessaisisse lui -même de ses pouvoirs,
- Assurément
, lui répond Raphaël Alibert.
- Et vous croyez que vous trouverez une majorité dans les Assemblées pour accepter ce suicide ? demande Paul Baudouin.
Le Maréchal Pétain intervient alors :
- Il ne paraît guère possible de réformer la constitution dans les circonstances actuelles. Il faudrait pour cela être à Paris, et dans un Paris libre. Nous verrons cela plus tard...
Alors, Pierre Laval s'emporte contre ces hommes de bonne volonté, mais novices en politique, qui ignorent la versatilité des milieux parlementaires. Lui, parle en homme d'expérience, qui a pratiqué depuis près de trente ans les couloirs de la Chambre et du Sénat. Il s'exclame alors :
- Il ne s'agit pas de tergiverser, ni d'attendre un miracle ! C'est immédiatement qu'il nous faut choisir. Sinon, nous serons devancés une fois de plus par les événements comme nous l'avons été depuis des mois et des années. Voulez-vous que la France souffre davantage ?
- Je ne dis pas non
, déclare le Maréchal après un moment de réflexion,
mais votre projet ne peut se réaliser qu'avec le consentement du Président de la République.
- Vous l'avoir ?
s'écrit Pierre Laval.
Qu'à cela ne tienne ! Je me fais fort de l'obtenir sans difficulté !
Avant même que le Maréchal ait pu donner son accord, Pierre Laval saute dans sa voiture et se fait conduire à Royat, où se trouve Albert Lebrun. Les deux hommes ont un court entretien dans le parc de l'Hôtel des Bains. Très facilement le Président de la République donne son accord pour une réunion du Sénat et de la Chambre des députés, afin que la constitution de la Troisième République soit réformée.

Une heure plus tard, Pierre Laval rentre à Clermont-Ferrand et retrouve ses collègues toujours réunis autour du Maréchal, à qui il déclare :
- Eh bien, vous l'avez !
- Quoi donc ?
lui répond le Maréchal.
- L'accord du Président Lebrun ! dit Laval avec un sourire.
Le Maréchal est stupéfait par tant de rapidité. Il pensait qu'il faudrait faire successivement le siège du Président de la République et des Présidents des deux Chambres. Voici qu'on lui apporte en un tournemain ce qu'il croyait n'obtenir qu'au prix de négociations laborieuses. Il doit reconnaître que le Vice-Président du Conseil est un virtuose...
- Alors, essayez, lui dit laconiquement le Maréchal en levant la séance.

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Sam 04 Juil 2009, 2:06 pm

Le dimanche 30 juin 1940. Le jour où Winston Churchill, sentant qu'il est de plus en plus menacé en Angleterre, décide de hâter la mise en œuvre de l'opération "Catapulte".


La Wehrmacht, en ce dimanche 30 juin 1940, poursuit le licenciement de certaines de ses unités, notamment les 19e et 41e Corps d'armée blindés. Avant de prendre congé de ses soldats, le général Heinz Guderian leur adresse l'ordre du jour suivant :
«
Besançon, le 30 juin 1940,
Aux officiers, sous-officiers et soldats du Groupe blindé Guderian !
Au moment où notre groupe va être dissous, je tiens à adresser mes meilleurs vœux à tous les commandants d'unités et à leurs hommes.
L'avance victorieuse de l'Aisne à la Suisse entrera dans l'Histoire comme le plus bel exemple d'une percée accomplie par des troupes motorisées.
Je vous remercie de ce que vous avez accompli. J'y vois le couronnement des luttes et des travaux que j'ai poursuivis pendant plus de dix ans.
En avant, pour des tâches nouvelles, exécutées dans un esprit et avec un succès identiques, jusqu'à ce que la victoire de la Grande Allemagne soit définitivement acquise.
Vive Hitler !
»

Benito Mussolini se rend à Lanslebourg, en Maurienne (département de la Savoie), pour féliciter les troupes italiennes qui ont combattu sur le front des Alpes. En descendant la route du col du Mont-Cenis (qui culmine à
2 082 mètres), il aperçoit, sur sa gauche un ouvrage fortifié qui a refusé de se rendre et sur lequel flottent toujours les trois couleurs du drapeau français. Il fait arrêter sa voiture et se renseigne. On lui répond que c'est le fort de la Terra, situé à 2 770 mètres d'altitude. Sa garnison, commandée par les sous-lieutenants Prudhon et Chandesris, comprend quatre sous-officiers, un caporal-chef, quatre caporaux et quarante et un chasseurs alpins et canonniers. Ces cinquante-deux soldats français, bien qu'encerclés par plusieurs divisions italiennes, ont repoussé pendant dix jours toutes les attaques italiennes.
Mussolini donne l'ordre de les libérer, avec les honneurs de la guerre. Le lendemain, lorsque la garnison quittera la Turra en emportant ses armes, les Italiens seront stupéfaits d'apprendre que l'artillerie de l'ouvrage ne comportait en tout que deux pièces de 75.

La délégation française d'armistice auprès de la Commission allemande s'installe à l'Hôtel Rose, à Wiesbaden. Elle comprend, outre le général Huntziger, qui la préside, l'amiral Michelier, le général d'aviation Mouchard, le préfet Carles, l'inspecteur des Finances Aris, et plusieurs autres hauts-fonctionnaires.
Dès son arrivée, le général Huntziger entame les négociations sur le stationnement de notre flotte. Il demande que ses ports d'attache soient tous choisis en dehors de la zone d'occupation allemande (ce qui exclut nos ports de l'Atlantique : Cherbourg, Brest, Lorient et Saint-Nazaire).
Le chef de la délégation française fait valoir que les Italiens sont d'accord avec cette répartition, et que cette demande, déjà formulée à Rethondes, a été virtuellement acceptée par le général Keitel. Après une courte délibération les Allemands y consentent.
En conséquence, les vaisseaux français seront rassemblés dans les ports français de la Méditerranée et d'Afrique.

Cette importante nouvelle est immédiatement communiquée à l'amiral Odend'hal, chef de la Mission navale française à Londres, pour qu'il la porte à la connaissance de l'Amirauté britannique. Celle-ci a tout lieu d'être définitivement rassurée. Exception faite des unités stationnées sur les côtes de Provence, tous les autres navires de guerre français, soit 9 bâtiments de ligne, 14 croiseurs, 14 contre-torpilleurs, 36 torpilleurs et 48 sous-marins, se trouvent dans des ports d'Afrique, d'Extrême-Orient, des Antilles, du Levant, d'Égypte, d'Angleterre ou à la mer, ce qui exclut absolument que l'Allemagne puisse s'en saisir. Quant à l'hypothèse d'une attaque italienne, personne n'y songe sérieusement.

L'offensive de paix allemande en Angleterre s'intensifie. Au cours d'un déjeuner privé le duc d'Albe (ambassadeur d'Espagne en Angleterre) laisse entendre à Lord Halifax (Ministre des Affaires Étrangères britannique) qu'Hitler serait disposé à mettre fin aux hostilités. Le Reich ne réclamera à l'Angleterre que la restitution des colonies qui lui ont été enlevées par le Traité de Versailles. Une seule condition : que Churchill s'efface.

Des bruits étranges commencent à circuler dans les milieux de la City. On répète de bouche à oreille que si ces propositions allemandes ne sont pas acceptées, Hitler fera son entrée à Londres le 15 août. On assure que l'aristocratie, que la City, et qu'une importante fraction de la population estiment qu'il serait raisonnable de négocier avant que la Grande-Bretagne ne soit couverte de ruines. On prétend aussi que le duc de Windsor (l'ancien roi d'Angleterre Édouard VIII entre le 20 janvier et le 11 décembre 1936) aurait envoyé une lettre à son frère, le roi d'Angleterre George VI, lui conseillant vivement de conclure la paix et de ne pas se laisser influencer par l'obstination aveugle de Churchill. Le gouvernement anglais déclare n'avoir eu connaissance d'aucune communication de cette nature, mais la radio allemande tire argument du fait que ni le roi d'Angleterre George VI, ni son frère le duc de Windsor n'ont publié de démenti.

Toutes ces rumeurs risquent de saper la volonté combattive du peuple anglais, aussi Winston Churchill en conclut qu'il faut hâter l'exécution de l'opération "Catapulte".

Le gouvernement français quitte Clermont-Ferrand (département du Puy-de-Dôme) pour Vichy (département de l'Allier). Au cours de ce déplacement, le Maréchal Pétain et Pierre Laval font un crochet par Royat, afin de rendre visite au Président de la République Albert Lebrun. Pierre Laval met Albert Lebrun brièvement au courant du projet de loi constitutionnelle qu'il a commencé à préparer. Albert Lebrun, qui depuis hier a réfléchi et est beaucoup moins favorable à ce projet que la veille, lui répond : « Nous verrons cela. Préparez-moi les textes ; nous en discuterons... »

Pierre Laval, bien trop fin pour ne pas sentir d'où vient le vent, comprend que la partie qu'il vient d'engager sera plus dure à gagner qu'il ne le pensait tout d'abord.

Quant au Maréchal Pétain, il demeure silencieux. Il se demande si le Vice-Président du Conseil n'a pas abusé de sa crédulité, lorsqu'il lui a affirmé, la veille, que tous les obstacles étaient aplanis du côté du Président de la République. Une méfiance instinctive s'éveille en lui contre ces politiciens trop habiles dont les méthodes le déconcertent, et chez qui les mots semblent comporter des nuances imperceptibles aux militaires. A vrai dire, le Maréchal ne croit guère à l'adoption par les Chambres d'une "loi constitutionnelle". Mais il laissera agir Laval, quitte à le désavouer si l'affaire tourne court...

En ce dimanche 30 juin 1940 le général de Gaulle (qui a reçu aujourd'hui une citation à comparaître devant le Tribunal Militaire de la 17e région pour "crime de refus d'obéissance en présence de l'ennemi et de délit d'excitation de militaires à la désobéissance") reçoit enfin une recrue de poids pour la France Libre : l'Amiral Émile Muselier. C'est à 22 heures que l'amiral Muselier rencontre pour la première fois, à Stephen House à Londres, le général de Gaulle. Le moins qu'on puisse dire c'est que son aspect physique lui fait une très mauvaise impression. Il décrira ainsi le général de Gaulle dans ses mémoires :
« Il est de très haute taille, avec une petite tête disproportionnée, le front trop bas ; ses yeux petits et gris ne soutiennent pas franchement le regard et se détournent toujours avant de répondre aux questions précises. Le menton, de forme très spéciale, n'indique pas la volonté ; la prononciation est lente, comme s'il s'écoutait parler ; et sa bouche moyenne s'ouvre parfois sur une denture irrégulière. Le nez est puissant, presque bourbonien. Les oreilles, mal formées, sont largement décollées. »

L'amiral Émile Muselier sera l'instigateur de l'adoption, dès le lundi 1er juillet 1940, de l'emblème de la croix de Lorraine comme symbole de la France Libre.

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Dernière édition par roger15 le Mar 21 Juil 2009, 10:57 am, édité 2 fois
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Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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