La Seconde Guerre Mondiale

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 Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Sam 4 Juil - 18:50

Le lundi 1er juillet 1940. Le jour où l'opération "Catapulte" est fixée au 3 juillet.


A 2h25 du matin, l'Amirauté britannique câble à Gibraltar : « Préparez-vous à exécuter "Catapulte" le 3 juillet. »

L'opération ayant pour objectif la destruction de la flotte française a été confiée à une escadre spéciale, dite Force H, commandée par le vice-amiral Somerville. Au reçu de cet ordre, l'amiral Somerville télégraphie à Londres : « A la suite d'entretiens qu'il a eus avec le commandant Holland et certains autres officiers, le vice-amiral commandant la force H est impressionné par l'opinion qu'ils ont exprimée, à savoir qu'une quelconque opération offensive doit être évitée à tout prix. Holland estime qu'une action de ce genre nous aliénerait tous les Français où qu'ils soient. »

A 18h30, l'Amirauté britannique répond à l'amiral Somerville :
« L'intention formelle du gouvernement de Sa Majesté est la suivante : si les Français ne veulent accepter aucune de nos offres, leurs navires doivent être détruits. »

A Plymouth, nos bateaux de guerre sont remorqués un à un, à l'intérieur de l'Arsenal. Le Paris y est amené à quai dans la soirée. L'amiral Cayrol, qui a pris les fonctions de Commandant supérieur de ce groupe de bâtiments, demande aux Anglais les raisons de cette manœuvre. Les explications qu'on lui fournit lui paraissant peu satisfaisantes, il monte à bord de toutes les unités pour donner aux commandants les instructions suivantes : « Ayez en permanence une équipe prête à saborder vos bateaux, et sabordez-les à la moindre tentative d'une force étrangère pour s'en emparer. » Au capitaine de corvette des Moutis, qui lui demande si cette mesure est à exécuter même en cas de tentative anglaise, l'amiral répond : « L'Angleterre n'est plus notre alliée, mais notre ex-alliée. »

Le général de Gaulle publie l'ordonnance suivante :
«
Londres, le 1er juillet 1940,
Le vice-amiral Muselier est nommé au commandement des Forces Maritimes Françaises restées libres, quelles qu'elles soient et quel que soit l'endroit où elles se trouvent.
Il assure provisoirement le commandement des Forces Aériennes Françaises, dans les mêmes conditions.
»

Le vice-amiral Muselier se met aussitôt au travail. Il propose au général de Gaulle de prendre comme emblème la Croix de Lorraine. Puis, dans sa chambre de Grosvenor Hotel, il rédige, à l'intention de notre marine et de notre aviation, l'ordre du jour n°1, que voici :
«
Officiers généraux, officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et gradés, marins et soldats des Armées françaises de l'Air et de Mer !
Jamais heure n'a sonné plus solennelle et plus opportune de vous rappeler que vous devez obéir à vos commandants pour tout ce qu'ils vous commanderont pour le bien du service et le succès des armes de la France.
Vous êtes donc déliés de toute obligation d'obéissance à l'égard de ceux qui acceptent de rendre sans combat aux ordres de l'ennemi les unités de notre flotte, fait unique dans notre glorieuse Histoire
Je donne l'ordre aux bâtiments de guerre et de commerce français et aux forces aériennes françaises de rallier sans délai les bases françaises libres ou alliées les plus proches, en vue d'opérations immédiates contre l'ennemi.
Je prends l'entière responsabilité personnelle des ordres que je viens de donner.
Vice-amiral Muselier.
»

Comme le remarque, assez narquois, Jaques Benoist-Méchin : « Cet appel à la désobéissance, enrobé dans un appel à l'obéissance, ne peut manquer de laisser rêveurs nos équipages. »

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 5 Juil - 0:04

Le mardi 2 juillet 1940. Le jour où l'Amirauté britannique se met en place pour l'opération "Catapulte".


Adolf Hitler fait venir le général von Manstein et lui demande de dresser les plans pour l'invasion de l'Angleterre. Il lui dit : « Je vous donnerai le commandement des opérations initiales de débarquement. »

Von Manstein tente de se dérober à cette mission "aussi honorifique que peu enviable", mais Hitler maintient son ordre. L'inventeur de la percée de Sedan s'étonne de se voir attribuer une tâche qui contredit les rumeurs de paix qui circulent un peu partout. Il demande à Hitler si tout espoir de conclure un accord amiable avec l'Angleterre doit être abandonné ? Hitler lui répond : « Non. Mais je n'ai guère confiance dans le succès des tractations diplomatiques. Je le regrette d'ailleurs. Comme je l'ai déjà dit, on n'a jamais vu deux peuples sortir vainqueurs d'une guerre. L'Histoire du monde a très souvent constaté en revanche qu'il n'y avait que des vaincus. C'est au peuple britannique de prendre à présent la parole. La condition d'une prise de contact serait évidemment le départ de Churchill. Mais ceci ne se produira pas et le choc sera inévitable, décisif... »


Et Hitler ajoute, après avoir médité un long moment : « Je comprends qu'il faut que l'un des deux adversaires disparaisse... Un grand empire sera détruit que je n'avais pas l'intention d'abattre. »

L'Amirauté française donne l'ordre à tous nos bâtiments réfugiés à l'étranger de rallier les ports français de l'Afrique du Nord et de la Méditerranée.

A Portsmouth, l'amiral James, commandant la base navale britannique, monte à bord des bateaux français et passe en revue leurs équipages, accompagné par l'amiral Gaudin de Villaine. Il leur adresse un petit "speech" dans lequel il leur garantit la sollicitude des autorités anglaises, "quoi qu'il advienne".

Presque en même temps, le Paris est halé dans le port intérieur de Plymouth et amené à quai, sous prétexte de faciliter l'embarquement du charbon.

A Alexandrie, en Égypte, l'amiral Cunningham fait porter dans la soirée la lettre suivante à l'amiral Godfroy, à bord du Duquesne :
«
Mon cher Amiral,
J'ai reçu les instructions de l'Amirauté britannique de vous soumettre certaines propositions. Seriez-vous assez aimable pour venir me voir à bord du Warspite à 9 heures, demain mercredi. Amenez avec vous un officier d'Etat-Major ou votre capitaine de pavillon, si vous le désirez.
A vous très sincèrement.
»

A Londres, Winston Churchill adresse à 22h45, le télégramme suivant à l'amiral Somerville, commandant "l'escadre spéciale" de Gibraltar :
« Vous êtes chargé de l'une des missions les plus désagréables et les plus pénibles qu'un amiral britannique ait jamais eu à remplir, mais nous avons la plus entière confiance en vous, et comptons que vous l'exécuterez rigoureusement. »

De 11 heures à 13h15 se tient à Vichy un Conseil restreint auquel prennent part Pierre Laval, le général Maxime Weygand, Yves Bouthillier, Paul Baudouin et Adrien Marquet. Après avoir expédié quelques affaires courantes, les ministres présents reviennent sur le projet de loi constitutionnelle élaboré par Pierre Laval.

Le Maréchal Pétain, qui a eu dans l'intervalle plusieurs entretiens avec Raphaël Alibert, se montre plus favorable à ce projet qu'il n'avait paru l'être au cours des conversations précédentes. En fait, Raphaël Alibert se montre, à ce moment, partisan du projet de loi constitutionnelle parce qu'il pense qu'une fois le Maréchal débarrassé du Parlement, il lui sera plus facile de se débarrasser également de Laval. Raphaël Alibert appuie donc le Président Pierre Laval et consent à ce que la réforme de la constitution soit proposée au Parlement. Le principe est donc adopté. Mais aucune discussion ne s'engage sur le fond, celle-ci, d'un commun accord, étant remise au lendemain.

A l'issue de ce Conseil restreint, Pierre Laval remet un communiqué à la presse, convoquant les parlementaires à Vichy : « Le Sénat et la Chambre tiendront sous peu de courtes séances, au cours desquelles serait votée une résolution de convocation de l'Assemblée Nationale. Celle-ci serait saisie des modifications aux institutions que la situation impose, afin que le gouvernement jouisse de l'autorité indispensable à la reconstruction du pays, dans l'ordre et le travail. » Cet entrefilet, publié dans les journaux du soir de la zone non-occupée, sera repris le lendemain, dans la presse de la zone occupée.

A 18 heures, le général de Gaulle prononce l'allocution suivante à la radio de Londres :

«
Il y a aujourd'hui neuf jours que le Gouvernement qui fut à Bordeaux a signé la capitulation exigée par l'Allemagne. Il y a sept jours que le même Gouvernement a signé la capitulation exigée par l'Italie. Inutile d'énumérer de nouveau les conséquences affreuses de cette double capitulation. Mais il y en a une qu'un soldat a le devoir de souligner. Et je la souligne. Cette conséquence c'est la crise des consciences françaises.

Après l'effondrement moral du commandement et du gouvernement sous l'action foudroyante de la force mécanique allemande, deux voies se sont ouvertes :
L'une était la voie de l'abandon et du désespoir. C'est celle qu'a choisie le gouvernement de Bordeaux. Rompant l'engagement qui liait la France à ses alliés, ce gouvernement s'est, suivant le mot de Tacite "rué à la servitude".
L'autre voie est celle de l'honneur et de l'espérance. C'est cette voie-là qu'ont choisi mes compagnons et moi-même.

Mais beaucoup de Français se trouvent déchirés entre les deux chemins. D'une part l'appel des Gouvernants tombés au pouvoir de l'ennemi ; d'autre part, l'appel de la France qui crie vers la délivrance.

Ces bons Français, ces simples Français, ces Français qui font passer la France avant la cause de l'orgueil, de la terreur, ou des intérêts, je les adjure de se demander ceci : Jeanne d'Arc, Richelieu, Louis XIV, Carnot, Napoléon, Gambetta, Poincaré, Clemenceau, le Maréchal Foch, auraient-ils jamais consenti à livrer toutes les armes de la France à ses ennemis pour qu'ils puissent s'en servir contre ses alliés ? Duquesne, Tourville, Suffren, Courbet, Guépratte auraient-ils jamais consenti à mettre à la discrétion de l'ennemi la flotte française ? Dupleix, Montcalm, Bugeaud, le Maréchal Lyautey auraient-ils jamais consenti à évacuer sans combattre les points stratégiques de l'Empire, auraient-ils jamais supporté, sans même avoir livré combat, le contrôle de l'ennemi sur l'Empire ?

Que de bons Français se posent ces questions. Ils comprendront aussitôt où est l'honneur, où est l'intérêt, où est le bon sens.

L'âme de la France est avec ceux qui continuent le combat.
»

A la tombée de la nuit, tous les équipages français qui se trouvent dans des camps anglais, sont consignés "par ordre supérieur" et gardés à vue.

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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le ronin
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Dim 5 Juil - 17:05

Bonjour Roger, je réitère le fait que les paragraphes que tu mets sur la toile, sont particulièrement agréables à lire, ils font participer le lecteur à cette tragédie que fût, la déroute de notre armée lors de la campagne menée par les allemands en 1940, ils montrent les lamentations de ceux qui refusèrent l'adoption d'une armée mécanisée alors que le temps le permettait, confiant dans une stratégie résolument défensive d'un autre âge , ils ont eu beau jeu de dire que l'armée adverse était "supérieure" en moyens, les diplomates en poste en Allemagne avaient probablement averti du danger qui se préparait, surtout que l'Allemagne Nazie était particulièrement adepte des défilés militaires, mais la ligne Maginot...Tout un programme!.Par la suite lors des combats, il est vrai que certains secteurs ont vu des militaires Français exemplaires, mais ces résistances sparodiques et disséminées, n'étaient pas suffisantes pour enrayer l'inexorable avance de l'armée adverse , par ailleurs il est vrai que dans d'autres secteurs certaines unités ont eut un comportement désastreux, j'ai déjà raconté dans un post traitant de la bataille de France, par exemple comment mon beau père a été fait prisonnier avec son régiment en attendant dans la cour d'une ferme sur ordre , et ce sont les allemands qui étaient venu les chercher -5 années de captivité quand même- sans combattre, et des exemples il y en a eu plein .Quant à ce que les Anglais préparaient au sujet de la flotte Française, c'est une autre histoire que j'ai hâte de lire .

Amicalement .

Le ronin.

....Tout homme, une arme! ...

Semper fidelis.
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Major cowburn
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Lun 6 Juil - 1:17

Même impression chez moi,mon père a vu des Français courageux mais aussi des gens qui renonçaient de manière délibérée à résister,à combattre.....qui,par exemple ,au lieu de franchir la Loire abandonnaient des matériels de 155 tout neufs avec leurs tracteurs sans même ôter les culasses et se dirigeaient volontairement vers les allemands pour se constituer prisonniers.....Incitant par la parole les hommes de la troupe de mon père à en faire autant......A côté il y avait les chasseurs portés de sa division qui avaient repris des villages à la baïonnette comme en 1914......
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roger15
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mar 7 Juil - 16:38

Le mercredi 3 juillet 1940. Le jour où l'Amirauté britannique attaque, sur l'ordre formel de Winston Churchill, la marine française dans le cadre de l'opération "Catapulte".


Un peu avant l'aube, les Anglais s'emparent par la force des vaisseaux français réfugiés dans les ports britanniques de Plymouth, Falmouth, Portsmouth et Sheerness. L'opération "Catapulte" est commencée.

A Plymouth, se trouvent un cuirassé de 22 000 tonnes, le Paris, le contre-torpilleur Triomphant, trois torpilleurs (dont le Mistral), quatre avisos, le grand sous-marin Surcouf et trois sous-marins plus petits. Le tout est placé sous le commandement de l'amiral Cayrol.

A Portsmouth, se trouvent le cuirassé Courbet, le contre-torpilleur Léopard, les trois torpilleurs Chevreuil, Savorgnan de Brazza et Pollux, deux torpilleurs de 600 tonnes, trois avisos, deux sous-marins en réparation, l'Orion et l'Ondine, douze chasseurs de sous-marins, et enfin quelques patrouilleurs. Le tout est placé sous le commandement de l'amiral Gaudin de Villaine.

A Falmouth, se trouvent trois avisos et deux sous-marins.

A Sheerness, se trouvent deux avisos et plusieurs unités de "servitude" (remorqueurs, dragueurs, pontons, etc.).

Dans ces quatre ports anglais, à 3h45 du matin, brusquement des détachements de soldats anglais en armes, chaussés de pantoufles feutrées qui les rendent silencieux, montent à bord des bâtiments de la marine nationale française, immobilisent les sentinelles, matraquent les marins français qui veulent se défendre, et se saisissent violemment des officiers et des matelots français endormis. La surprise est si complète que toute résistance est pratiquement impossible.

Plusieurs bâtiments français réussiront cependant à se saborder au nez à la barbe des Anglais.

Nulle part les officiers de la Royal Navy n'essayent de justifier, ni même d'expliquer leur acte. Les matelots sont séparés brutalement de leurs officiers. Les Anglais font miroiter aux hommes d'équipage les avantages financiers qu'ils tireraient d'un engagement dans la marine de guerre britannique. Comme ils refusent, on les embarque de force pour les conduire à terre, où ils sont aussitôt internés.

A Alexandrie, en Égypte, la force maritime française, dite "Force X" comprend le cuirassé Lorraine, trois croiseurs de 10 000 tonnes : le Suffren, le Tourville et le Duquesne, un croiseur de 8 000 tonnes : le Duguay-Trouin, trois torpilleurs : le Fortuné, le Basque et le Forbin, et enfin un sous-marin de 1 500 tonnes : le Protée. Le tout est placé sous le commandement de l'amiral Godfroy.

Mouillés dans le bassin fermé du port d'Alexandrie, les bateaux français sont cernés par le cuirassé Warspite, battant pavillon de l'amiral Sir Andrew Cunningham, ainsi que par quatre autres cuirassés britanniques : le Malaya, le Barham, le Ramilliers, et le Royal Sovereign, le porte-avions Eagle et une flottille de torpilleurs.

A neuf heures du matin, l'amiral français Godfroy se rend, comme convenu la veille, à bord du cuirassé anglais Warspite, en compagnie de son chef d'État-Major, le capitaine de vaisseau Tisserand. L'amiral Cunningham vient les accueillir à la coupée et les fait descendre dans le salon. Là, l'amiral Cunningham sort de sa poche un papier sur lequel est dactylographié un texte, qu'il remet, d'un air soucieux, à l'amiral Godfroy. Ce texte contient trois propositions, qui peuvent se résumer ainsi :
- 1°) soit l'amiral Godfroy accepte de mettre les bâtiments français de la "Force X", armés par des volontaires, à la disposition des Britanniques ;
- 2°) soit l'amiral Godfroy accepte que les bâtiments français soient désarmés sous la surveillance britannique, c'est-à-dire par la contrainte ;
- 3°) soit les Anglais les couleront !...

L'amiral Godfroy, après avoir pris connaissance de ces trois propositions, retourne à bord du Duquesne pour rédiger une réponse. Celle-ci est prête à 11h30, heure à laquelle le contre-amiral Willis et le capitaine de vaisseau Dick viennent la chercher pour la transmettre à l'amiral Cunningham.

L'amiral Godfroy lui répond :
«
Dans la mise en demeure inattendue qui m'est signifiée, j'écarte la première solution qui n'est pas actuellement conciliable avec mon devoir militaire.
Je serai enclin à accepter la deuxième si je pouvais la recommander à mes chefs qui, seuls, peuvent m'autoriser à désarmer mes navires dans un port étranger, sous la contrainte d'une autorité étrangère.
S'il m'est interdit d'en discuter avec eux, je m'en vois réduit à choisir la troisième solution, si regrettable qu'elle puisse être pour l'avenir, parce qu'elle peut seule, dans ces conditions se concilier avec notre sens moral de l'honneur.
»

Mais l'amiral Cunningham espère encore pouvoir éviter le pire. Un échange de messages a lieu par signaux entre le Warspite et le Duquesne, demandant à l'amiral Godfroy de ne pas créer l'irrémédiable par une décision prématurée.

Au début de l'après-midi, le commandant de la "Force X" consent à prendre quelques dispositions conciliantes : débarquement du mazout et dévissage des pointes percutantes des torpilles.

Mais soudain on apporte à l'amiral Godfroy des messages qui ont été captés par le service de radio du Duquesne : la flotte française de Mers-el-Kébir a subi le feu des navires de guerre de la Royal Navy. Ulcéré, l'amiral Godfroy se rend immédiatement à bord du Warspite pour exprimer son indignation à l'amiral Cunningham !.. Il lui déclare, que vu l'attitude de la Royal Navy à Mers-el-Kébir il révoque toutes les décisions conciliantes qu'il a prises au début de l'après-midi. En repartant, il entend des officiers anglais (qui viennent eux aussi d'apprendre le drame de Mers-el-Kébir) dirent : « It is simply madness !... » (« c'est simplement de la folie !... »)

Revenu à bord du Duquesne l'amiral Godfroy trouve enfin un message de l'amiral Le Luc à l'Amirauté française : « Appareillez immédiatement, par la force si nécessaire. »

Mais, étant donné la situation de nos navires pris sous le feu des canons anglais, toute tentative d'appareillage ne peut aboutir qu'à un massacre. Aussi, répond-il à l'amiral Le Luc : « Nos conditions d'amarrage dans le port d'Alexandrie ne permettent pas d'en sortir, même en combattant. Nous nous défendrons simplement sur place si nous sommes attaqués, en restant prêts à nous saborder si cela devient nécessaire. » Toute la nuit, les deux flottes s'observent de part et d'autre, tandis que le commandant de la "Force X" fait prendre des dispositions de combat.

A la base navale de Mers-el-Kébir, en Algérie, à l'Ouest d'Oran, se trouve concentrée, en ce mercredi 3 juillet 1940 la flotte française de l'Atlantique, qui a pu échapper aux Allemands. On y trouve les plus belles unités de la marine de guerre française : les quatre cuirassés Dunkerque, Strasbourg, Provence et Bretagne, ainsi que les six contre-torpilleurs Volta, Mogador, Terrible, Lynx, Tigre et Kersaint.
Il y a également le porte-avions Commandant Teste, plusieurs torpilleurs, des avions, et quatre sous-marins, placés sous le commandement de l'amiral Jarry, commandant la marine d'Oran.

La structure de la rade de Mers-el-Kébir impose aux cuirassés de s'amarrer l'arrière à la digue, où se trouvent alignés, à intervalles de 120 mètres, le Dunkerque, la Provence, le Strasbourg, la Bretagne et le Commandant Teste. Cette disposition est très défavorable à la défense. Les seize canons de 330 du Dunkerque et du Strasbourg, sont tournés vers la côte et ne peuvent tirer ni vers le large, ni vers la passe.

La journée est splendide, pas un nuage dans le ciel. Au large, l'horizon est légèrement voilé de brume. Au mât du cuirassé Dunkerque flotte la marque de l'amiral Gensoul, commandant en chef de l'escadre ; à celui de la Provence, celle du contre-amiral Bouxin, commandant la division des Provence-Bretagne ; à celui du Mogador, celle du contre-amiral Lacroix, commandant les divisions de contre-torpilleurs.

Tous ces bâtiments ne sont plus sur le pied de guerre depuis l'armistice. La démobilisation des équipages a même commence la veille.

A 7 heures du matin, les timoniers de veille signalent qu'un torpilleur anglais, le Foxhound, vient de mouiller à un mille nautique environ de l'entrée de la passe et qu'apparaissent peu après, au large, les silhouettes de trois navires de lignes anglais : le Hood (42 000 tonnes), battant pavillon de l'amiral Somerville, le Resolution et le Valiant, escortés par deux croiseurs et des torpilleurs, bientôt rejoints par l'Ark Royal, le plus moderne des porte-avions anglais.

Les marins français pensent d'abord que cette escadre britannique fait route en Méditerranée à la recherche des forces navales italiennes.

Mais soudain, il y a une allée et venue de vedettes entre le Foxhound et le Dunkerque. L'amiral Gensoul a reçu de l'amiral Somerville le message suivant : « Envoie le commandant Holland conférer avec vous. La Marine royale espère que ses propositions vont permettre à la marine française, vaillante et glorieuse, de se ranger à mes côtés. En ce cas, vos bâtiments resteront toujours les vôtre et personne n'aura besoin d'aucune anxiété dans l'avenir. La flotte britannique est au large d'Oran pour vous accueillir. »

Ce message étrange, où la menace est à peine déguisée derrière les flatteries, ne dit rien qui vaille à l'amiral Gensoul. Il n'y a qu'un point rassurant dans toute cette affaire : le choix du commandant Holland comme négociateur. Celui-ci a été jusqu'à la guerre attaché naval à Paris, et ensuite au G.Q.G. de l'amiral Darlan à Maintenon, où il a vécu fraternellement avec les officiers français. De plus, il parle le français à la perfection.

L'ultimatum que Holland apporte à l'amiral Gensoul est formulé à peu près comme celui d'Alexandrie. Le commandant Holland essaiera bien d'éviter l'épreuve de force, mais hélas en vain... Bien que l'ultimatum anglais n'expire qu'à 14h30, dès 12h30 cinq hydravions de l'Ark Royal larguent des mines magnétiques pour fermer la passe. C'est un acte de guerre caractérisé contre la marine française. La DCA française aurait pu abattre ces cinq hydravions, mais l'amiral Gensoul veut éviter que ce soit la France qui tire le premier coup de canon.

A l'amirauté britannique à Londres, à Whitehall, les lords de la mer sont réunis dans la salle du conseil de l'Amirauté. Il y a là Lord Alexander, Sir Dudley Pound, Sir Francis Little, et bien d'autres amiraux chamarrés d'aiguillettes et de décorations. Mais, comme il craint malgré tout leur manque de fermeté dans cette affaire, Winston Churchill y est également venu en personne. Il est ainsi présent quand arrive la première dépêche de l'amiral Somerville. Les visages des Lords de la mer sont graves ; leur expression est tendue. Leur silence traduit éloquemment leur état d'esprit : ils voudraient s'en tenir là et ne pas pousser à fond l'opération "Catapulte". Etant marins eux-mêmes, ils comprennent la perplexité de l'amiral Somerville. Mais Churchill ne fléchira pas !... Il écrira dans ses mémoires : « Tandis que les négociations se poursuivaient, à l'Amirauté l'émotion était intense. Le tourment de l'amiral Somerville et de ses principaux officiers nous était bien visible à travers les télégrammes échangés. Il ne fallut rien de moins que les ordres les plus péremptoires pour les contraindre à ouvrir le feu. »

L'amiral Gensoul a informé l'amirauté française par un premier message à 8h45, puis par un second à 12h20. A ce moment l'Amirauté française se trouve à Nérac (Lot-et-Garonne) et est dirigée par l'amiral Le Luc, car l'amiral Darlan est en route pour Vichy. A 12h50 l'amiral Le Luc télégraphie à l'amiral Duplat à Toulon et à l'amiral Bourragé à Alger d'appareiller immédiatement en tenue de combat et de rallier Oran pour soutenir l'amiral Gensoul. Celui-ci va donc tout tenter pour faire prolonger les négociations afin que la flotte d'Alger et celle de Toulon puissent arriver jusqu'à Oran.

A 16h56 la flotte britannique ouvre le feu sur les bâtiments de la marine française au mouillage à Mers-el-Kébir. La flotte française réplique alors. Les combats durent 1h30 environ. En effet, à 18h30 l'amiral Gensoul, pour éviter un bain de sang inutile, adresse par radio un message à l'amiral Somerville : « Vous demande de cesser le feu. » A 18h35 l'amiral Somerville lui répond : « J'ouvre le feu encore, si je vois que vos bateaux ne sont pas coulés. » L'amiral Gensoul lui répond alors :
« Bâtiments de combat de Mers-el-Kébir hors de combat. Je fais évacuer les bâtiments par leur personnel. » Le bilan humain de l'agression anglaise contre Mers-el-Kébir est de 1 297 tués chez les matelots français (2 seulement chez les britanniques) ; quant au bilan des pertes en navires français il est de deux cuirassés, un croiseur, un destroyer, un aviso. Chez les anglais il y a eu deux torpilleurs de coulés et quatre avions de détruits.

A Vichy, la nouvelle de l'ultimatum anglais a éclaté en début d'après-midi, elle a fait l'effet d'un véritable coup de tonnerre. Du coup, le projet de réforme constitutionnelle est rapidement mis de côté...

A Londres c'est l'amiral Émile Muselier qui apprend la nouvelle le premier, alors qu'il mettait sur pied un projet d'accord naval franco-britannique. Il écrira dans ses mémoires : « C'est alors que j'éprouvais une des crises de conscience les plus dures de ma vie. Je considérai que le gouvernement britannique venait de commettre une faute énorme. » L'amiral Muselier se rend aussitôt chez le général de Gaulle pour lui faire part de son émotion. Il écrit à ce sujet : « De Gaulle était effondré. Nous abordâmes immédiatement le problème qui se posait pour nous et nous envisageâmes de demander au gouvernement britannique de nous faire transporter dans une partie de l'Empire français, non soumise en fait aux Allemands. De Gaulle songeait alors à Pondichéry ou à Saint-Pierre et Miquelon. »
Hélas, le gouvernement britannique s'y oppose catégoriquement. Il refuse tout moyen de transport au général de Gaulle et à ses collaborateurs.

Comprenant le danger de voir de Gaulle soit quitter l'Angleterre, soit cesser de diriger la "France Libre", Winston Churchill s'empresse d'envoyer le général Spears le trouver à Stephen House. Le général Spears lui déclare que s'il comprend sa réaction au point de vue humain, il la trouve injustifiée du point de vue politique. Il lui explique en effet que la condition essentielle du succès de son mouvement est la victoire de l'Angleterre. Que ferait-il sans elle ?

Le général de Gaulle tirera ainsi dans ses mémoires le bilan de l'agression contre la marine française : « C'était dans nos espoirs un terrible coup de hache. Le recrutement de nos volontaires s'en ressentit immédiatement. Beaucoup de ceux, civils ou militaires, qui s'apprêtaient à nous rejoindre tournèrent alors les talons. En outre, l'attitude adoptée à notre égard par les autorités dans l'Empire français, ainsi que par les éléments navals et militaires qui le gardaient, passa, la plupart du temps, de l'hésitation à la
réprobation.
»

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Mer 8 Juil - 13:52

Le jeudi 4 juillet 1940. Le jour où l'Allemagne assouplit considérablement les conditions navales d'armistice grâce au vice-amiral Michelier.


A Mers-el-Kébir, la nuit s'est passée sans nouvel incident.

Un peu avant l'aube, tous feux masqués, le porte-hydravions français Commandant Teste, épargné hier par les obus de la Royal Navy, s'est glissé discrètement hors de la rade pour rallier Oran.

Les matelots français les plus gravement blessés lors de l'attaque britannique d'hier ont été transportés sur le navire-hôpital le Sphynx. Les autres sont répartis entre les hôpitaux d'Oran, de Tlemcen et de Sidi-bel-Abbès.

Le feu a été maîtrisé à bord du Mogador et de la Provence. Sur les autres bâtiments, les foyers d'incendie ont été noyés, les chaudières éteintes, les portes étanches verrouillées. Du haut de la tour du Dunkerque, on n'aperçoit plus que des épaves. Et, tandis que les commandants d'unités dressent la liste de leurs morts, un soleil éblouissant se lève sur un cimetière de navires...

A Oran, l'aviso Rigault de Genouilly ayant à peine eu le temps de réparer ses avaries, a reçu l'ordre, durant la nuit, d'appareiller pour Bizerte (Tunisie). Il a pris la mer en serrant la côte le plus près possible. Au jour, la brume fait son apparition, mais hélas elle ne dure guère et est remplacée par un soleil magnifique. Vers 15 heures, alors qu'il vient de doubler Alger, un cri tombe de la vigie : « Sillage torpilles bâbord avant ! » Presque aussitôt les deux torpilles font explosion, l'une sur l'avant, l'autre à la hauteur des machines, mettant le feu aux réservoirs de gas-oil, détruisant les embarcations de sauvetage. L'avant aux trois quarts arraché, le centre en feu, sans qu'il soit possible de lutter contre l'incendie puisque les machines flambent, il n'y a aucune chance de pouvoir sauver le bâtiment. Il faut donc l'évacuer. Au commandement, les hommes se jettent à la mer pour rejoindre la côte à la nage. Mais pas tous : car aux machines, douze d'entre eux ont été surpris par la mort dans l'accomplissement de leur devoir. Douze noms à ajouter à la triste liste funèbres des victimes de l'agression britannique contre la marine française basée à Mers-el-Kébir.

Cependant, pour le torpillage de l'aviso Rigault de Genouilly, coulé par le sous-marin britannique HSM Pandora, l'Amirauté britannique reconnaîtra que ce torpillage fut une erreur dont elle s'excusera quelques jours plus tard auprès de l'Amirauté française. L'amiral français Odend'hal, chef de la mission française navale à Londres, fera alors remarquer que la perte des douze matelots français victimes de ce torpillage était, malgré tout, peu de chose auprès des nombreuse victimes (1 297 matelots français tués) lors de l'attaque de Mers-el-Kébir par la Royal Navy, qui n'a pas présenté d'excuses pour cette agression. Le vice-amiral Philips, Chef d'État-Major général de la Royal Navy lui répondra : « L'opération d'Oran était une décision de politique générale du gouvernement britannique, que nous n'avons pas à apprécier ; tandis que dans le cas présent, il s'agit d'une tragique erreur de la Marine anglaise. » Par cette déclaration, le vice-amiral Philips confirme solennellement l'hostilité de la Royal Navy à l'opération "Catapulte".

A Alexandrie, en Égypte, la situation reste tendue. La flotte britannique a pris, elle aussi, ses dispositions de combat pour couler la flotte française. L'amiral Godfroy a toutefois un avantage que n'avait pas son collègue l'amiral Gensoul à Mers-el-Kébir : chacun des quatre croiseurs français (le Suffren, le Tourville, le Duquesne et le Duguay-Trouin), peut, en pressant simplement sur un bouton, au premier coup de canon des navires britanniques contre la flotte française, envoyer quatre torpilles, soit un total de seize torpilles, qui peuvent sérieusement endommager la flotte de l'amiral Cunningham.

Finalement, grâce aux efforts conjugués de l'amiral Godfroy et de l'amiral Cunnigham, un accord est enfin trouvé. A 16 heures l'amiral Godfroy adresse au Warspite la confirmation suivante destinée à l'amiral Cunningham :
«
Amiral,
J'accepte de faire débarquer par les bâtiments de la "Force X", le mazout qu'ils ont à bord, réserve faite d'une petite quantité à conserver pour le service courant, dont je vous demanderai par courtes périodes le renouvellement.
Je vais faire démonter les obturateurs des grosses pièces et les mises de feu des plus petites, et je les ferai placer au Consulat général de France.
Pour le renvoi en France d'une partie du personnel, il est nécessaire que je m'entende au préalable avec le ministre de la Marine, à qui j'ai télégraphié.
»

Quelques instants après, un officier du Warspire apporte la réponse de l'amiral Cunningham :
«
Mon cher Amiral,
Je vous remercie pour les décisions que vous m'avez communiquées dans votre lettre en date d'aujourd'hui, que j'ai reçue cet après-midi et je vous suis profondément reconnaissant pour elles.
J'espère vous écrire plus complètement demain.
A vous très sincèrement.
Signé : A. Cunningham.
»

Winston Churchill se montrera très remonté contre l'amiral Cunningham à qui il reprochera de ne pas avoir ouvert le feu sur la flotte française basée à Alexandrie. Des ses mémoires, Churchill ne consacrera que quatre lignes aux négociations d'Alexandrie, alors qu'il exaltera longuement « le loyalisme et la discipline » de l'amiral Somerville à Mers-el-Kébir.

A Wiesbaden, le vice-amiral Michelier va trouver à quatre heures du matin le général Huntziger pour lui proposer de faire une démarche auprès de la délégation allemande d'armistice pour obtenir un assouplissement des clauses navales d'armistice. Le général Huntziger approuve et lui laisse carte blanche.

A onze heures du matin le vice-amiral Michelier se fait conduire au siège de la délégation allemande où il est aussitôt reçu par le commandant Wever (ancien attaché naval allemand à Paris). Le commandant Wever commence par lui exprimer « ses sentiments de sympathie personnelle pour la situation douloureuse où le placent les événements de la
veille.
» Le vice-amiral Michelier le remercie pour cette marque de sympathie et lit, dès l'ouverture de la séance, la courte déclaration suivante :

«
Un combat naval a eu lieu à Mers-el-Kébir, le 3 juillet, de 17h50 à 18h30. La Provence, le Dunkerque, le Mogador étaient en flamme dans le port. La Bretagne a sauté. Le Strasbourg et cinq contre-torpilleurs ont pris la mer, ainsi que des torpilleurs et des sous-marins. Les autres forces navales en Méditerranée ont reçu l'ordre de se concentrer et de rallier Toulon, qui sera défendu par les forces sous-marines et l'aviation.
Le Richelieu est à Dakar ; le Jean-Bart à Casablanca, où ils sont maintenus jusqu'à nouvel ordre.
Des forces sous-marines protègent ces ports.
»

Puis le vice-amiral Michelier explique que l'attaque anglaise crée une situation nouvelle, qui doit entraîner des modifications considérables dans le mode d'application des clauses navales de l'armistice. En conséquence, la délégation française demande :
- 1°) la suspension pure et simple des conditions stipulées à l'article VIII ;
- 2°) la libération immédiate de tout le personnel du ministère de la Marine (575 officiers, fonctionnaires civils et secrétaires) bloqués à Rochefort (Charente-Inférieure), et de ses archives ;
- 3°) le libre passage à Gibraltar des bâtiments de guerre et de commerce, interdit par une lettre de la Commission allemande d'armistice en date du 30 juin 1940.

Le commandant Wever prend note de ces demandes et donne l'assurance qu'il va les transmettre immédiatement à Berlin.

Dès 13h30, le commandant Wever rappelle le vice-amiral Michelier au téléphone et lui lit la réponse du Führer à ses demandes :
- 1°) : Accordé ;
- 2°) : Accordé ;
- 3°) : Accordé.

Le vice-amiral Michelier téléphone alors immédiatement la nouvelle à l'amiral Négadelle à Vichy, qui ne peut cacher la surprise que lui causent les résultats de cette négociations et la rapidité avec laquelle ils ont été obtenus.

A Vichy un Conseil des Ministres s'ouvre à dix heures. Le Président de la République Albert Lebrun fait peine à voir tant il est désemparé par l'attaque anglaise contre Mers-el-Kébir. Il déclare d'un air navré :
« Jamais je n'aurais cru qu'une pareille chose fût possible ! »

Paul Baudouin arrive à calmer ses collègues qui voudraient immédiatement des actions militaires en représailles contre l'agression de Mers-el-Kébir. Le Conseil des Ministres décide donc de surseoir, jusqu'à nouvel ordre, à toute mesure de rétorsion de caractère militaire contre la Grande-Bretagne.

Le général Weygand informe ensuite le Conseil que l'usage de la radio vient d'être de nouveau autorisé par l'Allemagne.

Pierre Laval, qui s'est abstenu d'intervenir dans le débat concernant Mers-el-Kébir (il sait en effet que beaucoup de ses collègues lui reproche son hostilité envers l'Angleterre), intervient en fin de séance pour donner lecture du projet de loi constitutionnel qu'il a préparé :

«
Article unique : L'Assemblée Nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous la signature, et l'autorité du Maréchal Pétain, Président du Conseil, à effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, la nouvelle constitution de l'État français.
Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. Elle sera ratifiée par les assemblées qu'elle aura créées.
»

Pierre Laval déclare que son projet est un bloc, et qu'il ne désire pas qu'une discussion s'engage sur ce sujet.

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 16 Juil - 16:54

Le vendredi 5 juillet 1940. Le jour où l'on enterre les 1 297 matelots français tués lors de l'attaque anglaise contre Mers-el-Kébir.


L'Amirauté française publie le communiqué suivant qui fait le bilan, à froid, de l'attaque de la Royal Navy contre Mers-el-Kébir :

«
Le 3 juillet, une escadre britannique s'est présentée devant Mers-el-Kébir, où se trouvait amarrée une force navale française. Les navires étaient amarrés dans le port et n'étaient pas en mesure de prendre la mer sans un certain délai.

L'amiral commandant l'escadre britannique a fait remettre à l'amiral Gensoul l'ultimatum suivant :
- Ou bien, rallier la flotte anglaise ;
- Ou bien détruire les bâtiments dans les six heures pour qu'ils ne tombent pas aux mains de l'Allemagne ou de l'Italie. En cas de refus, les Anglais nous contraindraient par la force à la destruction.

Le vice-amiral Gensoul a répondu qu'il ne pouvait être question, pour les navires, de rallier la flotte britannique, et qu'il répondrait à la force par la force. L'amiral Gensoul ajoutait que, d'ailleurs, le premier coup de canon aurait pour résultat pratique de dresser toute la marine française contre la Grande-Bretagne, résultat inverse de celui cherché.

L'Amirauté française, prévenue, a ordonné de répondre à la force par la force. Le gouvernement a approuvé la décision de l'Amirauté et a fait prévenir les Commissions d'armistice. La France n'a rien à se reprocher.

Nous rappelons que l'Allemagne et l'Italie n'ont pas demandé que la flotte française leur soit livrée. Elles ont simplement demandé sa démobilisation et son rassemblement dans des ports français, sous le commandement français, avec simplement le contrôle des Commissions d'armistice. La France, d'ailleurs, n'aurait pas consenti à la livraison d'une flotte qui n'avait pas été vaincue. Le Maréchal Pétain, l'amiral Darlan et Monsieur Paul Baudouin, l'ont maintes fois répété à Monsieur Churchill, à Lord Alexander, à Lord Lloyd et à l'amiral de la Flotte, Sir Dudley Pound, ainsi qu'à l'ambassadeur Sir Ronald Campbell.

L'Amirauté française a eu la sensation pénible que les malheurs de la France laissaient insensibles les dirigeants anglais, qui ne songeaient qu'à devenir maîtres de la flotte française.

La flotte devait rester française ou périr. Elle ne méritait pas, en tout cas, d'être frappée dans le dos sur l'ordre de Monsieur Churchill qui, l'hiver dernier, suppliait l'Amirauté française d'affecter nos forces principales à la protection des convois canadiens, l'Amirauté britannique n'ayant pas les moyens nécessaires.

Avant même l'expiration de l'ultimatum à l'amiral Gensoul, l'amiral anglais faisait mouiller par ses avions des mines magnétiques dans le chenal d'accès de Mers-el-Kébir, faisant ainsi acte d'hostilité. A l'expiration de l'ultimatum, les navires britanniques ont ouvert le feu sur les navires français qui n'avaient pas eu le temps de se dégager de leurs amarres dans le port de Mers-el-Kébir. Les navires français, secondés par les batteries de la côte ont riposté au tir des Britanniques...

Les marins français, qui se sont dépensés depuis dix mois pour aider la marine britannique, dépassée par sa tâche écrasante, ont ressenti avec indignation, la trahison de leurs anciens frères d'armes.
»

Au cimetière de Mers-el-Kébir, a lieu l'enterrement des 1 297 matelots français victimes des événements du 3 juillet. Devant les cercueils alignés, l'amiral Gensoul prononce un discours ému, au cours duquel il déclare : « Vous aviez promis d'obéir à vos chefs, pour tout ce qu'ils vous commanderaient pour l'honneur du Pavillon et la grandeur des armes de la France. Si, aujourd'hui, il y a une tache sur un pavillon, ce n'est certainement pas sur le vôtre. »

A Londres, le vice-amiral Émile Muselier tente d'obtenir de la Grande-Bretagne qu'elle restitue à la marine de la France Libre les navires français confisqués par la Royal Navy dans les ports anglais lors du coup de force du 3 juillet 1940. Le Premier Lord de l'Amirauté britannique, l'amiral Sir Dudley Pound, lui coupe la parole et lui déclare que le Cabinet britannique a décidé la mesure suivante : « douze des bâtiments français que nous avons saisis seront immédiatement armés par la marine britannique. Ces bâtiments arboreront le pavillon de guerre de la marine britannique. » L'amiral Muselier proteste alors contre ce rapt des vaisseaux de guerre français, mais rien n'y fera...

A Vichy, les vingt-cinq sénateurs anciens combattants, sous la houlette de Jean Taurines (sénateur du Rhône), se réunissent et établissent un "ordre du jour" qu'ils comptent transmettre directement au Maréchal Pétain, pour court-circuiter Pierre Laval, dont ils se méfient :
«
Les Sénateurs Anciens Combattants réunis à Vichy le vendredi 5 juillet, sous la présidence de Monsieur Jean Taurines, saluent avec émotion et fierté leur chef vénéré, le Maréchal Pétain qui, en des heures tragiquement douloureuses, a fait don de sa personne au pays.
Lui apportent leur confiance pour, dans la légalité républicaine, regrouper la force nationale, galvaniser les énergies et préparer le terrain moral qui refera une France digne de leurs sacrifices.
»

Les sénateurs anciens combattants désirent remettrent ce texte au Maréchal Pétain en personne, en lui expliquant pourquoi les projets de Pierre Laval leur paraissent inacceptables. Hélas, le Maréchal restera invisible toute la journée...

Pendant ce temps une réunion de députés a lieu à la salle du Petit Casino de Vichy. Les quatre-vingts députés qui y participent ont été informés par leurs collègues sénateurs (qui ont rencontré hier après-midi Pierre Laval) des projets de Laval, aussi sont-ils sur leurs gardes et prêts à lui tenir tête !...

C'est Marcel Héraud, député de Paris et ancien ministre de la Santé publique dans le Cabinet Paul Reynaud qui ouvre les hostilités contre Laval :
« On parle de changer la forme du gouvernement. Pourquoi ? Si la République a perdu une guerre, n'oublions pas qu'elle en a gagné une autre !... Nos malheurs, c'est aux hommes qu'il faut les attribuer, plus qu'au régime républicain !... »

Ensuite, c'est le député socialiste de l'Aisne Georges Monnet (né à Aurillac, chef-lieu du département du Cantal, le 12 août 1898), ami personnel et très proche de Léon Blum, ancien ministre de l'Agriculture dans le premier gouvernement Léon Blum et dans le gouvernement Camille Chautemps début 1930, qui pose à Laval une question embarrassante :
« Vous nous demandez de nous ranger derrière le Maréchal Pétain. Nous y souscrivons volontiers. Mais il est un point qui nous préoccupe et sur lequel nous voudrions avoir une précision. Qu'arrivera-t-il si, le Maréchal Pétain étant investi du pouvoir, un "accident" lui
survient ?
»

Enfin, François Chasseigne, député socialiste d'Issoudun, prend la parole (il revient des Flandres où il a été blessé aux combats) : « Il faut liquider les anciens partis. Les événements exigent une transformation profonde. Ne comprendra-t-on pas ici, ce qu'ont déjà compris tous les soldats du front ? Le Parlement n'a qu'un devoir : assurer la reconstruction du pays. Pour cela il doit s'en remettre au Maréchal Pétain. »

A la surprise des députés, Pierre Laval dédaigne pour répondre aux orateurs de monter à la tribune. Il se lève simplement de son siège, avance de quelques pas vers le devant de la salle et s'adosse à la rampe. Il répond aux interpellateurs dans l'ordre où ils ont parlé.

C'est à Marcel Héraud qu'il s'adresse d'abord : « Vous avez fait un beau discours. Mais croyez-vous que nous avons encore le temps d'écouter des discours ? Vous vous trompez : c'est fini les discours. Nous ne sommes pas ici, vous pour les prononcer, nous, pour les entendre. Nous avons à rebâtir la France... Tout est à refaire. Tout doit être reconstruit sur des bases nouvelles... De deux choses l'une : ou bien vous acceptez ce que nous vous demandons, ou bien Hitler vous l'imposera... Un homme a dit ici ce qu'il fallait dire, et je l'en félicite. C'est Chasseigne. Désormais, il ne doit y avoir qu'un seul parti, celui de tous les Français, un parti qui fournira ses cadres à l'activité nationale. »

Pierre Laval passe ensuite en revue l'histoire des dernières années : «
Par un effort soutenu, j'avais engagé la France dans la seule voie où elle devait trouver son salut. J'avais noué avec Mussolini des relations étroites. Par ailleurs, j'avais amené l'Autriche à accepter une entente avec les États successeurs. De même j'avais obtenu que la Yougoslavie s'entendît avec l'Italie. Le ministre des Affaires étrangères de Yougoslavie devait venir à Paris pour régler cela. Mais la veille du jour où il allait quitter Belgrade, l'ambassadeur anglais dans cette ville, faisait une démarche auprès du gouvernement yougoslave et tout mon effort était ruiné...
La France n'a jamais eu et n'aura jamais d'ennemi plus acharné que la Grande-Bretagne. Toute notre Histoire est là pour l'attester. Nous n'avons été que des jouets entre les mains de l'Angleterre, qui s'est servie de nous pour assurer sa propre protection. Nous sommes aujourd'hui au fond de l'abîme où elle nous a conduits. La France n'a le droit de conserver pour elle et son Empire qu'une armée de cent mille hommes. Voilà la réalité tragique pour notre pays...

Nous venons de vivre des années où il importait peu de dire d'un homme qu'il était voleur, escroc, souteneur, voire même assassin. Mais si on disait de lui : "C'est un fasciste", alors le pire qualificatif lui était décerné ! Nous payons aujourd'hui le fétichisme qui nous a enchaîné à la démocratie, en nous livrant aux pires excès du capitalisme, cependant qu'autour de nous, l'Europe forgeait, sans nous, un monde nouveau qu'animaient des principes nouveaux.
»

Enfin, Pierre Laval répond à Georges Monnet : « Vous avez posé, Monsieur Monnet, une question qu'il était nécessaire de poser et que je m'étonnais de n'avoir pas encore entendue. Vous avez raison. Il faut envisager le cas où un accident nous priverait du Maréchal Pétain. Nous y avons songé, et voici ce qui a été prévu : ce que nous demandons, c'est que, par l'Assemblée Nationale, le Maréchal Pétain soit investi de la totalité des pouvoirs constitutionnels. Le lendemain du jour où ces pouvoirs lui auront été accordés, le Maréchal procèdera, non par lois ou décrets, mais par "actes". Aux termes d'un premier acte, il se donnera à lui-même tous les droits actuellement exercés par le Président de la République, le Parlement, le Président du Conseil, les ministres. Puis, par un second acte, il désignera la personne qui - dans le cas où il serait empêché d'exercer le pouvoir - l'exercerait à sa place.

Quant à une dictature militaire, j'y suis aussi opposé que vous. Sinon je n'aurai qu'à laisser faire. Je ne serai pas ici, à m'efforcer de vous convaincre. Ne voyez-vous pas que je suis le garant du pouvoir civil ? Aidez-moi dans ma tâche, au lieu de me contrecarrer... »

C'est sur cette note plus apaisante de Pierre Laval que se termine cette réunion des quatre-vingts députés à la salle du Petit Casino de Vichy. Les parlementaires présents se répandent dans les couloirs où Pierre Laval va s'employer à rallier ceux qu'il a peut-être trop violemment heurtés. Ainsi, il va vers Marcel Héraud, et lui dit sur le ton de la confidence : « Songe qu'il y a Hitler et Mussolini ! Il faut prendre une place entre eux. Tu sais, je suis très bien avec Mussolini. En jouant l'un contre l'autre, peut-être arriverai-je à faire quelque chose ; mais pour le faire, il faut que je sois là. Tes critiques n'ont aucune raison d'être. Laisse-moi faire. C'est dans l'intérêt de la France que je travaille. »

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 16 Juil - 22:43

Le samedi 6 juillet 1940. Le jour où la Royal Navy attaque une deuxième fois la base navale de Mers-el-Kébir.



A Mers-el-Kébir la Royal Navy attaque une nouvelle fois la flotte française !... Entre 5h30 et 6 heures du matin trois vagues d'avions-torpilleurs, lancés depuis l'Ark-Royal, attaquent une deuxième fois la flotte française. Cinq bâtiments français ont été visés : le Mogador, la Provence, le Dunkerque, l'Esterel et le Terre-Neuve.

Le bilan de cette nouvelle attaque est de 154 matelots tués...

A Vichy, les Parlementaires, députés et Sénateurs, sont de plus en plus nombreux à arriver. Les Sénateurs se réunissent à la salle de la Société des Sciences Médicales, et les Députés au Petit Casino. Pierre Laval s'y dépense sans compter, prodiguant ses talents d'orateur (n'oublions pas que sa profession de base est avocat !...) et de manœuvrier dans des conversations en tête à tête, des entretiens de groupe et des discours. Il s'y fait "l'avocat du gouvernement", c'est-à-dire du Maréchal.

Comme la veille, une réunion de Députés a lieu au Petit Casino, en présence de Pierre Laval. Georges Bonnet, ancien ministre des Affaires Étrangères du gouvernement Édouard Daladier confirme ce que Laval a dit la veille au sujet de la sujétion où s'est trouvée la diplomatie française au cours des vingt dernières années. Il impressionne ses collègues en disant : « Rien ne pouvait se faire chez nous sans le consentement préalable de Downing Street. »

Ensuite, un ancien ministre socialiste du Front Populaire et ami de Léon Blum, Charles Spinasse, député de la Corrèze, monte à la tribune. Sa déclaration va faire sensation parmi les députés : « Le Parlement va se charger des fautes communes. Ce crucifiement est nécessaire pour éviter que le pays ne sombre dans la violence et dans l'anarchie. Notre devoir est de permettre au gouvernement de faire une révolution sans que coule le sang. Si l'autorité du Maréchal Pétain rend possible cette tâche, alors le don qu'il nous a fait de sa personne n'aura pas été vain. Que notre décision soit sans appel : elle engage définitivement la France. Nous devons aussi rompre, sans esprit de retour, avec le passé. Celui-ci était plein d'illusions et si les horizons du monde ont paru s'en approcher, ce n'était qu'un mirage. Nous avons cru à la liberté individuelle, à l'indépendance de l'homme. Ce n'était qu'une anticipation sur un avenir qui n'était pas à notre portée. Une nouvelle foi doit naître sur des valeurs nouvelles. Tout ne s'effacera d'un passé condamné , que lorsque nous nous retrouveront Français, sur la terre de France, héritiers d'un patrimoine commun qui conserve sa grandeur. Retrouvons un orgueil national. Mais tout cela serait insuffisant, si nous ne corrigions pas notre fléchissement moral et intellectuel. Il fut la cause de notre retard technique, industriel, partant militaire. La France s'était abandonnée. Il faut qu'elle se reprenne. »

L'émotion de l'orateur se communique à toute l'assistance, qui l'applaudit longuement.

Alors, Xavier Vallat, député nationaliste de l'Ardèche, se lève. Tous les Français connaissent la silhouette de ce grand mutilé de la guerre 1914-1918, avec sa jambe de bois et son œil droit masqué par un monocle noir. Chacun se souvient de la verdeur de ses réparties, lorsqu'il montait à l'assaut du Cabinet Blum lors du Front Populaire. Il va répondre à Charles Spinasse : «
Je me réjouis de voir demain tous les partis réunis en un seul rassemblement national où s'effaceront les malentendus que nous persistons à entretenir entre nous.
Les institutions ont corrompu les hommes ; il faut changer les institutions. Mais les hommes ont aussi corrompu les institutions ; il faut changer les hommes, pour que revive la France.
»

Cet accord entre le député de gauche et le député de droite ne manque pas de grandeur, et tous les parlementaires présents en saisissent la signification profonde.

Pierre Laval, très ému, remercie les deux orateurs.

Quelques instants plus tard, une centaine de Sénateurs se réunissent à la salle de la Société Médicale. Pierre Laval est présent là aussi. Il se dépense de nouveau sans compter afin de plaider pour l'adoption de son projet. Son exposé, tout en nuances, arrive à rallier un certain nombre de sénateurs, encore réticents la veille.

En fin d'après-midi, la délégation des sénateurs anciens combattants , conduite par Jean Taurines arrive enfin à obtenir une audience auprès du Maréchal Pétain. Celui-ci les écoute poliment, mais ne fera publiquement rien pour les soutenir...

Ce soir du samedi 6 juillet 1940 Pierre Laval a quasiment gagné la partie pour abattre la Troisième République !... Rien ni personne ne semble pouvoir lui barrer la route !... Mais, hélas pour Pierre Laval, un rival très sérieux pour lui est en route pour Vichy : c'est le député de l'Yonne, et ancien Président du Conseil, Pierre-Étienne Flandin, et ce dernier va réussir à faire vaciller Laval qui sera à deux doigts de perdre la partie...

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Jeu 16 Juil - 23:20

Merci pour ces écrits roger15 clin doeil gri

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MessageSujet: Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.   Ven 17 Juil - 8:55

Bonjour Reine, Smile

Merci pour ton sympathique message. Wink

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Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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