Après la retraite désastreuse de l'année 1942 qui a vu les Britanniques abandonner la Birmanie et se replier en Inde et les offensives vaines de 1943 en Arakan, le dispositif allié devait se retrouver réorganisé. Il y a bien eu les exploits des
Chindits d'Orde Wingate et des
Marauders de Merrill, qui ont opéré en profondeur derrière les lignes Japonaises durant l'année 1943, mais cela ne suffisait pas.
C'est au cours du second semestre de 1943 que le dispositif allié est réorganisé suite aux décisions prises lors de la conférence interralliée
"Quadrant" qui a lieu au mois d'août à Québec. Le
SEAC (South East Asia Command) est créé et confié à Lord Mountbatten, après bien des tractations entre Américains et Britanniques. Le
SEAC coiffe l'ensemble du front Indo-Birman encoordination - toute théorique - avec le commandement suprême chinois confié au général Joseph "Vinegar Joe" Stilwell. Celui-ci cumule les fonctions de : commandant en chef du TO
China-Burma-India (CBI), commandant des troupes sino-américaines du
Northern Combat Area Command et de chef d'état-major de l'armée chinoise.
Côté Britannique, le
XIth Army Group de Giffard a sous ses ordres depuis New Delhi la
Ceylon Army et, sur la frontière indo-birmane, la
Eastern India Army devenue en octobre 1943, la
XIVth Army confiée à Slim. Stilwell, théoriquement subordonné à Giffard, prétend cependant cependant agir de façon autonome et seule l'estime personnelle qu'il porte à Slim "lissera" un peu les angles quand il s'agira d'agir de façon coordonnée. Cette question du commandement restera aigüe jusqu'à la fin 1944 et la création d'un véritable commandement interallié
ALFSEA (Allied Land Forces South East Asia) en lieux et place du
XIth Army Group et suite au rappel à Washington de Stilwell.
Les soldats de l'Armée des Indes ne faisaient jamais la "Une" des communiqués de presse omnubilés par les TO de Méditerranée et du Pacifique. C'est à ce titre qu'on la surnommé "l'Armée Oubliée". Quand Lord Mountbatten en pris le commandement, il eut ces mots:
"On ne vous a jamais oublié. En fait, personne ne savait que vous existiez!" Les forces de Mountbatten seront donc qualitativement et quantitativement renforcées par la mobilisation massive (3 millions d'hommes en 1945), l'entraînement intensif des cadres et des troupes indiennes (Rajputes, Cipayes, Sikhs et Gurkhas) ainsi que l'apport de troupes noires africaines (Gold Coast, Nigeria et Kenya) compensent significativemet le déficit d'effectifs alliés du début de la guerre.
Slim a aussi considérablement renforcé la discipline au sein de son armée. Il a aussi réussi à enrayer le fléau du paludisme avec la distribution de Paludrite et de Mépachrine. Chaque soldat doit aussi prendre ses médicaments préventifs. La bataille contre la paludisme se solde par une victoire en faisant chuter le taux d'infection à 1 cas pour 1 000 par jour.
Cette montée en force inquiète le commandement nippon. C'est pourquoi le plan japonais "U-GO", établit par le général Kawabe commandant de la zone d'Armée de Birmanie à Rangoon, prévoit une attaque en profondeur dans l'Assam avec la capture des villes de Kohima, Tiddim et Imphal et le secteur d'où décollent les avions du
"Hump" (la "bosse" c'est-à-dire le pont aérien au-dessus de l'Himalaya).
En face, les Alliés mettent en ligne le
IVTh Army Corps de Scoones (trois divisions) avec la haute direction du général Slim qui défendront la frontière indo-birmane avec le soutien de 850 appareils de la RAF, en grande majorité des
Spitfire qui ont remplacé les vieux
Huricanes. Chronologie des combats de la XIVth Army Février-Avril 1944: Bataille d'Imphal-Kohima (Arakan et Assam); échec du plan "Ha-Go"(opération localisée faisant partie intégrante de "U-Go"). Les Anglo-indiens tiennent en échec la XVe Armée Japonaise de Mutaguchi (15e, 31e et 33e divisions). Plusieurs batailles sont l'objet d'affrontements sanglants au cours desquels les forces du Commonwealth tiennent en échec les Japonais.
7 - 24 février: Près de Ngakyedank, à la position dite
"Admin Box", les hommes du
2nd West Yorkshire, du
24th Indian Regiment, du
25th Dragoon et de diverses unités administratives, sous les ordres du général Evans subissent jour et nuit un intense bombardement accompagné de vagues d'assaut, mais empêchent les Japonais de déboucher. Le ravitaillement leur est livré par les C-47 Dakota qui leur livrent 2 300 tonnes de vivres et de matériels.
13 Mars: Devant la reprise rapide de l'offensive japonaise en Assam, Scoones, sur ordre de Slim, doit retirer ses deux divisions les plus avancées (
20th et
17th Indian Divisions) dans la région d'Imphal. Cette zone a été choisie par Slim pour affronter les Japonais. Malheureusement, la
17th de Cowan se retrouve assaillie et isolée sur la rivière Manipur. Pour la dégaer, la
23rd Indian de Roberts doit laisser la garnison d'Imphal avec 3 000 hommes.
Fin mars: Les forces japonaises qui ont réussi à opérer un débordement sur les flancs britanniques et repoussé les Indiens de la
50th Brigade encerclent presque la ville. Sauf que les défenseurs tiennent bon et bénéficient du ravitaillement par les airs.
Avril: Les japonais décide d'attaquer l'autre position clé; Kohima tenue par une garnison commadée par le colonel Hugh Richards (qui, selon certains aurait déjà du partir en retraite). Là encore, les Britanniques, Indiens et Gurkhas tiennent bon et enrayent les assauts de la
31 Hohei Shidan (DI Jap.)
"Retsu Heidan" (Furieuse) de Sato.
Slim expédie par avion, par un exploit de logistique et de professionnalisme, toute la
5th Indian Division de Briggs, ponctionnée au
XVth Army Coprs de Christisondans ce secteur. Une brigade de cette bonne unité vient étoffer la défense de Kohima pendant que le reste est dirigé sur Imphal.
16 avril: Les Japonais, décimés et à bout de forces, cessent leurs assauts sur Kohima.
Mai: Scoones décide de lancer sa contre-attaque au nord d'Imphal-Kohima. Pendant ce temps Stopford lance son
XXXIIIrd Army Corps en contre-attaque au sud du dispositif. La
15. Hohei Shidan "Sai Hendai" (Festival) de Yamauchi doit céder.
Juin: Scoones et Stopford opèrent leur jonction.
Les combats se poursuivront mais le 3 juillet, les japonais commandés par Kawabe suspendent le plan "U-Go". Pourtant ni Kawabe, ni Mutaguchi ne voulaient assumer la responsabilité de la défaite. Les japonais ont perdu 55 000 hommes (tués, blessés, malades et portés disparus) contre 17 500 aux forces du Commonwealth.
Novembre 1944-Février 1945: Opération
"Extended Capital" 6 divisions ont renforcé la
XIVth Army. Ces trois CA (voir organigramme) sont alors pleinement opérationnels.
Novembre 1944: Des têtes de pont établies sur le Chindwin
20 novembre: Prise de Wanting
Décembre: La
XIVth Army atteint l'Irrawady, fleuve large de plusieurs kilomètres qu'aucun pont n'enjambe. Slim dit à ses subordonnés:
"Certes, nous avons un fleuve devant nous. Mais tout autour de nous il y a des arbres. Alors faites le nécessaire." Obéissant alors, le génie construit des radeaux et des barges qui permettent d'acheminer des troupes sur la rive droite. D'ailleurs pour l'apport en troncs d'arbre, les soldats indiens du génie ont démontré tout leur savoir faire ancestral en utilisant... des éléphants.
4 janvier: prise du port d'Akyab, base logistique de première importance d'où l'on peut lancer des assauts amphibie sur Rangoon. Pendant ce temps, la
81st West African Div. de Woolner progresse vers le nord et la
3rd Commando Brigade (Royal Marines) débarque derrière les lignes japonaises en passant derrière la rivière Daingbon Chaung, dans un terrain de marécages boueux, de mangroves et de collines recouvertes de jungle.
Mi-janvier: Les Anglo-Indiens se dirigent vers Mandalay, la ville aux mille pagodes blanches chantées par Rudyard Kippling. Peu de temps après, la
19th Indian Division de Rees, appuyé par la
36th Inf. Div. établit une tête pont au nord de Mandalay.
22 janvier: La
20th Indian Division de Gracey se heurte violemment à la
33 Hohei Shidan "Yumi Heidan" (Arc) de Yanagida, qui défend le secteur de Mandalay.
24 janvier: Les japonais réagissent contre les
Commandos en les soumettant à bombardement intensif. Les combats font rage pendant près d'une semaine. Toutefois, les
Royal Marines reçoivent le renfort du
19th Lancers et des bataillons indiens
Hyderabad et
Balouch (Pakistanais). Certains japonais vont jusqu'à attaquer les chars du
19th Lanciers bardés d'exploxifs dans des attaques kamikazes. L'Armée Impériale perd près de
2 000 hommes dans cette affaire.
25 janvier: Par leurs efforts combinés, la
20th Indian Division et la
2nd Inf.Div de Grover repoussent la 33e DI japonaise.
3 février: la
7th Indian Division de Messervy investit Mandalay. Les combats qui s'ensuivent sont des plus furieux.
13-14 février: Les forces du Commonwealth profitent de l'absence des Japonais pour franchir l'Irrawady en pleine nuit, durant sept heures de travail intense.
21 février: Des éléments du
IVth Army Corps foncent sur Meiktila, défendue ardemment par 3 300 hommes du général Kasuya.
En conséquence, Mandalay et Meiktila étant deux positions clés du dispositif japonais soudainement menacées de tomber aux mains des Anglo-indiens, le général Kimura qui a remplacé Kawabe risque alors d'être anéanti.
25 février: L'aéroport de campagne de Thabutkun est pris; ce qui permet d'acheminer la
99th Brigade.
3 mars: Meitkila tombe enfin. Mais le général Honda, commandant de la XXXIIIe Armée Japonaise rassemble les restes de quatre divisions pour tenter de reprendre la ville. Les assauts sont come à l'accoutumée, repoussés à l'issue de combats d'une violence inouïe.
7 mars: Prise de Lashio, point vital de la route Bangkok-Rangoon.
15 mars: Mandalay, les Anglo-indiens lancent une puissante attaque sur
Mandalay Hill et
Fort Dufferin, deux des piliers de la défense. Les bombardements accompagnent les combats violents.
20 mars: Le reste de la garnison japonaise de Mandalay se rend.
29 mars: Le
IVth Army Corpsest définitivement maître du champ de bataille de Meiktila.
Avril: Opération
"Dracula". Slim décide d'envoyer des parachutistes sur Rangoon.
Les
2nd et
3rd Gurkhas Battalions sautent à proximité de la capitale abandonnée par les japonais et tenue par les milices communistes.
22 avril: Chute de Toungoo.
2 mai: La
26th Indian Division de Lomax débarque à Rangoon et rejoint les Gurkhas.
3 mai: Chute de Prome.
6 mai: Le
IVth Army Corps arrive au nord de Rangoon.
Eté 1945: La fin de la campagne s'achève pour la
XIVth Army par le "nettoyage" des poches de résistance japonaises, notamment dans le Shan. Le reste des forces japonaises tente de passer la frontière thaïlandaise.
Slim et Mountbatten mettent en place alors l'opération
"Zipper" afin de libérer la Malaisie et Singapour. Mais la capitulation japonaise mes fin au projet. Les deux anciennes colonies sont réoccupées fin septembre.
La campagne de Birmanie est le dernier combat de l'Armée des Indes, rebaptisée pour la circonstace
XIVth Army. Les sucès enregistrés en 1944 et 1945 sont à mettre en grande partie sur le compte du général Slim, qui a su tirer la leçon des désatres de 1942 et des échecs en Arakan de 1943. Slim a mis à contribution le temps pendant lequel les japonais n'ont pas déclenché le plan "U-Go", ainsi que de "ballon d'oxygène" fourni par les
Chindits, pour entraîner et préparer ses troupes au combat de jungle. Combat, qui s'exécute dans des milieux cloisonnés et étouffants et donc, dans des conditions extrêmement difficiles, où la ruse et l'art du camouflage sont des atouts majeurs.
Avec le chute de la Birmanie, les Japonais perdent le contrôle de nombreuses ressources. Ce front, bien que considéré par beaucoup (les Etats-Unis en premiers) comme secondaire était pourtant une carte maîtresse pour Tokyo.
Quant au général William J. Slim, il sera nommé commandant des forces terrestres alliées en Asie du Sud Est dans l'immédiat de la fin de la guerre. En 1948, il dirige le collège de défense de l'Empire puis le Grand Etat-Major. L'année suivante, il est élevé à la dignité de
Fieldmarschall. En 1953, il devient gouverneur général de l'Australie. Il sera longtemps considéré comme le meilleur stratège et tacticien de l'Armée Britannique, bien que sa figure est quelque peu occulté par Montgomery en Europe.
Cette réponse a été presque entièrement élaborée à travers l'article de Raphaël Schneider et Vincent Bernard "Birmanie, le front oublié" du neuvième exemplaire du magazine bimensuel
Ligne de Front. Quelques précisions sont tirée du n° 57 d'
Elite Series (GB),"Royal Marines 1939-1993", de Nick Van der Bijl et de Paul Hannon. Enfin quelques citations sont tirés du film de J-L. Guillaud, H. de Turenne et D. Costelle,
"La Bataille du Pacifique 2. La reconquête." (1967)