Voici ce que j'ai pu trouver sur ce front de la Seconde Guerre mondiale, sans doute trop méconnu chez nous.
OPERATIONS MILITAIRES
La guerre de mouvement -
Opérations en Chine du NordL"Incident de Lukouch'iao" du
7 juillet 1937, simple échange de coups de feu entre la garnison de la petite ville murée de Wamp'ing et une compagnie japonaise, fut suivi d'une négociation de trois semaines. Le gouvernement chinois, mesurant son impréparation, voulait épuiser toutes les chances de paix. Le gouvernement japonais fut pris de court par l'initiative de ses militaires, souhaitait se définir une politique chinoise. Quand au commandement japonais en Chine du Nord, il avait besoin d'un délai pour renforcer ses effectifs qui ne dépassaient pas initialement une brigade.
Pour défendre la région Pékin-Tientsin, le général
Sung Che-yuan, président du Conseil Politique Hopei-Chahar, ne disposait que de sa
XXIXe Armée (37e, 38e et 132e divisions).
Le
26 juillet, les Japonais ayant porté leurs effectifs à 1 division et 3 brigades mixtes exigent que la XXIXe Armée évacue Pékin et lance une attaque surprise contre la 132e Division, casernée à l'aérodrome de Nanyuan, au sur de Pékin. La 37e Division évacue la vieille capitale sans combattre, dans la
nuit du 28 au 29 juillet et se retire vers le sud. A Tsientsin, la 38e Division se bat courageusement contre la 5e Division Japonaise, avant de faire retraite vers le sud également.
A partire de la région Pékin-Tsientsin, ou s'installe le QG des forces Japonaises de Chine du Nord (lt-gén. Juichi Terauchi), les forces nippones vont entreprendre la conquête de cinq provinces (Hopei, Shansi, Chahar, Suiyuan et Shantung) en poussant le long des grands axes ferroviaires que sont Pékin-Hankow, Tsientsin-Pukow, Pékin-Suiyuan, Chengting-Taiyuan et Tatung-Puchow. La guerre prend ainsi l'allure d'une "guerre des chemins de fer", les routes étant inexistantes ou inutilisables pendant la mousson.
Le
26 août, 2 groupements japonais s'emparent de Nank'ou et de Kalgan, dans le Chahar sud, défendu par
Fu Tso-yi et
T'ang En-po. A la
mi-septembre, les Japonais prennent Tat'ung puis franchissent les passes du nord du Shansi et menacent la capitale de cette province, T'ai-yuanfu, défendue par son gouverneur Yen Hsi-shan, commandant de la IIe Zone de guerre qui dispose d'une quinzaine d'armées (environ 25 divisions et 15 brigades indépendantes). Une bataille a lieu à P'inghsingkuan, où la 5e Division Japonaise perd 1 brigade surprise par la 115e division communiste de Lin Piao. Une autre brigade est perdue à Yuanp'ing vers le
13 octobre. T'aiyuan tombe finalement de
8 novembre aux mains des Japonais, qui, à la fin de l'année atteignent le coude du fleuve jaune à l'extrémité du Tungpu.
Sur l'axe du Kinhan (Pékin-Hankow),
l'Armée Japonaise de Chine du Nord (4 divisions et 1 brigade mixte) refoule sans peine une vingtaine de divisions chinoises relevant de la Ire Zone de Guerre (Ch'eng Ch'ien). Les Japonais prennent Paoting, de Chengtingfu et parviennent jusqu'à Anyang, dans le nord du Honan, à peu de distance du fleuve jaune, le
4 novembre.
Plus à l'Est, le long du Tsipu (Tsientsin-Pukow), les armées chinoises de la
VIe Zone de Guerre (environ 15 divisions) résistent à Tehsien mais sont débordées par 3 divisions nippones qui viennent border le fleuve jaune à Tsinan, la capitale du Shantung.
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Bataille de Shanghai et chute de NankinLe
9 août 1937, le lieutenant Oyama et le matelot Saito de la Marine Impériale étaient tués dans des conditions obscures par des soldats chinois à l'entrée de l'aérodrome de de Hungjiao, près de Shanghai. Cet incident, probablement voulu du côté japonais, allait déclencher une gigantesque bataille frontale de trois mois.
D'importants moyens vont y être affectés de part et d'autre. Les Japonais engagent une dizaine de divisions et 2 ou 3 brigades, qui en novembre, constituent une Armée de Chine Centrale aux ordres de Matsui. Les Chinois y jettent leurs meilleures troupes sous le commandement de
Tchang Kaï-chek, assisté du général
Ku-Chu-t'ung (
IIIe Zone de Guerre), au total environ 70 divisions, près de 500 000 hommes articulés en 7 CA et un groupement du fleuve.
N'ayant pu réussir à rejeter les Japonais dans le Huangpu au cours des premiers combats, les Chinois doivent constituer un front de plus en plus large pour faire face aux renforts adverses. De très durs combats se déroulent dans un paysage de rizières et de boue. A partir de la
mi-septembre, les Chinois durement éprouvés par l'artillerie navale et l'aviation nippones, doivent céder pas à pas et reporter leur ligne de défense encore plus à l'ouest. Ligne de défense qui s'aligne sur environ 30 kilomètres entre Liuho, sur le Yang-Tsé et les faubourgs nord-ouest de Shanghai.
Le
5 novembre, 3 divisions japonaises effectuent un débarquement à 50 km au sud-ouest de Shanghai, dans la baie de Hangchow et entamment une progression rapide vers le nord en direction de Nankin, menaçant d'encerclement l'ensemble du front chinois. Il ne reste plus aux Chinois qu'à se replier vers l'Ouest, pressés par les colonnes japonaises qui suivent l'axe de chemin de fer Shanghai-Nankin. C'est en vain qu'ils essaient d'enrayer la progression adverse en dressant des barricades à hauteur de Soochow, puis de Shiang-ying-Wusih et au sud-ouest du lac Taihu. Le 13 décembre, les Japonais s'emparent de Nankin et commettent d'impardonnables massacres de populations civiles, 100 000 personnes selon certaines sources.
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Bataille de Hsüchow (déc. 1937 - mai 1938)Parvenus sur le cours inférieur du fleuve jaune et sur le cours inférieur du Yang-tsé, les armées jaonaises de Chine du Nord et de Chine Centrale tentent de d'effectuer leur jonction autour de Hsüchow, au croisement du Tsimpu et de la grande transversale ferroviaire du Longhai. Elles s'efforceront aussi d'encercler le maximum de forces chinoises de la
Ve Zone de Guerre (
Li Tsung-jen) qui comprend 27 divisions et 3 brigades. Elles consacrent à cette manoeuvre 6 à 7 divisions opérant au nord et au sud.
Le
23 décembre, les troupes japonaises de Chine du Nord franchissent le fleuve jaune à hauteur de Tsinan, dont elles s'emparent le
27 décembre et descendent rapidement vers le sud. Fin janvier, les troupes japonaises de Chine Centrale commencent leur mouvement vers Hsüchow. c'est au nord-est de cette ville que les Chinois vont remporter leur plus grand succès de la guerre. Leur
IIe GA parvient en effet, au
début d'avril, à encercler et détruire la majeure partie de la 10e Division Japonaise et une partie de la 5e qui s'était portée à son aide, près du bourg de Taierhchuang. Li Tsung-jen ne peut cependant exploiter sa victoire, car les Japonais tentent aussitôt, à partir du nord et du sud, une manoeuvre d'encerclement à grande distance dans la région de Kweiteh, à l'ouest de Hsüchow. Le
19 mai, les Chinois doivent abandonner la ville, mais elles parviennent à échapper à leurs adversaires et à reconstituer un nouveau front dans l'ouest et dans le sud du Honan. De crainte de voir les Japonais venus de Hsüchow se réunir avec les forces Japonaises du Honan, les Chinois font rompre les digues du fleuve jaune à l'ouest de Kaifeng, innondant ainsi la vallée du Huai et de ses affluents. En conséquence, les noyades, les épidémies et la famine feront ces centaines de milliers de victimes.
- Bataille de Wuhan (juin-octobre 1938)Contraints de se diriger vers la triple ville de Wuhan par la vallée du Yantsé, les Japonais vont consacrer de 13 à 14 divisions à cette grande opération, qui sera menée dans des conditions climatiques particulièrement difficiles.
Côté Chinois, la défense est confiée au général Li Tsung-jen, commandant de la Ve Zone de Guerre et au général
Ch'en Cheng, personnage intègre et droit (fait très rare au sein des nationalistes), intelligent et très bon tacticien, qui prend la commandement de la
IXe Zone de Guerre nouvellement créée. L'un et l'autre disposant d'une soixantaine de divisions.
L'offensive japonaise se développe simultanément sur deux axes principaux : au nord du yangtsé - Hofei-Hsingyang - (IIe Armée Japonaise soit 4 divisions) et sur un axe Kiukiang-Yuehyang (XIe Armée Japonaise soit 5 divisions). Au centre, sur le fleuve lui-même, la flotte japonaise détruit plusieurs barrages dont celui de Matang et appuie une série de petits débarquements. Les troupes chinoises de la Ve Zone de Guerre perdent Hsingyang le
12 octobre et doivent se replier au-delà de la rivière Han. Celles de la IXe Zone de Guerre s'efforcent de tenir une ligne Changsha-Nanchang les capitales du Hunan et du Kinagsi. Le
25 octobre 1938, les soldats chinois doivent abandonner Wuhan et le gouvernement nationaliste du Kuomintang doit s'abriter à Chungking.
D'autre part, les japonais qui s'étaient emparés du port d'Amoy le
12 mai 1938, souhaitent s'emparer de Canton afin de couper la voie de ravitaillement extérieur. La XXIe Armée Japonaise du Général Mikio (3 divisions), appuyée par des moyens aériens et navals conséquents débarquent le
12 octobre dans le voisinage de Bias Bay, à l'est de Hongkong. Les forces de la IVe Zone de Guerre (XIIe GA du général Yu-Han-mou) n'opposent qu'une médiocre résistance et Canton tombe le
25 octobre.
(Suite)
Source : J. Guillermaz dans P. Masson,
Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale, T 1, Larousse, 1980