Bonjour !
Une toute petite réflexion sur l'histoire telle qu'on la travaille, question que je reprendrai, je l'espère, sous peu.
Je dois reconnaître que j'ai été un peu surprise lorsque j'ai vu que
Laurent "Pink Panther" disait de
Sir Basil Liddell Hart et
Nicolas Werth "historiens-journalistes" en citant deux très intéressants passages de chacun de ces auteurs. J'ignore la raison du qualificatif "journaliste" qui peut, mais pas forcément, être compris comme dépréciatif. C'est en tout cas ainsi que l'a compris
Daniel, qui a transformé un qualificatif curieux en critère d'appréciation négative.
Cela pose, finalement, le problème du travail d'historien. Je ne le suis pas, mais mes études me poussent tout de même dans ce sens. Il est difficile d'apprécier pour une étudiante, mais c'est vrai aussi de lecteurs plus informés, la valeur d'un ouvrage historique, en particulier en dehors de sa spécialité. Pour cela, on doit faire appel à des critères parfois incertains : comptes rendus, appréciations par des professeurs, etc. Les titres, qu'il ne faut pas fétichiser, peuvent être aussi pris en compte.
Quand un auteur a une position sociale, en particulier professionnelle, il faut distinguer aussi deux choses : les faits qu'il cite et ses propres jugements. Si les jugements peuvent et doivent être critiqués, à condition (c'est fondamental) d'avoir les connaissances voulues, on peut considérer que les faits qu'il mentionnera seront exacts. C'est un critère rapide, mais généralement bon, parce qu'un fait inexact sera assez généralement révélé par les recherches. Et, de toutes manières, avant de rejeter un fait, il faut établir impérativement qu'il est faux.
Tout cela est un peu abstrait, n'est-ce pas ? Donc, voyons plus concret.
Sir Basil Henry Liddell Hart est sans doute le plus grand historien militaire du XXe siècle. On le rencontre, si j'ose dire, dans de nombreux compartiments de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, depuis les méthodes modernes d'utilisation des chars, dont il fut un théoricien (lu par
Guderian), jusqu'à son épaisse
Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, en passant par son édition des
Rommel Papers.
Nicolas Werth, agrégé, est un chercheur français spécialiste de l'histoire de l'URSS, plus particulièrement de la période stalinienne, auteur d'une excellente
Histoire de l'Union soviétique aux éditions des PUF (prendre l'édition la plus récente, de 1999, parue simultanément avec une sorte de "condensé" en deux volumes dans la petite collection
Que sais-je ?). Et je ne parle pas de ses très stimulants articles parus dans la revue de l'
Institut d'histoire du temps présent,
Vingtième siècle.
Je n'ai donc pas besoin de plus en dire sur ma surprise dont je parlais au début de ce message.
J'ai l'impression (ils diront si je me trompe) que ni
Laurent ni
Daniel ne connaissent très bien ces auteurs. Il n'y a pas lieu de les en blâmer. Malgré leur âge un peu avancé, gage de connaissances accumulées au cours des années, voire des décennies, ils ne peuvent pas tout savoir et le hasard joue son rôle : si je connais
Sir Basil, c'est simplement qu'il est généralement au programme des établissements d'enseignement militaire et qu'il était donc largement présent dans la (très vaste) bibliographie que nos professeurs nous avaient donnée à lire. Et je m'intéresse, naturellement, à la Russie et donc à l'URSS, ce qui fait que je connais évidemment
Nicolas Werth.
Pour terminer sur leurs titres et qualifications, on peut remarquer sans méchanceté, qu'ils en ont, en fait, plus que
Frédéric Fortin, historien non professionnel sans doute estimable, mais, a priori, d'un rang inférieur et qui, je pense, ne peut pas exciper de sa connaissance spécifique de la Pologne (une traduction malheureuse, au début, de
Armia Krajowa par
Armée secrète le montre).
Voyons maintenant ce que
Liddell Hart et
Nicolas Werth disent. Les deux passages sont courts et je n'ai pas la fatuité de m'exprimer sur un sujet que je ne connais pas. Mais je remarque que l'un et l'autre citent des faits. Avant d'écarter des faits signalés par de telles pointures, il faut y regarder de plus près, car le risque serait grand de construire une histoire non conforme à la vérité par non prise en compte de faits établis. Les faits sont, avant toute spéculation, la chair de l'Histoire. Ne pouvant en dire plus, faute de connaissances, j'attends que les plus savants que moi nous parlent de ces faits, soit en les contestant, soit en les intégrant dans leur analyse. J'aurai alors eu un petit rôle en les stimulant dans ce sens qui enrichira leurs contributions, pour le bien de tous.
A propos de
Armia Krajowa : Il ne s'agit pas de
Armée secrète, mais de
Armée de l'intérieur. Littéralement, c'est
Armée du pays. Kraj veut dire
pays en polonais (c'est facile : c'est comme en serbe en russe).
De l'intérieur me semble une bonne traduction, car évoque les
Forces françaises de l'intérieur (FFI). On peut faire la comparaison avec la Yougoslavie, où les troupes de
Draža Mihailović étaient officiellement, en serbe, la
Jugoslovenska vojska u otadžbini (
Armée yougoslave dans la patrie).
A bientôt.
Snežana Pesah