roger15 Major


Age : 58 Inscrit le : 04 Mai 2008 Messages : 121 Localisation : Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal)
| Sujet: Un brave jeune soldat SS bien sympathique. Mar 06 Mai 2008, 9:33 pm | |
| Un brave jeune soldat SS bien sympathique…
Bonjour à toutes, et bonjour à tous,
A propos des soldats allemands portant l'uniforme des SS, je voudrais vous dire qu'il ne faut pas trop vite les juger, il faudrait avant cela connaître l'histoire de chacun d'eux avant qu'il ait revêtu le sinistre uniforme des SS…
Dans la commune où je vis depuis ma retraite (la commune où mon épouse a vécu toute sa jeunesse, et où tous ses ancêtres maternels sont nés), Maurs-la-Jolie, au Sud-Ouest du Cantal, il y a une date gravée d'une manière indélébile dans la mémoire collective de la population : celle du vendredi 12 mai 1944, où la tristement célèbre division SS "Das Reich" a fait une "rafle" sur la cité.
Ma belle-mère, Justine Bos, avait 39 ans à l'époque, et avait été très traumatisée par cette rafle des SS. Elle l'évoquait souvent à sa fille unique, et celle-ci m'a demandé de taper au traitement de textes ses souvenirs afin qu'ils soient publiés, avec 27 autres dans un recueil publié par la mairie de Maurs à l'occasion du 60ème anniversaire de cette rafle, le 13 mai 2004, en présence de monsieur le Préfet du Cantal. Ce recueil porte le titre suivant : "De mémoire de Maursois, 12 mai 1944 "La Rafle", 60 ans déjà, afin que le souvenir demeure…".
Parmi tous les 28 témoignages, il y a celui de Madame Denise Dedenis, qui m'avait particulièrement touché. Je vous le reproduis intégralment :
« Ceci est l'histoire authentique que j'aie vécue ce 12 mai 1944, jour de la rafle à Maurs. J'habitais Biars-sur-Cère [département du Lot] à l'époque. Mon mari était employé à la SNCF, j'avais trois enfants et j'étais venue voir mes parents qui, eux, habitaient Maurs (avenue de la gare). Mon père était facteur en retraite, il s'oubliait souvent au bistrot où il ne cessait de vitupérer sur ces "sales Boches", ma mère le mettait en garde car la Milice et la Gestapo étaient partout et il risquait de se faire ramasser.
Donc, ce matin du 12 mai 1944, de violents coups ont ébranlé la porte. Je suis sortie à la fenêtre : quatre Allemands se tenaient en bas. Me prenant pour une jeune fille ils m'ont demandé où était mon père ? Ce dernier, pensant qu'on venait l'arrêter, les a suivi sans prendre ni veste, ni papiers. Mon mari est sorti, les a suivis, mais avec sa carte de la SNCF où trônait un timbre avec la photo d'Hitler, je ne pensais pas qu'il serait inquiété. Je suis descendue voir ce qui se passait. Madame Clot, mère d'Henri Clot, qui arrivait d'en ville me dit de porter au plus vite les papiers à mon père car les Allemands venaient de déclarer que les personnes ne possédant pas de papiers, donc suspectes, seraient fusillées ou déportées.
Madame Delpon, qui habitait en face de chez mes parents, se trouvait dehors avec sa fille Juliette, cette dernière me dit « Attends-moi, je viens avec toi ». Nous voilà donc parties place de l'église où Madame Clot m'avait dit que les hommes étaient "parqués". Là, plus personne… Je demande à l'épicerie Canet où ? On me dit qu'ils étaient partis route de Bagnac [actuelle rue du 12 mai 1944]. Je file donc, toujours escortée de Juliette. Arrivées après l'embranchement de la route de la gare, à gauche et la ferme Momboisse à droite, la route était barrée. Un officier allemand avec sa mitraillette faisait reculer Madame Canet-Durand qui, certainement, voulait récupérer son mari et qui pleurait à chaudes larmes. Cela avait l'air d'exaspérer l'officier SS. Prenant mon courage à deux mains, je m'avance vers lui accusant les Allemands d'avoir emmené mon père sans lui donner le temps de prendre sa veste et ses papiers. Il m'a toisée des pieds et de la tête puis a regardé les papiers que je lui avais fourré dans les mains. Il a fait signe à un soldat SS de me suivre. Je n'avais pas fait dix pas que ce dernier se tourne vers moi et me demande, dans un français parfait, si les Allemands avaient été corrects avec moi ? Toute ébahie, je lui demande si lui n'était pas allemand ? : « non », me répondit-il « je suis Alsacien, j'ai seize ans, ils m'ont enrôlé de force, sinon, c'était mon père qui partait. »
Ce dernier avait une ferme avec des enfants en bas âge. Toujours méfiante, je lui ai demandé où la division comptait se rendre en partant de Maurs ? « Demain, nous serons à Bretenoux/Biars ». Mon sang n'a fait qu'un tour. Là était en effet rassemblé le plus grand noyau de la Résistance du Lot. Il fallait absolument que je me sorte de ce guêpier le plus rapidement possible et que j'aille prévenir le Maquis de Biars dont nous faisions partie. Confidence pour confidence, j'ai dit à ce jeune Alsacien que j'avais trois enfants dont une petite fille et qu'il me tardait de récupérer mon père et de rentrer chez moi. Il m'a recommandé de n'avoir pas peur des Allemands, c'était le meilleur moyen de les intimider, ce qui était vrai.
Arrivé au petit ruisseau, en face du garage Coste actuellement, je vois un médecin juif que je connaissais, il portait deux seaux d'eau. Il a tombé ses lunettes, j'ai fait un geste pour les lui ramasser mais le jeune Alsacien m'a vivement tirée en arrière. J'ai aperçu Marius Aymar, lui aussi traînait des seaux d'eau. Nous voici arrivés au pré où étaient "parqués" les hommes. Là, il y avait un officier allemand avec monsieur Raymond Puech qui était alors maire de Maurs (il avait pris soin de mettre sur sa veste ses décorations de la guerre 1914-1918 pour impressionner les Allemands). Je suis allé vers eux en disant à l'officier allemand ce que je venais faire. Monsieur Puech a expliqué que mon père était âgé, qu'il avait eu un accident et marchait difficilement avec une canne. L'officier SS a donné l'autorisation pour relâcher mon père, mais Juliette et moi devions aller éplucher des pommes de terre. Je parle à l'officier de ma fille à nourrir et le jeune Alsacien a pris ma défense, en allemand, avec un air autoritaire que je ne soupçonnais pas… Juliette Delpon est donc partie seule éplucher les patates.
J'ai poussé un "ouf" de soulagement. Ayant fait une vingtaine de mètres, un groupe de femmes escortées par des soldats allemands nous croise. L'officier qui les accompagnait me fait signe de faire demi-tour et de le suivre. Mon défenseur alsacien a pris la parole en allemand, je n'ai pas compris ce qu'il lui a dit, mais cela a porté puisqu'il m'a laissée partir. C'est là que trois jeunes filles qui se trouvaient dans le groupe m'ont suppliée, en pleurant, d'aller rassurer leurs parents qui étaient à la place du Champ de Foire, dans des roulottes. Me revoilà donc devant la barrière. Le jeune Alsacien me quitte, je l'avais préalablement remercié pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Il m'avait répondu : « Ce n'est rien, je porte peut-être l'uniforme des SS, mais au fond de moi je reste un Alsacien, donc un Français !… ». Mon père se dirige vers la gare de Maurs, et me voilà partie vers la place du Champ de Foire. Je m'aperçois que je suis suivie par deux soldats allemands !… J'ai beau frapper à la porte de toutes les roulottes, personne ne m'a répondu ; il est vrai qu'avec mon "escorte" ce n'était pas étonnant !… Alors, je me suis mise à hurler que les Allemands avaient emmené leurs trois filles, mais qu'ils les relâcheraient à midi. J'ai vu bouger les rideaux, le message était passé.
Je suis repartie et là mes deux "cerbères" m'ont enfin lâchée. J'arrive chez ma mère et je lui explique que je dois partir très vite attraper un train pour prévenir le Maquis de Biars-sur-Cère. A la gare de Maurs il y avait un train de marchandises avec un wagon de soldats allemands. Je me suis faufilée discrètement derrière le dernier wagon où il y avait une échelle en fer. Je me suis trouvée dans les airs à la pointe d'une vigie. A Viescamp-sous-Jallès j'ai pu descendre du train et en prendre un deuxième pour Bretenoux/Biars-sur-Cère et prévenir le Maquis. Malheureusement Bretenoux a fait les frais de cette terrible division SS "Das Reich". De jeunes héros avaient reçu l'ordre de retarder le plus possible cette division SS. Nous ne les connaissions pas, ils ont tous payé de leur vie, et c'étaient des gosses âgés de vingt ans. »
Voilà, ainsi prend fin le témoignage de Denise Dedenis. Je le trouve très émouvant. Et vous ? J'espère que le jeune Alsacien SS qui l'a aidée a réussi à sen sortir…
Roger le Cantalien. |
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Narduccio Général (Administrateur)

Age : 49 Inscrit le : 05 Oct 2006 Messages : 1735 Localisation : Alsace
| Sujet: Re: Un brave jeune soldat SS bien sympathique. Mar 06 Mai 2008, 10:43 pm | |
| | roger15 a écrit: | | J'espère que le jeune Alsacien SS qui l'a aidée a réussi à sen sortir… |
Tu a oublié un mot (enfin 3 pour être précis) : le jeune alsacien engagé de force dans la waffen-SS.
Je viens de lire un livre sur leur mésaventure. Apparemment, chaque fois qu'ils l'ont pu, même au péril de leurs vies, ils ont essayé d'enterprêter les ordres pour pénaliser le moins possible les populations. Malgré cela, certains leurs vouent encore une haine féroce. |
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roger15 Major


Age : 58 Inscrit le : 04 Mai 2008 Messages : 121 Localisation : Maurs-la-Jolie (Sud-Ouest du Cantal)
| Sujet: Re: Un brave jeune soldat SS bien sympathique. Mar 06 Mai 2008, 10:58 pm | |
| | Narduccio a écrit: | | Je viens de lire un livre sur leur mésaventure. Apparemment, chaque fois qu'ils l'ont pu, même au péril de leurs vies, ils ont essayé d'enterprêter les ordres pour pénaliser le moins possible les populations. Malgré cela, certains leurs vouent encore une haine féroce. |
Bonjour Narduccio,
Si certains vouent aujourd'hui encore une haine féroce contre ces pauvres Alsaciens-Mosellans enrôlés de force dans les Waffen SS, c'est que ce ne sont que des pauvres ignorants !…
Roger le Cantalien. |
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Invité Invité
| Sujet: Re: Un brave jeune soldat SS bien sympathique. Mer 07 Mai 2008, 10:07 am | |
| | Le drame des "Malgré-nous", En Belgique, dans les cantons annexés en 1919, des hommes ont aussi été incorporés de force dans la Heer ou la SS. |
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