Mai-Juin 1940: la bataille de France

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Major cowburn le Mer 02 Avr 2014, 10:22 pm

D'après Jean Gisclon,le 20 juin 1940 10 groupes de chasse étaient en AFN,il en restait encore 14 en métropole face aux allemands.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Narduccio le Mer 02 Avr 2014, 11:54 pm

franck7002 a écrit:Je ne dis pas que les français sont plus bêtes que les autres mais qu'en 1940 toutes les nations en sont encore à de l'expérimentation dans le domaine de la lutte air-mer, c'est un peu différent  beret 

En 1940 et même plus tard, le bombardement en vol horizontal se révèle peu efficace pour toutes les nations ( voir par exemple les raids aériens italiens contre la flotte britannique ou les bombardements de B17 à Midway )

Ce qui est efficace ( et de façon limité ), c'est le bombardement en piqué mais il est pratiqué en 1940 par les seuls allemands de façon un peu extensive et le torpillage que les britanniques emploient de façon importante dès Tarente

Qu'en est-il des capacités françaises dans ces domaines en 1940 ? ( et seulement en 1940 ) je pose simplement la question.

Par ailleurs, je fais aussi la remarque que le rayon d'action réel des avions en mission de combat n'est souvent qu'une fraction ( un tiers ? ) du rayon d'action le plus souvent publié

Enfin la neutralisation de Tripoli ( ce que les britanniques n'arriveront jamais à faire par ailleurs ) n'aurait pas été suffisante en 1940 pour couper logistiquement la Libye de l'Italie, il eu fallu aussi neutraliser Benghazi et Tobrouk
Les principaux ports italiens ( Naples et Tarente ) sont hors de portée

Ajoutons que de toute façon et à cause des chaleurs de l'été, aucun campagne importante n'est possible avant septembre en Libye

Comme vous le rappelez, Tarente ne fut pas hors de portée pour les anglais. C'est le revirement du Commandant en chef de la Marine française qui signe l'abandon par Noguès des velléités de résistance. Si Darlan s'était rangé du coté de Noguès, la Royale, avec la Royal Navy, plus les aviations des 2 pays avaient de quoi interdire aux italiens une grande partie de la Méditerranée. Déjà qu'en 1940 les italiens n'ont pas été capables de protéger Gênes et Tarente.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  franck7002 le Jeu 03 Avr 2014, 11:34 pm

Oui pour Tarente mais les britanniques ont 2 choses que nous n'avons pas : des portes avions réellement opérationnels ( je ne considère pas la Béarn comme opérationnel pour ce type de missions mais je peux me tromper ) et une aéronavale dotée d'avions torpilleurs ( et de bombardiers en piqué mais c'est plus anecdotique ici )


Sur le deuxième point ( l'interdiction de la Méditerranée ), il est exact que la situation italienne aurait été plus difficile  qu'historiquement face à 2 adversaires mais 3 points doivent quand même être soulignés :


a ) Il n'y a plus dès la fin du XIXiè siècle de blocus rapproché des ports ennemis permettant un blocus quais-étanche des ports ennemis comme lors des guerres napoléoniennes :
- la norme depuis la généralisation de l'attaque à la torpille est devenue le blocus éloigné par la flotte principale pendant que les unités légères ( croiseurs, destroyers et torpilleurs, sous-marins ) harcèle et "attritionne" l'ennemi  
- les 2 flottes alliées auraient été séparées par l'ensemble de la Méditerranée face à un adversaire en position centrale
- le principal apport aurait été constitué par la flotte sous-marine et les unités légères aptes à l'interdiction des liaisons maritimes entre l'Italie et la Libye alors que les grosses unités auraient été conservées à l'ouest du Cap Bon ( cf le colloque tenu dans les années 80 et édité sous le titre "du dreadnought au nucléaire" )


b ) l'interdiction pour être efficace doit être conjuguée à des opérations terrestres obligeant l'adversaire à épuiser ses stocks hors l'armée de terre manque de grandes unités opérationnelles en Tunisie face aux troupes italiennes de Tripolitaine


c  ) le maintien de l'engagement français aurait eu comme corolaire un engagement moindre de la Grande Bretagne et notamment pas de force H à Gibraltar ( même si l'arrivée de la classe Littorio aurait probablement obligé à renforcer la flotte française en Méditerranée occidentale )




De façon plus générale ( mais un peu HS dans ce sujet ), même en cas d'hypothèse favorable ( capture de la Libye dans la deuxième moitié de 1940 ), il y aurait eu des conséquences négatives à la cause alliée en particulier une mise sous tutelle plus précoce qu'historiquement de l'Italie en tant qu'acteur indépendant ce qui aurait probablement évité à l'Italie l'aventure grecque

L'économie des campagnes africaine et balkanique aurait été très profitable à l'Allemagne dans ses campagnes décisives contre l'URSS ( Barbarossa et Blau ) lui permettant notamment d'engager 4 divisions blindées supplémentaires en juin 1941 ( 2iè, 5iè, 15iè, 21iè ), l'équivalent d'un corps aérien etc etc
Ces moyens supplémentaires auraient d'ailleurs ouvert des possibilités opératives supérieures ( en particulier le maintien du plan initial prévoyant un double enveloppement en Ukraine ) qui au final ( et de façon paradoxale puisqu'on parle au départ de défaites italiennes ) auraient augmenté les chances de victoire décisive face à l'URSS en 1941 et 1942.
En tout cas, c'est mon analyse de l'influence du théâtre méditerranéen sur la conflit global : ce théâtre a surtout servi à drainer dès 1941 une partie des moyens allemans

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Narduccio le Jeu 03 Avr 2014, 11:58 pm

franck7002 a écrit:
En tout cas, c'est mon analyse de l'influence du théâtre méditerranéen sur la conflit global : ce théâtre a surtout servi à drainer dès 1941 une partie des moyens allemands

Une très petite partie. Avant le débarquement des Américains, il y a combien d'hommes ?

Les anglais auraient dépensé moins d'énergie à sauver Malte et cette énergie se serait retournée contre l'Italie. En 41, le théâtre de Libye est pour les Anglais la seule manière de montrer qu'ils sont en guerre. S'ils se lancent dans le bombardement stratégique, c'est aussi parce que c'est la seule manière de toucher des allemands et de ne pas trop entendre les russes se plaindre qu'ils sont les seuls a faire la guerre aux allemands.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  franck7002 le Ven 04 Avr 2014, 12:12 am

Avant novembre 1942, il y a peu d'hommes en Afrique même mais ce sont des troupes mobiles de qualité ( un corps d'armée entier et un corps aérien ) et il y a surtout les effectifs déployés pour les campagnes Marita-Merkur et l'invasion de la Yougoslavie qui sont pris sur les effectifs de Barbarossa
Une partie de ses troupes rejoindra le front en juin 1941 mais une autre devra d'abord être réhabilitée en Allemagne et notamment 2 divisions blindées : c'est globalement l'effectif d'une armée avec 2 corps blindés et 1 corps aérien qui manque en juin 1941
Ca fait parti des raisons qui amènent Hitler à annuler le double enveloppement ( via la Galicie et la Roumanie ) prévu des forces soviétiques en Ukraine ( au profit d'un simple débordement parti de Galicie ) ce qui est ( à mon sens ) la décision opérative la plus importante de 1941

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Narduccio le Ven 04 Avr 2014, 12:30 am

franck7002 a écrit:il y a surtout les effectifs déployés pour les campagnes Marita-Merkur et l'invasion de la Yougoslavie qui sont pris sur les effectifs de Barbarossa

Sur un autre forum, je connais un capitaine de l'armée passionné d'histoire et qui s'est très bien renseigné sur cet épisode. Les troupes utilisées pour Marita-Merkur ne sont pas prises sur le dispositif de Barbarossa. Passion-Histoire

CNE 503 a écrit:Pour résumer les messages :
- le déclenchement de "Barbarossa" n'a jamais été prévu le 15 mai 1941. La directive n°21 du 18 décembre 1940 qui fait passer l'opération d'une planification initiale "à froid" à une montée en puissance des moyens effective indique juste que les "préparatifs les plus lourds" doivent être achevés pour le 15 mai 1941. Il est donc évident que son déclenchement, dès le début, doit être postérieur d’à minima une à deux semaines à cette date (difficile d'être plus précis tant que l'on ne sait pas ce qui se cache derrière les "préparatifs les plus lourds").
- les unités affectées à "Marita" puis à "Merkür" n'appartiennent pas à l'échelon attribué à "Barbarossa". L'invasion de la Grèce ne mobilise donc aucune force prélevée sur "Barbarossa". A contrario, "25", l'invasion de la Yougoslavie, est tellement soudaine qu'elle nécessite de ponctionner des forces sur le dispositif de "Barbarossa". Cette ponction est cependant tellement réduite (de 6 à 8% des grandes unités) qu'elle ne remet pas en cause son déclenchement et en tout cas ne le retarde pas. Surtout, une bonne partie de ces unités sont affectées à la Heeresgruppe "Süd", et particulièrement à l'échelon allemand de l'opération "München" qui n'est déclenchée que le 2 juillet 1941. Elles ont donc près de deux mois de délais entre la fin de leur implication dans "25" et leur entrée en ligne offensive dans le cadre de l'invasion de l'URSS.
- les pertes subies sont tellement modérées qu'elles n'ont qu'un impact insignifiant sur la puissance des unités impliquées. Au contraire, ces divisions engagées dans les Balkans constitueront une réserve stratégique précieuse à l'été et à l'automne 1941 (je pense en particulier aux 2. et 5. Panzer Divisionen, engagées à partir de septembre 1941 et qui permettent de relancer l'offensive sur Moscou).
- le facteur le plus déterminant pour ne pas déclencher une offensive de grand style en mai, c'est qu'à cette époque de l'année, le réseau hydrographique d'Europe orientale est en crue, ce qui est très handicapant pour une armée mécanisée qui cherche à progresser à toute allure.
- dernier point : il est évident qu'Hitler cherche à mettre le Royaume-Uni hors-jeu avant de s'attaquer à l'URSS. Or, une bonne partie des actions entreprises pour obtenir cette grande victoire politique ont lieu dans la seconde quinzaine de mai 1941 : "Blitz" sur Londres le 10 mai et sur Birmingham (dernier bombardement de la campagne) le 21 mai 1941 ; suppression des forces britanniques de Crète à compter du 20 mai 1941, "Rheinübung" déclenché le 18 mai 1941. Cela milite pour un déclenchement au plus tôt de "Barbarossa" début juin 1941.

CNE503

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  petitsuisse le Sam 21 Juin 2014, 5:09 pm

Je lis dans ce forum et on dirait que les allemands n avaient aucun merite dans leurs victoires . que ce soit la campagne de france en 40 (qui n est pas l histoire de la debandade francaise mais le choix de la defaite (a dunkerque les troupes alliés n ont pas fui jusqu a se jeter a la mer avant d etre secouru (de facon un peu pitoyable  tandis qu adolf hitler avait demandé a ses armées de ne pas les attaquer (bon il a quand meme envoyer la lufftwaffe) pour apparement pour eviter a la bef une capitulation en rase campagne ,masi plutot une retraite strategique heroique( un demi million de soldats amassé dans une plage...tres mauvaise strategie ou alors  ce n en est pas une) qui a permis de sauver quelque 300 000 d alliés des griffes des allemands assoiffés de sang...Une campagne ou l en perd 2millions de soldats  et ou le pays est colonisé tandis que l ennemis ne perd que quelques dizaine de milliers de soldats est une campgne destrastreuse. a vous entendre c est presque une reussite ( etant donner que le projet etai de perdre...)c est un peu risible.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Narduccio le Jeu 30 Oct 2014, 12:00 am

Un livre sort en ce moment et il éclaire cette époque d'une drôle de manière :
BibliObs : Actualité > Bibliobs > Essais > "Le destin de la France, en juin 1940, s'est joué à l'humeur d'une femme" "Le destin de la France, en juin 1940, s'est joué à l'humeur d'une femme"

BibliObs a écrit:

Pendant que Pétain courait les bordels, la maîtresse de Paul Reynaud aurait livré la France à l'Allemagne... C'est la thèse d'Hervé Bentégeat dans un essai étonnant. Entretien.

Si Pétain était mort en 1936, il serait parti en héros. Las ! L’histoire en a voulu autrement. Outre son rôle dans la Collaboration, Pétain fut aussi l’homme de l’hypocrisie: il prit systématiquement le contrepied de la devise de l’Etat Français, «Travail, Famille, Patrie».
On découvre, dans «Et surtout, pas un mot à la Maréchale» de Hervé Bentégeat, la vie intime du maréchal: coureur de bordels, rétif au mariage, séducteur même dans son grand âge. D’une plume alerte, se basant sur une documentation irréprochable, l’auteur, chemin faisant, nous dévoile les coulisses de la politique, et fait une révélation. Tandis que Pétain batifolait, Paul Reynaud, président du Conseil en 1940, se faisait mener par le bout du nez par une hystérique.
La France coule, les Allemands arrivent ? Tout se joue dans l’alcôve. Lecture passionnante: Hervé Bentégeat fait apparaître, dans son livre, une figure qui a joué un rôle décisif aux heures tragiques de l’armistice, Hélène de Portes. Au fond, Pétain et Reynaud, même aux heures les plus noires, pouvaient dire à leurs maîtresses respectives: merci pour ce moment.
BibliObs Toute sa vie, Pétain a été un homme à femmes, jusqu’à ce qu’il devienne, avec la célébrité, qui arrive tardivement, un homme couvert de femmes. Qui est cette Hélène de Portes, à laquelle vous consacrez une part importante de votre livre?
Hervé Bentégeat Hélène de Portes est la maîtresse de Paul Reynaud, qui devient président du Conseil en mars 1940 et va le rester jusqu’à la veille de l’armistice. C’est la fille d’un industriel richissime, qui avait dirigé un groupe de BTP, les Grands Travaux de Marseille. Elle vit avec Reynaud depuis quelques années et se passionne pour la politique, où elle entend bien jouer un rôle. De son côté, Pétain ne la connaît pratiquement pas. Il l’a fait sauter sur ses genoux quand elle était enfant mais ne l’a jamais revue depuis.
Quel rôle a-t-elle joué ? 
Il y a à ce moment-là, au sein du gouvernement et de la classe politique, deux camps qui commencent à se dessiner: ceux qui veulent poursuivre le combat contre l’Allemagne hitlérienne – combat qui s’enlise dans ce qu’on a appelé la «drôle de guerre» -, et ceux qui se disent qu’elle n’a pas de sens et qu’il faudra bien trouver un terrain d’entente avec l’Allemagne, au besoin dans le dos de l’allié anglais. Ce clivage ne recoupe pas, d’ailleurs, celui de la droite et de la gauche: il y a des «durs» et des «mous» dans les deux camps. Hélène de Portes fait clairement partie de ceux qui prônent une alliance à terme avec l’Allemagne. Elle est anglophobe et germanophile.
Mais elle n’a aucun rôle… Ce n’est que la compagne du chef du gouvernement…
Officiellement, non, bien sûr qu’elle n’a aucune rôle, mais dans les faits il est immense. C’est une femme volontaire, impétueuse, volubile, impulsive, toujours en mouvement, qui se mêle de tout. Avant la guerre, elle tenait un salon où l’on côtoyait les ténors de la droite, et elle n’était pas la dernière à donner son avis.
Elle a sur Reynaud une influence considérable. Il l’associe à tout. Elle assiste aux réunions de cabinet. Elle fait et défait les ministres comme les hauts fonctionnaires. Elle les convoque, les rabroue, leur donne des directives.
On a là-dessus mille témoignages : celui du conseiller diplomatique de Reynaud, de son conseiller militaire, de Daladier, le ministre des Affaires étrangères, de Mandel, le ministre de l’Intérieur, du Président du Sénat, de l’envoyé spécial de Churchill, le général Spears, de l’ambassadeur des Etats-Unis… Et même de De Gaulle, qui deviendra sous-secrétaire d’Etat à la Guerre…
Elle pense déjà à Pétain ?
Depuis le début. Il est pour elle l’homme providentiel, celui qui saura mettre fin à ce conflit absurde à ses yeux et remettre le pays sur les rails. Elle harcèle Reynaud pour qu’il le fasse entrer au gouvernement. «Je le verrais bien au ministère de l’Intérieur», dit-elle à qui veut l’entendre.
Et lui, Pétain, où est-il à ce moment-là ?
En Espagne, comme ambassadeur de France auprès de Franco. Il observe la situation de loin, et son pessimisme naturel ne lui souffle rien de bon sur l’issue du conflit. En mai 1940, peu après l’offensive allemande qui bouscule l’armée française et va la mettre à genoux en trois semaines, Reynaud l’appelle en catastrophe au gouvernement, pour redonner le moral au peuple et aux troupes. Son prestige est toujours immense. C’est Hélène de Portes qui l’accueille, dans l’appartement de Reynaud, et lui lance. «Monsieur le Maréchal, empêchez Paul de faire des bêtises !»



« Des bêtises », ce serait continuer la guerre…
Oui, bien sûr. C’est d’ailleurs l’attitude de Reynaud, que l’on considère comme un «dur», qui affirme haut et fort sa volonté de poursuivre le combat. De Gaulle, qu’il fait entrer au gouvernement, a une grande estime pour lui.
Qu’il fait entrer contre l’avis d’Hélène de Portes…
En effet. Elle ne supporte pas ce grand escogriffe va-t-en-guerre ! Et elle fera tout pour le contrer. L’antipathie est d’ailleurs réciproque. «C’est une dinde», dit d’elle de Gaulle. Mais une dinde redoutable, qui va jouer, dans les jours qui précèdent la capitulation, un rôle décisif. Car Paul Reynaud, en fait, n’a rien d’un dur: c’est un hésitant, qui oscille sans cesse entre les partisans de l’armistice et ceux qui veulent poursuivre le combat depuis l’Afrique du Nord.
Avec lui, c’est le dernier qui parle qui a raison. Et la dernière, ce sera Hélène de Portes… L’ambassadeur des Etats-Unis est consterné par l’influence qu’elle exerce sur le chef du gouvernement. Il écrit à Roosevelt: «Ne dites rien de confidentiel à Reynaud au téléphone: la dame est toujours là et répète partout tout ce qu’elle a entendu !»
Mais, encore une fois, elle n’a aucun poids !
Certes. Mais il faut se remettre dans l’ambiance de ces quelques journées. Le gouvernement est en fuite pour Bordeaux, tandis que les armées française et britannique se font écraser partout. Churchill, le Premier ministre anglais, fait sans arrêt la navette entre Londres et Tours pour convaincre le gouvernement français de jeter toutes ses forces dans la bataille. Mais Pétain est déjà convaincu que la France a perdu la guerre et mène un travail de sape pour entraîner avec lui la majorité du gouvernement.
Reynaud est épuisé, et ne sait plus ce qu’il faut faire. Hélène de Portes ne cesse de le harceler. Dans l’après-midi du 16 juin, il tente encore de convaincre son gouvernement de poursuivre la guerre à partir des colonies, d’autant que la Grande-Bretagne, par l’intermédiaire de De Gaulle, vient de proposer à la France une union totale des deux pays. Mais Hélène de Portes ne le lâche pas: au cours de cet ultime conseil des ministres, elle lui fait passer un mot pour lui interdire de livrer la France à l’Angleterre, l’ennemie héréditaire…
Que fait Reynaud alors ?
Il donne sa démission le soir même, et le président de la République nomme Pétain chef du gouvernement.


Si l’on vous suit, le destin de la France s’est joué à rien…
A rien. A l’humeur d’une femme. Tout pouvait basculer de l’autre côté… Les navires pour transporter des armes et des hommes de l’autre côté de la Méditerranée étaient prêts.
Et comment tout cela se termine-t-il ?
Tragiquement. Paul Reynaud et Hélène de Portes ont un accident de voiture à la fin du mois de juin 1940, qui lui sera fatal. En l’apprenant, de Gaulle, déjà réfugié à Londres, s’écrie: «J’espère qu’elle est crevée, la salope !» Elle l’était.
Propos recueillis par François Forestier
Et surtout, pas un mot à la Maréchale ! Pétain et ses femmes,
par Hervé Bentégeat, Albin Michel, 252 pages, 17 €.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Luhkah le Ven 31 Oct 2014, 8:16 pm

Narduccio a écrit:Un livre sort en ce moment et il éclaire cette époque d'une drôle de manière :
BibliObs : Actualité > Bibliobs > Essais > "Le destin de la France, en juin 1940, s'est joué à l'humeur d'une femme" "Le destin de la France, en juin 1940, s'est joué à l'humeur d'une femme"

BibliObs a écrit:

Pendant que Pétain courait les bordels, la maîtresse de Paul Reynaud aurait livré la France à l'Allemagne... C'est la thèse d'Hervé Bentégeat dans un essai étonnant. Entretien.





Si Pétain était mort en 1936, il serait parti en héros. Las ! L’histoire en a voulu autrement. Outre son rôle dans la Collaboration, Pétain fut aussi l’homme de l’hypocrisie: il prit systématiquement le contrepied de la devise de l’Etat Français, «Travail, Famille, Patrie».
On découvre, dans «Et surtout, pas un mot à la Maréchale» de Hervé Bentégeat, la vie intime du maréchal: coureur de bordels, rétif au mariage, séducteur même dans son grand âge. D’une plume alerte, se basant sur une documentation irréprochable, l’auteur, chemin faisant, nous dévoile les coulisses de la politique, et fait une révélation. Tandis que Pétain batifolait, Paul Reynaud, président du Conseil en 1940, se faisait mener par le bout du nez par une hystérique.
La France coule, les Allemands arrivent ? Tout se joue dans l’alcôve. Lecture passionnante: Hervé Bentégeat fait apparaître, dans son livre, une figure qui a joué un rôle décisif aux heures tragiques de l’armistice, Hélène de Portes. Au fond, Pétain et Reynaud, même aux heures les plus noires, pouvaient dire à leurs maîtresses respectives: merci pour ce moment.
BibliObs Toute sa vie, Pétain a été un homme à femmes, jusqu’à ce qu’il devienne, avec la célébrité, qui arrive tardivement, un homme couvert de femmes. Qui est cette Hélène de Portes, à laquelle vous consacrez une part importante de votre livre?
Hervé Bentégeat Hélène de Portes est la maîtresse de Paul Reynaud, qui devient président du Conseil en mars 1940 et va le rester jusqu’à la veille de l’armistice. C’est la fille d’un industriel richissime, qui avait dirigé un groupe de BTP, les Grands Travaux de Marseille. Elle vit avec Reynaud depuis quelques années et se passionne pour la politique, où elle entend bien jouer un rôle. De son côté, Pétain ne la connaît pratiquement pas. Il l’a fait sauter sur ses genoux quand elle était enfant mais ne l’a jamais revue depuis.
Quel rôle a-t-elle joué ? 
Il y a à ce moment-là, au sein du gouvernement et de la classe politique, deux camps qui commencent à se dessiner: ceux qui veulent poursuivre le combat contre l’Allemagne hitlérienne – combat qui s’enlise dans ce qu’on a appelé la «drôle de guerre» -, et ceux qui se disent qu’elle n’a pas de sens et qu’il faudra bien trouver un terrain d’entente avec l’Allemagne, au besoin dans le dos de l’allié anglais. Ce clivage ne recoupe pas, d’ailleurs, celui de la droite et de la gauche: il y a des «durs» et des «mous» dans les deux camps. Hélène de Portes fait clairement partie de ceux qui prônent une alliance à terme avec l’Allemagne. Elle est anglophobe et germanophile.
Mais elle n’a aucun rôle… Ce n’est que la compagne du chef du gouvernement…
Officiellement, non, bien sûr qu’elle n’a aucune rôle, mais dans les faits il est immense. C’est une femme volontaire, impétueuse, volubile, impulsive, toujours en mouvement, qui se mêle de tout. Avant la guerre, elle tenait un salon où l’on côtoyait les ténors de la droite, et elle n’était pas la dernière à donner son avis.
Elle a sur Reynaud une influence considérable. Il l’associe à tout. Elle assiste aux réunions de cabinet. Elle fait et défait les ministres comme les hauts fonctionnaires. Elle les convoque, les rabroue, leur donne des directives.
On a là-dessus mille témoignages : celui du conseiller diplomatique de Reynaud, de son conseiller militaire, de Daladier, le ministre des Affaires étrangères, de Mandel, le ministre de l’Intérieur, du Président du Sénat, de l’envoyé spécial de Churchill, le général Spears, de l’ambassadeur des Etats-Unis… Et même de De Gaulle, qui deviendra sous-secrétaire d’Etat à la Guerre…
Elle pense déjà à Pétain ?
Depuis le début. Il est pour elle l’homme providentiel, celui qui saura mettre fin à ce conflit absurde à ses yeux et remettre le pays sur les rails. Elle harcèle Reynaud pour qu’il le fasse entrer au gouvernement. «Je le verrais bien au ministère de l’Intérieur», dit-elle à qui veut l’entendre.
Et lui, Pétain, où est-il à ce moment-là ?
En Espagne, comme ambassadeur de France auprès de Franco. Il observe la situation de loin, et son pessimisme naturel ne lui souffle rien de bon sur l’issue du conflit. En mai 1940, peu après l’offensive allemande qui bouscule l’armée française et va la mettre à genoux en trois semaines, Reynaud l’appelle en catastrophe au gouvernement, pour redonner le moral au peuple et aux troupes. Son prestige est toujours immense. C’est Hélène de Portes qui l’accueille, dans l’appartement de Reynaud, et lui lance. «Monsieur le Maréchal, empêchez Paul de faire des bêtises !»



« Des bêtises », ce serait continuer la guerre…
Oui, bien sûr. C’est d’ailleurs l’attitude de Reynaud, que l’on considère comme un «dur», qui affirme haut et fort sa volonté de poursuivre le combat. De Gaulle, qu’il fait entrer au gouvernement, a une grande estime pour lui.
Qu’il fait entrer contre l’avis d’Hélène de Portes…
En effet. Elle ne supporte pas ce grand escogriffe va-t-en-guerre ! Et elle fera tout pour le contrer. L’antipathie est d’ailleurs réciproque. «C’est une dinde», dit d’elle de Gaulle. Mais une dinde redoutable, qui va jouer, dans les jours qui précèdent la capitulation, un rôle décisif. Car Paul Reynaud, en fait, n’a rien d’un dur: c’est un hésitant, qui oscille sans cesse entre les partisans de l’armistice et ceux qui veulent poursuivre le combat depuis l’Afrique du Nord.
Avec lui, c’est le dernier qui parle qui a raison. Et la dernière, ce sera Hélène de Portes… L’ambassadeur des Etats-Unis est consterné par l’influence qu’elle exerce sur le chef du gouvernement. Il écrit à Roosevelt: «Ne dites rien de confidentiel à Reynaud au téléphone: la dame est toujours là et répète partout tout ce qu’elle a entendu !»
Mais, encore une fois, elle n’a aucun poids !
Certes. Mais il faut se remettre dans l’ambiance de ces quelques journées. Le gouvernement est en fuite pour Bordeaux, tandis que les armées française et britannique se font écraser partout. Churchill, le Premier ministre anglais, fait sans arrêt la navette entre Londres et Tours pour convaincre le gouvernement français de jeter toutes ses forces dans la bataille. Mais Pétain est déjà convaincu que la France a perdu la guerre et mène un travail de sape pour entraîner avec lui la majorité du gouvernement.
Reynaud est épuisé, et ne sait plus ce qu’il faut faire. Hélène de Portes ne cesse de le harceler. Dans l’après-midi du 16 juin, il tente encore de convaincre son gouvernement de poursuivre la guerre à partir des colonies, d’autant que la Grande-Bretagne, par l’intermédiaire de De Gaulle, vient de proposer à la France une union totale des deux pays. Mais Hélène de Portes ne le lâche pas: au cours de cet ultime conseil des ministres, elle lui fait passer un mot pour lui interdire de livrer la France à l’Angleterre, l’ennemie héréditaire…
Que fait Reynaud alors ?
Il donne sa démission le soir même, et le président de la République nomme Pétain chef du gouvernement.


Si l’on vous suit, le destin de la France s’est joué à rien…
A rien. A l’humeur d’une femme. Tout pouvait basculer de l’autre côté… Les navires pour transporter des armes et des hommes de l’autre côté de la Méditerranée étaient prêts.
Et comment tout cela se termine-t-il ?
Tragiquement. Paul Reynaud et Hélène de Portes ont un accident de voiture à la fin du mois de juin 1940, qui lui sera fatal. En l’apprenant, de Gaulle, déjà réfugié à Londres, s’écrie: «J’espère qu’elle est crevée, la salope !» Elle l’était.
Propos recueillis par François Forestier
Et surtout, pas un mot à la Maréchale ! Pétain et ses femmes,
par Hervé Bentégeat, Albin Michel, 252 pages, 17 €.

Je... suis troublé. géné

Si j'écoutais la voix du mauvais esprit féministe qui somnanbulise en moi, je dirais que cet auteur essaie de mettre la déchéance de Pétain et de la France Vichyste sur le compte sur le compte "des bonnes femmes".

C'est d'autant plus criant qu'on a affaire au rédacteur en chef adjoint du Figaro.

Faute d'en savoir plus, ce sera mon dernier commentaire sur ce sujet.

Edit : Juste quelques fautes de frappes de mon clavier.


Dernière édition par Luhkah le Sam 01 Nov 2014, 4:38 pm, édité 1 fois
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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Narduccio le Sam 01 Nov 2014, 8:24 am

Pour Hélène de Portes, il semblerait que de Gaulle était du même avis ... Mais, il n'est pas un parangon du féminisme.

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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  Luhkah le Sam 01 Nov 2014, 6:08 pm

Pour ce que ça vaut, et histoire d'ajouter de la matière aux propos concernant Hélènes de Portes, Monsieur Depla n'a pas l'air d'abonder dans le sens du livre de Mr. Bentégeat.

http://www.delpla.org/article.php3?id_article=69
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Re: Mai-Juin 1940: la bataille de France

Message  tietie007 le Jeu 02 Juil 2015, 6:26 pm

Penser que la maîtresse de Paul Reynaud dirigeait la France m'a l'air un peu fantaisiste !
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