Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

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Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  eddy marz le Mer 23 Mar 2011, 18:35

Bonsoir à tous;

Un des éléments les plus importants à prendre en compte lorsque l’on considère le rôle joué par la SS et les forces de Polizei en Allemagne nazie, est le fait que ces organismes – « gardiens suprêmes » de la morale, de la loi, et de l’ordre, au sein du IIIe Reich – étaient eux-mêmes situés au-dessus du système juridique Allemand.

Par la nature même de ses tâches, la SS est souvent amenée à transgresser la loi commune ; par conséquent la hiérarchie exige – et finit par obtenir – l’indépendance juridique nécessaire assurant qu’aucun membre de la SS ne puisse être déféré devant un tribunal civil pour crimes commis lors de « l’accomplissement de son devoir ». À partir de la fin 1939, et suite à la création du SS und Polizeigerichtsbarkeit (Juridiction Spéciale de la SS et de la Police), les membres de la SS et des services de Police sont soumis à l’autorité d’une magistrature exclusivement SS pour tous crimes et délits commis tant en Allemagne que dans les territoires occupés. On ne saurait trop souligner l’extrême importance de cette mesure : elle garantit pratiquement du jour au lendemain, non seulement l’immunité totale de l’ensemble de la SS vis à vis du circuit judiciaire et pénal normal, mais l’autorise également à procéder – selon ses propres codes – à des arrestations, des incarcérations arbitraires, des sévices et, au bout du compte, à l’extermination de ses ennemis politiques et raciaux.

Les décrets initiaux du SS und Polizeigerichtsbarkeit continuent d’évoluer et de s’élargir à partir de 1940 jusqu’au 1er septembre 1943, lorsque le Code Pénal & Disciplinaire SS (Disziplinarstraf und Beschwerdeordnung der SSDBO) définitif est mis en place. Ce code est valable pour tous les membres de la SS sans exception. Tous rangs confondus, homme ou femme, Allgemeine-SS ou Waffen-SS, membre à temps plein, membre à temps partiel, ou membre honoraire – tous sont passibles des tribunaux pour infractions à la discipline ou pour crimes quels qu’ils soient, mais uniquement au sein du DBO. Il s’agit, en somme, de soustraire les « affaires internes SS » aux yeux de l’opinion publique. Lorsque les infractions sont de nature militaire, elles sont jugées selon la procédure militaire. Dans le cas d’agissements criminels, la magistrature SS juge les coupables selon la procédure Allemande classique. L’autorité et le pouvoir du DBO s’étendent bientôt à travers toute l’Allemagne et les territoires occupés, et les punitions infligées vont de mesures disciplinaires classiques à l’expulsion pure et simple de la SS. Pour les crimes aggravés, la sentence peut varier d’un emprisonnement en colonie pénale jusqu’à la peine capitale par pendaison, peloton d’exécution, ou décapitation ; l’unique voie de recours – et encore seulement lors de cas particuliers – étant le Führer lui-même…

La plupart du temps, les infractions à la discipline sont traitées directement par les officiers disciplinaires SS compétents, ou par Cour Martiale ; les infractions criminelles, quant à elles, sont du ressort de tribunaux SS spécifiquement formés au cas par cas. Puis, le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, plénipotentiaire en matière de discipline, impose (ou infirme) chaque décision du DBO. Il s’arroge également le droit :

1. D’expulser de la SS n’importe quel officier ou de le rétrograder.
2. D’expulser de la SS n’importe quel membre du n° 1 à 10.000 (la « Vieille Garde »).
3. De prescrire des mesures disciplinaires supplémentaires à celles ordonnées par les tribunaux SS.

Hitler, lui, ne s’intéresse à ces questions que lors d’infractions commises par des individus à partir du grade de Gruppenführer-SS.

Dans le but d’examiner les appels logés contre les mesures disciplinaires, Himmler a le pouvoir de former des tribunaux d’exception (Disziplinarhof) afin d’entendre les cas particuliers ; en cas d’absence, il délègue son autorité au Chef du Hauptamt-SS Gericht. Un officier juridique spécial est également attaché de façon permanente au Persönlicher Stab RfSS afin de seconder Himmler dans l’étude des dossiers. Les tribunaux SS ordinaires tombent sous deux catégories :

1. Le Feldgerichte, ou Cour Martiale normale, administré par les hautes instances de la Waffen-SS.
2. Le SS und Polizei Gerichte, tribunal de SS et de Police établi en Allemagne et dans les territoires occupés.

En 1943, les SS und Polizei Gerichte sont au nombre de 40, installés dans les capitales et grandes villes des territoires occupés. En Allemagne, on en trouve un dans chaque Oberabschnitte-SS. Ces Oberabschnitte, également présents dans les territoires conquis, sont calqués sur les régions militaires de l'armée et dirigés chacun par un HSSPF (Höhere SS und Polizeiführer) ; ils englobent plusieurs Abschnitte-SS correspondant à des districts militaires commandés chacun par un SSPF (SS und Polizeiführer). Cette structure militaire, destinée à frapper les esprits, sert également à imposer une discipline extrêmement stricte au sein de l'organisation.

Deux autres tribunaux SS, basés à Munich, méritent d’être mentionnés :

1. L’Oberstes SS und Polizei Gericht, le Tribunal Suprême SS, présidé par l’Oberführer-SS Dr. Günther Reinecke – chargé des affaires graves : trahison, attentats contre le Führer ou Reichsführer-SS, crimes contre l’État, espionnage. Il est aussi le seul tribunal compétent à juger des généraux SS ou de Polizei à partir du grade de Brigadeführer-SS.

2. Le SS und Polizei Gericht z. b. V, Tribunal Extraordinaire SS et de Police, directement attaché au Hauptamt SS Gericht – un tribunal secret chargé des affaires délicates et/ou difficiles dont le contenu doit être maintenu confidentiel, même vis à vis du reste de la SS.


Günther Reinecke

Comme la quasi-totalité des autres organismes nazis, la SS a son propre code d’honneur, strictement réglementé par les Schiedshofe ou Tribunaux Spéciaux d’Honneur. Le code a deux objectifs :

1. Protéger la réputation de la SS contre les scandales et querelles internes.
2. Fournir à ses membres une méthode formelle leur permettant de défendre leur honneur par les armes.

Dans le premier cas, le pouvoir du tribunal se limite à des tentatives de réconciliation entre les partis par voie d’arbitrage ; dans le deuxième cas, le tribunal s’assure que les « affaires d’honneur » soient réglées selon les règles de forme et de bienséance admises.

En principe, chaque membre de la SS est en droit d’exiger réparation d’un affront à son honneur ou intégrité par duel au pistolet ou à l’épée. Toutefois, le Schiedshofe intervient dans la plupart des cas afin d’éviter cette dernière extrémité – et plus particulièrement parce qu’Adolf Hitler n’apprécie guère cette coutume. À partir du moment où la Juridiction Spéciale de la SS et de la Police est légalement instaurée (1939), des mesures sont immédiatement prises pour fournir à la SS les moyens et les locaux nécessaires à l’accomplissement des sentences prononcées par ses tribunaux. Des camps disciplinaires pour les SS et la Police (Straflager der SS und Polizei) sont ouverts à Dachau (à proximité du camp de concentration), et à Karlsfeld. Quelques autres camps d’internement (Strafvolzugslager) voient le jour à Danzig et à Ludwigsfelde. Les mois d’internement dans un Strafvolzugslager ne sont pas défalqués de la condamnation prononcée, mais considérés au contraire comme un supplément de peine. Aux hommes exclus de la SS pendant la guerre – et simultanément condamnés à des peines de prison – s’ouvre une alternative : Ils peuvent s’enrôler au sein de deux formations spéciales de la Waffen-SS afin de se racheter un tant soit peu tout en purgeant leur peine :

1. Le Détachement de Réhabilitation (Bewärungs Abteilung) de Chlum, en Bohême. Après une courte période d’entraînement, les hommes sont incorporés dans des troupes de combats sur divers fronts.

2. Le Détachement du Travail (Arbeits Abteilung) de Debica, en Pologne. Les membres de cette unité ne portent pas d’armes mais sont employés à des tâches lourdes et dangereuses sur la ligne de front, tel la réparation de ponts ou des missions de déminage.

Les hommes expulsés de la Police sont incorporés à la Sondereinheit der SS-Polizei Division, plus connue sous l’appellation VH ou Verlorene Haufen : « Les Âmes Perdues ».

Aux environs de 1943, Himmler se décide à mettre un terme à la corruption endémique et à la criminalité qui rongent ses nombreux services, et plus particulièrement au sein de l’administration des camps de concentration et d’extermination. Un juge du RSHA, le Sturmbannführer-SS Konrad Morgen, est chargé de procéder au nettoyage. Cet ordre met bien en évidence le caractère ambivalent du Reichsführer-SS : le petit-bourgeois à l’éducation morale stricte, mué en agent fanatique de la « vision » du Führer, s’émeut de façon absurde de quelques
« meurtres illégaux » commis au sein de la machine de mort qu’il a créée, et où des milliers d’individus sont assassinés quotidiennement…


Konrad Morgen en 1950

Né en 1910, fils d’un employé des chemins de fer de Francfort, Konrad Morgen, un pacifiste avéré, est incorporé dans la Division Wiking et expédié sur le front de l’Est pour insubordination envers l’Obergruppenführer-SS Friedrich Wilhelm Krüger, HSSPF du Generalgouvernement. Toutefois, en vertu de son diplôme de l’Académie de Droit International de La Haye, il est rapidement jugé indispensable et rejoints les magistrats du RSHA. En 1943, il est transféré au RKPA (Reichskriminalpolizeiamt) mais exclu des procédures politiques – c’est là qu’il découvre l’ampleur de la corruption sévissant dans les camps.

La même année, le « Bureau des Crimes Financiers », auquel Morgen appartient, reçoit un appel du Tribunal-SS de Kassel, responsable du camp de concentration de Buchenwald, requérant de l’aide dans une vieille affaire de corruption avec des ramifications menant jusque dans le camp lui-même : Emil Holtschmidt, un jeune policier de la Brigade Criminelle, aurait exercé une surveillance sur un certain Bornschein, leader d’un groupe nazi de Weimar ; selon lui, Bornschein, marchand de profession, se serait livré à plusieurs rackets hautement lucratifs avec la complicité du Standartenführer-SS Karl Otto Koch, Lagerkommandant de Buchenwald. Jugeant Holtschmidt un peu trop curieux, et soucieux de donner le change, Bornschein s’était alors engagé à la Waffen-SS et débrouillé pour se faire muter au staff du QG de Buchenwald. Le Tribunal SS-Polizei s’était bien entendu immédiatement saisi de l’affaire mais était impuissant à agir dans la mesure où il n’avait aucune juridiction sur la Waffen-SS autre que les Cours Martiales. De plus, à l’intérieur du camp, les « officiers juridiques » ne rendent aucun comptes au Hauptamt-SS Gericht, mais directement à la plus haute autorité sur les camps de concentration : l’Obergruppenführer-SS Oswald Pohl, chef du WVHA (Wirtschaftsverwaltunghauptampt), le Département Administratif & Économique de la SS. Le RKPA est donc appelé à la rescousse dans cette épineuse affaire, à la condition que le magistrat dépêché sur place soit détenteur d’un grade d’officier dans la Waffen-SS – faute de quoi il lui serait impossible de pénétrer dans le camp…


Oswald Pohl (à gau.) et Richard Baer, à Auschwitz

Konrad Morgen commence son enquête de façon discrète, et s’installe dans une chambre de l’Elephant Hotel, à Weimar. Bornschein est immédiatement inculpé, mais le juge, âgé de 33 ans, découvre à présent les secrets les plus sombres de Buchenwald. Bien que non officiellement autorisé à le faire, Morgen épluche les comptes de Koch (qui a été muté commandant du camp de Majdanek depuis 1941) dans diverses banques de Weimar et intercepte ses correspondances postales avec son épouse, Ilse, restée à Buchenwald. Au fur et à mesure de ses recherches, Morgen découvre un vaste réseau de corruption avec des ramifications dans tous les autres camps de concentrations. Mais ce n’est pas tout ; il s’agit bientôt de meurtres multiples. En effet, Morgen découvre que le Standartenführer-SS Koch se livrait non seulement au chantage et à l’extorsion des Juifs fortunés arrivant dans le camp depuis 1938 (Kristallnacht), mais avait également fait assassiner nombre de témoins considérés gênants. Dans l’esprit intègre de Konrad Morgen il est grand temps de traduire Koch et tout son système en justice.

Le jeune juge dresse un rapport circonstancié de la situation, et le soumet à son supérieur hiérarchique, le Gruppenführer-SS Arthur Nebe. Contre toute attente, ce dernier est affolé par les découvertes et l’enthousiasme débordant de son subordonné. Nebe, en effet, entrevoit les terribles répercussions possibles de l’enquête, et se refuse à en assumer la responsabilité. Morgen se tourne donc vers le Gruppenführer-SS Heinrich Müller, chef suprême de la Gestapo, et lui expose l’affaire en détail. Müller le renvoie devant le RSHA qui, à son tour, le renvoie devant le Hauptamt-SS Gericht qui n’entrevoit qu’une seule solution : Heinrich Himmler.


Arthur Nebe

Konrad Morgen est dirigé sur le QG de campagne d’Himmler mais ne réussit pas à entrer en contact avec le Reichsführer-SS. Un rapport détaillé est finalement adressé à Himmler par l’entremise de l’un de ses adjudants à qui Morgen a exposé toute l’affaire. Il est impossible de dire pourquoi Himmler prit la décision de donner le feu vert pour ouvrir une procédure contre Koch ; peut-être sa méfiance permanente d’Oswald Pohl et de ses sbires prit-elle le dessus – ou peut-être sous-estima-t-il la réaction en chaine qu’une telle opération était certaine de déclencher. Quoi qu’il en soit, le Reichsführer-SS – dans son rôle de petit-bourgeois – peut désormais se féliciter de « mettre de l’ordre dans la maison ». Saisissant l’occasion, Morgen fait transférer Koch de Majdanek à Buchenwald, et le soumet à un interrogatoire serré au cours duquel le Kommandant dévoyé craque.


Karl Otto Koch

Le dossier s’étoffe – et s’alourdit : deux meurtres de prisonniers, agressions avec intention de provoquer la mort, homicide involontaire, escroquerie en bande organisée, agissements au détriment de l’effort de guerre… Les complices de Koch sont également identifiés et appréhendés : le Hauptscharführer-SS Martin Sommer, un sadique responsable du bloc des baraquements, le Dr. Waldemar Hoven, médecin du camp, le Hauptscharfürer-SS Blanck, enfin et surtout, la « Reine de Buchenwald » : Ilse Koch (malgré l’idée reçue, la rumeur selon laquelle Ilse Koch aurait sélectionné des déportés et ordonné leur assassinat pour leurs tatouages ne fut jamais prouvé de façon déterminante lors de son procès, en 1948).


Martin Sommer


Dr. Waldemar Hoven


Ilse Koch

Morgen et ses assistants n’ont aucune intention de s’arrêter au « Gang Koch » ; il s’agit maintenant de frapper un grand coup. À l’initiative de Morgen, le Tribunal-SS de Kassel est transformé en « Tribunal d’Exception » avec le droit d’enquêter sur tous les crimes commis dans les camps de concentration. Mais, maintenant comme avant, Morgen découvre d’autres pistes… et celles-ci mènent directement aux camps d’extermination du Generalgouvernement ; le juge vient de lever le voile sur le « Secret d’État », et de se rendre compte qu’il enquête sur quelques meurtres au sein d’une « entreprise » qui en commet des millions. Et comment réagit-il ? Les déclarations qu’il fera après la guerre tendent à démontrer que, dans une certaine mesure, Morgen souffrait de la même schizophrénie qu’Himmler, et considérait qu’il y avait 3 types distincts de meurtres :

1. Les meurtres « officiels » de Juifs, contre lesquels rien ne pouvait être tenté puisque l’ordre émanait directement du KdF dans le cadre de la « Solution Finale ».

2. L’Opération T4 (Euthanasie des Incurables), également « officielle ».

3. Le meurtre arbitraire de détenus.

Comme cela était à prévoir, seule la 3e catégorie demeure ouverte à l’action des Tribunaux-SS. Pendant l’été 1943, Morgen et son équipe d’officier KRIPO sont envoyés à Lublin, fief du SSPF Odilo Globocnik, et centre opérationnel d’Aktion Reinhard. Cette visite est orchestrée suite aux révélations de Johannes Müller, commandant de la Sicherheitspolizei de Lublin, selon lesquelles un mariage Juif aurait été célébré dans un camp, en présence de 1.000 « convives » et membres de la SS. L’enquête mène Morgen droit au camp d’extermination de Sobibor où il fait la connaissance du Kriminalkommissar et Hauptsturmführer-SS Christian Wirth – Inspecteur Général des Camps d’Aktion Reinhard, fil conducteur du massacre, et « inventeur » du système de gazage au monoxyde de carbone.

À son grand étonnement, Wirth assume la responsabilité du mariage Juif ; sur quoi, candide, Morgen s’enquiert de la raison de la présence de ces Juifs et de l’unité SS à Sobibor. C’est là que Wirth lui dévoile le programme d’extermination des Juifs, conforme aux ordres du Führer. Apparemment choqué et pris de court, Morgen balbutie : « Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec le mariage Juif ? ». Wirth rétorque simplement que des mesures de duperie et de complaisance sont adoptées dans les camps afin de « calmer » les Juifs et ainsi faciliter le travail – c’est à dire, par exemple, promettre un pourcentage (infime) des bénéfices engrangés aux déportés Juifs participant à la spoliation de leurs propres frères. Dans cette optique, il avait autorisé le mariage Juif. Tout d’abord, Morgen ne croit pas un mot de ce que lui raconte Wirth ; mais il est ensuite emmené à l’aérodrome désaffecté de Lublin où sont stockés tous les vêtements et biens volés aux Juifs gazés dans les camps AR : « Je pensais que les explications de Wirth étaient absolument fantastiques, mais à Lublin même, j’ai vu un dépôt de Wirth. […] Déjà son étendue – il y avait une énorme quantité de montres amoncelées – m’a prouvé qu’il se passait là des choses épouvantables. […] Je n’ai jamais vu autant d’argent, surtout d’argent étranger, toutes sortes de monnaies, de tous les pays du monde ».

Au QG de Wirth, Morgen note des allers-retours incessants de messagers T4 : « Ces messagers arrivaient du 4 Tiergartenstrasse, à Berlin, et y retournaient. J’ai examiné la correspondance de Wirth, et elle m’a appris beaucoup de choses… ». Pour les chercheurs du 3e millénaire, cette correspondance revêt en effet un aspect parfaitement fondamental : à la fin de la guerre, devant le Tribunal International de Nuremberg, Morgen affirme avoir personnellement vus les ordres transmis à Christian Wirth et certifie que ces derniers ne provenaient pas des services d’Himmler, mais directement du KdF, et étaient signés « Blankenburg » (Werner Blankenburg, chef de la Section 2A du KdF). Ce témoignage est de la plus haute importance car il est le seul indice concret désignant la véritable origine de la Solution Finale : le KdF… c’est à dire Adolf Hitler.

Plus tard, Konrad Morgen et le RKPA installent des Commissions d’Enquêtes dans chaque camp afin d'examiner les cas de corruption et d’« homicides arbitraires », mais les sbires d’Oswald Pohl s’opposent de plus en plus fréquemment aux investigateurs. Les opérations des juges pour débusquer tel ou tel sadique dans un camp de concentration ou d’extermination s’avère une affaire des plus périlleuse car les unités des camps réagissent avec sauvagerie, n’hésitant pas, parfois, à pousser jusqu’au meurtre. Un détenu d’Orianenburg nommé Roth, informateur du RKPA, échappe de peu à une exécution orchestrée par le staff du camp comme avertissement à tous ceux qui envisageraient de collaborer avec Morgen. Dans un autre camp, le baraquement stockant les dossiers RKPA est incendié tandis qu’à Auschwitz le Hauptscharführer-SS Gerhard Palitsch – enquêtant sur les agissements de Rudolf Höss – disparaît dans un cachot.


Gerhard Palitsch

Konrad Morgen peut néanmoins se targuer de plusieurs succès à son actif… 800 cas de corruption sont instruits dont 200 aboutiront à diverses condamnations dont :

1. Karl Koch, Commandant de Buchenwald, condamné pour meurtre – exécuté
2. Hermann Florstedt, Commandant de Majdanek, condamné pour meurtre – exécuté
3. Hermann Hackmann, Responsable des détentions préventives à Lublin, condamné pour meurtre – placé en colonie pénale
4. Adam Gruenewald, Commandant d’Hertogenbosch (Pays-Bas), condamné pour sévices – placé en colonie pénale
5. Karl Kuenstler, Commandant de Flossenburg, expulsé pour alcoolisme et débauche
6. Maximilian Grabner, Chef de la Section Politique d’Auschwitz, jugé pour meurtre mais non condamné

De belles victoires, certes. Mais plus les hommes du RKPA s’enfoncent dans les ténèbres du Génocide, plus Himmler se sent mal à l’aise. Déjà, à la mi avril 1944, il avait ordonné à Konrad Morgen de se limiter à l’enquête Koch ; toutes les autres enquêtes devaient êtres abandonnées séance tenante. Une fois de plus, l’ordre illustre bien le conflit mental entre Himmler l’exterminateur et Himmler l’apôtre de la correction à tout prix. Le Reichsführer-SS ordonne à Oswald Pohl de superviser l’exécution de Koch ; les autres « mécréants » doivent se dénoncer eux-mêmes – s’ils le font, ils sont assurés d’êtres traités avec clémence…

Merci de votre attention
Eddy
clin doeil gri

Sources:

- Reitlinger, Gerald. The SS, Alibi of a Nation 1922-1945 Arms & Armour Press, London, 1981
- Poprzeczny, Joseph. Odilo Globocnik ; Hitler’s man in the East – Mc Farland & Co., 2004
- Padfield, Peter. Himmler ; Reichsführer SS – Papermac, 1995
- Lumsden, Robin. The Black Corps – Ian Allan Publishing. Shepperton, 1992
- Krausnick, Helmut & Broszat, Martin. Anatomy of the SS State – Granada Publishing Ltd, London, 1970
- Kogon, Eugen. L’Etat SS ; le système des camps de concentration allemands – Seuil, Paris, 1970.
- Gilbert, Martin. The Holocaust – Collins, London 1986

Photos:

- USHMM
- NARA
- IWM
- Bundesarchiv


Dernière édition par eddy marz le Dim 04 Déc 2011, 18:17, édité 3 fois
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  panzerblitz le Mer 23 Mar 2011, 18:54

Comme d'habitude, très très bien rédigé, sur le fond comme sur la forme.

Bravo Eddy !
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  eddy marz le Mer 23 Mar 2011, 19:02

Thank you, Panzerblitz; you're welcome clin doeil gri
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  Phil642 le Mer 23 Mar 2011, 20:59

Very good as usual Dear friend.

Le sujet Morgen avait déjà été abordé par Friendly Fire et toi http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t11234-georg-konrad-morgen?highlight=Morgen#168689

Comme tu l'as souligné Morgen ne pouvait qu'instruire les exécutions "illégales".

Comme précisé, seul le kdf, donc hitler avait le droit de condamenr à mort, pour les Juifs, Tziganes et autres, ainsi que l'action T4, l'ordre était "légal" Morgen n'avait strictement aucun pouvoir de les éviter, il ne cherchera d'ailleurs pas à intervenir en la matière.

Par contre, comme les exécutions devaient êtres ordonées par le kdf et les punitions suivre une procédure très lourde, le terrain d'action de Morgen se trouvait là où il y avait des exécutions extra judiciaires et bien sûr les corruptions.

Mais on constate évidemment une impossibilité de contrôler tout ça surtout à la lecture du Lägerordnung http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t11273-lagerordnung qui ouvre la porte à tous les abus, ce qui est un comble pour un code de conduite en principe rédigé pour les éviter ...

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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  navigant le Mer 23 Mar 2011, 21:02

C'est comme toujours un excellent article de eddy marz, il y a seulement une petite erreur la photo de Nebe est en fait celle du général ss Paul Hausser.

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Message  eddy marz le Mer 23 Mar 2011, 21:22

navigant a écrit:C'est comme toujours un excellent article de eddy marz, il y a seulement une petite erreur la photo de Nebe est en fait celle du général ss Paul Hausser.

Merci Navigant;
Une grossière erreur heureusement rectifiée. C'est mieux maintenant, non ? spamafote
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  Psychopompos le Mer 23 Mar 2011, 21:33

Très intéressant, comme d'habitude. Merci pour cet article. beret
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  Karbychev le Ven 12 Sep 2014, 17:28

Je reviens sur cette histoire dans un souci de vérité. Gerhard Arno Max Palitzsch était, je crois, l'éxécuteur patenté des peines de mort de la fameuse cour du block 11 (le mur de la mort/black wall). Il serait coupable d'avoir assassiné environ 20 000 personnes. Je ne le vois pas vraiment enquêter sur Hoess...

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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  eddy marz le Ven 12 Sep 2014, 18:25

Karbychev a écrit:Je reviens sur cette histoire dans un souci de vérité. Gerhard Arno Max Palitzsch était, je crois, l'éxécuteur patenté des peines de mort de la fameuse cour du block 11 (le mur de la mort/black wall). Il serait coupable d'avoir assassiné environ 20 000 personnes. Je ne le vois pas vraiment enquêter sur Hoess...
Salut Karbychev;

Effectivement, Palitzsch est coupable, non seulement d'avoir assassiné 20.000 personnes, mais également de se choisir des maîtresses parmi les déportées Juives - il fut d'ailleurs mis aux arrêts à ce sujet pour "crime racial". Rudolf Höss et lui ne s'entendaient pas du tout, et il est tout à fait plausible qu'il ai prêté main forte aux enquêteurs contre son chef lors des contrôles. Quant aux assassinats à Auschwitz, n'oublions pas qu'ils étaient "légaux", et ne représentent donc pas un élément "négatif" pour Palitzsch aux yeux de ces mêmes enquêteurs.

Palitzsch fut éventuellement envoyé sur le front où il mourra en affrontant l'Armée Rouge en Hongrie.
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Re: Tribunaux SS : justice, code d’honneur & corruption

Message  Jules le Dim 05 Oct 2014, 18:51

Salut à tous,
j'avais pas lu cet article. Heureusement qu'il a été "remonté". oui gri
1) Étonnante, la création de ce "système judiciaire SS" qui ne fait que renforcer la volonté d'Himmler de voir une SS complètement indépendante. (Voire un état SS.) Une justice interne pour éviter aux brebis galeuses de salir l'image de cette "armée supérieure".

2) Christian Wirth ? Encore lui. Décidément, il est partout. mort de rir gri
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