Comment les Slaves ont peuplé l'Europe de l'Est

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Comment les Slaves ont peuplé l'Europe de l'Est

Message  Yeoman 35 le Ven 29 Juil 2011, 5:53 pm

Bonjour à tous.

Je vous propose de vous faire découvrir les origines du peuplement de l'Europe Centrale et Orientale par nos amis slaves. Bonne lecture.

- AUX ORIGINES LE PEUPLE VENETHE

- Aujourd’hui nous distinguons trois familles de Slaves : les occidentaux ; Tchèques, Moraves, Polonais, Kachoubes et Serbes de Loujitse, les orientaux ; Russes, Biélorusses, Ukrainiens, Ruthènes et les slaves du Sud ou Yougoslaves ; Serbes, Bosniaques, Croates, Slovènes, Macédoniens et Bulgares.
- Durant l’Epoque Antique, les Slaves vivent très loin du monde connu de la Grèce et de Rome. Par conséquent, les chroniqueurs de l’époque n’ont laissé aucune source écrite sur eux. Seul Taciteen 98 mentionne le peuple des Vénèthes (Venethi) qui se situe entre le monde germanique sédentaire et celui des nomades Sarmates. Tacite ne sait pas à quel peuple rattacher les Vénèthes car ils sont sédentaires et se battent à pied comme les Germains, mais ils pratiquent le brigandage comme les Sarmates. Tous les chercheurs s’accordent pour dire que c’est le seul texte ancien qui évoque les Slaves, même si d’autres peuples sont désignés sous des noms semblables durant l’Antiquité. Citons entre autres, les Vénèthes d’Anatolie, les Vénètes d’Italie qui donneront leur nom à la ville de Venise et les Vénètes de Gaule auxquels la ville de Vannes doit son nom. C’est le chroniqueur Jordanès qui au VIe siècle, confirmera que les Venethi que décrit Tacite ne sont autres que les Slaves. D’ailleurs, à l’Epoque Médiévale, Allemands et Finnois donnent le même nom de Vénèthes à leurs voisins Polonais et Russes.
En outre, les tribus slaves païennes ne connaissaient pas l’écriture et se basaient presque exclusivement sur des traditions orales.
- Toutes les langues slaves ont gardé des liens étroits de parenté entre elles, ce qui signifie que leur différenciation ne s’est effectuée que dans un passé relativement proche. Polonais et Tchèques parlaient encore la même langue au XIVe siècle. Au même titre que les slaves orientaux étaient considérés comme des Russes sans distinction. Les historiens pensent que jusqu’au début de l’Epoque Médiévale, il y a eu une zone compacte peuplée par les Slaves ou par leurs ancêtres directs, les Proto-Slaves. Ces derniers pourraient avoir une langue ainsi qu’une culture matérielle et spirituelle commune de même que des structures sociales comparables.
- Pour les linguistes, les Slaves appartiennent clairement au groupe des langues indo-européennes. Leurs plus proches parents sont les Baltes – Lituaniens et Lettons – d’aujourd’hui (si l’on excepte les Estoniens beaucoup plus proches des Finnois). On suppose même que durant l’Antiquité, il ait existé une zone de continuité linguistique balto-slave. En outre, les langues slaves portent des traces évidentes de contact avec les anciennes populations iranophones de la steppe russo-ukrainienne : Scythes et Sarmates. Ainsi, faut-il chercher la « patrie » des Slaves quelque part en Europe orientale entre les actuels Pays Baltes et les steppes de la Mer Noire, soit tour une zone comprise entre la mer Baltique, la Vistule, le Niemen, le Boug, la Berezina, la Dvina et le Dniepr.
- Pour localiser les premiers foyers de peuplement slaves, les archéologues se sont appuyés sur des découvertes faites à Zaroubintsy en Ukraine, près de Kiev. Les vestiges de la « civilisation de Zaroubintsy » sont localisés plus précisément dans le nord de l’Ukraine (région du Haut-Dniepr) et dans des régions limitrophes de la Russie centrale (Haute Oka) et de la Biélorussie. Il s’agit d’habitats non fortifiés qui étaient occupés pendant une courte période ; ce qui confirme le témoignage de Tacite sur la grande mobilité des Vénèthes. On sait aussi que les Vénèthes ignoraient la pratique de l’esclavage.
- Les données archéologiques montrent qu'au début de notre ère la civilisation des Vénèthes englobe des éléments culturels venus de l’Europe centrale celtisée et germanisée, ainsi que d'autres typiques des populations forestières de d'Europe orientale. Cette hétérogénéité prouve que la civilisation des ancêtres des Slaves est alors en pleine formation.
Ce processus s'achève vers le IIIe siècle quand apparaît la civilisation de Kiev, assez homogène. Celle-ci est issu des descendants directs des Vénèthes de Tacite. Il s’agit d’une population nombreuse ayant un mode de vie stable, fondé sur l'agriculture. Ils ont comme voisins les Baltes et les Finnois au nord et les Sarmates au Sud.


- PREMIERS CONTACTS AVEC LES PEUPLES GERMANIQUES

A l’époque romaine, les futurs slaves se forment alors sur un territoire parcouru par trois routes fluviales qui réunissent la Mer Baltique à la Mer Noire.
-Première route : Vistule, Boug occidental et Boug méridional.
-Seconde route : Niemen, Berezina et Dniepr.
Troisième : Dvina occidentale et Dniepr.
Les trois fleuves servent de voies de communication et donc de migrations à l’ensemble des peuples de la région. Fin IIe et début IIIe siècle, une importante population germanique arrive par la Vistule et le Boug occidental jusqu’au sud de l’Europe orientale. Ces nouveaux arrivants entrent très vite en contact avec les populations vivant non loin des rives nord de la Mer Noire (Scythes et Sarmates), sur les bords du Danube Inférieur (Daces, Gètes et Carpes) et les Vénèthes de Tacite du Dniepr. Sous l’égide des Germains, tous ses peuples se réunissent et établissent une fédération de peuples barbares, connue comme étant celle des Goths. La culture archéologique qui s’y rattache est dite de Tcherniakhov. C’est le résultat d’un mélange de populations placées sous une forte influence culturelle romaine. On trouve encore des traces de cette civilisation en Crimée par la présence de sépultures d’origine gothiquess ou avares.
Cependant, la grande majorité des Vénèthes n’entre pas dans cette fédération gothique car leur territoire se trouve plus au nord de la zone de la fédération barbare. Malgré ce fait, les Vénèthes qui composent la civilisation de Kiev ont livré des témoignages de contacts précoces avec les peuples germaniques. Bon nombre d’habitats découverts après des fouilles archéologiques ont révélé la trace d’une population mixte. Il semble aussi que les premiers contacts entre les Goths ont été pacifiques.

Entre 330 et 360, les choses changent du fait que le Roi Ostrogoth Hermanaric livre une série d’opérations militaires contre ses voisins. Hermanaric veut prendre le contrôle des voies fluviales d’Europe Orientale ; Danube, Dniestr et Dniepr. Les Vénèthes plus nombreux mais mal organisés, livrent d’abord des combats de guérilla avant de se voir intégrés au Royaume de Hermanaric. Le chroniqueur Jordanès qui relate les exploits du Roi Goth, précise bien que les Vénèthes sont les ancêtres des Slaves.


- LES GRANDES INVASIONS ET LEURS CONSÉQUENCES

- A la fin IVe du siècle, vers 370, les Huns surgissent de leurs steppes d’Eurasie et font irruption dans les étendues planes entourant la Mer Noire (Kouban, steppe des Kalmouks et actuelle Ukraine). Les Huns provoquent la chute du royaume gothique, ce qui « libère » les Vénèthes. On désigne alors ces derniers sous le nom d’« Antes », ce qui en hunnique signifie « alliés. » A la toute fin du IVe siècle, le Roi Ostrogoth Vinitharius – ce qui signifie « massacreur de Vénèthes » – tente de rétablir sa domination sur les ancêtres des Slaves et de s’affranchir de la tutelle hunnique. Vinitharius est écrasé par les Huns qui ne peuvent tolérer une pareille révolte. Jordanès écrit le seul témoignage sur cette guerre qui oppose les Goths aux Huns et aux Antes (Vénèthes). Mais il est riche d’enseignements car on constate une évolution importante de la société vénèthe par rapport au règne de Hermanaric. En effet, les Antes ne sont plus du tout un agrégat d’hommes et de femmes désorganisés, incapables d’affronter les Goths. En revanche, ils sont capables d’organiser une résistance sérieuse. C’est aussi la toute première fois que l’on note la présence d’un roi, appelé Boz, à la tête des Antes. Boz semble concentrer le pouvoir central entre ses mains.
Selon les ethnologues, c’est à ce moment que se dessine une union tribale ou plutôt une « chefferie complexe. » Ce terme désigne la réunion d’un grand nombre de communautés sous l’autorité d’un chef commun. Chaque communauté est dirigée par son propre chef.
Durant la seconde moitié du Ve siècle, les Slaves profitent du départ des Goths vers l’ouest, c’est-à-dire l’Europe Centrale et du Sud. Précisons aussi que les Goths, tout comme les différents peuples germaniques sont poussés vers l’ouest par l’invasion des Huns, ce qui conduira à la disparition de l’Empire Romain d’Occident en 476. Ainsi, les Slaves vont peupler les territoires abandonnés par les Goths et que les Huns n’ont fait que traverser. Les Slaves abandonnent leurs forêts et les marais du Dniepr pour prendre possession des terres fertiles de la steppe boisée de l’Ukraine et de la Moldavie. Au début du VIe siècle, les Slaves gagnent les territoires situés au nord du Danube, en Roumanie actuelle où ils finissent par cohabiter avec les populations latines qui avaient colonisé la Dacie à partir du principat de Trajan. D’autre part, ils s’installent sur les versants est et au nord des Carpates (ouest de l’Ukraine, Slovaquie, la Petite Pologne et les Basses-Carpates). Ils arrivent aussi jusqu’au bassin de l’Elbe en occupant des territoires abandonnés par les Germains.
A partir de ce moment, les peuples slaves se détachent de l’ancienne communauté balto-slave de la zone forestière pour migrer vers le sud et le sud-ouest. Ils entrent alors dans l’histoire comme groupe ethnique particulier. Ils vont donc devenir un élément incontournable de l’histoire de l’Europe.


- PREMIÈRES INSTALLATIONS DURABLES ET CONFRONTATION AVEC LA CIVILISATION CLASSIQUE

Durant la première moitié du VIe siècle, les Slaves entrent d’abord en contact avec la civilisation gréco-byzantine, puis ensuite avec le monde latin. C’est pendant cette même période que les témoignages écrits des auteurs byzantins commencent à parler précisément des slaves.
Mais attardons-nous quelques instants sur le nom « Slave ». C’est Procope de Césarée qui en fait mention pour la première fois. Ensuite, les philologues ont livré plusieurs interprétations possibles.
- Slavus (latin) ; désignation rapidement abandonnée car les Slaves font très tardivement leur venue sur les marchés de Rome et les premiers slaves ignoraient l’esclavage.
- Slava qui signifie « gloire » ; mais cette hypothèse ne s’est pas imposée.
- Skoak-Sklav; selon des savants polonais il faudrait rapprocher ce terme du latin cloaca, qui signifie « égout » ou « marais ». Les Slaves seraient donc les habitants de marais comme le démontrerait leur habitat originel.
- Slovo (russe) ; hypothèse qui tend à se vérifier car slovo signifie « verbe, parole ». Par opposition, les Russes nomment les Allemands nemtsy, « les muets ». Les Slaves auraient donc été « ceux qui parlent. »

Les auteurs byzantins et occidentaux vont attester de l’existence de deux grands groupes slaves.
- Sclavènes : Les Slaves proprement dit. Ils occupent le territoire au nord du Danube et autour des Carpates, sur le territoire de la Roumanie, de la Moldavie, de l’Ukraine, de la Pologne, de la Slovaquie et de l’actuelle République Tchèque.
- Antes : Anciens protégés des Huns qui se situent dans les steppes forestières de Moldavie et d’Ukraine.

Il est aussi fort probable qu’à cette époque, d’autres groupes slaves vivaient dans la zone forestière située plus au nord, en Ukraine septentrionale, en Biélorussie et dans les régions limitrophes de la Russie. Mais les auteurs anciens qui ignoraient tout de ses territoires, n’en parlent pas. Cependant, ils décrivent les Slaves comme des peuples sédentaires, vivant de l’agriculture, dans des habitats sommaires éparpillés dans les forêts et les marécages. Ces communautés sont formées par des hommes libres et toutes les affaires importantes se décident pendant les réunions tribales et communales. Toutefois, les chefs militaires et les familles – ou clans « nobles » - sont attestés au VIe siècle chez les Sclavènes et les Antes, signe que leur société évolue vers une hiérarchisation plus complexe.

Lorsque les Slaves arrivent aux frontières de l’Empire d’Orient, ils opèrent de petites incursions régulières dans l’Empire. D’autres s’engagent dans l’armée byzantine comme mercenaires. Dès les années 520, éclate une série de guerres sur le Danube entre les Sclavènes et Constantinople. Entre 530 et 560, les Slaves réussissent alors à franchir le Danube et à s’établir dans les Balkans (actuelles Serbie, Macédoine et Bulgarie). La plus terrible des phases se produit de 547 à 551. En 567 et 568, les Avars, peuple nomade d’origine ougrienne, s’implantent dans les steppes du bassin du Danube moyen (actuelle Hongrie). Ils soumettent alors une partie des Sclavènes qui occupent le bassin des Carpates et qui se trouvent sur le Danube Inférieur. Dès la fin du VIe siècle, les invasions slaves dans les Balkans vont être inspirées par les Avars ou bien placées sous leur commandement. Par conséquent, de 580 à 630, les hordes avaro-slaves affrontent en permanence l’armée byzantine. Ils dévastent tout le territoire compris entre le Danube et la mer Egée (Macédoine et Thrace). En 584, ils sont à Athènes. En 626, les Avars et leurs auxiliaires slaves font le siège de Constantinople. Mais la grande cité résiste et les byzantins défont sévèrement leurs ennemis. C’est la fin des guerres balkaniques mais aussi celle de la puissance des Avars.
Pendant les années 620-630, les peuples slaves soumis aux Avars en profitent pour se révolter. Ainsi, les Slaves du Danube moyen dirigés par Samo, un marchand, déclenchent une violente insurrection contre les Avars. C’est un succès et les Slaves restent les maîtres des Balkans.

Les Slaves ont connu des d’importants apports culturels par le biais des guerres danubiennes et balkaniques. La société slave devient de plus en plus hiérarchisée et prend des formes pré-étatiques dans les Balkans. Ainsi, dès le VIIe siècle, les sources écrites byzantines mentionnent des noms de peuples et de tribus : Serbes, Severs (Bulgarie), Croates, Draguvites, etc. Ils seront les futurs peuples slaves de l’Epoque Médiévale. En outre, au contact des populations gréco-latines, les slaves apprennent de nouvelles techniques agricoles, commerciales, dans l’artisanat et dans l’art de la guerre. Enfin, au IXe siècle, à la demande de l’Empereur, Saints Cyrille et Méthode entreprennent l’évangélisation des slaves et leur enseigne l’écriture et les dotant de leur propre alphabet, utilisé jusqu’à nos jours ; l’alphabet cyrillique. Preuve en est de l’importance de ses deux immenses figures du Christianisme, Saints Cyrille et Méthode ont été proclamés Saints Patrons de la Russie.

Cela conduit alors à dire, que compte-tenu des migrations balkaniques et de l’intégration des peuples slaves dans plusieurs cadres régionaux spécifiques, l’homogénéité initiale des Antes et des Sclavènes décroit fortement. Les Slaves du Sud entrent dans l’orbite de la civilisation byzantine. Dans le sud des Balkans, quelques « Sclavinies » pratiquement indépendantes résistent à la conquête byzantine au VIIe siècle. Certains peuples mènent une résistance extrêmement longue, comme les Milinges et les Ezérites qui ne seront pleinement assimilés à la population grecque qu’au XIIIe siècle seulement !

Seulement dès 681, le peuple des Bulgares d’origine turque, dirigé par le Khan Asparoukhe, fait irruption dans le territoire de confédération des « sept tribus » slaves ainsi que celle de Severs. Etant donné la force militaire considérable que représentent les Bulgares, les Slaves du Bas-Danube deviennent leurs alliés et leurs subordonnés. La cohabitation est pleinement pacifique, ce qui a pour conséquence qu’au IXe siècle, Bulgares et Slaves finissent par former un seul peuple, de nom turc mais de conscience slave et de religion chrétienne. La Bulgarie et la Macédoine deviennent alors les premiers grands états slaves. C’est aussi à ce moment que les Serbes et les Croates, descendent de la région de l’Elbe pour achever la slavisation des Balkans occidentaux. Croates et Serbes parlent alors la même langue, le slavon. Enfin, toujours au VIIe siècle, les Slaves de Carinthie, ancêtres des Slovènes, s’avancent sur les contreforts des Alpes Juliennes.


- LES SLAVES OCCIDENTAUX

Au VIe siècle, les Tchèques, menés par un mythique chef de clan nommé Cech, arrivent en Bohême où ils se sédentarisent définitivement. Ils fondent des forteresses et des villes dont Prague. Aux IXe et Xe siècles, grâce à l’action de Saint Cyrille et Méthode et suivant l’exemple de leurs souverains Ludmilla de Bohême et Borivoj Ier, les Tchèques se convertissent au Christianisme.
Pendant la même période, des tribus slaves occidentales s’installent en Moravie, profitant des terres abandonnées par les Quades, Rugiens et Hérules. Partis du Royaume de Samo au VIIe siècle, les Slaves que l’on appellera Moraves (ou Slovaques), subissent l’influence des Avars mais aussi des Francs, en particulier sous Charlemagne et Louis le Pieux. En 822, les Annales franques signalent la présence d’envoyés moraves à la Diète de Francfort. En 833, Mojmir Ier occupe la Principauté de Nitra et fonde la Grande-Moravie (Moravie, Slovaquie, Hongrie du Nord et Ukraine Subcarpatique). En 846, Louis le Germanique qui règne sur la partie orientale de l’Empire Carolingien dépecé, s’empare de la Moravie à la mort de Mojmir Ier. Ce ne sera qu’en 862 que Ratislav, fils de Mojmir, reprendra le trône de son père.
Au milieu du VIIe siècle, les Slaves occidentaux établis dans la région de l’Elbe, qui se sont sédentarisés, connaissent des changements culturels. Des habitats fortifiés apparaissent en grand nombre en Pologne, en Bohême, en Moravie, en Slovaquie et en Allemagne. Cela indique une aggravation de la situation militaire et d’autre part, la preuve de la hiérarchisation croissante de la société car certains de ces sites représentent des résidences princières. On note aussi l’influence nette de la culture militaire avare en Moravie du Sud, Basse-Autriche et en Slovaquie.
Au VIIIe siècle, une autre tribu, les Polanes (« les hommes des plaines », de pole signifiant « champs »), viennent se fixer sur les rives de la Warthe. Ils pratiquent l’agriculture dans les plaines déboisées situées entre la Vistule et l’Oder. A partir du IXe siècle, ils construisent des villes (Gniezno, Poznan et Ostrow Lednicki) et des forteresses, tout en étendant leur domaine vers le nord-est (Mazovie) et vers le nord (Poméranie). Fin IXe – début Xe, le territoire polane est délimité par l’Oder, le Boug, les Carpates et la mer Baltique. Les Polanes doivent lutter contre une autre tribu, les Goplanes et reçoivent l’aide des Moraves. Finalement, au Xe siècle, le territoire s’agrandit à la Mazovie, la Cujavie et la Grande-Pologne. Les Polanes donnent alors leur nom au territoire qu’ils occupent : la Pologne. Très vite, ils vont se confronter avec le monde germanique pour la possession de terres. Au IXe siècle enfin, deux pèlerins arrivent à Gniezno et multiplient les miracles. A la fin du Xe le Roi Boleslas se convertit au Christianisme. Un Evêché est fondé à Gniezno et placé sous l’autorité de l’Evêque Mieszko. Jusqu’à la période actuelle, les Archevêques de Gniezno portent le titre honorifique de Primats de Pologne.
Un changement intervient durant la seconde moitié du Xe siècle. Un peuple d’origine ougrienne venu des steppes eurasiennes, les Magyars, déferlent sur l’Europe Centrale et sur les marches de l’Empire Romain Germanique. En 962, l’Empereur Othon le Grand, vainc les Magyars à la bataille du Lechfeld. Othon les force à se sédentariser en les installant dans les steppes de la vallée moyenne du Danube, l’actuelle Hongrie. Par conséquent, les Magyars supplantent les populations slaves et fondent des principautés qui deviendront le Royaume de Hongrie.


- LES SLAVES ORIENTAUX


A partir du VIIIe siècle, on observe deux principales dominantes dans l’histoire des Slaves orientaux.
1. Développement du Royaume Khazar : S’étend des steppes de la Mer Noire jusqu’au Caucase.
2. Forte poussée des Slaves vers le nord, dans la zone forestière.

Plus à l’Ouest, entre le Carpates et le Dniepr, dans la partie occidentale de l’Ukraine, la situation semble stable. Du VIIIe au IXe siècle, observe la formation de « peuples-principautés » comme les Polyanes/b][, les [b]Drevlianes, les Oulitches, les Volhynianes et les Tivetsys. En revanche, à l’est du Dniepr, dans la zone de la steppe forestière, les sites slaves des civilisations de Penkova et de Kolotchine, disparaissent à la suite d’une catastrophe militaire durant la seconde moitié du VIIe siècle. La partie sud du territoire est alors occupée par une population de la steppe non slave mais aussi par une autre population slave, sans doute le peuple de Severs, proches parents des Severs de Bulgarie. D’autres slaves, apparentés aux Severs s’installent sur le cours supérieur du Don et dans la région de l’Oka. On les connaît par les sources écrites sous le nom de Vyatiches. Ce sera sur leurs terres qu’en 1147, le Prince Iouri Dolgorouski fondera Moscou.
Au VIIIe siècle, apparaît une nouvelle puissance steppique, la Khazarie, qui impose son pouvoir sur la marge sud-est du monde slave. Les peuples slaves de la région doivent alors payer un tribut aux Khazars.
Dans la zone forestière de Russie, s’installent des Slaves venus du Danube. Ils y rencontrent des populations, slaves ou balto-slaves, très proches d’un point de vue linguistique. Cela explique une slavisation relativement rapide de cette région. A la même période, les Slaves pénètrent très loin au nord, jusqu’au lac de Ladoga. Apparaît alors un centre proto-urbain à Ladoga à l’embouchure du Volkhov. Il s’agit surtout d’une colonie de marchands scandinaves. Les Scandinaves, qui remontent les fleuves d’Europe Orientale grâce à leurs navires, sont surnommés les Rous (« Chefs ») par les populations slaves. Ils ont fondé plusieurs comptoirs commerciaux, dont un à Kiev et un autre à Krivoi-Rog. Les heurts entre Slaves et Scandinaves vont finalement donner naissance à la future Russie. Le noyau de cette dernière se forme au IXe siècle entre les lacs Ladoga et Ilmen. Plus tard, une alliance est conclue entre Slaves, Finnois et Scandinaves. Gouvernée par une dynastie scandinave, rapidement slavisée, la Russie englobe dès sa naissance, de nombreux peuples finnois.
Vers le milieu du Xe siècle, les Russes s’emparent des routes fluviales de la Volga et du Dniepr. Leur capitale est alors déplacée de Lagoda à Novgorod, puis de Novgorod à Kiev. Kiev est placée au milieu des terres slaves, ce qui est à l’origine d’une slavisation rapide de cette entité slavo-scandinavo-finnoise. Enfin, en 988, un après qu’Hugues Capet ait été élu Roi des Francs, le Grand Prince Vladimir de Kiev se convertit au Christianisme de rite byzantin. Et avec lui, toute sa Principauté. Débute alors l’histoire de la Russie Chrétienne.

Enfin, on peut dire que les migrations des slaves, suivies de leur installations sur un immense territoire, ont eu pour deux conséquences majeures.
1. Division du peuple slave en entités spécifiques en raison des contextes régionaux
- Polanes, Moraves et Tchèques épousent la Chrétienté Latine
- Russes, Slavo-Bulgares et Serbes choisiront la Chrétienté Orientale.
- Naissance d’entités étatiques ou pré-étatiques chez les Slaves Occidentaux.
- Grande-Moravie
- Royaume de Bohême
- Royaume de Pologne
- Marche vers les Principautés en Russie dès le Xe siècle.
2. Accroissement notable du niveau culturel des peuples slaves.
- Apprentissage à l’arrivée dans la zone culturelle byzantine aux populations plus structurées.

- L’histoire du peuple slave va alors céder la place à l’histoire des principautés slaves.


- Source : Michel Kazanski, CNRS
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