Inauguration du Mémorial des Milles

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Inauguration du Mémorial des Milles

Message  Colleville le Mer 12 Sep 2012, 16:27

Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a inauguré lundi 10 septembre à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) le mémorial du camp des Milles, le seul grand camp français d'internement et de déportation encore intact, qui avait accueilli à partir de 1939, "sous autorité française", environ 10 000 prisonniers de 38
nationalités différentes, dont une partie a été déportée vers des camps
d'extermination. Le mémorial sera ouvert au public à partir du mercredi 12 septembre.

Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS, auteur de La France des camps : L'Internement, 1938-1946 et président du conseil scientifique du musée mémorial du camp de Rivesaltes, commente cette ouverture.


Que représente l'ouverture du mémorial des Milles ?

C'est un moment symbolique important, parce que c'est le premier
grand musée-mémorial en France consacré aux camps d'internement. Entre
1938 et 1946, ce sont plus de 600 000 personnes qui ont été internées
dans plus de deux cents camps en France. Cet internement administratif
ne concernait pas les gens poursuivis pour des crimes et délits, mais
s'attaquait à des personnes qui posaient un problème potentiel à la
société en vertu d'une loi des suspects.

Seul un mémorial plus restreint a été ouvert récemment à Orléans,
pour les camps d'internement du Loiret. Les travaux commencent au camp
de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) en octobre. C'est stupéfiant qu'il
ait fallu attendre les années 2010 pour voir les premiers musées consacrés à ce phénomène.

On est passé de camps sans mémoire à une mémoire sans camps. Les
traces ne sont plus là. A l'exception des Milles et de Rivesaltes, où
l'état même des baraques illustre le processus de destruction mémoriel,
il n'y a plus de trace de l'internement.

Comment expliquer un si long silence ?

Il y a eu un réveil de la mémoire dans les années 1980. Auparavant,
des années 1950 aux années 1970, c'est la figure du héros martyr qui
structurait la mémoire sociale de la guerre. Dans les années 1980, cette
figure est remplacée par la figure de la victime juive.

Parallèlement à ce changement de figure structurante, la publication de La France de Vichy de Robert Paxton
(1973 en France) change la donne. Jusque-là, Vichy était vu comme une
simple antenne de l'occupant allemand, il n'y avait pas de singularité
française.

Après Paxton, on réalise que Vichy a existé comme un Etat avec sa
propre politique, ses propres objectifs et qu'il a utilisé le camp
d'internement comme un élément central de sa politique d'exclusion. En décembre 1940, 55 000 personnes sont internées en zone sud (dont l'Afrique du Nord) et 3 000 en zone nord occupée.

Existe-t-il une spécificité muséographique au mémorial des Milles ?

Il faut arriver à rendre compte d'un phénomène complexe, parce que le camp des Milles a servi
pendant des périodes différentes. On passe d'une logique d'exception en
période démocratique lorsqu'il est ouvert sous la IIIe
République à une logique d'exclusion entre 1940 et 1942, puis à des
logiques de déportation et d'extermination pour les juifs de France
entre 1942 et 1944, lorsque les Allemands utilisent le camp comme un
réservoir dans le cadre de la mise en œuvre de la solution finale.

Le risque, pour les Milles, c'est de laisser penser qu'en 1940, c'était la même chose qu'en 1942 ou en 1943. Dans un même lieu, il faut réussir à rendre compte de la différence dans la continuité. Sinon on banalise.


François Béguin (propos recueillis)
Le Monde.fr (12 septembre 2012)
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