Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

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Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

Message  ubik83 le Dim 03 Juil 2016, 2:43 am

Bonjour,

J'espère que tout le monde va bien ?

Ici, ça devient chaud bouillant... J'ai horreur de cette saison.

Bon, voilà : je me dis qu'il serait pertinent de poster ici un extrait de ce que je prépare, histoire de voir si ça vous parait vraisemblable, si c'est raccord avec ce que vous connaissez, etc. Si vous repérez le moindre détail qui vous chiffonne, vous me le dites ? J'ai mis ça dans mon post, mais je ne sais pas si c'est beaucoup consulté.

Il me semble que j'ai traité cette épisode, Stroop, la destruction du ghetto, un peu vite. Mais c'est subjectif. Il faudra que je relise tout ça d'ici quelque temps, voir si je dois creuser plus, ou pas. En attendant, j'enchaîne sur la suite : bataille de chars à Koursk, reddition de l'Italie, etc.

Je vous laisse juge de ceci, qui est un instantané : d'ici quelques jours, ça pourrait avoir été modifié encore, bien sûr :




Si Natalia était à l’abri, par contre, dans le ghetto nous étions directement visés. Les déportations continuaient, tant et plus, mais les Juifs avaient pris les armes ; les tirs isolés se multipliaient. Constamment, nous devions poster des hommes pour nous couvrir, guetter, parer à toute attaque. Le 13 mars, des coups de feu avaient pris pour cible des unités de surveillance. Le lendemain, en représailles, Karl Brandt, un chef SS particulièrement fanatique, fit une descente dans le ghetto et tua 200 Juifs, simplement en tirant au hasard, dans les rues. Le 15, nous procédâmes à une rafle qui nous permit de capturer 600 hommes et 150 femmes. Ces gens furent envoyés en KZ. Himmler multipliait les directives pour que les ateliers fussent fermés, et les travailleurs déportés. Il voulait envoyer les ouvriers qualifiés dans des camps de travail SS à Lublin. Quant au reste de la population, la chasse était ouverte. Houspillés par les gradés, nous faisions de véritables razzias. On embarquait tout le monde, certificat de travail ou pas. Tous les jours, des incidents se produisaient. Les gens résistaient pour aller à l’Umschlagplatz, il fallait les y amener à coups de crosses. Des informations sur les camps à l’Est avaient-elles filtré ? La tension devenait palpable.
Chaque soir, je me rendais chez Natalia et tentais de la rassurer ; elle me confiait ses problèmes de ravitaillement, je lui donnais de l’argent. On faisait rarement l’amour. J’étais à bout de nerfs, presque hostile. Et de sa part, il y avait de la distance également. Probablement entendait-elle parler de nos rafles constantes, du mal que je faisais à son peuple.
 

 

.
Vers la mi avril, nous vîmes arriver un général de la waffen SS, Jürgen Stroop, accompagné de forces considérables : une division de panzergrenadiers SS, des hommes de la cavalerie SS, un groupe de pionniers de l’armée et des membres de la Sicherheitspolizei, des unités de police lituanienne et lettone. Il entreprit immédiatement Ferdinand von Sammern-Frankenneg, notre SSPF.
En temps ordinaire, celui-ci gérait la coordination entre la police et la SS, en tant que SS-Oberfüher. Il faisait la pluie et le beau temps à Szucha, c’était le pacha, le grand patron. Pourtant, cet homme que je voyais rarement (nous avions presque toujours affaire à des officiers moins gradés) m’apparaissait comme falot, insignifiant, quoique imbu de sa personne, comme beaucoup d’aristocrates. Il ne m’avait jamais impressionné, contrairement à Lothar Beutel, pour ne prendre que cet exemple, ou même Horst Kreisler. Von Sammern avait son quartier général opérationnel rue Ujazdowskie, dans un immeuble qui avant guerre avait été l’ambassade de Belgique. 
Il y eut deux ou trois réunions avec Stroop, et divers membres importants de la hiérarchie, comme Friedrich Willhelm Krüger, le HSSPF qui s’était déplacé spécialement, et d’autres : Herbert Becker, Ernst Kah, Eberhardt Schöngarth - notre chef direct -, Ernst Hahn, Max Jesuiter, etc. Que des grosses légumes. Les informations filtraient peu à peu, mais nous n’étions que sous-officiers, nous n’y avions pas vraiment accès. Les chefs ne nous communiquaient guère leurs intentions, ils se contentaient d’aboyer des ordres.

Franz me confia, à la suite d’une de ces conférences :
- Tiens-toi prêt, ça va chauffer. Stroop a combattu sur le front de l’Est, on dit qu’il est impitoyable avec les civils. S’il est dans le secteur, ça n’est pas pour rien. Ils tirent des plans, là-haut, pour régler son compte à toute la racaille juive qui reste.
 

 

 




Et puis, le 19 avril, l’opération fut déclenchée, dirigée par von Sammern. La veille, je m’étais disputé avec Natalia, pour des broutilles. La Pervitine modifiait mon comportement, me rendait irascible, voire agressif. Enervé, je n’avais pas dormi de la nuit. J’étais dans mon lit, immobile. J’attendais, je ne sais quoi.
A cinq heures, la lumière s’alluma, tout le monde devait se lever. Un café brûlant accompagné de deux comprimés, un morceau de pain, un peu de confiture, et nous étions dehors.
Dès quatre heures du matin, les forces de police avaient été déployées autour du mur d'enceinte. Tout d'abord les "bleu marine", secondés ensuite par la Feldgendarmerie. Le but avoué était de réduire drastiquement la population, peut-être même d’éliminer toute présence. En tous cas, il fallait, conformément aux directives du Reichsführer, vider, purger le ghetto. Chasser ces gens en direction de l’Est. Franz m’avait appris que là-bas existait un camp nommé Treblinka, mais il n’avait aucune information sur ce qui s’y passait. Toutefois il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que très probablement s’y déroulaient toutes sortes de choses horribles.
Moi, j’étais là, les yeux ouverts, dopé à la Pervitine, en mode « Jawohl ». Prêt à tout.
Cinq bataillons avaient investi le ghetto par des portes différentes et devaient suivre un plan précis. Des pièces d’artillerie avaient été postées aux abords de ces points d’entrée. Avec nous il y avait la Jupo, des Askaris Lettons, et Ukrainiens. Nous nous tenions en rangs, derrière deux véhicules blindés, guidés par des unités motocyclistes. Au signal, nous avançâmes. Les immeubles semblaient abandonnés. On n’entendait que le bruit des moteurs, le grincement des chenilles. Nous ne vîmes personne. 
Nous traversâmes la rue Gesia sans encombre. Puis, nous prîmes l’avenue Zamenhofa en direction de la rue Mila. Franz était à côté de moi. Chacun de nous avait sous sa responsabilité une escouade de quatre hommes. J’étais tendu. Je pensais à Ackermann.

Et arrivés au croisement, tout à coup, jaillis des étages, des toits, une grêle de projectiles s’abattit. Des coups de feu, partout. Des grenades furent jetées. En un instant, ce carrefour tranquille s’était transformé en champ de bataille. Les Juifs employaient également des cocktails Molotov. L’un d’eux explosa à côté de moi et je ressentis une vive douleur : je brûlais ! Je poussai un cri strident. Franz se précipita, se coucha sur moi pour éteindre le feu, tant bien que mal. Puis il me prit sur ses épaules, me ramena vers la sortie au pas de course. C’était la débandade. Ballotté, tordu de souffrance, je voyais nos hommes s’éparpiller, rebrousser chemin, dans le plus grand désordre.
 

 




Je fus conduit à l’infirmerie. Mon épaule était atteinte. On me fit des pansements gras, j’eus des cachets contre la douleur. Puis je vis le médecin SS, le docteur Wagemann. C’était un homme brun, dégarni, portant une courte moustache et des lunettes rondes. Il défit les bandages, observa mes plaies, hocha la tête, puis déclara :
- Dans votre malheur, vous avez de la chance. L’essence a surtout détruit votre uniforme, elle n’a guère eu le temps de traverser. Deux minutes de plus et vous auriez été salement amoché. Votre copain vous a, c’est le cas de le dire, sauvé la peau.  Vous êtes blessé à l’épaule et sous l’aisselle, mais c’est superficiel. Vous en avez pour quelques jours… Mettons deux semaines, au grand maximum. Après, il faudra surveiller et changer régulièrement vos pansements.

Il est reparti et durant tout mon séjour à l’unité de soins, je ne l’ai pas revu une seule fois. Il faut dire que je dormais beaucoup. Sans Pervitine et sous antalgiques, j’ai rapidement sombré dans un sommeil de brute.
Quand j’émergeais, généralement au moment des repas, j’entendais les déflagrations au dehors. Franz avait raison : ça chauffait.
 

 

Je m’ennuyais. Je n’avais qu’une envie, sortir. Trois camarades étaient dans la même pièce. L’un deux, grièvement blessé par une grenade, en proie à la fièvre, délirait jour et nuit. Il est mort assez rapidement.
Franz passait tous les jours pour me remonter le moral. Il me racontait ce qui se passait dehors :

Von Sammern était rentré à Szucha comme un chien battu, il ne parvenait pas à se rependre. Complètement affolé, impuissant, minable. C’était presque comique. Au départ, cet imbécile avait affirmé que l’Aktion ne durerait que trois jours !
Stroop avait pris les commandes. Avec ses waffen SS, il déployait à présent une stratégie pour éliminer inexorablement nos adversaires. Il avait engagé des blindés, véhicules chenillés, canons antichars et un obusier de 100mm. On avait découvert que les insurgés se cachaient dans des bunkers aménagés à l’intérieur des immeubles. Stroop avait mobilisé des lance-flammes et détruisait les îlots de résistance un par un. Les pièces d’artillerie tiraient sans relâche. Deux panzers avançaient dans le ghetto, faisant s’écrouler les édifices rue par rue ; les Juifs se battaient avec acharnement.
Franz me raconta aussi que le lendemain de l’assaut, une petite fête avait été organisée, en l’honneur du Führer, dont c’était le cinquante-troisième anniversaire. Ce soir-là, il était prévu de boire du champagne entre gradés, à sa santé. Le grand hall avait été décoré de fanions, de drapeaux du parti, des tables avaient été dressées, avec jambon, saucisses, kéfir, salade, petits pains briochés, canapés au saumon... Pourtant, dans l’après-midi, les Juifs firent exploser une mine antichar qui tua plusieurs de nos camarades. Comment se l’étaient-ils procurée ? Mystère. Effectivement, à l’infirmerie, j’avais vu arriver une bonne trentaine de blessés, certains atrocement déchiquetés. Franz m’apprit qu’il y avait eu seize morts. Du coup, l’apéritif avait été annulé, ce qui avait exaspéré les hommes du KdS.
Franz continuait, me décrivant les actions entreprises par Stroop et ce que faisaient les Juifs, qui se défendaient âprement. A présent, les ingénieurs faisaient exploser les ruines, afin que personne ne pût s’y cacher. On quadrillait le secteur et on tirait à vue. Les insurgés se cachaient dans les décombres, et lançaient des attaques surprises, à coups de revolvers.
 

 

 




Puis on m’autorisa à me lever. La première chose que je fis, une fois debout, fut de me regarder dans une glace :
Certes, ça n’était pas très joli. Mes chairs avaient comme fondu. Mon tatouage SS, sous l’aisselle, n’existait plus. Mais c’était très localisé, donc moins grave que ce que j’avais imaginé. Je me souviens être resté longtemps, dans ces toilettes, à examiner ma peau. Je pleurais, submergé par une vague de désespoir. Je me disais : Wolfgang, tu ne seras plus jamais le même, à présent. Physiquement, ça n’est pas bien méchant, mais pourtant, cette nouvelle image de moi me perturbait beaucoup.
En réalité, les dégâts étaient surtout intérieurs. J’étais devenu un monstre. Ces marques sur mon corps me semblaient être le signe de ma dégradation morale.
               
 

 

Le jour où je sortis, Franz vint m’accueillir. Nous sommes allés boire un café sur l’avenue Marszalkowska. Puis, je lui fis part de ma curiosité : je voulais voir comment était le ghetto. Il hocha la tête et nous nous y rendîmes, à pieds.
Le spectacle était effrayant : ça brûlait de partout, des immeubles entiers. D’énormes colonnes de fumée montaient vers le ciel, se rejoignant pour l’obscurcir. Les murs crépitaient, leur ciment se craquelait, tandis que les foyers ronflaient, dévorant meubles, boiseries, charpentes, qui s’effondraient. De temps à autre, une personne sortait des bâtiments pour échapper aux flammes ; elle était immédiatement abattue. Les rues étaient jonchées de cadavres. J’aperçus un corps de femme qui grillait, à cause de l’intense chaleur, tandis que le bitume autour se liquéfiait, formant des bulles qui éclataient, épaisses, visqueuses. Les vitres se disloquaient, éclataient en sifflant. Des milliers d’escarbilles volaient, l’atmosphère empestait la suie, la brique pilée. Mais le plus horrible, c’était quand le vent rabattait l’odeur des corps ; surtout celle des cheveux. Je vis un petit garçon, il devait avoir sept ans au maximum, qui pleurait, appelait au secours, derrière une fenêtre, alors que de part et d’autre des rideaux flambaient. Une balle l’atteignit en pleine tête ; il s’écroula comme une poupée de chiffons. On entendait des tirs, au loin, à l’intérieur du labyrinthe des façades. Le grondement des pièces d’artillerie était assourdissant. Les édifices étaient comme les parois de quelque falaise noircie, renvoyant les échos de la bataille. Des rafales de mitrailleuse lourde provenaient de la partie Est. D’où nous étions, nous pouvions voir, de çà de là, des Juifs qui, du haut des toits encore intacts, jetaient des cocktails Molotov sur les troupes en contrebas. Les tireurs d’élite les dégommaient à mesure, inexorablement. C’était un gigantesque affrontement urbain, d’une rare sauvagerie, une zone de guerre. Vision d’autant plus étrange qu’autour de nous, dans la partie Polonaise, les passants continuaient à aller et venir. Certes, ils restaient à l’écart, pour éviter les balles perdues, et beaucoup regardaient, comme nous. Mais cela ne les empêchait pas de vaquer à leurs affaires.
Nous sommes restés un bon moment à contempler ce chaos, muets. Franz avait allumé une cigarette. Il attendait pour repartir. Moi, j’étais comme hypnotisé. 
 

 

Il y eut des pertes dans nos rangs : morts et blessés étaient rapatriés à l’arrière. Peu à peu, les unités de Stroop se jetaient à l’assaut des places fortes. D’après ce qu’en disaient les hommes avec lesquels j’ai pu parler, les Juifs se servaient de passages entre les blocs pour évacuer un bunker quand il était directement menacé, se repliant sur un autre, un peu plus loin. Il était très difficile de les localiser. Néanmoins, nos équipes avaient déjà liquidé pas mal de partisans. Chaque jour, on tuait environ deux mille Juifs. Peu à peu, les poches de résistance diminuaient en nombre.
Les waffen SS capturaient beaucoup de gens qui tentaient de se soustraire aux incendies. Ils les torturaient dans les caves de Szucha, pour leur faire dire où se terraient  les responsables. Deux noms étaient sortis : Mordechaï Anielewicz, Itzhak Zuckerman. Mais on ignorait où ils se cachaient.
Je ne sais pas ce que Sammern-Frankenneg devenait. Himmler avait du lui passer un savon, j’imagine. On ne le voyait plus guère. Peut-être se terrait-il dans son QG à Ujazdowskie ?
 

 

 

Natalia était toujours en vie, mais les conditions étaient devenues bien plus dures. Les prix au marché noir s’envolaient, la ville était en ébullition. Elle ne sortait que rarement. Des bruits couraient : on disait que les smalkownicy, ces gens qui dénonçaient les Juifs, étaient déchaînés, et tournaient par équipes, ratissant les quartiers, pour attraper le maximum de victimes. Et effectivement, à Szucha, les bulletins strafanzeige pleuvaient. Elle avait peur : les rares fois où, dans l’escalier, elle avait croisé les voisins du dessous, ils lui avaient décoché des réflexions déplacées, des phrases fielleuses, emplies de menaces. Je promis d’y mettre bon ordre, mais je ne voyais guère comment intervenir. Tobiasz, surexcité, demandait à sortir, il n’en pouvait plus de cet enfermement. Le faire tenir tranquille était de plus en plus difficile. A deux reprises déjà, pendant mon séjour à l’infirmerie, il s’était échappé dans la rue, ne revenant que de longues heures ensuite. La seconde fois, il avait un coquart à l’œil gauche, mais il refusait de dire ce qui s’était passé. Natalia craignait qu’il se fût battu avec des gens, de son âge ou adultes, qui pourraient l’avoir suivi. Si tous trois étaient repérés, qu’allaient-ils devenir ? Babcia était fragile, son moral chancelait. Depuis qu’on détruisait le ghetto, elle ne cessait de pleurer, de voir l’avenir en noir. 
Je fis de mon mieux, lors de mes visites, pour réconforter et rassurer. Mais je me sentais impuissant. Je repartais au petit matin, marchant vite dans les rues, mes pas ponctués par les explosions au loin. Je me disais à chaque enjambée que c’était peut-être la dernière.
 

 

 

Les combats faisaient rage. A présent, les patrouilles SS étaient attaquées la nuit, par des groupes de Juifs armés de pistolets. Je me suis rendu un soir, aux abords, pour voir ce que ça donnait. Franz était allé au 19 Nowogrodzka, pour faire la fête. Je lui avais demandé de me déposer près du ghetto. Il m’avait alors répondu :




- Je ne comprends pas pourquoi tu t’intéresses à ce nid de punaises.
Ce n’était plus qu’un brasier. Un souffle ardent desséchait la peau, et je sentis mon épaule, cuisante, réagir à cette chaleur. Je dus me reculer, m’abriter derrière un mur. Mais je continuais de regarder. On n’entendait qu’un crépitement de charpentes en feu, ponctué de sifflements, de craquements quand les toitures s’effondraient. Pas de tirs : les waffen SS n’entraient plus maintenant que de jour. L’obscurité, propice aux escarmouches,  présentait trop de dangers. De temps en temps, je voyais une silhouette courir, sautant d’une ruine à l’autre, le visage protégé d’un foulard, à cause des fumées. Parfois, ces Juifs s’égaraient dans les gravats et, cernés par les incendies, s’effondraient, se tordaient de douleur, succombant de façon atroce.
Dans la journée, les unités de Stroop avançaient à coups d’explosifs, attaquaient les bunkers avec des grenades au phosphore, des gaz toxiques. Un blindé avait été perdu, brûlé par un cocktail Molotov. Les artilleurs déplaçaient constamment les canons antichars, pour pilonner méthodiquement chaque construction. Les mortiers claquaient sans relâche, arrosant le ghetto d’une pluie d’éclats meurtriers. De temps à autre, un groupe de Juifs sortait, les mains en l’air. Ils étaient alignés contre un mur et fusillés. Hommes, femmes, enfants. 
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Re: Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

Message  Piermanu le Dim 03 Juil 2016, 4:35 pm

J'aime beaucoup ce que tu écris. C'est à la fois complet et bien raconté.

Une seule remarque : l'effacement du tatouage SS ne me paraît pas vraisemblable sans brûlures graves, situé comme il était sous l'intérieur du bras gauche.

Christian de la Mazière, SS français, a raconté comment il a échappé à l'exécution immédiate lors de sa capture parce qu'il avait évité ce qu'il considérait comme une corvée. (Une autre raison, malgré son uniforme SS, est qu'il est tombé entre les mains de soldats polonais, langue que sa mère lui avait apprise.)

Si tu veux que ton héros échappe à la mort de la même façon, le plus simple est de lui faire revêtir un uniforme de la Wehrmacht. Mais envisages-tu vraiment de l'envoyer en Sibérie pour dix ans ? Le plus simple serait qu'il se rende aux Américains. (Il me semble qu'une armée allemande combattant en Tchécoslovaquie a réussi de justesse à retraiter en Autriche pour se rendre aux Américains.)

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Délicat dosage...

Message  ubik83 le Lun 04 Juil 2016, 7:05 am

Hello,

Merci pour ces encouragements. J'apprécie beaucoup, car je suis seul face à mon texte la plupart du temps. Texte que j'ai commencé à écrire lors de l'été 2008. Donc, ça dure. Une véritable épreuve.

En fait, la disparition du tatouage est un truc "en plus, au cas où", mais j'ai déjà ma petite idée de ce que mon personnage va développer pour s'en sortir lors de la bataille de Berlin. Il ne sera pas prisonnier, il va passer au travers. Il faut simplement que je laisse mûrir tout ça dans ma tête.

Je pense que je vais relire Anthony Beevor le moment venu, me laisser m'imprégner de cette ambiance chaotique ; le reste s'organisera de lui-même : je verrai à mesure si mon idée tient la route, s'il faut la modifier, la nuancer, y adjoindre des détails supplémentaires, etc.

Pour l'instant, je dois, une fois de plus, gérer les périodes où l'Histoire reprend haleine, avant de se remettre à accélérer. Nous sommes en juin 43, l'insurrection de Varsovie n'a lieu qu'en août de l'année suivante... Il faut à la fois passer en accéléré mais pas trop, sinon le lecteur a la sensation d'une rupture de la continuité du récit, c'est un procédé à n'utiliser qu'avec prudence. Dans le même temps, il faut aussi meubler ce vide de l'Histoire par des petites histoires, des anecdotes qui arrivent à mon personnage, mais là aussi, point trop n'en faut : ça rallonge le roman. Et puis, ça a intérêt de tenir la route, sinon on s'ennuie. On peut craindre également que ça effiloche la trame narrative, la complexifie, crée des lignes divergentes. D'autant que, par la force des choses, je suis obligé de me répéter : par exemple, Wolfgang est imbibé d'alcool et de Pervitine à longueur de temps, et forcément, ça influe sur tout ce qu'il fait. Mais on ne peut remettre ça au milieu toutes les trois phrases. Il faut donc que ça soit présent, mais pas pesant.

Tout ça est un délicat dosage. Une sorte d'exercice de funambule.

A suivre...
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P.S. :

Message  ubik83 le Lun 04 Juil 2016, 7:09 am

... Je me relis et comme toujours du simple fait de changement de support, je ne vois que les erreurs, elles me sautent aux yeux.
Ce texte a déjà été modifié. Je le laisse tel quel ici, mais chez moi, pas mal de petites choses ont été corrigées dans l'intervalle.
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Re: Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

Message  Aldebert - 2 le Sam 09 Juil 2016, 12:56 pm

Bonjour,

Bien intéressant ton texte. Raconté par un témoin, le héros, c'est à mon sens, tout à fait bien vu. Note que Pervitin ne prend pas de e à la fin du mot. Peut-être as tu francisé ce "médicament". clin doeil gri


Cordialement

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Re: Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

Message  Prosper Vandenbroucke le Sam 09 Juil 2016, 3:42 pm

Bonjour Ubik,
Tiens en ce qui concerne Le ou la Pervitin(e):
http://www.39-45.org/portailv2/download/download-101+histomag-n-86-janv-fev-mars-2014.php
Amicalement
Prosper clin doeil gri clin doeil gri
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http://www.freebelgians.be/news/news.php

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J'ai placé la barre très haut...

Message  ubik83 le Dim 17 Juil 2016, 5:24 am

Merci beaucoup pour les feedbacks et les infos.

Dans les documents que j'utilise, on a ajouté un "e" et je sais pour avoir vu les reportages, avec affiches, emballages et autres, que dans la langue de Goethe ça n'en prend pas.

Ce qui compte surtout, c'est qu'on ait le sentiment d'avoir cette époque sous les yeux, et être en contact avec de vrais personnages. Que tout ça soit crédible.

Philip K. Dick avait cette capacité à créer des personnages vivants, touchants, vrais. C'est en tous cas ce que je retiens le plus de son œuvre. Je m'efforce de parvenir à un tel but, à ma façon.

En réalité, le roman que je prépare est, à plus d'un titre, extrêmement ambitieux... J'ai placé la barre très haut, dès le départ, comme toujours dans ce que je fais. Là, ce fut dur car je ne suis pas historien, j'ai cru plus d'une fois que je ne m'en sortirais pas. Peu à peu je parviens à voir la lueur de la sortie, et Steven m'a énormément aidé et encouragé. Grâce lui soit rendue.

Je cherche une info sur Varsovie : il me faudrait un quartier qui, vers la fin de l'insurrection, ait été assez massacré, voire détruit. Son nom, sa spécificité : ouvrier, résidentiel ? Etc. Il faut que dans un premier temps, les combats n'y aient pas lieu. J'ignore si cette demande est réaliste. Pour l'instant, je dégrossis le sujet avec "Et Varsovie fut détruite", de Henri Michel.

Sur la pervitine, j'ai 2 reportages vidéo : "La pilule de Goering", par Arte - qu'on peut trouver sur Internet - et "Les junkies d'Hitler" - idem. C'est sur ça que je me suis basé pour constituer la trame de ce que je raconte.

Au plaisir... et encore merci !
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Re: Jürgen Stroop et le ghetto de Varsovie.

Message  Piermanu le Dim 17 Juil 2016, 1:03 pm

Il y a des quartiers de Varsovie dont la résistance n'a pas pu prendre le contrôle au début de l'insurrection. Closterman signale dans "Tempête sur Varsovie" que la moitié de la ville est couverte d'incendies, mais qu'une partie de la ville est calme : ce sont les quartiers tenus depuis le début par les Allemands.

Je pense que ces quartiers, comme les autres, ont été dynamités par les Allemands, et leur population déportée. A vérifier.

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A suivre...

Message  ubik83 le Dim 17 Juil 2016, 3:12 pm

Bien noté, merci.

Je suis en train de décortiquer le "Et Varsovie fut détruite", de Henri Michel. Cela semble assez complet. Peut-être y trouverai-je la réponse que je cherche. Je suis aussi en contact avec des Polonais qui, je pense, m'aideront volontiers.

A suivre...
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