L'opération d'intoxication "Monastère".

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L'opération d'intoxication "Monastère".

Message  tietie007 le Jeu 08 Mar 2007, 3:15 pm

Source: Missions spéciales, mémoire d'un maître-espion soviétique Pavel Soudoplatov, de Pavel et Anatoli Soudoplatov, avec Jerold et Leona Shecter, Ed du Seuil, 1994. p197-220.

Le coup d'envoi de l'opération "Monastère" fut donné en août 1941. A l'origine, ce qui allait devenir une de nos plus belles réussites en matière d'intoxication de l'adversaire était une idée de l'administration des Missions spéciales du NKVD (*dirigé par Soudoplatov), mise au point avec la collaboration du GRU, en juillet 41. Cette opération de contre-espionnage visait à pénétrer le réseau d'agents que l'Abwehr avait implanté en URSS. Nous avions décidé qu'elle se déroulerait sous les auspices d'une organisation prétendument progermanique et antisoviétique, qui chercherait à prendre contact avec le haut commandement ennemi. (...)
Après avoir avoir analysé tous les réseaux d'agents mis à notre disposition par le contre-espionnage du NKVD, nous décidâmes de prendre pour appât Glebov, l'ancien président de l' Assemblée de la noblesse de Nijni Novgorod (Gorki). Ce septuagénaire était très connu dans le milieu des aristocrates russes car il avait recueilli la famille Romanov à Kostroma en 1913 pour le 300eme anniversaire de la dynastie.
En juillet 41, Glebov vivait quasiment comme un mendiant au monastère de Novodevitchni, aux crochets de l'Eglise orthodoxe russe. Nous avons envoyé notre agent Alexandre Demianov et sa femme, également membre du NKVD, au monastère de Novodevitchi, où ils prétendirent vouloir acheter une croix orthodoxe avant que l'époux ne rejoigne le front. C'est là que Demianov rentra en contact avec Glebov.(*Soudoplatov n'est pas très clair à propos de ce Glebov. Apparemment, Demianov ce serait servi du viel aristocrate pour faire authentifier sa proximité avec les Blancs, dans le milieu des émigrés russes.)

Demianov (nom de code "Heine") était le fils d'un officier de l'armée du tsar, mort à la guerre. Il fut engagé par le NKVD en 1929, car la réputation de sa famille dans les milieux blancs pouvait le rendre utile. Transféré à Moscou, on lui fournit un poste d'ingénieur électricien au Studio cinématographique central, l'équivalent moscovite des studios d'Hollywood. Fréquentant les artistes et les écrivains, il avait le privilège de rencontrer les diplomates étrangers dans les écuries centrales, au Manège.
Juste avant la guerre, un membre de la Mission commerciale allemande à Moscou essaya de le recruter, sous le nom de code "Max", dans les dossiers de l'Abwehr.
Dès le mois de décembre 41, Alexandre alias Heine, avait rejoint l'autre côté du front en se faisant passer pour l'émissaire d'une organisation pro-allemande. Il se déplaçait en skis et prétendait avoir déserté l'armée rouge, près de Gjatsk, à 200 kms au sud-ouest de Moscou. Les allemands méfiants, dans un premier temps, ne le prirent pas au sérieux. C'est en découvrant qu'il était connu dans le milieu des émigrés russes puis qu'il était déjà dans les dossiers de l'Abwehr, à Berlin, sous le code "Max", qu'ils lui firent confiance. En infiltrant Alexandre dans la communauté germanique de Moscou avant la guerre, nous avions adopté une bonne tactique.

En février 42, à l'issue de sa formation par l'Abwehr, Alexandre fut donc parachuté à Moscou avec deux assistants. Ses deux assistants furent rapidement arrêtés. Les allemands envoyaient des agents de liaison dont nous faisions des agents doubles ou que nous arrêtions. Au total, plus de 50 agents de l'Abwehr nous furent ainsi livrés.
La campagne de désinformation commença. Affecté au poste de sous-officier des communications auprès du haut-commendement de l'armée rouge à Moscou, c'est William Fischer qui fut chargé de diriger les communications radio dans cette campagne d'intoxication.
Dans leurs archive, les américains ont appelé toute cette manoeuvre d'intoxication que fut l'opération "Monastère" : " l'affaire de l'agent Max". Le chef des services secrets militaires allemands, Reinhardt Gehlen, se félicite, dans ses Mémoires, parues en 1971, du rôle joué par l'agent Max, l'un des plus grands succès remportés par les services secrets de son pays pendant la guerre, d'après lui ! Il est vrai que les allemands récompensèrent Max en lui conférant la Croix de Fer, tandis que de notre côté nous l'avions décoré de l'Ordre de l'Etoile rouge.
L'opération Monastère trompa à de nombreuses reprises les allemands. L'opération Mars, pour réduire le saillant de Rjev, qui fut un échec sanlgant pour les forces soviétiques, fut une information donné par Max, pour assurer définitivement sa fiabilité auprès des allemands, et celà, au détriment de Joukov qui commandait l'opération. Quelques semaines après l'opération Uranus était un franc succès ! Lors de la bataille de Koursk, Max avait déjà envoyé, en avril-mai 1943, un faux rapport à Berlin pour indiquer que, malgré l'importance de nos réserves situées à l'est et au sud de Koursk, ces troupes n'avaient qu'une faible capacité de manoeuvre.

Grâce à leur machine Enigma et avec l'aide d'un officier allemand des communications, le lieutenant-colonelSchmidt, les britanniques parvinrent à déchiffrer quelques uns des messages radio envoyés par Max à Berlin. Ils nous revinrent par Blunt, Cairncross et Philby, nous avions donc la preuve que cette opération de désinformation fonctionnait.
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