Archives secrètes de Bretagne 1940-1944

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Archives secrètes de Bretagne 1940-1944

Message  Invité le Dim 22 Avr 2007, 10:58 am

Archives secrètes de Bretagne 1940-1944
par Henri Fréville, éditions Ouest France, 2004
La réédition des Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 permet à tout un chacun de disposer des références et preuves des compromissions du "mouvement breton" rassemblées par l'historien Henri Fréville.



Publiées en 1985, les Archives secrètes de Bretagne 1940-1944 étaient depuis longtemps épuisées. Les Editions Ouest-France viennent de rééditer l'œuvre d'Henri Fréville. Henri Fréville, historien, doyen de la Faculté des Lettres de Rennes, ancien maire de la ville, ancien député et sénateur d'Ille-et-Vilaine, n'ambitionnait sans doute pas de « s'en tenir à une analyse de l'autonomisme breton et de son idéologie pendant la guerre », ainsi que le souligne dans un court avertissement, son fils, le sénateur Yves Fréville. Il n'empêche que les découvertes du chercheur sur les compromissions des autonomistes bretons avec l'occupant nazi, ont permis d'élargir le champ des connaissances dans ce domaine, et ce n'est pas le moindre mérite de l'ouvrage.

H. Fréville note ainsi, concernant Roparz Hemon, l'idéologue du Mouvement breton et des écoles Diwan, ses propos publiés dans le journal Arvor du 26 juillet 1942 : « …les petits Bretons doivent apprendre que les Celtes ont subi plusieurs siècles de honte et d'esclavage, depuis le temps où les légions romaines débarquaient dans l'île de Bretagne jusqu'au temps où feue Marianne livrait notre pays à ses juifs. » (p. 146).

L'historien établit que les renseignements fournis aux autorités d'occupation sur le préfet Ripert « émanent des cercles autonomistes bretons » (p. 193. Parmi les nationalistes bretons collaborateurs, Roparz Hemon occupe une place prépondérante : « …dès le premier semestre 1942, Roparz Hemon lui [le Dr Weisgerber] prêtait un concours actif dans la constitution d'un dossier manifestement destiné à accabler le préfet régional » (p. 178).

Bref, on retiendra donc que les positions idéologiques et l'activité collaborationniste de Roparz Hemon ont été établies très tôt. Ce qui lui valut, à la Libération, une condamnation à dix ans d'indignité nationale.

La réédition des Archives secrètes de Bretagne permet donc à tout un chacun de disposer des références et preuves de ces compromissions rassemblées par l'historien.

Mais le mérite de cette réédition est décuplé par la richesse de la postface ainsi que des notes et rectificatifs adjoints à l'ouvrage. Non signés, -- et l'on ne pourra que s'étonner de cet anonymat --, elles émanent manifestement d'un très bon connaisseur de l'histoire de la période et des recherches universitaires effectuées depuis la fin de la guerre (1).

On y relève ainsi l'appréciation portée par l'historien Michel Nicolas : « On doit à la vérité de dire que la quasi-totalité du Mouvement breton organisé politiquement a collaboré d'une manière ou d'une autre pendant la guerre. » (p. 342).

A lire les notes et rectificatifs, on découvre que, non seulement la quasi-totalité du « mouvement breton » a collaboré avec les nazis mais que pratiquement tous ses dirigeants, et non pas Roparz Hemon seul, mais Yann Fouéré, Morvan Marchal, l'inventeur du drapeau national breton dit « gwenn ha du » et tant d'autres, figurent sur la liste des agents de la Gestapo en Bretagne.

Concernant l'abbé Perrot, exécuté par la Résistance en 1943, il était établi dans les milieux autonomistes que le curé de Scrignac était largement innocent des faits de collaboration qu'on lui imputait. Pourtant la note 11 p. 343 est sur ce point révélatrice puisqu'elle mentionne, en forme de démenti irréfutable : « On trouve notamment dans Feiz ha Breiz, en novembre 1940 un article de l'abbé Perrot se félicitant que le duc Jean Le Roux ait chassé les Juifs de Bretagne en 1240 et incitant à suivre son exemple dans l'Europe entière… ». C'est dans « une cabane, dans son jardin qu'étaient cachées des armes débarquées sur la côte du Trégor ». La note précise que ces armes, en provenance de l'Allemagne nazie avaient été débarquées en 1939 à Loquirec. L'abbé Perrot était bel et bien un militant politique engagé aux côtés des nazis.

Pour en revenir à Roparz Hemon, les notes et rectificatifs font état d'un courrier adressé par Olier Mordrel à Henri Fréville au lendemain de la parution de son livre, en 1985. Olier Mordrel était un des responsables du Parti National Breton pro-nazi. Il reproche à Henri Fréville une connaissance insuffisante des orientations tactiques de Roparz Hemon et apporte les précisons suivantes : « Son idéologie, ses fantasmes, ne posent aucun problème. Il les avait exposés en long et en large dès 1925, dans son premier livre, « An Aoutrou Bimbochet e Breizh », nouvelle d'anticipation historique, où la France et la culture française sont baffouées (sic) avec un humour féroce dans le cadre d'une Bretagne redevenue indépendante. Son attitude avait une raison tactique. Il était aussi séparatiste que nous, mais il trouvait habile de placer la défense et illustration de la langue sur un terrain neutre, pour obtenir un rassemblement plus large… » (p. 347).

Les autonomistes bretons actuels, malgré la connaissance exacte qu'ils avaient de la personnalité de Roparz Hemon, ont placé celui-ci en exemple aux jeunes générations notamment par la dénomination éponymique du Collège Diwan du Relecq-Kerhuon, près de Brest, ou encore celle du Centre Culturel breton de Guingamp. Certes, le collège Diwan a été « débaptisé », suite à une campagne de protestation, mais la façade du Centre Culturel breton de Guingamp arbore toujours le portrait de l'idéologue et collabo breton.

Jack Lang, quand il était ministre, avait donné son accord ( rejeté par le Conseil constitutionnel) pour l'intégration de Diwan au sein de l'école républicaine (2)). Aujourd'hui l'école communautariste à fondement ethno-linguistique annonce l'ouverture de classes à Paris en cette rentrée scolaire 2004.

A l'heure où, pour stigmatiser l'antisémitisme, responsables et élus de tous bords se réfèrent au « devoir de mémoire » , il est curieux que cette mémoire devienne si sélective lorsqu'il s'agit du nationalisme breton. On trouvera dans les Archives secrètes de Bretagne matière à réflexion sur cette question toujours d'actualité.

Source : http://www.communautarisme.net/Archives-secretes-de-Bretagne-1940-1944_a284.html

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Re: Archives secrètes de Bretagne 1940-1944

Message  Invité le Ven 27 Avr 2007, 6:36 am

Bonjour,
J'ai demande par e-mail l'avis sur ce livre de Monsieur Kristian Hamon, specialiste reconnu de la collaboration en Bretagne et il a eu l'amabilite de me repondre en detail. Qu'il en soit ici remercie.

Cher Monsieur,

Quelques minutes pour vous répondre, comme vous me le demandez gentiment à propos du livre d'Henri Fréville "Archives secrètes de Bretagne". Il faudrait plutôt quelques heures !

Tout d'abord, ce livre a toujours été pour moi un ouvrage de référence. Fréville a été le premier, et de manière irréfutable, a prouver que Roparz Hemon était payé par les Allemands lorsqu'il travaillait au poste de radio Rennes-Bretagne pendant l'Occupation. Et il n'était pas le seul, ainsi Youenn Drezen ou Fanch Eliès, deux autres intellectuels bretonnants. J'ai déjà écrit à ce sujet dans une revue bretonne que cela constituait à mes yeux un "acte de collaboration" caractérisé. Ou alors ce mot n'avait plus aucun sens. Inutile de vous préciser les lettres indignées que j'ai pu recevoir ! Pour autant, lorsque l'on consulte le dossier d'instruction du procès de Roparz Hemon, où figurent les documents relatifs à cette radio (Intitulé des différentes émissions : plutôt rébarbatives d'ailleurs, leurs dates, les participants et les salaires versés), rien ne permet d'affirmer qu'il y ait eu de la propagande nazie. Dire le contraire n'est que spéculation intelectuelle. Quoiqu'il en soit, le comportement de Hemon sous l'Occupation est injustifiable, et le fait qu'il a été salarié des Allemands était connu depuis 1985, année de la parution du livre de Fréville. Donner alors son nom à un établissement d'enseignement était une grave erreur.

A propos de cette fameuse liste d'agents de la Gestapo, où figure également son nom, quelques rapides précisions : Cette liste existe aux Archives et est attribuée au CIC américain. Sans que l'on puisse en être vraiment certain. Aucune signature ou tampon officiel, aucune date ! Pour un historien, admettez que l'analyse diplomatique n'est pas évidente. Il y a même une autre liste à peu près similaire, réalisée par la police ou les RG. Chacune comporte des noms suivis des lettres SR et d'un numéro. Figurent ensuite des renseignements quelques fois totalement farfelus sur les agents. Cette liste aurait été réalisée par le CIC à partir de fiches individuelles retrouvées à la Libération par les Américains au siège de la Gestapo de Rennes. Le problème est que ces fiches sont introuvables, rendant l'authentification de la liste impossible. Bon nombre des personnes qui y figurent sont effectivement d'authentiques collaborateurs de la pire espèce. Mais ce n'est pas le cas de toutes. Alors ? Difficile de répondre en l'état actuel des recherches. Je pense qu'il faudrait faire un tour du côté des archives allemandes ou américaines. Lors des procès de l'épuration, plusieurs avocat ont dit que cette liste avait été fabriquée de toute pièce par la police (qui avait beaucoup de choses a se faire pardonner). Ce n'était pas nouveau, en effet, pour les policiers de mélanger sur une liste de vrais agents de la Gestapo avec de simples suspects. Cela s'est pratiqué et se pratiquera dans de nombreux pays ! Pour ma part, j'incline à penser que ces fiches étaient bien réelles, et bien dans l'esprit bureaucratique de l'armée allemande. En ce qui concerne la liste, il est impossible pour l'instant d'en certifier l'authenticité.

Une précision toutefois, et de taille : Dans des documents versés aux Archives en 2006, donc après la parution de mes deux ouvrages, j'ai découvert trois rapports rédigés en allemand, datés et signés, concernant deux dénonciations reçues par les SD de Brest et Saint-Brieuc. La première concerne un républicain espagnol réfugié à Brest dénoncé par l'agent "SR 769". Ce numéro correspond sur la liste à un responsable du Parti National Breton de Morlaix. La deuxième concerne Paul Hutin, directeur de "L'Ouest-Eclair", l'ancêtre de "Ouest-France". Il est dénoncé au SD de Saint-Brieuc par l'agent "SR 205". Celui-ci, sur la liste également, n'est autre que le sinistre Munoz qui, avec sa bande, va arrêter et fusiller dans des conditions atroces le célèbre lieutenant parachutiste SAS "Marienne" et 17 autres résistants le 12 juillet 44. Ces documents, authentiques, retrouvés au siège du SD de Saint-Brieuc sont tous datés de 1943. Donc si la liste est sujette à caution, les fiches et les numéros des agents existaient bien avant la Libération.

Bien à vous,

Kristian Hamon.

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