La nazification de l'économie allemande.

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La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Mar 24 Avr 2007, 11:56 am

Pendant très longtemps, la thèse du nazisme, créature du grand capital a été dominante, et relayée par les intellectuels marxistes. Je pense à l'essai de Nikos Poulantzas, "Fascisme et Dictature".
Mais depuis la multiplication des recherches sur les relation
s entre le grand capital allemand et les Nazis, la réalité est en fait beaucoup plus complexe !

Source: Alan Bullock, Hitler et Staline, Vies parallèles, Abin Michel/Robert Laffont, 1994.
p. 470-490.



1) Hitler et le monde de l'industrie et de la banque.

Comme il réussit à se concilier les militaires, Hitler oeuvra pour avoir une bonne entente avec l'industrie et la banque pour favoriser le réarmement. Il supprima d'ailleurs les syndicats et les négociations collectives et jusqu'en 1936, l'économie allemande fonctionna dans le cadre du capitalisme industriel d'antan.
Le réarmement fut une priorité pour les nazis. Harold James donne le chiffre de 10,4 milliards de marks comme minimum des sommes dépensées pour le réarmement jusqu'en mars 1936, soit 5,2% du PNB, sur la période 1933-1935.
On peut constater, aussi, un fort accroissement de l'investissement dans l'administration, ce qui reflète le nombre d'emplois crées dans les bureaucraties de l'Etat et du Parti (*le nazisme est aussi un étatisme bureaucratique). Comparé aux 19,3% du total des investissements allemands en 1928 et aux 25,9% en 1932, celui-ci atteignit 35,7% en 1934.
Du fait des remplacements des négociations collectives par le contrôle étatique, les salaires évoluèrent à peine après 1932, et la part des salaires dans le revenu national tomba de 56 % en 1933 à 51,8% en 1939. Si il y avait de l'agitation au sujet des salaires, comme ce fut le cas sur certains chantiers de construction, on faisait appel à la Gestapo, "La première cause de stabilité de notre monnaie", dit un jour Hitler au banquier Schacht, "c'est le camp de concentration".
La même remarque s'appliquait au prix. "Je veillerai à ce que les prix restent stables", garantit Hitler à Rauchschning. "Pour cela j'ai les SA. Malheur à l'homme qui augmente les prix ! Nous n'avons pas besoin de mesures légales, nous pouvons faire cela avec le Parti seulement."

2) La nazification de l'économie.

a) La défaite de Schacht.

Maître de la manipulation financière et fiscale, Schacht s'estimait indispensable. Les querelles de 1936, qui conduisirent à sa défaite et à la mise en place du Plan quadriennal, commencèrent avec la pénurie de viande et de matière grasse à la fin 1935. Le banquier mit la crise sur le dos de la mauvaise planification du ministère de l'Agriculture de Darré, et réclama que la politique agricole soit ramenée sous le contrôle du ministère de l'Economie. La réaction d'Hitler fut de charger Goering de jouer les arbitres. A la surprise générale, le gros Maréchal prit parti pour Darré contre Schacht.
Avec le plein emploi, les grandes entreprise et le ministre de l'Economie étaient partisans d'ouvrir l'économie pour exporter. Hitler ne l'entendit pas de cette oreille. Pour lui, le réarmement était l'objectif numéro un, et l'augmentation des dépenses de l'Etat était indispensable. Pour moins dépendre des approvisionnements étrangers, les nazis vont dévolepper une politique d'autarcie.
Parmi les proches d'Hitler, le plus enthousiaste partisan des idées d'autarcie et d'autosuffisance économique était Wilhelm Keppler. Originaire d'une famille de petits industriels, il était entré au Parti nazi à la fin des années 20. Nommé conseiller économique du Führer au début de 1932. Il défendit opiniâtrement ses idées d'autarcie économique. Pareille politique flattait le reste d'hostilité du parti nazi à l'égard de la grande entreprise, et des liens avec la finance internationale et le marché mondial qui étaient les fonds de commerce de Schacht.
Au congrès du Parti nazi à Nuremberg de 1935, alors que Schacht déversa son mépris sur la notion d'autarcie, qu'il jugeait impraticable, Hitler prit fait et cause pour elle. (p477).
Les accrochages entre le financier et les nazis se multiplièrent début 1936. L'idée de nommer quelqu'un à la tête d'une commission spéciale chargée d'enquêter sur les questions de devises et de matières premières était déjà dans l'air. Le choix de Goering, fut facilité par les recommandations de Schacht et de Von Blomberg. Ce fut quand même une surprise dans la mesure où le Maréchal allemand avait affirmé qu'il ne comprenait goute en économie ! Schacht et Blomberg avait joué un jeu dangereux en pariant sur l'incompétence de Goering, croyant que le Maréchal, satisfaisant le Parti, ferait la potiche alors qu'il manoeuvrerait dans l'ombre !
Goering était un des rares nazis à avoir une éducation, et à pouvoir évoluer sans problème dans les milieux conservateurs. Son entregent et sa faconde était utile au Führer pour faire le lien avec l'établishment.

b) Le réarmement et la Luftwaffe.

Goering avait pour ambition de doubler l'aviation. Dépenses très lourdes à laquelle s'opposait Schacht. L'arbitrage d'Hitler fut en sa faveur. Les dépenses militaires totales de l'allemagne passèrent de 1 953 milliards de marks en 1934-35 à 8 273 milliards en 1937-38, et la part de la Luftwaffe dans ce quadruplement des dépenses passa de 32,9 % à 39, 4 %..
A longue échéance, la nomination de Goering se révéla désastreuse tant pour l'économie que pour laLuftwaffe. Mais sur le moment elle promettait à Hitler d'atteindre trois de ses principaux objectifs :
- la politisation des prises de décisions économiques.
- la préparation de la transition vers une économie de guerre.
- début de la nazification des forces armées.

Sur ce dernier point, Hitler, voyait dans la nouvelle arme aérienne, une possibilité de casser le moule de la tradition militaire prussienne et de créer une éthique de la Luftwaffe (comme plus tard avec la Waffen SS) plus proche de celle du national-socialisme.
Schacht, représentant de l'industrie et de la finance allemande était contre un réarmement massif qui pourrait provoquer de l'inflation et plomberait les comptes de l'Etat, tout en freinant les exportations.
L'armée était contre Goering pour des raisons différentes. Elle était pour le réarmement mais elle voulait que celui-ci se fasse sous le contrôle militaire unifié du ministère de la Défense.

c) La montée de Goering.

Après l'éclatement de la guerre civile en Espagne, Hitler charge Goering de mettre sur pied, à Séville, une commission aux matières premières et au commerce, connue sous le nom de Hisma-Rowak, chargée des relations économiques avec l'Espagne nationaliste de Franco et de garantir l'accès de l'Allemagne au minerai de fer espagnol.
Il décida peu après, de donner la charge de son nouveau plan quadriennal à Goering, lui laissant le soin de contrôler Schacht et Blomberg. (*Un vrai camouflet pour le monde de l'industrie et l'armée !)
Le 4 septembre 1936, Goering informa le cabinet de la nouvelle tâche dont il était chargé et lut le mémorandum de Hitler, qui donnait la priorité absolue au réarmement et à l'autosuffisance.
Un décret conférant à Goering le pouvoir de promulguer lui-même des décrets et "de donner des instructions à toutes les autorités" fut publié le 18 octobre 1936, et 10 jours plus tard, il déclarait à une foule de nazis en liesse, au Sportpalast de Berlin :

"Le Führer m'a confié de lourdes fonctions ...je ne les assume pas en tant que spécialiste (...) mais en tant que national-socialiste."

3) Le plan quadriennal.

L'adoption du plan quadriennal marqua plus qu'un changement de politique économique : elle marqua aussi un déplacement de l'équilibre du pouvoir en Allemagne.
Le fait qu'un Alter Kämpfer autoproclamé fût mis aux commandes de l'économie et du réarmement à la place d'un banquier, d'un industriel ou d'un représentant de l'armée indiquait que les termes de l'alliance entre les chefs nazis et les élites traditionnelles allemandes, réaffirmée en 1934, avaient changé, non à la suite d'un accord mais sous l'effet de l'action unilatérale d'Hitler, sans consultation préalalable.
L'attitude qu'il eut envers le mémorandum, exprimant le point de vue de l'armée, que lui adressa von Blomberg, en 1937, illustre la froideur du Führer envers les revendications des élites traditionnelles. L'armée posait 3 conditions :
- en tant que ministre de la Défense, il revendiquait la charge des préparatifs de guerre et du fonctionnement de l'économie de guerre.
- Schacht et non Goering devait être responsable des préparatifs de guerre en tant de paix.
- la fonction de Goering devait disparaître si la guerre éclatait. En temps de paix, elle devait être réduite à un nombre de matières premières limitées.
Si ces conditions n'étaient pas remplies, l'armée n'était pas prête à travailler avec Goering. (*Ce mémorandum, en forme d'ultimatum illustre les illusions de l'armée qui se croyait, encore, en position de force. Il scella le sort de Blomberg, qui sera mis à l'écart après une affaire montée de toute pièce par Himmler.)
Hitler ne répondit pas. Il ne tint aucun compte de la protestation et laissa Goering poursuivre son travail.
Pour la première fos dans l'histoire de l'Allemagne moderne, le veto de l'armée n'avait pas produit d'effet.
Le propre Mémorandum d'Hitler, dont, selon Speer, il y eut seulement trois copies et dont le texte resta secret, fournit la confirmation de l'inéluctabilité de la guerre.
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Mar 24 Avr 2007, 11:56 am

(suite de l'article)


4) La nazification de l'économie.

Le plan quinquennal de Staline, réalisé en 4 ans, avait fait grosse impression sur Hitler comme sur Goering. Ce qui suivit en Allemagne n'eut toutefois rien d'aussi net que l'expropriation de l'industrie capitaliste par l'Etat qui avait eu lieu plus tôt en Russie.
On en parlé d'un "capitalisme désorganisé", dans la sphère économique, équivalent au "chaos administratif" de la fonction publique.
Au cours de l'année 1937, les opérations du plan quadriennal furent étendues au commerce, à l'industrie et aux transports ainsi qu'aux investissements. Les 2/3 du total des investissements en capitaux de 1937 et 1938, furent faits par l'intermédiaire du plan quadriennal, du ministère de l'Air et des autres bureaux placés sous l'autorité de Goering (*Schacht et les milieux convervateurs avaient définitivement perdu la partie ...)
Mis devant le fait accompli, Schacht donna sa démission en Novembre 1937. A ce moment là, Goering avait déjà transformé le quatrième plan en un centre de contre-pouvoir économique, non pas en balayant la structure existante (comme en Russie) mais par un continuel transfert des activités et des initiatives vers la nouvelle structure.
Il plaça ses hommes à la tête des 7 divisions du plan quadriennal. Par exemple Herbert Backe, secrétaire d'Etat à l'agriculture, normalement sous l'autorité de Walther Darré, ministre de l'Agriculture, fut nommé à la tête de la production agricole, au Plan, et régentait de fait, le Ministère de l'Agriculture !
Toute différente fut la nomination de Carl Krauch, un des meilleurs chimistes d'IG Farben, à la tête du service de la recherche du Plan, avec la responsabilité de favoriser l'auto-suffisance maximale du Reich pour 25 à 30 produits cruciaux. Cela aboutit à la connexion entre le plan et la plus grande société industrielle d'Europe, IG Farben, qui désormais évita les attaques des nazis contre la citadelle du "capitalisme international juif" (Il y avait 18 juifs dans ses divers conseils d'administrations !)
Si Farben collabora bien avec le plan, les industriels du fer et du charbon de la Ruhr eurent des réticences. Organisé au sein d'institutions telles que le Syndicat du charbon de la Rhénanie-Westphalie, fondé en 1893 est souvent considéré comme le premier cartel industriel moderne, était depuis longtemps un lobby puissant.
Bien disposés à l'égard du gouvernement nazi, au début, les différends apparurent assez rapidement. Les industriels ne voulaient pas augmenter leur capacité de production ni à accepter l'exploitation anti-économique des resources allemandes en minerai de fer à faible teneur.
Tant que Schacht dirigea l'économie, il défendit le droit des industriels de la Ruhr de prendre des décisions correspondant à ce qu'ils considéraient comme leur intérêt, en rejetant toute interférence de l'Etat. Goering, lui, exigea rapidement que les industriels subordonnent leurs intérêts particuliers aux besoins nationaux. Sur les 21 millions de tonnes de minerai de fer fondues en 1935, seulement un quart avait été fourni par les sources domestiques. Le Reichmarshall exigea donc que les industriels de la Ruhr se lancent dans l'exploitation des minerais à faible teneur du centre et du sud de l'Allemagne. Quand ils refusèrent, il déclara que "l'Etat devait se substituer à l'industrie privée quand elle s'avérait défaillante."

Pendant l'été 1937, Goering annonça le projet, approuvé par Hitler, de création d'un complexe industriel, baptisé Hermann Goering Reichswerke, pour l'extraction et la fonte du fer à partir du minerai à faible teneur de Saltzgitter, dans le Brunswick. Quand les industriels de la métallurgie du fer et de l'acier présentèrent un document dans lequel ils rejetaient la politique d'autarcie de Goering, il menaça de les faire arrêter comme saboteurs.
On offrit en même temps un gros contrat d'armement à Krupp afin de briser toute tentative d'opposition de former un Front uni. C'est cet affrontement et la défaite de la Ruhr qui finirent par ruiner la position de Schacht et conduisirent à sa démission.

5) La Herman Goering Reichswerke.

Sa création marqua un nouveau déplacement de l'équilibre du pouvoir économique, déjà modifié par le plan quadriennal. Car non seulement il fit passer l'Etat-Führer du stade contrôle de l'économie à celui de la propriété et de la gestion étatiques de l'industrie.
Au début de 1938, il autorisa l'augmentation des fonds d'Etat destinés à la nouvelle entreprise, en portant le capital de 5 à 400 millions de marks. L'entreprise fut peuplée de militants nazis. Son directeur général, Paul Pleiger, avait été un petit producteur d'acier hostile au grand capital. L'un de ses proches associés, Wilhelm Meinberg, dirigeant paysan nazi depuis les années 20, et Klagges, un autre directeur, vieux membre du parti.
Goering poursuivit l'expansion des Reichswerke en y affectant tout le capital industriel sur lequel il réussissait à mettre la main. Figuraient dans le lot les sociétés juives "aryanisées" sur ordre, les avoirs charbonniers de Thyssen dans la Ruhr, confisqués en décembre 1939, les usines d'armement comme Rheinmetall Borsig et la plus grande partie des industries saisies en Autriche et en Tchécoslovaquie.
Quand la guerre éclata, les Reichswerke avaient remplacéIG Farben en tant que première entreprise industrielle d'Europe et étaient sur le point de devenir l'instrument économique de l'expansion impérialiste nazie.
Peter Hayes, l'historien d'IG Farben, dit que les opérations économiques de Goering consistèrent à "dépouiller l'économie allemande" pour les besoins du réarmem
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Mar 24 Avr 2007, 1:36 pm

Un article intéressant, sur le site de la LCR, sur les rapports entre les nazis et le patronat...article qui remet en cause la manipulation des nazis par le grand capital ...un gage de crédibilité si ces propos sont sur le site de la LCR !!

http://www.lcr-rouge.org/article.php3?id_article=1394&var_recherche=nazi
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Invité le Mer 25 Avr 2007, 9:34 am

Bonjour,
Marrant de trouver cet article sur le site de la LCR !
Et, comme tu dis, gage de credibilite de la these "Les nazis manipulerent le patronat allemand".

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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Mer 25 Avr 2007, 10:29 am

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
Marrant de trouver cet article sur le site de la LCR !
Et, comme tu dis, gage de credibilite de la these "Les nazis manipulerent le patronat allemand".

Oui, si la LCR met cette thèse sur son site, qui est plutôt contraire à ce qu'elle a pensé durant des années, celà veut bien dire que les nazis n'ont nullement été manipulés par le patronat allemand...mais que c'est plutôt eux, qui ont mis au pas, par l'intermédiaire du Plan Quadriennal de Goering les "tycoons" de l'économie allemande !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Dim 10 Juin 2007, 11:24 pm

Il y a aussi la thèse de l'histoiren marxiste Kurt Gossweiler, qui déserta l'armée allemande pour passer du côté soviétique, en 1943, dans son livre



qui lie Grand Capital et Nazisme ...Thèse mécaniste qui est même récusée par des historiens communistes, comme Yves Durand ...Il faut dire que Gossweiler, historien à l'époque stalinienne, confondait souvent propagande et histoire ...
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Invité le Lun 11 Juin 2007, 7:25 am

Bonjour,
Oh, il n'est pas necessaire de remonter aux "historiens officiels" de l'epoque de Staline pour trouver cette these...

Un recent ouvrage d'Annie Lacroix-Ritz, "le choix de la defaite", nous fait decouvrir, a l'aide de nombreuses decouvertes dans les archives, a quel point les grands industriels francais ("Le grand capital" dit-elle) se sont compromis avec les nazis durant la DGM pour en conclure que c'est eux qui ont orchestre notre defaite en 1940 pour pouvoir mieux capitaliser en rond avec les nazis.

Ca ne fonctionne pas trop, car considerer ce que l'on appelle la bourgeoisie francaise comme monolitique et organisee vers un but commun peche un peu. Il y avait meme quelques ci-devant bourgeois de belle figure a Londres avec de Gaulle ou exiles aux USA...

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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Lun 11 Juin 2007, 9:05 am

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
Oh, il n'est pas necessaire de remonter aux "historiens officiels" de l'epoque de Staline pour trouver cette these...

Un recent ouvrage d'Annie Lacroix-Ritz, "le choix de la defaite", nous fait decouvrir, a l'aide de nombreuses decouvertes dans les archives, a quel point les grands industriels francais ("Le grand capital" dit-elle) se sont compromis avec les nazis durant la DGM pour en conclure que c'est eux qui ont orchestre notre defaite en 1940 pour pouvoir mieux capitaliser en rond avec les nazis.

Ca ne fonctionne pas trop, car considerer ce que l'on appelle la bourgeoisie francaise comme monolitique et organisee vers un but commun peche un peu. Il y avait meme quelques ci-devant bourgeois de belle figure a Londres avec de Gaulle ou exiles aux USA...

Il ne faut pas confondre alliance de circonstances et manipulation. La thèse en vogue chez certains léninistes (heureusement il n'y en a plus beaucoup ...) et qu'Hitler n'aurait été que le jouet du grand capital allemand ....Or une lecture simple de la chronologie suffit à défaire cette option ! Certes des industriels allemands, je pense à Thyssen, ont aidé le NSDAP, mais d'autres ont arrosé d'autres partis de droite ! Hugenberg, le chef du parti nationaliste (DNVP), était un magnat du cinéma allemand, qui représentait plus les milieux traditionnels qu'Hitler.
Si au début du règne nazi, certains ont cru manipulé le Führer, ils se sont lourdement trompés ! Dans un premier temps, Hitler va donner le change au patronat allemand, en interdisant les syndicats et le parti communiste, il va, sous la pression de l'armée, éliminer la S.A. de Rohm, et placer à la tête du Ministère de l'économie, Schacht, représentant des intérêts de la finance et de l'industrie. Mais très vite, les nazis vont reprendre le pouvoir.
Le mémorandum d'Hitler, en septembre 1936, rare document écrit où le dictateur s'est épanché sur ses conceptions économiques, souligne bien que pour le dictateur, c'est l'Etat qui montre la voie et que le privé n'a qu'à exécuter. L'économique, dans sa pensée, est subordonnée au Politique. Et les menaces sont à peine voilées dans ce document contre ceux qui ne joueraient pas le jeu !
La création du Plan Quadriennal, piloté par Goering, en 1936,et l'éviction de Schacht du ministère de l'Economie, est un signal assez clair sur la nazification de l'économie.
Quant à l'armée, autre institution qui a gardé une certaine autonomie, sa mise au pas sera faite par l'éviction du Ministre de la Guerre, von Blomberg et du chef de l'OKH, von Fritsch en 1938 !
Après, que certaines entreprises aient collaboré avec le pouvoir nazi, cela me semble évident ...je pense à I.G.Farben. Mais ce ne sont pas ces entreprises qui manipulaient Hitler et qui ont décidé de la guerre, elles ont simplement fait du business en remplissant des commandes d'Etat.
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Baugnez44 le Lun 11 Juin 2007, 12:04 pm

Je pense que vouloir faire à tout prix du nazisme l'avatar ultime du capitalisme est tout aussi erroné que de vouloir en faire un socialisme poussé à l'extrême.

Et les deux thèses se recontrent, contrairement à ce qu'on pourrait croire.

L'économiste autrichien Friedrich von Hayek avait dans son livre The Road to Serfdom (la route de la servitude) paru en 1944 considéré le régime nazi comme un régime de type collectiviste.

Si certaines idées de Hayek sont à mon avis pertinentes, il ne faut pas oublier que Hayek est avant tout un économiste et non un historien. Par ailleurs, en 1944, Hayek est réfugié à Londres et n'est probablement pas très informé de ce qui se passe réellement au sein des frontières du Reich. En outre, il présente le défaut commun de tous les économistes, à savoir que tout (y compris l'histoire) se résume à une analyse économique.

Or s'il est est clair que l'organisation nazie de la société présente certaines caractéristiques collectivistes, çe ne suffit pas pour faire du nazisme un dérivé du socialisme (comme le prétendent certains). En effet, les buts poursuivis ne sont pas les mêmes. Les mesures de collectivisation prises par le régime (qui n'ont par ailleurs rien de capitaliste et s'y opposent) sont motivées par la nécessité de mettre l'économie en état de supporter une guerre. Et toute la production économique, qu'elle soit industrielle ou agricole, sera en définitive tournée vers cet objectif.

En fait, le nazisme ne dérive ni du capitalisme ni du socialisme (même s'il peut éventuellement faire des emprunts aux deux) mais d'un nationalisme chauvin et raciste qui exclut de la nation toute personne qui n'en fait pas ethniquement partie.

A ce titre, on peut considérer que le nazisme survit dans pas mal de groupes politiques contemporains. C'est lui qu'on a vu à l'oeuvre dans la dernière guerre à avoir ébranlé une partie de l'Europe, à deux heures d'avion de Bruxelles ou de Paris.

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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Lun 11 Juin 2007, 12:24 pm

Le nazisme a une dimension "socialiste" dans son volontarisme étatique et dans la négation de l'individu au profit de l'ethnie, comme le socialisme dépasse l'individu au profit de la classe. Cette tendance "socialiste" était incarnée par les frères Strasser, au sein du NSDAP. Mais évidemment, le nazisme s'oppose aux buts universalistes du socialisme, puisque il se contente d'exalter la singularité germanique au détriment des autres nations. De plus, chez les marxistes, l'infrastructure économique détermine tout le reste alors que pour Hitler, voir son mémorandum de septembre 1936, c'est l'Etat nazi, qu'il incarne, qui dirige l'Economie.
Mais le nazisme a quelque chose de radicalement nouveau, comme l'avait pressenti Hannah Arendt, et il n'est pas mécaniquement l'émanation du Grand Capital. Si certains cercles du monde des affaires ont soutenu son ascension, le futur Führer va bien vite se libérer de la tutelle patronale et militaire (voir le sort d'Hugenberg, de Schacht et de von Blomberg !) pour avoir une vision totalement idéologique de l'horizon allemand. La guerre n'était pas voulu par le patronat allemand, elle fut imposée par Hitler lui-même d'après sa doctrine impériale et raciste !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Lun 11 Juin 2007, 12:40 pm

J'ai un débat sur le nazisme sur un autre forum, le gars qui est animateur du topic est un pur léniniste, et ça fait un peu peur ...Rarement vu un manichéisme aussi réducteur ! Je ne savais pas que ça existait encore ce genre de gugusse !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Lun 11 Juin 2007, 4:04 pm

Un lien sur les méthodes "économiques" nazies :

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/ALY/12192
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Sam 16 Juin 2007, 3:03 pm

Une biographie de Schacht, représentant des milieux d'affaire allemands, minnistre de l'Economie, démissionnaire en 1937 devant la réorientation de la politique économique allemande, et la montée en puissance de Goering au sein du Plan quadriennal, dès 1936.
Pour moi, c'est l'année où Hitler commence à prendre son autonomie par rapport au "grand capital" allemand !

http://frederic.clavert.free.fr/htm/bio_schacht.html

Cela remet en cause la thèse marxiste, que je trouve trop mécaniste, sur la manipulation des nazis par le patronat allemand !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Invité le Lun 18 Juin 2007, 8:43 am

Bonjour,
tietie007 a écrit:Pour moi, c'est l'année où Hitler commence à prendre son autonomie par rapport au "grand capital" allemand !
Qu'est ce qui te fait penser qu'il n'etait pas autonome avant ?

Des la prise du pouvoir (Et pour certains avant meme), les grands industriels allemands sont tombes dans les pieges hitleriens sans comprendre vers quoi il les menait et se contentant d'etre ravis de l'interdiction des partis de gauche puis des syndicats tout en se frottant les mains devant le rearmement a outrance, le tout sans influencer grand chose dans les orientations politiques et economiques.

L'etape Scharcht etait utile pour demarrer puis graduellement nazifier l'economie. Tout se fit d'ailleurs graduellement dans le Reich, prise en main de l'armee, de l'economie, elimination des Juifs, etc...

Pas a pas, preferant la seduction a la force brutale d'entree, la compromission des cadres concernes a l'ordre sans appel.

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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Lun 18 Juin 2007, 1:57 pm

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
tietie007 a écrit:Pour moi, c'est l'année où Hitler commence à prendre son autonomie par rapport au "grand capital" allemand !
Qu'est ce qui te fait penser qu'il n'etait pas autonome avant ?

Des la prise du pouvoir (Et pour certains avant meme), les grands industriels allemands sont tombes dans les pieges hitleriens sans comprendre vers quoi il les menait et se contentant d'etre ravis de l'interdiction des partis de gauche puis des syndicats tout en se frottant les mains devant le rearmement a outrance, le tout sans influencer grand chose dans les orientations politiques et economiques.

L'etape Scharcht etait utile pour demarrer puis graduellement nazifier l'economie. Tout se fit d'ailleurs graduellement dans le Reich, prise en main de l'armee, de l'economie, elimination des Juifs, etc...

Pas a pas, preferant la seduction a la force brutale d'entree, la compromission des cadres concernes a l'ordre sans appel.

Jusqu'en 1936, Hitler semble composer avec les diverses forces dirigeantes allemandes.
La nuit des longs couteaux, en 34, est une opération sur une injonction de l'armée, Rohm ou eux. Et Schacht, qui incarne le monde de l'industrie et de la finance, fait un peu ce qu'il veut au ministère de l'Economie, sans être sous tutelle d'un appartchik nazi.
Le premier tournant vers une autonomie progressive d'Hitler par rapport au monde de l'industrie se situe donc en septembre 36, avec son mémorandum sur sa pensée économique et la création du plan de 4 ans, qui sera donné à un politique, Göring. Dès lors Schacht et Blomberg vont s'opposer à cette nomination, mais le Führer ne va pas céder.
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Invité le Mer 20 Juin 2007, 5:27 am

Bonjour,
tietie007 a écrit:Jusqu'en 1936, Hitler semble.
Voila, tout est la !
En semblant ceci ou cela, Hitler trompe ses adversaires et les mene en douceur par le bout du nez exactement la ou ils veut qu'ils aillent sans meme qu'ils realisent pleinement ou ils vont.

Il "semblera" d'ailleurs jusqu'en 1945 et ce sur tous les sujets !

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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Mer 20 Juin 2007, 7:52 am

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
tietie007 a écrit:Jusqu'en 1936, Hitler semble.
Voila, tout est la !
En semblant ceci ou cela, Hitler trompe ses adversaires et les mene en douceur par le bout du nez exactement la ou ils veut qu'ils aillent sans meme qu'ils realisent pleinement ou ils vont.

Il "semblera" d'ailleurs jusqu'en 1945 et ce sur tous les sujets !

Dans la pensée hitlérienne, le Politique a le primat sur l'Economie. Hitler ne s'est jamais vraiment intéressé à l'économie, d'ailleurs le seul texte que l'on dispose où il aborde ce sujet est ce fameux mémorandum de septembre 1936, et encore, les historiens pensent que c'est Goering qui l'a mis en forme ! Le Führer a été obligé d'intervenir, car les tensions entre le Maréchal du Reich et le ministres de l'Economie, Schacht, et de la guerre Blomberg, étaient devenus très fortes !
L'attitude d'Hitler n'est en rien "douce", puisque excédé par ce "bruit de fond" à propos de la direction du plan quadriennal, il met les choses au point, dans ce mémorandum, en menaçant, en filigrane, les industriels qui ne joueraient pas le jeu.
Pour Hitler, l'Etat décide , les industriels exécutent ...mais à leur manière ...l'intendance ne l'intéresse pas. D'ailleurs ces industriels disposent d'une marge de manoeuvre très importante, Speer s'en aperçevra lorsqu'il prendra les rênes de la production de guerre, début 42, en constatant le désordre régnant dans les structures de production.
On n'est pas du tout dans un système à la soviétique où l'Etat pilote les industries. Dans le système nazi, l'Etat est un client, un donneur d'ordre, autoritaire et menaçant, certes, mais il reste toujours un client !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  tietie007 le Ven 04 Jan 2008, 2:07 pm

Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse que fait Kershaw :

Source : Qu'est ce que le nazisme de Ian Kershaw, Problèmes et perspectives d'interprétation, Gallimard, Paris, 1992, édition anglaise 1985, cité dans L'Allemagne de 1933 à 1945, d'Alfred Wahl, Armand Colin, 1993, p95.

En dehors du groupe de partisans convaincus de l'installation des nazis au pouvoir, une partie au moins du patronat était prête à le tolérer. C'était le dernier espoir plutôt que le premier choix de la plupart des industriels.
Le régime a-t-il pu, dans ces conditions, faire prévaloir le "primat des objectifs idéologiques et politiques sur les buts et les intérêts économiques " ?
Les historiens libéraux, Hillgruber, Hildebrand, Bracher, s'accordent sur l'existence d'une primauté du politique dans l'orientation économique du IIIe Reich. L'économie aurait été au service du politique.
Les marxistes reconnaissent qu'après 1933, il n'y a pas eu identité entre fascisme et capitalisme et que l'appareil d'Etat nazi n'était pas l'instrument d'exécution du capitalisme. L'un d'eux , Tim Mason, affirme qu'après 1936, la primauté du politique a pu s'affirmer.
En fait, la polarisation du débat sur la concurrence entre le politique et l'économique pour la primauté ne rend pas compte de la complexité des relations entre les deux sphères. On sait que le régime reposait sur 4 piliers: le parti, l'armée, le patronat, et après 1936, la SS. Avec le réarmement, la relation devint de plus en plus positive entre le patronat et le pouvoir nazi. Cependant, la division entre la branche patronale favorable à la présence sur les marchés internationaux (Schacht) et celle qui inclinait à l'autarcie affaiblit le pilier tout entier.
Le changement de 1936, le plan de 4 ans, et la création des H.Göring Werke fournirent la preuve que le régime n'hésitait pas à passer outre à la résistance de l'industrie lourde (Changement que j'avais souligné, Hado, m'appuyant sur l'analyse d'A.Bullock).
Mais il ne faut pas trop exagérer la signification du remplacement de Schacht par Funk et Göring (d'accord mais le remplacement d'un financier comme Schacht, au Ministère de l'Economie, par un dirigeant nazi, est assez symbolique sur la primauté du politique sur l'économique ! ) , car l'I.G.Farben avait préparé puis piloté le changement qui devait l'avantager. De même, le conquête de l'Autriche, puis de la Bohème, allait dans le sens des intérêts des industriels ainsi d'ailleurs que l'arianisation des entreprises en 1938.
Finalement, le patronat demeura à la remorque du pouvoir politique. Même s'il n'a pas vu d'un bon oeil la campagne de Russie, car il existait une tradition d'échanges avec ce pays, il s'est engagé sans vergogne dans l'exploitation des hommes et des ressources. Enfin les industriels absents de tous les complots contre Hitler et comme IG Farben ont fait des profits énormes en acceptant de bon gré la subordination au politique.

En résumé, les industriels allemands ont fait du suivisme et ont accepté leur subordination au pouvoir politique, par intérêt. Mais ce n'est jamais eux qui ont mené la danse !
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Re: La nazification de l'économie allemande.

Message  Xav91 le Mar 20 Nov 2012, 10:22 pm

Bonsoir,

Pour un éclairage complet sur l'économie Nazie, cet ouvrage est excellent :


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