Le bouc émissaire belge

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 4:44 pm

Voici la retranscription d’un film français d’époque (probablement de juin 1940) :

Le 28 mai au matin, Monsieur Paul Reynaud annonçait au pays ce qu’il pouvait appeler, hélas, un fait sans précédent dans l’histoire. Le Roi Léopold III de Belgique, sans un regard, sans un mot pour ses camarades de combat, français et anglais, qui à son appel angoissé étaient venus au secours de son pays, le Roi Léopold III de Belgique, en pleine bataille, capitulait sans condition, en rase campagne, et mettait bas les armes. Le 28 mai, alors que l’Angleterre venait en quelques jours d’annoncer l’inscription de sa 2 000 000e recrue, d’annoncer l’application de lois draconiennes mettant sans restriction les personnes et les biens de tous les sujets britanniques à la disposition de Sa Majesté, venait de confirmer par la voix de son roi qu’à la question de vie ou de mort posée par l’Allemagne, l’Empire répondait par la volonté de se battre jusqu’au bout, le 28 mai, alors que l’armée belge, qui depuis l’agression soutenait à côtés des nôtres un énorme et efficace effort, alors que les jeunes Belges allaient constituer en France une nouvelle armée qui eût porté l’effectif total belge à plus d’ un million d’hommes, le 28 mai, alors que nos troupes, ardentes d’une colère sacrée face à l’ennemi, retrouvaient et leurs chefs et leurs flamme, alors qu’après la bataille des machines commençait la bataille des hommes où nos troupes s’imposaient à l’ennemi, mêê[sic] le 28 mai, sitôt connue l’ignominieuse capitulation de son souverain, le Gouvernement belge faisait connaître aux nôtres son absolue condamnation de la décision prise par le Roi, contre le sentiment unanime des ministres responsables.

Bon, déjà, tous ceux qui ne se souviendront pas que la Belgique a capitulé le 28 mêê, je les fesse !

En 1940, mes grands-parents maternels ont fuit en France et se sont retrouvés à Nice (Il y a pire comme destination me direz-vous). Leur village ayant été brûlé par les Allemands en 14, le retour des Teutons causa une grande panique dans la population. L’humour réside dans le fait que, arrivés à Nice, les Allemands s’y trouvaient déjà… Ils sont revenus en Belgique.

Ma grand-mère m’a raconté que, lors de leur périple à travers la France, la population française, du moins les Français qu’ils ont rencontrés, n’étaient pas vraiment bien disposés à l’égard des « fuyards » belges, « lâches et traitres à la France ». Lors de leur haltes, cherchant à acheter de la nourriture, ils se voyaient très souvent mis à la porte des magasins (rarement poliment) sous les quolibets de la populace locale parce que leur armée et leur Roi les avaient trahis…
Bien sûr, cela ne reflète pas l’état d’esprit de toute la population française et ce n’est qu’une anecdote. Même si ma grand-mère, anti-teutonne depuis 14 l’a eu très mauvaise lorsque, jetée à la porte d’un épicier français, elle fut abordé par un jeune soldat allemand qui lui offrit une miche de pain et un litre le lait… « Nous avons du accepter de la nourriture des Allemands parce que les Français refusaient d’en vendre à des Belges! ».
Pas de polémique donc, juste une anecdote. Mais comme quoi ce genre de déclarations a eu un impact assez puissant sur la population française.
Sinon, je n’ai pas vraiment d’opinion « stable » sur la décision du Roi Léopold et du Gouvernement belge de se rendre le 28 mai.


Dernière édition par le Mar 13 Nov 2007, 7:58 pm, édité 1 fois

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Keffer le Mer 10 Oct 2007, 4:48 pm

Meci Motpulk! C'est intéressant. je ne savais pas (ou je ne me souvenais pas) que la Belgique avait capitulé si tôt. Et surtout je ne soupçonnais pas ce que cela avait fait endurer à la population Belge!
avatar
Keffer
Général de Division
Général de Division

Nombre de messages : 1089
Age : 37
Localisation : Oslo (Norvège)
Date d'inscription : 23/06/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Staldion le Mer 10 Oct 2007, 5:07 pm

L'article est marrant, surtout quand on saît que les talents propagandistes de l'auteur ont sûrement magnifié Pétain quelques mois plus tard à peine.

Au sujet de la capitulation Belge, elle est du même type que la nôtre, la situation était mauvaise mais tout n'était pas perdu (territoire non occupé à 100%, des troupes en réserve), je suppose que nous (la France et la Belgique) étions plus enclins à épargner des vies civiles et préferions ne pas voir nos villes rasées.

Enfin concernant l'aventure de tes grand-parents, ils ont été frappés effectivement par le syndrome du bouc-émissaire, le pire c'est que je ne pense pas que les mentalités ont tellement évoluées depuis cette époque.
avatar
Staldion
Sous-lieutenant
Sous-lieutenant

Nombre de messages : 177
Date d'inscription : 28/08/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 5:13 pm

Staldion a écrit:
Enfin concernant l'aventure de tes grand-parents, ils ont été frappés effectivement par le syndrome du bouc-émissaire, le pire c'est que je ne pense pas que les mentalités ont tellement évoluées depuis cette époque.
Syndrome du bouc émissaire n'est pas le bon mot à mon avis en ce qui concerne mes grands-parents. Plutôt le syndrome du on-en-a-tellement-chié-du-fait-des-Allemands-entre-14-et-18-qu'on-ne veut-pas-risquer-d'être-fusillés-ou-brûlés-dans-notre-maison-une deuxième-fois.

Je pense au contraire que les mentalités on beaucoup évoluées. Et c'est très bien comme ça.

Au sujet de la capitulation Belge, elle est du même type que la nôtre, la situation était mauvaise mais tout n'était pas perdu (territoire non occupé à 100%, des troupes en réserve), je suppose que nous (la France et la Belgique) étions plus enclins à épargner des vies civiles et préferions ne pas voir nos villes rasées.
C'est un point de vue qui se défend pour des gens qui n'avaient pas le recul que nous avons nous. Je pense que ce fut celui de Léopold III; bien sûr il y avait la question de la capitulation belge qui mettait les Français dans""l'embarras". Je n'ai pas d'opinion à ce sujet, je ne m'y connais pas assez.

Cordialement.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Mer 10 Oct 2007, 5:37 pm

Voici un document intéressant, non neutre mais intéressant:

Porte-parole de la Ligue Royale Léopold III - données historiques. Spreekbuis van het Koninklijk Verbond Leopold III - historische gegevens. Spokesman of the Royal League Leopold III - historical facts.
24-04-2005
Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article...LETTRE AU PRESIDENT DE LA FRANCE - BRIEF AAN DE PRESIDENT VAN FRANKRIJK


LETTRE AU PRESIDENT DE LA FRANCE


27 mars, 2005


( LETTRE OUVERTE )

À Monsieur Jacques Chirac

Président de la République française

Palais de l’Elysée

Paris

Monsieur le Président,

On commémorera cette année la fin de la Seconde Guerre mondiale qui eut lieu, il y a 60 ans, le 8 mai 1945, sur le front occidental.

Il me semble inévitable qu’on se souviendra également du déclenchement de cette guerre monstrueuse qui débuta le 1er septembre 1939, et dont les pays neutres devenaient les premières victimes.

On en retiendra :

• le 10 mai : l’ invasion des pays neutres : la Belgique, les Pays-Bas et le Grand-Duché de Luxembourg * le 14 mai : la prise de Sedan par les panzers allemands * le 15 mai : la communication téléphonique de Paul Reynaud à Winston Churchill :

« Nous avons subi une défaite. Nous sommes battus. Nous avons perdu la bataille »

• le 15 mai : les conversations privées de Paul Reynaud avec le général Spears et autres durant lesquelles il disait :

« Quand le moment de la négociation de la capitulation de la France sera venu, je transférerai la responsabilité de ces pourparlers sur les épaules de quelqu’un d’autre »

• le 17 mai : le général Gamelin conseille à Paul Reynaud de considérer une convention d’armistice

• le 20 mai : l’encerclement d’Abbeville

• le 20 mai : la préparation de la retraite des troupes britanniques (sur ordre de Churchill)

• le 25 mai : la prise de Boulogne

L’encerclement des forces alliées françaises, britanniques et belges fut à ce moment un fait accompli !

On retiendra également :

• le 20 mai : le général Gamelin, commandant en chef des forces alliées, passe (par décision de Paul Reynaud) ses pouvoirs au général Weygand

• le 25 mai : la déclaration péremptoire du général Weygand :

« La France a abordé la guerre sans disposer du matériel adéquat et sans préparation militaire ; dans de telles conditions, c’était un acte criminel d’avoir déclaré la guerre le 3 septembre 1939»

• Le 26 mai : début de l’embarquement de 225.000 officiers et soldats britanniques et de 113.000 officiers et soldats français à Dunkerque

• Dans la nuit du 26 au 27 mai, la défense belge doit céder à la pression de deux divisions allemandes.

• Finalement la chute de Calais le 27 mai 1940.

Ce qui est important c’est de retenir le fait que l’armée belge, sous son Commandant en chef, le roi Léopold III, fut forcée de livrer combat contre deux divisions allemandes, sans aucune protection sur les flancs par les alliés (français et britanniques), puisque ceux-ci fuyaient vers les plages de Dunkerque. Ce combat inégal dura deux jours : le 26 et le 27 mai.

Entre-temps, la Luftwaffe avait entamé des attaques meurtrières contre les réfugiés (1 ½ million) dans la zone des combats.
Le but d’Hitler était très clair: capitulation, sinon ……le massacre de la population ?

Pour le roi Léopold III il ne restait pas d’autre choix que de déposer les armes.

• 1 -

Toutes les communications entre le grand quartier général belge et le grand quartier général allié, sous le commandement du général Weygand, étaient coupées.

Dans ces conditions, le 27 mai, à 15h15, le Roi informa le général Champon (attaché militaire français) et le colonel Davy de la mission britannique, de ses intentions. Le G. Q. G. à Vincennes recevait le message à 18h30. A Londres le message était reçu à 16h40.

La position d’Hitler était formelle : capitulation sans conditions !

Le 28 mai, à 4h00 du matin, les armes furent déposées sur ordre de Léopold III, Commandant en chef Un acte courageux et noble, digne d’un grand homme !

Léopold III, le commandant en chef des forces belges, restait avec ses troupes jusqu’à la fin. Il n’avait pas déserté comme ses ministres le lui avaient proposé !

Les combats héroïques de l’armée belge, surtout ceux des deux derniers jours, avaient procuré des heures précieuses aux troupes britanniques et françaises pour réaliser l’évacuation vers le Royaume-Uni, sans quoi elles auraient été anéanties. Le rembarquement de quelques 338.000 alliés fut le noyau de la future armée de libération !

Le grand drame démarrera quand Paul Reynaud, président du Conseil français, tiendra le 28 mai, à 8h30, un discours radiodiffusé déclarant :

« ….que l’armée belge venait de capituler, sans conditions, en rase campagne, sur l’ordre de son roi, sans prévenir ses camarades de combat, français et anglais, ouvrant la route de Dunkerque aux divisions allemandes…. »

Il obligera Hubert Pierlot, 1er ministre belge, de blâmer Léopold III dans un discours radiodiffusé, le même jour à 18h00.

Par cette fausse allégation, Paul Reynaud n’avait pas d’autre intention que de se choisir un bouc émissaire afin de camoufler sa propre incompétence et la défaillance du dispositif militaire. (Voir : déclaration du général Weygand).

La preuve en est livrée quand, le 16 juin 1940, Paul Reynaud se voit obligé de démissionner et de passer les pouvoirs au maréchal Pétain.

Paul Reynaud parvenait même à imposer son raisonnement à Winston Churchill, pour qui le choix d’un bouc émissaire l’arrangeait extrêmement bien.

La suite est connue : le 21 juin, la France signera une convention d’armistice avec l’Allemagne.

La lâche déclaration de Paul Reynaud est à la base de la « Légende d’infidélité et de trahison du roi Léopold III » qui, dès le 28 mai 1940, sera propagée dans le monde entier.

Cette « légende » causera plus tard des problèmes internes en Belgique qui mèneront à l’abdication du roi

Léopold III.

Cette atteinte à l’honneur du roi Léopold III et à son armée continue, jusqu’à ce jour, à jeter une ombre de méfiance et de rancune dans le cœur des Belges, en commençant par des milliers de vétérans suivis de tous les Belges qui ont connaissance des événements de mai ’40.

A l’heure ou les citoyens européens rêvent d’unité, de paix, de prospérité et d’amitié, il me semble nécessaire que les mensonges du passé soient effacés.

Une Europe unie ne peut être fondée sur des mensonges historiques.

Monsieur le Président, l’année en cours est, à mon avis, la bonne et unique occasion pour que, dans un esprit de conciliation, le gouvernement français ait la bonne volonté et le courage d’exprimer ses regrets pour le comportement de Paul Reynaud en 1940. L’amitié entre nos deux peuples en profitera davantage.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’hommage de mon profond respect.

Louis Van Leemput

Président National
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 5:49 pm

Félicitations mon cher Phil.
Tous les faits sont bien relatés et reflètent admirablement bien la réalité de l'époque.
Il n'y a rien à ajouter à cette lettre très explicite.
Merci
Amicalement
Prosper pouce

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 5:52 pm

Bien qu'en effet non neutre (Spreekbuis van het Koninklijk Verbond Leopold III - historische gegevens. Spokesman of the Royal League Leopold III - historical facts.), c'est très intéressant Phil! Il y a bien entendu certains passages un peu trop "léopoldistes".
Le reportage français que j'ai retranscris semble donc bien le reflet fidèle des paroles de Paul Reynaud.
Il serait intéressant de connaître la réponse de Chirac.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Mer 10 Oct 2007, 6:19 pm

Il n'y a pas eu de réponse ... la seonde partie de la lettre étant la traduction en Flamand, Chirac n'a sans doute pas compris ... p24

Pour suivre, un document d'époque:

“Le Prisonnier de Laeken Le Roi Léopold - Légende et faits”

Ceci est le titre d’un ouvrage du professeur Emile Cammaerts publié en juin 1941 à Londres, chez Shenval Press. (Titre original: “The Prisoner at Laeken, King Leopold, Legend and facts »).

La préface est de la plume de Sir Roger Keyes, amiral de la Flotte Britannique.

Il était l’officier supérieur nommé, dès l’invasion allemande, par le premier ministre britannique Winston Churchill, en qualité d’officier spécial de liaison auprès du roi Léopold jusqu’à la veille de la capitulation. Son récit est un témoignage des événements du 10 au 27 mai 1940. Il constitue un criant contraste avec les accusations mensongères et les déclarations des dirigeants belges, britanniques et français d’alors et de ceux qui persistent à diffuser les incriminations diffamatoires de Paul Reynaud et de Winston Churchill.

Ce témoignage ne pourrait être mis en doute.
Louis Van Leemput

PREFACE

Le flot d’injures acerbes à l’adresse du roi Léopold, après la capitulation de l’armée belge en mai 1940, était de toute évidence inspiré par certains Français qui cherchèrent un bouc émissaire afin de dissimuler leurs propres échecs et lacunes.

Il est difficile de rétablir et de faire admettre, la vérité lorsqu’un mensonge est répandu. Sur le moment, beaucoup ont cru en ces calomnies, cependant quelque peu tombées dans l’oubli, estompées à la lumière de la vérité.

Ici et là, ressurgissent encore de malhonnêtes et impitoyables déclarations.

Monsieur Cammaerts doit être félicité pour son résumé en ces pages, une somme de pièces à convictions, étaiement de la vérité qui, sans aucun doute, devraient réhabiliter son Roi.

Tandis que je me trouvais au côté du roi Léopold, au quartier général de son armée pendant la courte campagne de Belgique en même temps qu’en contact étroit avec le Q.G. de l’armée et le gouvernement britanniques, je disposais d’occasions, sans pareilles pour observer les événements.

Je me réjouis de l’opportunité qui m’est donnée pour déclarer que le roi Léopold était resté loyal envers les Alliés et qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider leurs armées.

Je rencontrai le roi Léopold pour la première fois en 1918 lorsque ses parents, le roi Albert et la reine Elisabeth, résidaient à La Panne, à portée de l’ennemi, sous couverture des canons de la patrouille de Douvres qui se trouvait sous mon commandement. Le roi Léopold était alors aux études et il passait ses vacances comme soldat au 9e d’Infanterie, souvent actif dans les tranchées du front belge.

Quelques heures après l’agression allemande du 10 mai 1940 contre la Belgique, j’ai pris l’avion, dépêché – par le gouvernement britannique – auprès du roi Léopold en qualité d’officier spécial de liaison.

Je suis resté auprès de lui jusqu’à 22 heures, le soir du 27 mai. L’attitude du roi était calme et courageuse pendant les pénibles contretemps, dûs à la trahison de l’Allemagne et la défaillance des Français qui ne purent interdire aux blindés allemands la traversée de la Meuse à Sedan par laquelle le flanc droit des armées alliées française, britannique et belge fut menacé dans le nord.

Le roi Léopold et son armée s’étaient placés sous le Haut Commandement français conformément aux ordres qu’il recevait et en concordance avec les déplacements de l’armée française du Nord et de l’armée britannique.

L’armée belge se trouva, dans l’obligation, jour après jour, de se retirer jusqu’à l’Escaut où l’on espérait qu’une position définitive serait maintenue.

Le Haut Quartier Général était établi à Saint-André lez Bruges et je résidais avec le roi Léopold à Loppem et plus tard à Wijnendale.

Le 20 mai, le Haut Commandement français ordonna que les armées française et britannique devaient se préparer à une attaque en direction du sud-ouest afin de rétablir le contact avec le gros de l’armée française dans le sud.

Je me trouvais au G.Q.G. britannique à Wahagnies lorsque ces ordres parvinrent et il était généralement reconnu que l’armée belge allait être abandonnée, à moins qu’elle ne put s’adapter à cette évolution.

A mon retour au G.Q.G. belge, je fis rapport au roi Léopold des instructions que Lord Gort avait reçues et précisai que mon gouvernement espérait que l’armée belge s’adapterait et garderait le contact avec le flanc gauche de l’armée britannique.

Le Roi des belges me demanda d’informer le gouvernement britannique ainsi que Lord Gort que le rôle de l’armée belge était exclusivement défensif et qu’elle ne disposait ni de chars d’assaut, ni d’avions ni de matériel approprié à une opération offensive.

D’autre part, à cause de l’afflux de réfugiés sur son dernier lambeau de territoire (belge), il ne disposait plus de ravitaillement au-delà d’une quinzaine de jours. Il n’avait pas le sentiment qu’il avait quelque droit de s’attendre à ce que, peut-être, le gouvernement britannique compromettait la survie de sa propre armée, pour que le contact avec l’armée belge soit maintenu.

Il me pria de considérer, de manière claire et nette, qu’il n’entreprendrait rien, par quelqu’action que ce soit, qui aurait pu compromettre l’organisation d’une offensive vers le sud projetée par le gouvernement britannique.

Cependant, il me demanda de dire qu’il était bien conscient que pareille opération entraînerait la séparation des deux armées et que la capitulation de l’armée belge, en ce cas, deviendrait inévitable.

J’envoyai, en ce sens, un télégramme au premier ministre (Winston Churchill) ainsi qu’à Lord Gort à qui j’en remis personnellement une copie le lendemain.

Le 21 mai, j’étais à Ypres à l’occasion d’une rencontre avec le général Weygand, le nouveau généralissime des armées alliées.

Le général Weygand confirma les ordres qu’il avait donnés le 20 mai aux armées française et Britannique et il invita le roi Léopold à se replier de l’Escaut à la Lys afin de permettre à l’armée britannique de prendre position à l’arrière de la solide position-de-défense-de-la-frontière qu’ils avaient mise en place durant l’hiver dernier et réoccupée en préparation de leur attaque vers le sud, de concert avec l’armée française.

En rentrant à Bruges, le Roi me dit qu’il avait accepté de replier la ligne de la Lys jusqu’à la frontière, libérant ainsi des divisions britanniques en vue de l’offensive projetée par le général Weygand, quoique, de ce fait, toute l’armée belge devait s’étirer le long d’un front de 90 Km en face duquel un certain nombre de divisions allemandes avaient été identifiées. Cependant, il se rendait compte que l’offensive franco-britannique projetée avait été différée trop longtemps ; en ce moment tardif, le seul espoir de dégager les armées française et britannique, coupées par l’offensive allemande, était de couvrir les ports belges et Dunkerque, en renforçant le contact avec l’armée belge et en occupant la ligne Lys-Gravelines.

Il fit remarquer que : « la ligne bien préparée le long de la frontière, qui doit être tenue par les troupes britanniques dans le flanc des Belges, était très forte. Il est donc improbable qu’elle sera attaquée sérieusement. Mais la ligne qui doit être occupée par les troupes belges est faible et sera tenue par des troupes comparativement peu nombreuses : elle constituera une tentation à l’attaque allemande. Je crains que si le secteur belge subit un assaut sérieux, fortement soutenu par l’aviation, les Allemands le perceront, sépareront les armées britannique et belge et écraseront cette dernière. »

Le Roi me demanda de dire à mon gouvernement qu’il se rendait compte qu’on n’appréciait pas pleinement la difficulté qu’avait l’armée belge de garder le contact avec l’armée britannique si celle-ci opérait en direction du sud. Par-dessus tout, il (Léopold) désirerait coopérer avec nous, mais c’était une impossibilité physique dans les conditions géographiques existantes. Son gouvernement l’avait pressé de quitter la Belgique avant que l’armée belge ne se trouvât dans la nécessité de capituler. Naturellement, il n’avait pas l’intention de déserter son armée. Tant que le gouvernement britannique comprenait ses raisons, il ne se souciait pas de ce que d’autres pourraient penser. J’envoyai immédiatement un télégramme en ce sens (vers Londres).

Tard, ce même soir, nous apprenions que le général Billotte (français), commandant en chef des Armées alliées du Nord, avait été mortellement blessé dans un accident de la route. La coordination des efforts des trois armées n’avait pas été très effective sous son commandement; sous celui de son successeur, elle était inexistante.

Les difficultés rencontrées pour la réorganisation des divisions britanniques en vue de l’offensive projetée, par des routes encombrées de véhicules et de réfugiés, n’avaient de toute évidence pas été prises en considération par le Haut Commandement français et, avant que l’attaque ne put être organisée, les communications entre l’armée britannique et les ports de la Manche avaient été coupées.

Je visitai notre G.Q.G. qui s’était replié jusqu’à Premesques où Lord Gort m’apprit que notre armée avait déjà été placée au régime de la demi-ration et qu’il y avait pénurie de munitions, soit, pas de conditions favorables pour une armée appelée à passer à l’offensive en collaboration avec les unités de l’armée française qui paraissait tout à fait démoralisée par les défaites subies.

Au soir du 23 mai, avec pas mal d’hésitations ou d’appréhensions, le roi Léopold fit retraiter ses troupes – ainsi que cela lui avait été demandé – de sa solide position sur l’Escaut vers une bien plus faible derrière la Lys. Simultanément, il envoya la 60e division française, l’une des deux divisions françaises qui étaient stationnées en réserve sur le flanc gauche belge et sous ses ordres, à l’aide de cars et de camions belges, derrière l’Yser, en direction de Gravelines. Les seules unités alliées restées en Belgique étaient celles de la 6àe division française.

Le 24 mai, le général Weygand déclara aux commandants de l’armée britannique et de l’armée française du Nord que la progression de l’armée française se déroulait prestement et il leur donna l’ordre d’exécuter une puissante attaque en direction du sud afin de combler la brèche derrière les divisions blindées allemandes qui avaient progressé jusqu’à la mer.

A ce moment, l’armée belge subissait un feu nourri et pour le G.Q.G. belge, il était évident qu’ils étaient confrontés à une attaque de huit ou de neuf divisions allemandes qui avaient pour but de pousser l’armée belge vers le Nord et de briser son contact avec l’armée britannique qui se trouvait, à présent derrière sa ligne fortifiée d’hiver sur la frontière.

Il apparaissait clairement que le Haut Commandement français ne se rendait pas compte des dangers et des difficultés de la situation ; suite à une demande pressante, arriva, dans la soirée du 24, le général britannique Dill. Après une nuit passée à la Mission britannique, il visita, le lendemain matin, le grand quartier de Lord Gort à Premesques.


Dernière édition par le Mer 10 Oct 2007, 6:25 pm, édité 1 fois
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 6:22 pm

Phil642 a écrit:Il n'y a pas eu de réponse ... la seonde partie de la lettre étant la traduction en Flamand, Chirac n'a sans doute pas compris ... p24
mort de rir gri Sans doute oui. "Mais qu'est ce qu'ils me veulent ces Belges!? C'est qui Léopold d'ailleurs?"

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Mer 10 Oct 2007, 6:25 pm

A son retour à Bruges, il informa le roi Léopold de ce que l’attaque en direction du sud ordonnée par Weygand, allait être exécutée.

Le roi Léopold montra, au général Dill, sur la carte, le point faible du flanc droit belge, la vulnérabilité de la ligne de défense belge en général, l’impossibilité de la tenir et, en même temps, de maintenir le contact avec l’armée britannique, à moins que celle-ci ne pût fournir une aide puissante. Le général Dill promit de demander à Lord Gort de faire ce qui était possible pour contribuer au maintien du contact. Comme l’armée britannique s’apprêtait à attaquer vers le sud, le Roi estima que la meilleure façon de l’aider consistait maintenir le contact aussi longtemps que possible avec le flanc gauche britannique. Il avait déjà retiré sa division de cavalerie motorisée du flanc gauche belge le long de la côte, afin de renforcer le flanc droit belge. A présent il ordonna à la 15e D.I. (infanterie non pourvue d’artillerie ni de mitrailleuses) de quitter l’Yser pour renforcer ce flanc. Ceci épuiserait toutes ses réserves.

J’appris, par la suite, que la 15e division britannique avait reçu l’ordre de se déplacer en direction du nord pour occuper la ligne d’Halluin à Zillebeke en appui de 12e Lanciers en soutien des flancs alliés. Ce qui contribua à couvrir le flanc gauche britannique, mais n’allégea point la situation de l’armée belge qui, par une ultime tentative du Roi d’aider le Corps expéditionnaire britannique, fut étirée de Halluin à la mer, sur un front de 90 Km de long, menacé en divers points, d’attaques allemandes. Par crainte d’une percée allemande, qui semblait inévitable, les Belges avaient rassemblé et disposé du matériel roulant le long de la voie ferrée entre Roulers et Ypres, côté sud, afin d’établir un barrage dans le but de ralentir la progression vers le nord des blindés ennemis.

Le 26 mai, au matin, j’appris l’existence d’âpres combats en direction d’Ypres et la menace d’une percée dans la défense belge.

Je me rendis au G.Q.G. de Premesques pour demander à Lord Gort s’il y avait quelque chose par laquelle je pouvais offrir de l’aide. Il me demanda de presser le Roi de replier l’armée belge vers l’Yser. Je transmis ce message au Roi. Il me dit qu’il ferait ce qu’il pouvait dans ce sens, mais que l’unique moyen d’éviter un désastre imminent et complet consistait dans une contre-attaque immédiate entre la Lys et l’Escaut. Je télégraphiai ceci à Lord Gort et appris que, depuis les premières heures du jour, la Mission britannique avait, du G.Q.G. belge, envoyé des appels analogiques par télégramme et estafette.

Le problème d’un retrait de l’armée belge jusqu’à l’Yser, au cas où cela s’imposerait par un dégagement de la Lys, avait été envisagé pendant la conférence d’Ypres le 21 mai; à ce moment-là, le roi Léopold pensait qu’il pouvait s’agir là de la seule ligne de défense alternative, mais la récente pression allemande dont la poussée principale s’exerçait sur les Belges avait, selon ses craintes, rendu impossible un retrait sur l’Yser. Plus tard, dans le courant de la journée du 26 mai, le roi m’avait dit qu’il avait discuté la question de la retraite sur l’Yser avec son état-major général.

Celui-ci la considérait comme une impossibilité physique, vu la pression qu’exerçait l’ennemi. Une retraite exécutée le long des routes encombrées de réfugiés et non protégée adéquatement par une défense aérienne entraînerait de lourdes pertes et ne pourrait aboutir qu’à un désastre ; de plus, cela impliquerait l’abandon de toutes les munitions, de tout le matériel et de toute la nourriture.

D’autre part, le G.Q.G. belge déclarait que, si l’on voulait éviter un désastre, une contre-attaque britannique devait être lancée dans le flanc vulnérable de l’ennemi et que l’occasion d’exécuter cette contre-attaque ne durerait peut-être plus que quelques heures.

Ils insistèrent sur le fait que l’armée britannique, en position sur l’excellente ligne de défense entre Halluin et Bourghelles, était bien placée pour porter une attaque sur le flanc de l’ennemi afin d’atteindre ses moyens de communication et ses têtes de pont sur l’Escaut et la Lys avec toutes les perspectives de lui infliger une défaite considérable tout en diminuant la pression sur l’armée belge.

Un officier appartenant à le Mission britannique fut envoyé ce soir-là au G.Q.G. (de Lord Gort) afin d’exposer les vues belges.

Le roi Léopold qui, quant à lui, ne disposait pas de réserves, fit transférer la 60e division française à bord de véhicules belges, sur des positions préparées derrière l’Yser, où une vaste zone avait été inondée et où les ponts avaient été minés.

(N.b. Cet ordre fut suivi d’exécution le lendemain, en accord avec des entretiens avec le général Champon, Chef de la Mission française. Si cette division était déplacée, les belges ne pouvaient pas être tenus responsables de ce changement. Le général Champon avait installé son Haut Commandement à la Panne et était le seul commandant des unités françaises restées en Belgique.)

Le Roi me fit observer que, si l’armée britannique avait entamé les préparatifs pour une attaque vers le sud-ouest - ainsi qu’on l’en avait informé - il serait difficile de passer à une contre-attaque en direction de l’est et, à temps pour empêcher que le flanc droit belge soit enfoncé et sa ligne défensive écrasée.

Mais l’armée britannique ne se trouvait pas dans une situation plus avantageuse pour exécuter la contre-attaque réclamée par le G.Q.G. belge que l’armée belge pour se dégager et se retirer sur l’Yser, ainsi que le demandait Lord Gort.

Quoique l e roi Léopold l’ignorât, et que jamais un message à cet effet ne lui parvînt, Lord Gort avait déjà reçu des instructions de battre en retraite vers la côte et faisait ses préparatifs en conséquence.

Entre-temps, les combats avaient continué de manière ininterrompue durant quatre jours et l’armée belge, malgré des restrictions en nourriture et en munitions, avait résisté à une violente attaque de huit divisions allemandes comprenant de nombreuses unités blindées soutenues par des vagues de bombardiers en piqué.

Combattant avec une bravoure exceptionnelle, les Belges avaient exécuté plusieurs contre-attaques, faisant quelques milliers de morts dans les rangs allemands et fait quelques centaines de prisonniers ; mais la fin de leur résistance était proche.

Le matin du 27 mai, le roi Léopold me demanda de dire à Lord Gort qu’il craignait, que bientôt, il ne pourrait plus compter sur ses troupes pour poursuivre la lutte ni continuer d’être utile à l’armée britannique. Il allait être obligé de se rendre avant que ne se produise la débâcle. Il appréciait pleinement que l’armée britannique ait fait tout ce qui était dans son pouvoir pour aider la Belgique ; il demandait à Lord Gort de croire qu’il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter une catastrophe. Comme toutes les communications téléphoniques avaient été coupées, j’envoyai ce message par radio à Lord Gort, mais j’appris plus tard qu’il ne l’avait jamais reçu.

A ce moment-là, le roi Léopold espérait encore être en mesure de résister un jour de plus. Mais, dans l’après-midi, l’armée allemande avait enfoncé un coin entre les armées belge et britannique et percé le front en deux ou trois endroits. Chaque route, village ou ville situé sur la petite partie de Belgique restant aux mains des Belges était submergé de plusieurs centaines de milliers de réfugiés qui, ajoutés aux troupes, étaient impitoyablement bombardés par des avions volant à basse altitude.

Sachant qu’il ne pouvait rien faire de plus pour aider les alliés, le Roi me déclara, ainsi qu’aux Missions britannique et française près de son G.Q.G., qu’il avait l’intention de demander un armistice à minuit afin d’éviter que son peuple, grièvement éprouvé, ne soit massacré davantage.

La Mission britannique informa le ministère de la guerre par télégraphie-radio et le message fut reçu à 17h54. Mais tous les efforts pour toucher le G.Q.G. britannique échouèrent.

(N.B. Le général français Champon déclara qu’il était dans l’impossibilité de communiquer avec le général Blanchard dont le Grand quartier avait été déplacé mais, qu’il avait réussi à contacter le général Weygand par radio)

Son gouvernement et le notre avaient demandé au roi Léopold de quitter son pays et de poursuivre la guerre du dehors. L me répondit qu’en tant que commandant en chef de son armée, qui livrait une bataille désespérée, il avait à partager le sort de ses troupes. Sa mère, la reine Elisabeth, demeurait tous ces derniers jours avec lui et choisit de partager sa captivité. Le Roi me déclara qu’il réalisait combien sa position serait difficile mais qu’il voulait user de tous les moyens pour empêcher que ses concitoyens ne fussent obligés de s’associer à une action dirigée contre les pays qui avaient essayé d’aider la Belgique dans son malheur.

Comme le Roi et la Reine refusaient de m’accompagner en Angleterre et que l’ennemi approchait de Bruges, je me séparai de leurs majestés le 27 mai à 22h.00 et partis pour Nieuport où, le 28 mai juste avant l’aube, j’embarquai à bord d’un torpilleur.

L’on sait que le roi Léopold ne conclut pas de paix séparée et qu’il est prisonnier de guerre.

Pour une seconde fois, l’adversité à écrasé son pays, mais les Belges peuvent être fiers de leur Roi car il a prouvé qu’il était un soldat courageux, un allié loyal et le digne fils de ses magnifiques parents.


Tingewick House SIR ROGER KEYES

Buckingham

May 1941

(traduction: O. De Smet)

Source: http://deveteran.skynetblogs.be/
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Mer 10 Oct 2007, 6:34 pm

"Bouc émissaire" est donc bien le mot!?
Loin de moi l'idée de critiquer l'armée belge en mai 40. Ni même Léopold III (pour les années 41-45, c'est plus compliqué).
Merci.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Mer 10 Oct 2007, 6:44 pm

Je ne suis pas du tout léopoldiste, mais alors pas du tout ... ce qui m'intéresse ce sont les faits historiques.

Je pense qu'on peut donner fois en ces témoignages même si ils sont "engagés" ; les précisions énumérées ne me semblent pas mensongères, on peut donc faire confiance en ces textes même si ils ont un but bien précis.
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Savinien le Jeu 11 Oct 2007, 4:34 am

J'estime que l'expression Bouc-Emissaire est effectivement appropriée car c'est bien à cela que le roi servit !

Sans rentrer dans les détails donné par Phil, il est indéniable que l'armée belge n'avait plus aucun espoir.
Pour faire court : replié sur un petit bout de territoire indéfendable, à court de munition, empêtré dans une masse de réfugié (France avait fermé ses frontières), dans des conditions sanitaires déplorables ...

Bref, pourquoi le Roi aurait'il sacrifié son armée et une part non négligeable de sa population pour des alliés qui eux ne lui ont apporté qu'une aide très très relative !
En gros Reynaud et cie considérait comme normal que le Roi et les belges se sacrifient pour la plus grande gloire de la France ! Et l'on en est venu à une situation ubuesque ou la capitulation belge devenait presque la raison de la défaite !!!
avatar
Savinien
Commandant
Commandant

Nombre de messages : 324
Date d'inscription : 30/04/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Baugnez44 le Jeu 11 Oct 2007, 8:47 am

L'avantage du témoignage de Keyes est qu'il est depremière main et que l'amiral n'a jamais varié dans ses déclaration.

Leopold III parfait bouc émissaire. Evidemment. On notera que jamais aucun des hommes politques belges impliqués à l'époque n'a cherché à revenir ou à mette en cause le discours de Reynaud dont il est pourtant patent qu'il est pour el mojns tendancieux. Pourquoi? Parce que cela forcerait aussi à revenir sur les attitudes de nos hommes politiques qui n'étaient pas exemptes de tout reproche.

Raison pour laquelle (outre les excellents motifs évoqués par Phil dans un autre sujet) je pense qu'on a décrété une interdiction de consulter les archives pendant cent ans.

_________________
Toutes les vertus secondaires comme le courage, la discipline, la fidélité, l'endurance n'ont un effet positif qu'aussi longtemps qu'elles servent une cause positive. Si une cause positive devient négative, les vertus secondaires deviennent problématiques
avatar
Baugnez44
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 2673
Age : 60
Localisation : Suisse
Date d'inscription : 04/01/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Jeu 11 Oct 2007, 8:57 am

Bonjour,
Merci pour tous ces elements tres interessants.

Le coup du "bouc emissaire" s'est reproduit tres peu de temps apres, des que Petain eu prit le pouvoir et signe l'armistice.

Outre les mechants belges, Vichy invective les mechants anglais (Le "lachage" de Dunkerque) et les mechants du Front Populaire ("Decadence" du peuple francais, "semaine des deux dimanches", "civilisation de l'apero" et autres billevesees).

Tout cela leur a permi de ne pas avoir a invectiver le seul veritable responsable de ces desastres : Hitler...

Invité
Général de Division
Général de Division

Nombre de messages : 7344
Date d'inscription : 16/07/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Savinien le Jeu 11 Oct 2007, 11:32 am

Daniel Laurent a écrit:Bonjour,
Merci pour tous ces elements tres interessants.

Le coup du "bouc emissaire" s'est reproduit tres peu de temps apres, des que Petain eu prit le pouvoir et signe l'armistice.

Outre les mechants belges, Vichy invective les mechants anglais (Le "lachage" de Dunkerque) et les mechants du Front Populaire ("Decadence" du peuple francais, "semaine des deux dimanches", "civilisation de l'apero" et autres billevesees).

Tout cela leur a permi de ne pas avoir a invectiver le seul veritable responsable de ces desastres : Hitler...

Le procès de Riom quoi !!!

A noter que Keynes intenta un procès en diffamation contre le Daily Mirror en 1941 et qu'il le gagna. En effet, ce journal s'en était un peu trop pris à Léopold III.
avatar
Savinien
Commandant
Commandant

Nombre de messages : 324
Date d'inscription : 30/04/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Ven 19 Oct 2007, 12:08 pm

Lettre du roi Léopold III au Souverain Pontife et au Président des Etats-Unis, 28 mai 1940.


Bruges, le 28 mai 1940.

Très Saint-Père,
(Monsieur le Président,)

Au milieu de la confusion générale provoquée par les évènements prodigieusement rapides que nous vivons et dont la portée est incalculable, je tiens à affirmer que la Belgique et son armée ont accompli tout leur devoir.
La Belgique a tenu ses engagements internationaux, d’abord en maintenant scrupuleusement sa neutralité, ensuite en défendant, pied à pied, toute l’étendue de son territoire.
Attaquée par des forces énormes, notre armée parvint en bon ordre sur une ligne de défense puissamment organisée en liaison avec les armées des garants auxquels nous avions fait appel. Mais des évènements militaires, déroulés hors de notre territoire ont contraint à évacuer ce champ de bataille et imposé une série de mouvement de repli, qui nous acculèrent à la mer. Notre armée se dépensa alors sans compter, dans une bataille de quatre jours menée d’un commun accord avec les armées alliées. Nous nous trouvâmes finalement encerclés sur un territoire extrêmement exigu, habité par une population très dense, envahi déjà par plusieurs centaines de milliers de réfugiés civils, sans abri, sans nourriture, sans eau potable, et refluant d’un endroit à l’autre selon les bombardements aériens.
Hier, nos derniers moyens de résistance furent brisés sous le poids d’une supériorité écrasante d’effectifs et d’aviation.
Dans ces conditions, j’ai cherché à éviter un combat qui, aujourd’hui, aurait conduit à notre extermination sans profit pour les alliés ; personne n’a le droit de sacrifier inutilement des vies humaines.
J’entends continuer, quoi qu’il advienne, à partager le sort de mon armée et de mon peuple. Sollicité depuis plusieurs jours de quitter mes soldats, j’ai repoussé cette suggestion qui eût été pour le chef de l’armée une désertion. De plus, en restant sur le sol national, je désire soutenir mon peuple dans l’épreuve qu’il traverse.
La sollicitude que Votre Sainteté (les Etats-Unis) a (ont) toujours témoigné à la Belgique me fait un devoir de Lui (vous) exposer sans délai la réalité des faits.

LEOPOLD



Ma question est simple: Pourquoi écrire une lettre au Pape?

Cordialement.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Baugnez44 le Ven 19 Oct 2007, 12:17 pm

motpulk a écrit:Lettre du roi Léopold III au Souverain Pontife et au Président des Etats-Unis, 28 mai 1940.


Bruges, le 28 mai 1940.

Très Saint-Père,
(Monsieur le Président,)

Au milieu de la confusion générale provoquée par les évènements prodigieusement rapides que nous vivons et dont la portée est incalculable, je tiens à affirmer que la Belgique et son armée ont accompli tout leur devoir.
La Belgique a tenu ses engagements internationaux, d’abord en maintenant scrupuleusement sa neutralité, ensuite en défendant, pied à pied, toute l’étendue de son territoire.
Attaquée par des forces énormes, notre armée parvint en bon ordre sur une ligne de défense puissamment organisée en liaison avec les armées des garants auxquels nous avions fait appel. Mais des évènements militaires, déroulés hors de notre territoire ont contraint à évacuer ce champ de bataille et imposé une série de mouvement de repli, qui nous acculèrent à la mer. Notre armée se dépensa alors sans compter, dans une bataille de quatre jours menée d’un commun accord avec les armées alliées. Nous nous trouvâmes finalement encerclés sur un territoire extrêmement exigu, habité par une population très dense, envahi déjà par plusieurs centaines de milliers de réfugiés civils, sans abri, sans nourriture, sans eau potable, et refluant d’un endroit à l’autre selon les bombardements aériens.
Hier, nos derniers moyens de résistance furent brisés sous le poids d’une supériorité écrasante d’effectifs et d’aviation.
Dans ces conditions, j’ai cherché à éviter un combat qui, aujourd’hui, aurait conduit à notre extermination sans profit pour les alliés ; personne n’a le droit de sacrifier inutilement des vies humaines.
J’entends continuer, quoi qu’il advienne, à partager le sort de mon armée et de mon peuple. Sollicité depuis plusieurs jours de quitter mes soldats, j’ai repoussé cette suggestion qui eût été pour le chef de l’armée une désertion. De plus, en restant sur le sol national, je désire soutenir mon peuple dans l’épreuve qu’il traverse.
La sollicitude que Votre Sainteté (les Etats-Unis) a (ont) toujours témoigné à la Belgique me fait un devoir de Lui (vous) exposer sans délai la réalité des faits.

LEOPOLD



Ma question est simple: Pourquoi écrire une lettre au Pape?

Cordialement.

Peut-être tout simplement parce qu'il a la certitude qu'elle sera conservée dans les archives du Vatican où il sera possible de la retrouver même des années plus tard. Bref, il fait un peu de Pape son notaire.

C'est une explication qui vaut ce qu'elle vaut et qui n'engage que moi.

_________________
Toutes les vertus secondaires comme le courage, la discipline, la fidélité, l'endurance n'ont un effet positif qu'aussi longtemps qu'elles servent une cause positive. Si une cause positive devient négative, les vertus secondaires deviennent problématiques
avatar
Baugnez44
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 2673
Age : 60
Localisation : Suisse
Date d'inscription : 04/01/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Ven 19 Oct 2007, 12:28 pm

Bonjour,
Baugnez44 a écrit:C'est une explication qui vaut ce qu'elle vaut et qui n'engage que moi.
Mais qui, vu de chez moi, tiens tout a fait la route.

@Savinien : Oui, la triste mascarade du "proces" de Riom qui a ete rapidement abandonne car cela tournait tres mal pour Vichy...

Invité
Général de Division
Général de Division

Nombre de messages : 7344
Date d'inscription : 16/07/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Ven 19 Oct 2007, 12:40 pm

motpulk a écrit:

Ma question est simple: Pourquoi écrire une lettre au Pape?


Léopold III était au moins aussi Catholique que le pape, je pense qu'il a essayé de partager sa douleur avec un proche, de cette manière il pouvait peut être aussi espérer que l'Eglise, au travers de ses ministres, fasse des démentis?
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Savinien le Ven 19 Oct 2007, 1:15 pm

Phil642 a écrit:
motpulk a écrit:

Ma question est simple: Pourquoi écrire une lettre au Pape?


Léopold III était au moins aussi Catholique que le pape, je pense qu'il a essayé de partager sa douleur avec un proche, de cette manière il pouvait peut être aussi espérer que l'Eglise, au travers de ses ministres, fasse des démentis?

Heu Léopold III n'était pas Baudouin et encore moins Fabiola étoné gri ! Seulement effectivement, l'aspect catho de la monarchie était assumé (à l'époque, c'était moins idéologique que vouloir assurer la respectabilité de la famille royale).

Faire du Vatican son notaire (il peut être certain du soutien pontifical qui ne "perdra pas sa lettre) mais également, je pense, assurer clairement le soutien pontifical de l'Eglise de Belgique (van Roey se positionera d'emblée en léopoldiste) et dans le reste du monde.
avatar
Savinien
Commandant
Commandant

Nombre de messages : 324
Date d'inscription : 30/04/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Phil642 le Ven 19 Oct 2007, 1:28 pm

Le début de ma phrase se voulait plus humouristique qu'historique ... clin doeil gri
avatar
Phil642
Général (Administrateur)
Général (Administrateur)

Nombre de messages : 7673
Age : 51
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  aurel le Ven 19 Oct 2007, 1:29 pm

je peux me tromper et je ne suis pas un spécialiste mais y aurait il un rapport avec le rexisme?

aurel
Caporal
Caporal

Nombre de messages : 23
Date d'inscription : 14/12/2006

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Invité le Ven 19 Oct 2007, 1:38 pm

Merci. Cette théorie tient la route en effet.
Moi j'ai bien aimé l'humour de Phil. Et Savinien, tu as raison: Léopold n'était pas Baudoin ou Fabiola car ceux-ci étaient (est toujours) plus catholiques que le Pape p24


aurel a écrit:je peux me tromper et je ne suis pas un spécialiste mais y aurait il un rapport avec le rexisme?
Précise stp.

EDIT: et plus j'y pense plus ta théorie me séduit Baugnez: Léopold, sachant qu'il va être vivement critiqué, non seulement par les Français et les Anglais mais aussi par les Belges et notamment par nombre de ses ministres, envoit une pièce justificatrice dans les archives américaines et papales en attendant le jugement le l'Histoire.

Cordialement.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  mick le Lun 12 Nov 2007, 12:39 am

aurel a écrit:je peux me tromper et je ne suis pas un spécialiste mais y aurait il un rapport avec le rexisme?

Salut Aurélien.

Les rapports entre le roi et le rexisme sont réel, mais pendant l'occupation principalement.

Toujours à cette même période, tout contactes entre le gouvernement en exile et le Roi seront nulle, le Roi ne répondra jamais à aucun message.

Un chouette livre sur le sujet:

"Le Nouvelle Ordre"

cdlt

Mick
avatar
mick
Aspirant
Aspirant

Nombre de messages : 168
Date d'inscription : 28/05/2007

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le bouc émissaire belge

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum