Fire By Night, l'histoire d'un radio de la RAF

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Fire By Night, l'histoire d'un radio de la RAF

Message  Ming le Dim 21 Oct 2007, 11:02 pm

Fire by Night par Jenny Gray
Editions Grub Street, 172 pages hors biblio, index et cahier photos au centre.

Jenny Gray est la fille de Joe Mack, un ancien radio de la RAF ayant volé sur Lancaster au sein du 97 Squadron, un équipage d’une des escadrilles de la Path Finder Force –laquelle servait à déterminer et identifier les objectifs ou villes allemandes à bombarder-.
Lorsqu’elle était petite, Jenny aimait écouter son père lui raconter, alors qu’elle était couchée et s’apprêtait à dormir, l’histoire du crash de son appareil, qui revenait d’une mission sur l’Allemagne. Son père était alors considéré par elle comme par le reste de la famille comme « LE » héro de la guerre...
Cette histoire, elle a décidé une fois adulte d’en connaître tous les détails et comme il s’agît aussi de celle de son père, l’enquête est extrêmement fouillée – à vrai dire des 1 400 et quelques livres qui composent ma bibliothèque aéronautique, c’est un des meilleurs livres sur ce genre de sujet que je n’ai lu depuis des années-.

Dans la nuit du jeudi 16 au 17 décembre 1943 –connue sous le nom de jeudi noir-, la RAF envoie l’équipage de son père ainsi que quelques 400 autres bombardiers pilonner Berlin. Si l’opération se passe à peu près correctement en dépit de la Flak, il est en tout autrement sur le chemin du retour en Grande-Bretagne car entre-temps les conditions météorologiques se sont totalement dégradées sur les aérodromes de la RAF, notamment dans la région de Cambridge ou 6 bases du Bomber Command sont localisées, dont l’escadrille à laquelle son père est rattaché. C’en est en fait à un tel point que cette nuit là, entre minuit et une heure du matin dans cette région, les rares personnes qui sortent de chez elles n’arrivent pas à voir leurs mains au bout de leur bras tendus, tellement le brouillard est épais.

Or les aérodromes qui ceinturent Cambridge attendent que leurs appareils reviennent se poser et c’est là que tout commence à se gâter : les dispositifs d’atterrissage tout temps, tels que FIDO (Fog Investigation and Dispersal Operation, tuyauteries bordant la piste d’atterrissage, brûlant de l’essence pour disperser le brouillard) ou encore SBA (Standard Beam Approach, sorte de guidage par morse primaire conduisant jusqu’au seuil de piste) n’équipent pas tous les aérodromes concernés, pire, les équipages n’ont que de rares notions de vol en conditions météo dégradées, car ils n’y ont pas été entraînés ou si peu…

Dans le cas présent la situation est telle que même une chatte aurait du mal à retrouver ses petits. Les circuits d’approche sont tellement encombrés d’appareils essayant de retrouver leur aérodrome que même les avions endommagés, avec un moteur dans le sac, doivent attendre que les premiers arrivés se posent ou essayent de se poser. Les choses empirent à un tel point que deux équipages choisissent d’abandonner leur appareil en vol et de se parachuter, tandis que plusieurs autres Lancaster qui ont vainement essayé de se poser finissent en flammes aux quatre coins de la région, certains parce qu’arrivés au bout de leur réserve en carburant.

Le père de Jenny est un des aviateurs dont le Lancaster s’est posé sur un terrain de ferme qui n’est pas l’aérodrome, mais les roues de l'avion ont buté sur un chemin pédestre, le train d’atterrissage s’est brutalement effondré et l’appareil a pris feu. De l’équipage composé de 7 personnes, ils ne sont que deux à avoir survécu, lui et le mitrailleur de queue. Miraculeusement, un des mécaniciens de la base passe en vélo au moment où l’appareil se vomit –le mécano a fait le mur pour aller voir sa petite-amie- et arrive à secourir les deux aviateurs.
Le mitrailleur de queue est sous l’effet du choc. Si ce dernier s’en tire avec une petite coupure, le père de Jenny est gravement blessé. S’en suit une longue rééducation, plusieurs opérations et un portrait très réaliste des conditions de traitement des grands blessés de l’époque –ce qui me fait dire qu’on a vraiment de la chance de vivre en 2007-. Mais Joe est marqué par le destin : des deux survivants du crash, le mitrailleur de queue décède à son tour au cours d’une autre opération de bombardement, ce qui fait du père de Jenny le seul survivant de l’équipage.

Joe ne se remit jamais complètement de sa propre histoire. Il avait ainsi effectué au total une seule et unique mission, qui se termina par le crash de son appareil, dont il fut le seul survivant. Instable émotionnellement comme beaucoup d’autres combattants, ses nuits furent peuplées de cauchemars et deux incidents postérieurs à la guerre entraînèrent des crises de nerfs incontrôlables, avec en toile de fond la question qu’il ne cessa de se poser des années durant : pourquoi les autres sont-ils morts et moi encore en vie ?

L’énorme avantage de ce livre repose sur tout ce qui entoure l’histoire : comme je l’ai déjà dit c’est une enquête extrêmement léchée sur le Bomber Command, les Path Finders et surtout la vie des équipages, leur formation et les conditions opérationnelles. On a un excellent aperçu des conséquences de ce jeudi noir, avec en corollaire, la dissimulation du nombre de morts consécutifs à la météo de cette nuit là au public anglais, la manque d’aides à l’atterrissage que les OC (Officers Commanding, officiers responsables des bases) dissimulèrent d’une manière révoltante. C’est également une visite au sein des hôpitaux et les traitements utilisés alors pour les grands blessés (ne lisez pas ces chapitres avant de manger, c’est un conseil d’ami…) et l’évocation de la vie de cet homme après-guerre… ce qui n’est pas sans rappeler un certain film avec Kassovitz…

En somme, c’est un livre dont on ne ressort pas totalement intact, parce qu’il a été écrit avec le cœur et les tripes, mais qui a le très grand mérite d’offrir un portrait ultra réaliste ce qu’a été une des périodes les plus noires du Bomber Command de la RAF et des britanniques… pour les équipages comme pour leurs familles.
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