Résistance et conscience bretonne

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Résistance et conscience bretonne

Message  Invité le Dim 03 Fév 2008, 10:51 am

Bonjour,
A propos du livre "Résistance et conscience bretonne" de Jean-Jacques Monnier.


Le comportement des Bretons pendant la seconde guerre mondiale est depuis longtemps sujet à polémique Comme dans toute l'Europe occupée, certains ont collaboré, espérant profiter des circonstances pour obtenir des nouvelles autorités ce que la République française avait refusé aux Bretons, en particulier la reconnaissance de leur langue et de leur culture. Loin de cette chimère, d'autres "militants bretons" ont participé à toutes les formes de résistance. D'une façon plus large, nombre de Résistants étaient animés d'une forte conscience bretonne et l'ont démontré par la suite, du colonel Rémy à Charles Tillon en passant par Jacques de Bollardière et beaucoup d'autres, plus anonymes. En enquêtant pendant 8 ans sur plus de 250 cas, en accumulant les témoignages de résistants, aujourd'hui très âgés ou disparus, Jean-Jacques Monnier présente un kaléidoscope, qui, peu à peu, révèle une autre Bretagne militante, celle de l'antinazisme, incroyablement plurielle et attachante, présente sur tout le territoire breton.

Mais des la publication, les polémiques fusent :
Incident au cours de la présentation du livre de Jean-Jacques Monnier à la FNAC de Montparnasse
Jean-Jacques Monnier présentait son livre «Résistance et conscience bretonne » à la FNAC Montparnasse mercredi 23 janvier.
Etaient présents, Mona Ozouf, grande historienne, directrice de recherche honoraire du CNRS, Marylise Lebranchu, ancien ministre et première vice-présidente du Conseil régional, Christian Guyonvarc'h, également vice-président du Conseil régional, la romancière Irène Frain, Dider Le Corre, rédacteur en chef de Bretons, de Jean Nemo, ancien directeur général de l'ORSTOM, Charles Foulon, fils du président du comité d'épuration de Rennes à la Libération, et d'autres personnalités...

La salle André Essel était pleine à craquer et de nombreuses personnes étaient debout. La présentation qui se déroulait dans une ambiance sereine, a été soudain interrompue brutalement par un individu, qui, prenant prétexte de l'évocation du nom du Docteur Jacq, grand défenseur de la culture bretonne, fusillé à Châteaubriant tandis que ses compagnons chantaient la Marseillaise, puis le Bro Gozh, a attaqué violemment l'orateur et dénoncé son livre comme étant une tentative scandaleuse de réhabilitation des nationalistes bretons complice des Nazis.

Venu manifestement, avec deux comparses, pour perturber la réunion et tenter d'intimider l'auteur, cet individu, un certain Jean Le Lagadec, ancien journaliste à L'Humanité, s'en est pris aussi aux pesonnalités qui entouraient Jean-Jacques monnier et à toute l'assistance qui lui demandait de se rasseoir.

Le directeur de la Fnac Montparnasse a dû intervenir lui-même pour lui demander de se calmer ou de sortir. Le perturbateur a fini par se rasseoir et se taire, et la réunion a pu alors se poursuivre normalement.
http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=9437

Résistance et identité bretonne. « Contre-vérité » selon l'Anacr
L'identité bretonne, moteur de la Résistance contre l'occupant nazi ? La thèse de Jean-Jacques Monnier, dans son livre « L'Hermine contre la croix gammée » (Le Télégramme du 29 novembre 2007), n'est pas du goût de tout le monde. L'Anacr (Association nationale des anciens combattants et des amis de la Résistance) émet de vives critiques sur cet ouvrage (*), à commencer par son titre : « Les anciens résistants ou simples citoyens du Trégor ayant vécu la période de l'occupation nazie peuvent témoigner d'avoir vu beaucoup de croix gammées, mais aucun ne se souvient avoir vu la moindre hermine ». « Dans l'ouest de notre département, pratiquement tous les résistants s'exprimaient dans leur langue maternelle, le breton, c'est une réalité, mais aucun ne se réclamait de l'identité bretonne », estime l'Anacr. L'Anacr juge comme « une contre-vérité historique mais aussi une insulte à leur mémoire » le fait « d'assimiler de grandes figures de la Résistance au mouvement breton », qui était « très proche idéologiquement de l'extrême droite dans les années 20 et 30. » * Une motion en ce sens a été adoptée dimanche par les comités de Lannion, Trébeurden et Pleumeur-Bodou, réunis en assemblée générale, à l'initiative de Serge Tilly, président délégué.
http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/cotesarmor/resistance-et-identite-bretonne-contre-verite-selon-lanacr-20080124-2329569_1194071.php

Ces vives critiques, carrément violentes pour certaines, m’ayant rendu quelque peu perplexe, j’ai demande l’avis d’un autre historien breton, M. Kristian Hamon, dont le livre «Le Bezen Perrot : 1944 : des nationalistes bretons sous l'uniforme allemand» fait autorité a ce jour (Yoran Embanner, janvier 2005). Il a eu l’amabilité de me répondre en détail :


Résistance et conscience bretonne : en soi l'idée est intéressante et salutaire évidemment, encore que l'on puisse se demander ce que certains résistants viennent faire dans cet inventaire à la Prévert tant leur "conscience bretonne" semble superficielle ou anachronique. L'auteur ayant par ailleurs déclaré au Télégramme (29/11/2007) avoir : "cherché des itinéraires de militants bretons qui ont été résistants. J'en ai trouvé 300 et encore, beaucoup ont du m'échapper" il n'est pas toujours évident de savoir s'il parle de bretons qui militaient à l'époque des faits ou de militants d'après-guerre.
Rares en effet sont les nationalistes bretons d'avant-guerre a avoir fait le choix de la Résistance plutôt que celui de la collaboration, et ce dès le début de l'Occupation. Le libraire Adolphe Le Goaziou de Quimper et le journaliste Fanch Gourvil de Morlaix en sont les figures les plus emblématiques.

Inutile de rappeler que ceux-ci garderont de solides rancœurs à l'égard des nationalistes bretons d'après-guerre tant ils furent l'objet de menaces incessantes de la part du PNB ! Si l'auteur avait consulté le dossier de Creston il y aurait par exemple trouvé une lettre très dure de Gourvil à son égard et adressée au CDL 35. Dans ce courrier, Gourvil s'interroge sur les conditions troublantes de la libération de Creston par les Allemands et sur ses fréquentations plutôt ambiguës avec ses anciens camarades du PNB lors de son "assignation à résidence" dans la région de Rennes. Parmi d'authentiques résistants de la première heure, il y avait bien un gendarme de Questembert qui sera fusillé par les Allemands et présenté comme adhérent ou sympathisant du PNB avant-guerre, mais je n'en n'ai pas trouvé la preuve malgré de nombreuses recherches. Il est vrai que j'éprouve beaucoup de réticences à l'égard de témoignages oraux (surtout s'ils sont de seconde main) recueillis plus de soixante ans après les faits.

J'ai trop entendu de résistants de la dernière heure ou de "collabos" me raconter seulement ce qu'ils voulaient bien me raconter tant il est impossible de recouper les faits faute de témoins encore en vie. L'idéal étant bien sur de pouvoir confronter ces témoignages oraux avec documents d'archive. Ainsi ce résistant, aujourd'hui très âgé, que j'ai rencontré (et filmé) à plusieurs reprises. Sous l'Occupation, alors qu'il était inspecteur de police à Rennes, il fournissait des renseignements et des faux papiers à la Résistance. Fin 43, craignant d'être démasqué par sa hiérarchie, il rejoint un maquis FTP des Côtes-du-Nord. A la Libération, il réintègre son poste à Rennes. Il est alors repéré par Victor Le Gorgeu, commissaire de la République, qui lui demande de procéder aux interrogatoires des membres de la Formation Perrot. Originaire du Trégor, cet inspecteur parle en effet très bien le breton, ce qui était très utile dans cette affaire. J'ai effectivement retrouvé avec émotion son nom au bas des PV d'audition des dossiers d'instruction. De tels témoins sont rares et exceptionnels. Il m'a dit avoir toujours fait la différence entre séparatistes et autonomistes lors de sa carrière au SRPJ et m'a avoué, en rigolant, avoir voté une fois UDB lors de sa retraite dans le Trégor !

Faire un travail d'historien sur cette période délicate n'est pas chose facile. Ne serait-ce qu'en raison des difficultés à relater des faits prescrits ou des données relatives à la vie privée. Ah ! si le lecteur avait connaissance du comportement des femmes de certains des nationalistes inculpés mis en cause…

Jean-Jacques Monnier a eu raison de rappeler que tous les nationalistes bretons n'étaient pas obligatoirement des "Collabos", comme le laissent penser certains amalgames douteux. Mais fallait-il pour autant essayer de nous apitoyer sur le sort d'Hervé Le Helloco déclaré comme "juste" pour avoir épousé une femme qui avait caché un enfant juif et qui devra s'exiler au Royaume-Uni après que ses biens furent saisis ? (A la rigueur, Céline avait aussi pour voisin un juif qu'il n'a jamais dénoncé). Faut-il rappeler que Le Helloco, condamné à mort par contumace, était le propriétaire du bateau qui déchargea des armes en provenance d'Allemagne sur une plage de Locquirec ? (En temps de guerre, un tel acte c'était douze balles dans la peau..) IL deviendra ensuite responsable du service de renseignement du PNB sous l'Occupation. S'est-il jamais demandé si les jeunes résistants bretons arrêtés sur délation, torturés par les membres de la Formation Perrot puis fusillés par les Allemands ont pu refaire leur vie ?

Etait-il nécessaire également de s'étendre sur le sort de Joachim Darsel, qui a été libéré d'un stalag par Debauvais dès 1940 puis nommé responsable local du PNB ? Il a hébergé un résistant, c'est vrai. Ce qui était bien le moins s'agissant de son propre frère. Sa présence sur une liste d'agents de la Gestapo (SR 769) avait été l'objet d'une vive polémique lors de son procès. Un document, que j'ai trouvé après la parution de mon ouvrage sur le Bezen, au siège du SD de Brest et daté du 3 mars 44 est à cet égard pour le moins problématique. Dans ce même dossier (ADIV) il y a la dénonciation de Paul Hutin, directeur de L'Ouest-Eclair, par l'agent SR 205, qui n'est autre que le sinistre Maurice Zeller. Face à de tels documents datés, signés et en allemand comment ne pas s'interroger sur le rôle exact de ces nationalistes bretons ? En fait il semble bien que bon nombre d'entre eux aient joué un double, voire un triple jeu : Vichy, l'Allemagne, puis la Résistance lorsqu'il était encore temps de retourner sa veste.

Dans un autre dossier que j'ai découvert récemment aux ADIV, un nommé Roger X., qui sera condamné aux travaux forcés à perpétuité, raconte avec précision son activité d'interprète au SD de Quimper. Ce jeune homme de Quimper avait obtenu son bac en 39 et parlait couramment l'allemand. Intelligent, il était admissible à Saint-Cyr. Doté d'une excellente mémoire, son dossier, volumineux, est une mine de renseignements. Il participe aux interrogatoires et aux perquisitions : "Pour recueillir des informations, le SD de Quimper était surtout aidé par les membres du PNB.

Toutefois ces derniers ne venaient jamais au siège du SD et dirigeaient leurs renseignements à la Propaganda-Staffel, rue Anatole le Braz, à la suite de quoi le chef de ce service, le Sonderführer Bruhning, les communiquait au chef du SD de Quimper. A cet effet, les chefs de canton du PNB adressaient à leurs chefs de district des rapports d'activité qui étaient expédiés soit à la Propaganda-Staffel comme je viens de vous le déclarer, soit à la direction du parti à Rennes qui se mettait en rapport avec le service régional du SD au foyer des étudiantes rue Jules Ferry où le sous-officier Grimm s'occupait particulièrement de la question bretonne." Cet interprète donne plusieurs noms, dont celui de Brickler : "Directeur de la fabrique de crêpes dentelles, assassiné, indicateur, toujours reçu par le Scharführer Weber". Notre interprète déclare également : "Un autre agent de renseignement de la SD est un barde breton membre du PNB, demeurant à Carhaix", et il cite aussi l'abbé Perrot. (Interrogatoire du 11/9/44). Exemple, s'il en fallait encore un, du comportement controversé de l'abbé.

Je ne partage donc pas l'analyse de Jean-Jacques Monnier, qui estime que l'appellation "Bezen Perrot" est une "Contre vérité historique". Ce n'est en effet pas sans raison que les hommes de Lainé ont donné le nom du curé de Scrignac à leur formation.
Kristian Hamon.

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