Paul Nizan ou l'honneur d'un intellectuel communiste !

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Paul Nizan ou l'honneur d'un intellectuel communiste !

Message  tietie007 le Sam 22 Mar 2008, 12:43 pm

La figure de Paul Nizan est aujourd'hui oublié de nos contemporains, puisque sa rupture avec le Parti Communiste Français, après le pacte germano-soviétique, et sa mort prématurée sur le front français le 23 mai 1940, lors de l'encerclement des forces alliées à Dunkerque, l'ont condamné à l'oubli.



Ses anciens camarades communistes l'ont d'ailleurs tué une seconde fois, les apostats étant encore plus détestés que les ennemis de classe ! Thorez le qualifia d'agent de police et Louis Aragon dans ses Communistes, en 1949, achève le philosophe français qu'il représente dans le policier Orfilat. Nizan a d'ailleurs eu un parcours politique curieux, comme le note Wikipédia, puisqu'il participa, en 1925, au Faisceau, de Georges Valois, un parti fascisant ...preuve que fascisme et communisme, si il différait dans leur discours, l'un national et xénophobe, l'autre internationaliste et universaliste, se rapprochaient par leur fonctionnement et dans leur haine du régime parlementaire et de la figure du bourgeois !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Nizan

Vengeance posthume indigne de la part des communistes français qui s'apparentait à un lynchage post-mortem !
Pourtant, ce collègue d'Aron et de Sartre, normalien, communiste engagé, ne méritait certainement pas cet hallali délirant, et mérite d'être redécouvert par le biais de son livre phare, Aden Arabie,



et cette fameuse sentence :

"J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie".

J'avais eu la chance,en 1981, de découvrir Paul Nizan par l'émission Apostrophes, de Bernard Pivot. Le célèbre animateur littéraire avait alors invité la veuve de l'ancien philosophe, Henriette Nizan, pour la sortie de son livre autobiographique, Libres Mémoires.



Ce petit bout de femme, désormais très âgé, m'avait ébloui par sa verve rieuse et ses anecdotes savoureuses. Bonne vivante, la veuve joyeuse avait bien vécu tout en vénérant le souvenir de Nizan. J'avais donc acheté le livre et je l'avais dévoré !



Voici un extrait de ce livre, qui parle de la réaction de Nizan au Pacte germano-soviétique :

C'est en Corse, le 23 aout 1939, alors qu'il était en vacances chez Danielle et Laurent Casanova à Piana, que Paul Nizan apprend la signature du pacte germano-soviétique.
En effet, Paul Nizan et Henriette, qui ne connaissaient pas la Corse, s'étaient rendus pour la première fois dans la famille de Danielle et de Laurent Casanova, les Perrini , qui habitaient un petit village au-dessus d'Ajaccio. En fait, si l'on se fie au témoignage d'Henriette (Libres mémoires, pp. 250-253), les Nizan ont, semble-t-il, loué deux chambres dans un petit hôtel de Porto, tenu par d'autres membres de la famille Perrini, et passaient leurs "journées dans des criques secrètes des calanques de Piana" ("Des vacances sans la mer n'étaient pas pour nous de véritables vacances, aussi avions-nous programmé de passer quelque temps à Porto"). C'est dans cet hôtel, dit Henriette, que Paul avait entrepris l'écriture d'un nouveau roman, Soirée à Somosierra. A Porto, les Nizan n'avaient pas les journaux, mais ils écoutaient les nouvelles à "l'énorme poste de la salle à manger de l'hôtel". Dès l'annonce de la signature du pacte germano-soviétique, les Nizan décidèrent de rentrer. Ils quittèrent Porto pour rejoindre par autocar le village des Casanova. Henriette décrit longuement ce moment :
« L'autocar n'avançait pas bien vite sur ces petites routes corses car, chose alarmante, de tous les coins de la région, les paysans arrivaient avec leurs chevaux. Dans chaque village traversé se répétait la même scène : derrière une table faite de planches et de tréteaux, se tenaient un ou deux hommes, le maire, peut-être, et un élu, ou bien des gendarmes et, devant la table, les hommes et leurs chevaux attendaient : sur de grands registres, chaque cheval était consigné. Dans le car brinquebalant, nous suivions les chevaux. Je songeai : "Tant que ce ne sont que des hommes qui se font recenser, ce n'est pas une preuve absolue de guerre, mais lorsqu'on en vient à recenser les chevaux, c'est véritablement très mauvais signe." Je regardais les croupes grouillantes de taons luisants. Les coups de queue ne faisaient qu'en chasser quelques-uns qui, affolés, un instant s'éloignaient, parfois entraient par l'une de nos fenêtres. Mais la plupart revenaient bien vite sur leur proie. Je me disais que ces pauvres chevaux devaient souffrir sous tant de morsures. Et il faisait une chaleur écrasante.
Les Casanova étaient prêts, eux aussi, à s'embarquer. Nizan interrogea tout de suite Laurent. Il n'obtint aucune précision sur la décision de Staline. Casanova en savait-il davantage ? Deux mois plus tôt, il était à Moscou. En fidèle inconditionnel du Parti, Casanova se bornait à répondre :
"Si Staline l'a décidé, c'est qu'il avait ses raisons !"
Arrivé à Ajaccio, Nizan se procura les derniers numéros de Ce soir. Il y lut les articles d'Aragon : plus il lisait, plus il devenait pâle. Aragon, comme le Parti, s'alignait sur Staline. Dans L'Humanité, l'ami Gabriel Péri n'avait écrit aucun article : c'était bien mauvais signe. Nizan ne dit pas un mot. Nous montâmes dans le premier bâteau en partance pour le continent. Pendant les longues heures de traversée, il n'adressa plus la parole à Casanova. Chacun de nous se réfugiait dans le silence, ruminant ses pensées en secret. »

Après l’invasion de la partie orientale de la Pologne par l’URSS, Nizan, mobilisé, adresse le 21 septembre à Jacques Duclos sa lettre de démission du PC, - rendue publique le 25.
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