Résistance des Protestants Allemands

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Résistance des Protestants Allemands

Message  eddy marz le Jeu 27 Mar 2008, 2:07 pm

Bonjour à tous ; quelques notes sur les Protestants Allemands et la résistance à Hitler :

Mal structurée et très désunie en raison de ses trop nombreuses ramifications, l’Église Évangélique, la plus grande communauté Protestante d’Allemagne, se considérait avant tout comme garante du maintien de la tradition Luthérienne, et non comme un organisme de résistance. En réalité, son « combat » etait une lutte interne entre les « Chrétiens Allemands » nationalistes (favorables à Hitler) qui rejetaient l’Ancien Testament et prônaient l’introduction dans l’église d’un « Paragraphe Aryen », et les traditionalistes, en faveur d’une nette séparation de l’église et de l’État.

La résistance protestante, réunie dans sa majeure partie au sein de « l'Église Confessante » (créée dès 1934), consistait au début en des oppositions internes portant sur des principes théologiques, sans qu'il soit pour autant question de s'opposer à l'autorité de l'État.

Le combat entre les nazis et l'Église Confessante se durcit en 1936, lorsque les opposants publièrent un mémorandum condamnant l'idéologie et les pratiques du régime hitlérien, et réclamèrent la dissolution de la Gestapo ainsi que la fermeture des camps de concentration. Plusieurs dirigeants de l'Église Confessante, dont le pasteur Niemöller, furent arrêtés en 1940. Niemöller fut déporté au camp de Sachsenhausen puis à Dachau. L'un de ses collaborateurs, Werner Sylten, un membre de l'Église Confessante d'origine juive, fut arrêté en 1941, déporté à Dachau et empoisonné. Des manifestations eurent lieu en Allemagne pour réclamer la libération de Niemöler ; en vain. Nombre de pasteurs « suspects » furent à leur tour expédiés sur le front, incarcérés dans les camps (sur le territoir allemand), ou tout simplement assassinés. Après l'arrestation Niemöller, Theophil Wurm, évêque du Wurtemberg, prit sa succession à la tête de l'Église Confessante, et protesta à plusieurs reprises contre les crimes nazis, notamment en 1940 contre l'assassinat des invalides et des malades mentaux (Opération « T4 » - le Programme d’euthanasie), et en 1941 contre la déportation des juifs.

Simultanément, le pasteur Heinrich Grüber, qui dirigeait le "bureau Grüber" et apportait son soutien aux protestants d'origine juive en leur proposant une aide juridique et en les aidant à trouver un pays d'accueil, fut arrêté.

Du même coup, l’église s‘écarta également de la « question Juive ». Tout disposés à se défendre lorsqu’il s’agissait de leur propre indépendance ou de leurs intérêts institutionnels, les Chrétiens allemands reculèrent devant l’Endlösung, craignant désormais de s’immiscer dans ce qu’ils considèraient le « domaine réservé de l’État » (Geiger, Max. « Der Deutsche Kirchenkampf 1933-1945 » EVZ Verlag, Zurich, 1965. Cité par Saul Friedländer. "Kurt Gerstein ou l’ambiguïté du bien" – Casterman, Tournai, 1967) ; ce que le pasteur Julius Von Jan, maintes fois emprisonné, définira comme la « peur de heurter le régime en son point le plus sensible ». Même le pasteur Dietrich Bonhoeffer, opposant de longue date et l’une des voix les plus radicales de l’Église Confessante, considèra le Christianisme comme ayant supplanté le Judaïsme au rang de peuple élu, et n’envisagea l’issue de la « question juive » que par la conversion des Juifs au christianisme – un point de vue largement partagé par les mouvements œcuméniques d’aide aux réfugiés Juifs fuyant la zone d’influence nazie.

Une poignée de Chrétiens Confessants continua de résister et tenta tout de même de porter secours aux victimes. Certains, comme la diaconesse Marga Meusel (et Dietrich Bonhoeffer), auront le courage de dénoncer le silence des églises face au génocide ; Meusel ira le plus loin dans la défense des Juifs en les citant nommément, une attitude particulièrement dangereuse à l’époque (voir : Daniel Goldhagen, « Hitler's Willing Executioners » - en français : « Les bourreaux volontaires de Hitler » ; éditions du Seuil). Appuyée par Bonhoeffer, elle condamne ouvertement l’Église Confessante pour son incapacité à dépasser ses intérêts institutionnels et son inhabilité à dépasser le cadre limité des Juifs convertis in extremis, les « Chrétiens non-Aryens ». Divisée suite au pressions internes et externes (qui s’intensifièrent après le début de la guerre), l’Église Confessante cèda. La grande majorité de ses membres se montraient désormais prudents dans leurs dénonciations du régime. Certains objecteront plus tard que « l’Église n’était pas armée d’une théologie adéquate pour s’opposer aux dirigeants politiques ». En effet, imprégnés de la tradition Luthérienne de soumission au prince, les Protestants aspiraient à une église apolitique ; ce faisant ils oublièrent de tenir compte des implications d’une telle neutralité.

Le drame est que cette inaction institutionnelle justifia, pour chaque chrétien, la passivité. Marga Meusel ne fut que très peu soutenue par sa propre église, et il n’en résulta qu’une résistance timide et trop tardive.

Photo : Dietrich Bonhoeffer

Cheers
Eddy



Dernière édition par eddy marz le Mar 10 Juin 2008, 8:41 am, édité 1 fois
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Re: Résistance des Protestants Allemands

Message  Invité le Lun 31 Mar 2008, 12:32 pm

salut Eddy,

Merci pour ces précisions. Je savais qu'il y avait eu des groupes diffuts de résistants chez les protestants. Mais le problème auquel ils ont été confronté, c'est le manque d'unité à travers la Résistance allemande. Le plus souvent, c'est à cause des divergences politiques ou religieuses.

Cordialement

Mara

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