Jamais Breton ne fit trahison !...

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Jamais Breton ne fit trahison !...

Message  roger15 le Lun 12 Mai 2008, 1:49 pm

Jamais Breton ne fit trahison !…

Bonjour à toutes, et bonjour à tous, Smile

Amis Bretons, ce que je vais sans doute vous apprendre sur votre passé, ne doit pas engendrer votre courroux, mais vous faire sentir qu'il s'en est fallu de très peu que la majorité de vos ancêtres aient fait le mauvais choix en juillet 1940…

Comme vous avez dû l'apprendre les armées françaises ont été très rapidement écrasées par les armées allemandes, et ce en 46 jours seulement (du 10 mai au 24 juin 1940). Vous savez également que l'Allemagne a occupé la zone dite "Nord" (60% du territoire national) et laissé au gouvernement de Vichy la zone dite "libre" (40%). La Bretagne faisait bien entendu partie de la zone occupée.Mais ce que vous ne savez sans doute pas, c'est que les Allemands ont failli réussir de très peu leur coup visant à séparer définitivement la Bretagne de la France, et ce bien sûr à leur profit…

Il faut bien comprendre qu'après le 25 juin 1940, tous les Français étaient assommés par une défaite si rapide. Le Gouvernement de Vichy a rapidement trouve un bouc émissaire : le Front Populaire et plus particulièrement le sous-secrétariat d'Etat aux Sports et à l'organisation des Loisirs. "L'organisation des loisirs", voilà bien ce qui nous avait plombé : pendant que les "Boches" travaillaient à plein pour leur matériel militaire, le gouvernement du Front Populaire ne pensait qu'à favoriser les loisirs !… Et ce fut un des thèmes principaux du procès de Riom attentés aux responsables du Front Populaire (Léon Blum en tête) en février 1942. Et on n'a cessé dans la presse aux ordres de l'Etat Français de fustiger ce sous secrétariat d'Etat. Mais pas le sous secrétaire d'Etat lui-même, car le Maréchal Pétain y a mis son véto personnel : il ne voulait pas qu'on salisse la mémoire d'un soldat français tombé au champ d'honneur…

En effet, Léo Lagrange a été tué au front le 9 juin 1940 à Evergnicourt dans l'Aisne en défendant courageusement le sol national. Il faut souligner que Léo Lagrange (né le 28 novembre 1900 à Bourg-sur-Gironde en Gironde) était député d'Avesnes-sur-Elpe (Nord) lors de la mobilisation générale le 2 septembre 1939 et aurait pu ne pas aller au front. C'est volontairement qu'il est devenu soldat. André Malraux a dit de lui : « Il est mort dans le courage, dans la recherche de la vérité et dans la dignité. C'était un homme que nous aimions. »

Et la Bretagne dans tout ça ?…Il faut savoir que depuis 1881 et l'école publique, laïque, gratuite, et obligatoire, les "Hussards noirs de la République" pourfendaient le parler breton et adoraient le système du sabot : celui qui prononçait un mot de breton se voyait attaché un petit sabot de bois autour du coup et devait pour s'en débarrasser dénoncer un autre écolier qui avait ensuite commis ensuite la même "infraction". Le dernier qui détenait le sabot le soir était puni !… Grâce à ce système la langue bretonne a rapidement décliné dans les écoles. Il y avait bien des autonomistes bretons, mais les autorités politiques de la Troisième République les faisaient surveiller de près par les gendarmes, qui les incarcéraient au moindre faux pas.

De tout cela il ressort que les Bretons étaient très mécontent de la suspicion du gouvernement français de les suspecter d'être des mauvais Français parce qu'ils voulaient parler leur langue !…

Et puis est arrivé juillet 1940 et des collaborateurs d'Hermann Goering ont eu une idée diabolique : jouons la carte des autonomistes bretons et essayons de détacher définitivement la Bretagne de la France. Si ça réussi là, on fera pareil avec la Normandie, puis la Picardie, et ainsi tout le littoral de la Manche ne sera plus français !… Goering ayant donné son accord, les autonomistes bretons ont été contactés par les autorités d'occupation qui leur ont tout promis : la protection de la gendarmerie (eux qui avaient toujours été persécutés par elle jusqu'alors), celle de l'armée allemande, et même ils leur ont demandé de favoriser un maximum la langue bretonne au détriment de la langue française. C'était le monde à l'envers !…

Plus : les Allemands ont même décidé de mettre les deux émetteurs radiophoniques rennais, tous deux sur 288 mètres Petites Ondes (le faible émetteur de Rennes Alma de 40 KW de puissance, mais surtout le puissant émetteur radiophonique de 120 KW de puissance de Rennes Thourie) à leur disposition pour faire plusieurs heures par jour des émissions en breton. Du jamais vu !…Bien sûr, il y avait une contrepartie : que ces autonomistes favorisent l'émergence d'un parti nazi breton, spécialement chez les jeunes…

Et rien ne semblait pouvoir contrarier cela : le Gouvernement de Vichy était loin et ne pouvait rien faire concernant la Bretagne. Les Nazis et les autonomistes bretons étaient sûrs de réussir leur pari. Il faut se rappeler qu'en juillet 1940 l'Angleterre restait seule face à l'Allemagne. Peu de monde pariait sur elle…Donc tout était joué !…

Et pourtant un grain de sable a fait échouer cette belle mécanique !… Ce grain de sable était un vieillard âgé de 83 ans : Yves-Marie Duparc. Tous les Bretons devraient lui être reconnaissants !…

Yves-Marie Duparc était né à Lorient (Morbihan) le 6 février 1857. Il a été ordonné évêque de Quimper et Léon le 25 février 1908. Ce fut donc l'évêque du Finistère durant toute la Première Guerre mondiale. Et toutes les familles finistériennes lui étaient excessivement reconnaissantes pour son œuvre charitable auprès des familles endeuillées durant ses quatre longues années de guerre entre 1914 et 1918. Il faut savoir que la Bretagne a payé un très lourd tribut humain lors de la "Grande Guerre" ; il n'était pas rare de voir des familles de douze enfants dont cinq ou six étaient au front en même temps…

Monseigneur Yves-Marie Duparc était donc considéré quasiment comme un saint dans tout le Finistère. Et lorsqu'il appris l'œuvre des nazis visant à séparer la Bretagne de la France, son sang ne fit qu'un tour : puisque la République ne pouvait hélas rien contre cela, eh bien lui tout seul, avec l'aide de tous les membres de son clergé finistérien, il allait tenter de scier cette branche pourrie…

Le dimanche 26 juillet 1940 il monta en chair à la cathédrale de Quimper et fit un prône très violent contre ceux de ses paroissiens qui seraient tentés de suivre les voies séparatistes des autorités d'occupation. Il a dit notamment : « Quatre siècles d’histoire nationale commune, malgré des dissentiments qui ne regardent que nous, ont intiment resserré nos liens avec la France. Notre sang versé sans compter sur terre et sur mer lui a prouvé notre fidélité ardente. Notre vie intellectuelle, notre vie sociale, notre vie économique ont été constamment mêlées à la sienne. Nous lui avons donné l’exemple d’une vie religieuse forte et tendre. Elle nous a, en retour, aidés à développer encore l’élan de notre apostolat ». Et ce vieil évêque a haussé le ton au maximum pour conclure « Nous sommes liés indissolublement à la France. Nous ne la trahirons pas à l’heure de sa douloureuse épreuve. Jamais Breton ne fit trahison ».

Ce prône troubla toute l'assistance. Il fut lu à toutes les messes de ce dimanche, non seulement dans toutes les églises de Quimper, mais dans toutes les églises, chapelles, monastères, couvents du Finistère. Et Monseigneur Duparc avait bien demandé à chaque prêtre de le lire en français impérativement !..

Toutes les grands-mères et toutes les mères veuves et mutilés de guerre, confiante dans cette initiative sans précédent de leur évêque ont alors interdit à leurs petits-fils et à leurs fils de suivre ceux qui prônaient une séparation d'avec la France.

Comme Monseigneur Yves-Marie Duparc était le doyen des évêques de Bretagne, ses confrères des Côtes-du-Nord, de l'Ile-et-Vilaine, et du Morbihan, l'imitèrent le dimanche suivant. Résultat : le robinet du recrutement des autonomistes bretons fut quasiment tari.

Le Gouvernement de Vichy lui fit discrètement savoir qu'il l'avait approuvé…

Yves-Marie Duparc aura la satisfaction d'assister à la Libération de la Bretagne, puisqu'il est décédé le 14 mai 1946, à l'âge de 89 ans, après 38 ans d'épiscopat de Quimper et Léon. La Bretagne, grâce à lui, avait fait le bon choix.

Roger 15. Rolling Eyes

Source : Le texte de la déclaration de Monseigneur Yves-Marie Duparc a été diffusé par l'agence de presse de l'Etat Français "OFI" (Office Français d'Informations) et repris par la totalité de la presse de la zone dite "libre" début août 1940. L’ouvrage "été 40 - cent jours qui ébranlèrent la France" de Jacques Varin (édition de la Courtille - avril 1980), reproduit en fac-similé, à la page 187, l'article de " L'éclaireur de Nice" du 6 août 1940 consacré à cette déclaration de Monseigneur Duparc.
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Re: Jamais Breton ne fit trahison !...

Message  roger15 le Lun 12 Mai 2008, 2:00 pm

Bonjour à toutes, et bonjour à tous, Smile

Si des Internautes Bretons veulent en savoir davantage sur l'histoire de Radio-Rennes, je leur signale que le meilleur spécialiste de l'histoire de la radio en France, René Duval, a fait paraître au premier trimestre 1980, aux Editions Alain Moreaux à Pais, l'ouvrage de référence "Histoire de la radio en France". A la page 248 René Duval raconte l'histoire du poste radio Rennes :

« Radio-Rennes PTT fait entendre sa voix, pour la première fois, le 1er juin 1927, sur 272m et avec une puissance-antenne limitée à 1,500kW. Comme dans d'autres stations d'Etat, c'est aussi à l'hôtel des Postes que sont montés émetteur et studio. L'association créée pour gérer les programmes du poste, l'AARR (Association des Amis de Radio-Rennes) est présidée par le directeur régional des PTT, M. Humbert.
Là non plus, radio-Rennes ne se fera pas beaucoup remarquer dans la première partie de son existence. Ce n'est qu'à partir de 1931 que la station commence à développer vraiment ses retransmissions et ses reportages extérieurs : concerts, tous les dimanches, de la musique des équipages de la flotte de Brest, pardon des Terre-Neuvas (le 13 mars 1932) à Saint-Malo, etc.
Mais la faible puissance de la station ne permet pas une écoute agréable dans un rayon supérieur à 50 kilomètres autour de la capitale bretonne et les Nantais, par exemple, réclament depuis 1929 l'installation d'une grande station régionale à mi-chemin entre les deux villes.
Après bien des atermoiements, la décision est prise en 1933, de construire un puissant émetteur de 120 kW sur le site de Thourie, à 35 kilomètres au sud-est de Rennes. Comme il faudra plusieurs années pour édifier le nouveau centre, on prévoit aussi d'augmenter la puissance du poste de Rennes à 40 kW. Les pylônes de 35 mètres de la rue de l'Alma sont surélevés à 70 mètres et de ce fait, les émissions de Radio-Rennes sont suspendues pendant 15 jours en octobre 1933. Cette année-là aussi, pour se préparer à l'extension de la zone d'écoute, l'association obtient de l'administration des PTT de vastes studios dans l'aile ouest du Palais du Commerce. Des studios décentralisés sont équipés à Angers, Nantes et Best et reliés par câble à l'émetteur de Brest. »

J'ajoute qu'une puissance de 120 kW pour l'émetteur de Thourie lui permettait d'être audible correctement la journée dans toute la Bretagne, et même, dès la nuit tombée, dans une zone de plus de 600 kilomètres de rayon !...

Quant au site Internet http://100ansderadio.free.fr/pionniers/ ... esPTT.html il évoque lui aussi l'histoire de Radio-Rennes.

Enfin le site Internet http://100ansderadio.free.fr/guerre/Ren ... tagne.html évoque directement les émissions en breton de Radio-Rennes des pro-autonomistes bretons pendant l'occupation allemande.

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