Une cloche sonne, sonne...

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Une cloche sonne, sonne...

Message  roger15 le Ven 16 Mai 2008, 11:24 am

Bonjour à toutes, et bonjour à tous, Smile

«
Une cloche sonne, sonne,
Sa voix d'écho en écho,
Dit au monde qui s'étonne :
C'est pour Jean-François Nicot.
»

Ce sont les paroles du début d'une magnifique et très poétique chanson célèbre autrefois, créée en 1945, interprétée par Édith Piaf et les Compagnons de la chanson (paroles et musique de Jean Villard-Gilles).

Comme vous le savez peut-être, je suis un retraité des PTT (j'ai travaillé surtout à La Poste, mais également à France-Télécom), et de ce fait j'adore l'historique des moyens de transmission des nouvelles en France : d'abord les messagers à cheval, puis les malles-poste et diligences, puis la poste par chemin de fer et par aéronef, puis le télégraphe optique Chappe, puis le télégraphe électrique, puis le téléphone…

A l'heure d'Internet on oublie toujours que jusqu'à il y a peu de temps le moyen traditionnel de transmission des nouvelles était la sonnerie des cloches des églises…

Je voudrais vous exposer la joie extraordinaire qu'a pu causer la sonnerie de deux cloches parisiennes un soir de la Saint-Barthélemy (24 août) 1944…

C'est à Antony (Seine), ma ville natale, que le général Leclerc a donné l'ordre à 19 heures (heure allemande d'occupation, soit Temps Universel plus deux heures) le jeudi 24 août 1944 au capitaine Raymond Dronne de partir avec une colonne de la deuxième Division Blindée pour entrer en avant-garde dans Paris. C'est très exactement à 21h22 (heure indiquée par la grande horloge de l'Hôtel de ville de Paris) que Raymond Dronne descend de sa jeep et va saluer à l'hôtel de ville de Paris Georges Bidault, Président du Conseil National de la Résistance. C'est bien entendu un moment d'émotion indescriptible qui étreint à ce moment à la fois les combattants de la France Libre et les Résistants parisiens qui s'étaient soulevés contre les troupes allemandes d'occupation dès le 19 août 1944… Seuls ceux qui ont pu entendre les anciens témoins de ces moments inoubliables peuvent comprendre l'intensité de ces moments fantastiques…

La Radiodiffusion française libre (qui a succédé à "Radio Paris, sous contrôle allemand), dirigée par le Résistant Pierre Crénesse, diffuse ces moments historiques en direct. Et un journaliste de cette station de radiodiffusion a une idée géniale : il demande à tous les curés de Paris de faire sonner les cloches des églises parisiennes à toute volée pour annoncer la Libération de la capitale (à cette heure là, à peine 15% du territoire parisien était libéré…). Et les curés de la rive gauche de la Seine, ont courageusement… attendu qu'un confrère ose en premier faire sonner les cloches dans la nuit noire qui commençait… (la Lune, qui en serait à son Premier Quartier dans deux jours, se couchait ce soir-là à 21h22 Temps Universel, soit 23h22 heure allemande d'occupation). Cela dura quelques minutes, puis soudain depuis la tour sud de la cathédrale Notre-Dame de Paris le puissant bourdon "Emmanuel" (treize tonnes, son battant seul pèse 500 kg ; sa sonnerie était audible à près de cinq kilomètres à la ronde !…) a osé lancer dans la nuit parisienne sa joyeuse sonnerie en "fa dièse" qui annonçait au peuple parisien de la rive gauche et de la banlieue Sud que Paris était enfin libéré !... Courageusement alors, les autres clochers de la rive gauche ont alors relayé la sonnerie du bourdon Emmanuel. Dietrich Von Choltitz, le commandant allemand du "Gross Paris" était alors en communication avec le général Alfred Jold à Berlin qui a entendu dans son combiné la sonnerie des cloches. Dietrich Von Choltitz a alors approché le téléphone de la porte-fenêtre de l'Hôtel Meurice et lui a fait entendre la mélodie des cloches de la capitale en disant à Alfred Jold : « ce que vous entendez annonce que Paris va être libéré et que l'Allemagne a sans doute perdu la guerre !… »

Tout cela était bel et bien, mais 85% de Paris était encore aux mains des Allemands...

On ne dira jamais assez l'effet psychologique dévastateur sur les soldats allemands qu'a causé l'initiative très courageuse de l'archiprêtre de la basilique du Sacré-Cœur à Montmartre (donc à l'extrême Nord de Paris, très loin des troupes du capitaine Dronne, en plein territoire encore occupé par l'armée allemande) qui, après avoir demandé à ses prêtres de renforcer les portes de la basilique, des fois que les soldats allemands auraient voulu la prendre d'assaut, a donné l'ordre à son sacristain de mettre en branle "la Savoyarde", la plus grosse cloche de France puisqu'elle pèse 18 835 kg et son marteau seul pèse 1 200 kg. Sa sonnerie est audible à près de huit kilomètres à la ronde !…

Et d'entendre le son majestueux de "la Savoyarde" narguer les troupes allemandes d'occupation en plein Nord de Paris et en banlieue Nord, a incité beaucoup des Parisiens et Banlieusards "tièdes" à rejoindre les Résistants insurgés depuis six jours, c'est ce qu'on a appelé "les Résistants de la onzième heure"…

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Re: Une cloche sonne, sonne...

Message  glider82 le Ven 16 Mai 2008, 7:11 pm

Très belle histoire Roger.
Merci
Si tu aimes la résistance Parisienne, je t'encourage à aller voir le post que j'avais réalisé avec des photos d'époque. ;) http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/les-resistances-f33/liberation-de-paris-t5856.htm?highlight=paris
Bonne journée
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