Mission Gerstein Partie III (Fin): L'Espion de Dieu...

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Mission Gerstein Partie III (Fin): L'Espion de Dieu...

Message  eddy marz le Mar 30 Sep 2008, 3:36 pm

Bonjour à tous ;
Partie III et fin de la mission secrète de Kurt Gerstein. Je vous mets en garde, c’est un peu hard ; mais c’est la vérité. Pour tous ceux qui sont intéressés et qui auraient raté le début, vous pouvez vous reporter aux liens suivants :

Partie #1 :
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/zyklon-b-la-mission-secrete-de-kurt-gerstein-t6300.htm

Partie #2 :
http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/crimes-de-guerre-et-contre-l-humanite-f18/mission-gerstein-partie-ii-quelques-heures-en-enfer-t6921.htm

NB : Comme pour les Parties I & II, les extraits des rapports de Gerstein (Français & Allemand) sont annotés respectivement KG-Fr et KG-All. Les autres sources se trouveront, comme d’habitude, en fin d’article.

Il est environ 7h45 du matin… Le 1er train est arrivé, il y a une heure environ. Les déportés ont été séparés par sexe, se sont dévêtus, les cheveux des femmes ont été récupérés. Ils sont maintenant menés par groupes distincts à travers un boyau camouflé vers la clairière du camp n°2, le secteur d’extermination. Gerstein s’y trouve déjà, en compagnie du Commandant, le Polizei Hauptmann et Hauptsturmführer SS Christian Wirth, de son adjoint, l’Oberscharführer SS Josef Oberhauser, du Professeur Wilhelm Pfannenstiel, et de quelques autres. Les déportés sont acheminés vers la « Fondation Hackenholdt », un bâtiment trapu en béton entouré d’arbres, et surmonté d’un filet de camouflage pour parer à toute observation aérienne. Sur le toit bitumé de l’édifice, juste au-dessus de la porte d’entrée, se dresse une étoile en cuivre… L’étoile de David. Dans son rapport, Gerstein décrit une ambiance inquiète et convulsive où les SS tentent, jusqu’au dernier moment, de maintenir l’illusion d’une inoffensive séance de douches. Mis à part quelques incidents isolés, les victimes sont introduites dans les chambres par les auxiliaires Ukrainiens dans un calme relatif. Impuissant et en état de choc, Gerstein est contraint à serrer les dents et ne rien laisser paraître de ses émotions…

« Les chambres se remplissent. ‘Bien entasser !’ c’est ce qu’a ordonné le Capitaine Wirth. Les gens se marchent sur les pieds, 700 à 800 personnes sur 25m2 dans 45 mètres cubes… » (KG-All).

À la fois ironique et borné, le négationniste Henri Roques s’insurge à nouveau : « Gerstein nous dit encore, dans chacune des versions de son récit, que 700 à 800 personnes étaient entassées debout dans une pièce de 25 m2. Une simple division permet de s'interroger sur la possibilité d'entasser 30 personnes environ sur 1 m2 » (extrait de la 8e Conférence Annuelle Révisionniste – Los Angeles, 1987). Plusieurs remarques :

Henri Roques choisit d’ignorer que :

1. Gerstein a estimé la superficie des chambres à 25m2, sans pouvoir les mesurer.

2. Gerstein a évalué le nombre de Juifs entrant dans l’édifice sans pouvoir les compter (essayez d’évaluer des centaines de têtes qui passent devant vous).

3. Ces estimations ont été faites par Gerstein dans un moment de choc émotionnel parfaitement compréhensible et justifié.

4. Le rapport Gerstein, rédigé en avril 1945, décrit des évènements survenus en août 1942, soit 3 ans auparavant.

En réalité, Henri Roques accepte les chiffres donnés par Gerstein, mais refuse de tenir compte de la marge d’erreur qu’une véritable critique exigerait. Il passe au second degré, dénonçant le caractère « invraisemblable » des scènes décrites. Gerstein aussi paraît surpris : « Je fais une estimation : poids moyen, tout au plus 35 kg, plus de la moitié son des enfants, poids spécifique 1, donc 25.250 kg d’êtres humains par chambre. Wirth a raison, si la SS pousse un peu on peut faire entrer 750 personnes dans 45 mètres cubes ! » (KG-All).

Donc, Wirth a raison ; c’est faisable. Les auxiliaires Ukrainiens compriment les corps, s’arc-boutent pour fermer les portes, et rabaissent les verrous. Les lumières s’éteignent ; une clameur désespérée s’élève de l’intérieur des chambres…

Entre temps, un deuxième convoi est arrivé, et manœuvre sur la voie ferrée, 150 mètres plus bas. Les futures victimes attendent, nues, de monter à l’abattoir. « Quelqu’un », un des tueurs, s’approche de Gerstein : « On me dit : aussi en hiver nus ! » (KG-Fr). Gerstein, qui jusqu’ici, n’a pas dit un mot, ne peut réprimer une réaction naturelle : « Mais ils se peuvent emporter la mort ! » (KG-Fr)… Une réaction de l’ancien monde ; qui n’a pas cours sur la planète Belzec. Les autres se retournent ; qu’est-ce qui lui prend ? La réponse ne se fait pas attendre ; on imagine d’ailleurs le sourire amusé de son interlocuteur, visiblement habitué : « C’est pour cela donc qu’ils sont ici ! » (KG-Fr). Car « ici », tous les participants, cadres SS, cadres policiers, gardes Ukrainiens, s’adaptent à la folie ambiante, et jouent le rôle qui leur est assigné. Un monde inimaginable où les tabous archaïques de sacrifices sanguinaires et de domination sont autorisés et pratiqués sur des personnes sans existence juridique. Le fantasme ultime du surhomme et de la Race des Seigneurs…

Dans le chaos qui l’entoure, Gerstein entends prononcer un nom : « Hackenholdt »… « À ce moment, je comprend pourquoi « Fondation Heckenholt » – Heckenholt c’est le chauffeur du « Diesel » dont les échappements sont destinés à tuer les pauvres ! » (KG-Fr). Effectivement. Le Scharführer SS Lorenz Hackenholdt (Gerstein a mal compris le nom), ancien employé des centres d’Euthanasie (T4), est l’expert mécanicien responsable du moteur alimentant les chambres en Co2. Par conséquent, les SS ont donné son nom au bâtiment… Exemple type d’humour SS.


Lorenz Hackenholdt (Source: USHMM)

Mais, tout ne fonctionne pas comme prévu. Les déportés sont dans les chambres, mais le moteur servant à injecter le gaz ne démarre pas. Humidité ? Souci mécanique ? Hackenholdt et son assistant Ukrainien (peut-être Edward Wlasiuk, jugé après-guerre par les soviétiques) se démènent… En vain. Les auxiliaires Ukrainiens courent dans tous les sens ; c’est la panique. Le commandant, Wirth, est hors de lui. Ce moteur qui ne démarre pas devant les envoyés spéciaux de Berlin ! Des experts capables de dresser un rapport négatif à Globocnik ! « SS Scharführer Heckenholt se donne quelque peine pour faire en marche le moteur Diesel. Mais il ne marche pas ! Le Hauptmann Wirth arrive. On voit, il a peur, parce que moi, je vois le désastre » (KG-Fr). La panne traîne en longueur ; Gerstein a sorti son chronomètre « Oui, je vois tout, et j’attends. Mon chronomètre ‘stop’ a fixé tout. 50 minutes, 70 minutes – le Diesel ne marche pas ! » (KG-Fr).


Auxiliaires Ukrainiens à Belzec. Le 3e à droite est Edward Wlasiuk, l'assistant de Hackenholdt (Source Ghetto Fighter's House)

Pendant ce temps, à l’intérieur des chambres, nues, paniquées, écrasées les unes contre les autres dans une puanteur de gymnase, les victimes attendent. Et toujours la clameur, les sanglots… « On les écoute pleurer » (KG-Fr). Le professeur Pfannenstiel colle son oreille à une des portes, et s’exclame « Comme à la synagogue ! » (KG-Fr)… Le 6 juin 1950, devant la Cour de Darmstadt, Pfannenstiel s’en défendra : « […] le Rapport est truffé d’erreurs. Je maintiens particulièrement que je n’ai jamais dit ‘comme à la synagogue’. Et même si je l’avais dit, ce n’était pas dans le sens attribué par Gerstein, comme pour suggérer que je me moquais de la souffrance des prisonniers. La situation était trop terrible pour ça »… Pauvre professeur Pfannenstiel, contraint – comme le remarque si bien Pierre Joffroy – de jouer avec les mots comme avec des dés qui, quoi qu’on fasse, indiquent toujours le même chiffre. Car si sa remarque n’avait pas le sens suggéré par Gerstein, quel sens avait-elle alors ? Une constatation scientifique ? Passons…

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Message  eddy marz le Mar 30 Sep 2008, 3:50 pm

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Et toujours, le moteur ne démarre pas. Fou de rage, Christian Wirth « fait 11, 12 coups de carache au visage de l’Ucrain, qui est en aide de Heckenholt » (KG-Fr). Wirth aime tuer… Sa brutalité, son arrogance, sa nature impitoyable, son antisémitisme virulent, son épouvantable crudité verbale, et ses incontrôlables crises de rage sont sans pareil. La vie humaine, y compris la sienne, et celle des Juifs en particulier, n’a aucune valeur à ses yeux... Il arpente le camp, cravache en main, hurlant, jurant, provoquant l’effroi partout où il passe ; même les SS le craignent. Ces derniers l’appellent le fauve au visage humain ; les auxiliaires Ukrainiens l’appellent Stuka, en référence au bombardier JU 87 dont la sirène terrorisait les populations civiles. L’ensemble du personnel, SS et Ukrainiens, s’accorde pour décrire un être odieux, terrifiant et brutal. En cas de désobéissance, Wirth ne s’embarrasse guère de tribunaux SS ; il menace directement le contrevenant d’exécution immédiate. Il n’hésite pas à battre les auxiliaires ukrainiens ainsi que les SS du camp. Lors du procès de Belzec, à Munich, en 1962-63, où il sera acquitté, Werner Dubois, chauffeur SS, ajoute : « Wirth était plus que brutal. D’après moi, sa brutalité était partie intégrante de sa nature, plus qu’une émanation de sa mentalité politique. Il rugissait, nous insultait, et nous menaçait ; il frappait le personnel allemand au visage ».


Christian Wirth (Source : Staatsarchiv Ludwigsburg)

Malgré les effort de Hackenholdt, le moteur ne démarre toujours pas ; le martyre des Juifs Galiciens s’éternise… Que se passe-t-il entre temps ? Tout le monde attend ; on discute à voix basse, on fume ; tandis que Wirth vocifère, menace ses subordonnés… Gerstein s’occupe comme il peut ; tripote son chronomètre comme on se raccroche à une ancre, pour ne pas être emporté. Puis, enfin : « Après deux heures 49 minutes – la montre ‘stop’ a tout enregistré – le diesel commence » (KG-Fr). Vingt-cinq minutes passent ; Dans le corridor de la « Fondation Hackenholdt », Wirth invite Gerstein à jeter un coup d’œil à travers le judas. Impossible de refuser : « […] Beaucoup sont déjà morts. On le voit par la petite lucarne par laquelle la lumière électrique éclaire un instant la chambre » (KG-All). Tel un contremaître, Wirth s’enquiert de l’avis de l’expert : « Wirth m’avait minutieusement interrogé pour savoir si je trouvais mieux de faire mourir les gens dans une pièce éclairée ou sans éclairage. Il demandait cela sur le ton dont on demande si l’on dort mieux avec ou sans traversin » (KG-All)…


La "Fondation Hackenholdt"; basée sur les descriptions SS (source: document ARC)

Trente-deux minutes plus tard, tout le monde est mort. Un sonderkommando Juif auquel on a fait miroiter la liberté et un infime pourcentage des biens récupérés, procède à l’ouverture des portes d’extraction des chambres, situées sur l’extérieur du bâtiment… Laissons la parole à Gerstein : « Comme des colonnes de Basalte les morts sont encore debout, étant pas la moindre place pour tomber ou de s’incliner. Même morts, on connaît encore les familles, qui se serrent les mains. On a peine à les séparer, pour faire vides les chambres pour prochaine charge. On jette les corps, bleus, humides de soudre [sueur] et de l’urin, les jambes pleines de crotte et de sang périodique » (KG-Fr). Les mots ne servent plus à rien. Il n’est pas question ici de « l’Enfer », ou d’autres métaphores à la mode vulgarisées par nombre d’éditorialistes et d’auteurs, mais de la réalité. D’une réalité – selon les souvenirs du Scharführer SS Heinrich Gley – « tellement affreuse du point de vue de l’esprit, de la vue, de l’odorat que les hommes habitués à vivre dans les conditions de la vie civilisée ne peuvent en imaginer l’horreur ». Personne ne sort indemne des camps d’Aktion Reinhard ; pas même les vivants.

Sous les nœuds coulants et crochets du sonderkommando, les cadavres roulent dans la terre sablonneuse. Deux douzaines de « dentistes », hagards, sondent bouches, oreilles, et orifices, à la recherche de richesses cachées. Il faut faire vite ; déjà la seconde fournée attend, au-delà de la barricade… Enjoué, agitant une boîte de conserve, Christian Wirth, déambule parmi les cadavres : « Le capitaine Wirth sautille de tous côtés au milieu. Il est dans son élément. […] Wirth m’appelle : ‘Soulevez donc cette boîte de conserve pleine de dents en or ; et c’est seulement d’hier et d’avant-hier !’ Avec une prononciation incroyablement vulgaire et incorrecte il me dit ‘vous ne croirez jamais combien nous ramassons chaque jour en or, en diamants [Brillanten], et aussi en dollars. Mais regardez vous-même !’ » (KG-All).

Les corps sont traînés et transportés vers les fosses, à quelques mètres au nord et à l’ouest de la Fondation Hackenholdt, et y sont jetés en vrac. On les recouvre ensuite de chaux vive puis de sable. Les chambres sont rapidement nettoyées afin de les rendre « présentables » ; les traces de pas dans le boyau d’accès effacées avec des branchages… Rien ne doit affoler inutilement le reliquat du convoi qui attend encore sur le quai du camp n°1. Sa bonne humeur retrouvée, Wirth entraîne Gerstein et Pfannenstiel quelques mètres plus loin afin de leur présenter le chef du sonderkommando Juif : « On me fit voir encore un des chefs du grand magasin de l’ouest de Berlin, Kaufhaus des Westens, et un petit homme qu’on faisait jouer du violon, chefs du commando de travailleurs juifs » (KG-Fr).

Accompagnés par la musique du petit violoniste et le bourdonnement des mouches, traversant les montagnes de cadavres et de déjections, Wirth, Gerstein, et Pfannenstiel redescendent probablement vers le camp n°1. Il reste encore plusieurs questions à résoudre, inutile de s’attarder.

« Le Hauptmann de Police Wirth me pria de ne pas proposer à Berlin quelconque autre méthode des chambres à gaz et de laisser tout comme il était – je mentis – ce que j’avais fait à tous cas, que l’acide prussique était déjà détruite par le transport et devenue très dangereuse. Alors je serais forcé de l’enterrer – que se fit aussitôt » (KG-Fr). Extraordinaire. Pour Wirth, tous ces bureaucrates de Berlin, à des centaines de kilomètres des lieux de travail, ne comprennent rien. Et toutes ces nouvelles techniques fantaisistes n’apporteront rien de bon. Certes, il y a eu la panne de moteur de ce matin, et cet Untersturmführer Gerstein l’a même chronométrée… Regrettable. Mais c’est un incident isolé ; la technique a fait ses preuves, inutile de la changer. De plus, cela exigerait une longue et coûteuse transformation des installations qui, à son tour, ralentirait les opérations… Mais Christian Wirth est à des lieues de penser que son désir de préserver son système rejoint celui de Gerstein de ne livrer à aucun prix le Zyklon qu’il convoie. C’est donc d’un commun accord que le Zyklon B est enterré aux environs du camp… Le négationniste, Henri Roques saute sur l’occasion pour tenter, à nouveau, de discréditer Gerstein :
« Enfin, Gerstein se vante d'avoir fait disparaître son stock d'acide cyanhydrique en l'enterrant 1 200 m avant l'entrée du camp. On peut déjà penser que l'opération ne du pas être facile ». Au contraire ; Wirth ne veut pas du Zyklon B. Gerstein n’a pas à insister pour s’en débarrasser. En juin 1950, devant la Cour de Darmstadt, Wilhelm Pfannenstiel déclare : « Si je suis bien informé, les bouteilles d’acide furent enterrées » ; dans son rapport, Gerstein confirme : « Quant à l’acide cyanhydrique emporté, je l’ai fait enterrer » (KG-All).

À ce sujet, dans son article, « Humanity versus Zyklon B’ » (2000), Florent Brayard, chercheur au CNRS, note que des bouteilles de gaz furent retrouvées à Belzec en 1971 : « Outre les déclarations de Pfannenstiel allant dans le même sens, on doit noter que ces bouteilles semblent avoir été excavées à Belzec en 1971 si l’on en croit un résumé de la communication de Zdislaw Spaczynski ‘Elementy genezy i topografia obozu w Belzcu’, faites lors du colloque de l’Université de Lublin ‘Belzec, Sobibor, Treblinka’, le 25-27 Août 1987 ». C’est malheureusement faux. Des bouteilles (métalliques) de gaz furent effectivement découvertes hors du périmètre du camp (derrière la colline) en 1971, et une enquête spéciale immédiatement ordonnée. Les bouteilles ne contenaient pas de Zyklon B, mais du Co2. Ce ne sont donc pas celles de Kurt Gerstein. Selon toute vraisemblance, ces bouteilles furent enterrées par Christian Wirth suite aux expériences menées par ce dernier lors de la phase initiale du camp, et avant l’adoption d’un moteur à essence. Des bouteilles identiques étaient utilisées au camp de Majdanek. Les bouteilles excavées à Belzec furent photographiées, puis emmenées par l’armée Polonaise et détruites à Chelmno.

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Re: Mission Gerstein Partie III (Fin): L'Espion de Dieu...

Message  eddy marz le Mar 30 Sep 2008, 4:14 pm

Suite & Fin...

La journée s’achève à Belzec. La Fondation Hackenholdt a avalé le deuxième convoi. Environ 12.000 personnes sont mortes aujourd’hui. Que font Gerstein et Pfannenstiel ensuite ? Nous ne le savons pas. Peut-être sont-ils conviés à dîner par Wirth ; ils passent certainement la nuit à la Kommandantur de Belzec où Gerstein, dévasté, tente tant bien que mal de récupérer pour affronter le lendemain.

« Le lendemain, 19 août 1942, nous allâmes avec la voiture du Capitaine Wirth à Treblinka, à 120 Km au NNE de Varsovie. L’installation était à peu près la même, seulement plus grande qu’à Belzec. Huit chambres à gaz et de véritables montagnes de valises, de textile et de linge » (KG-All). Gerstein a-t-il assisté, à Treblinka, aux mêmes scènes qu’à Belzec ? C’est possible, ou probable, mais il n’y fait aucune allusion dans ses rapports… À quoi bon répéter les mêmes obscénités. Il est également possible que Gerstein décrit certaines situations ou détails vus à Treblinka en les situant à Belzec, ou vice-versa. Cependant, tout porte à croire que c’est bien de Belzec qu’il s’agit. Il est en tout cas certain que c’est Belzec qui l’ait le plus impressionné. Peut-être à cause du choc initial.

Devant la Cour de Darmstadt, Pfannenstiel jure qu’il n’est jamais allé à Treblinka ; et pourtant : « En notre honneur, on donna un banquet dans la salle commune dans le style typique Teutonique d’Himmler. La nourriture était simple, mais il y avait de tout en quantité à discrétion. […] Le Professeur Med. Pfannenstiel fit un discours dans lequel il expliqua aux hommes l’utilité de leur tâche et l’importance de leur grande mission. À moi seulement, il parla des ‘méthodes très humaines’ et de la ‘beauté du travail’. Cela semble tout à fait incroyable, mais je me porte garant qu’il ne le disait pas comme une plaisanterie mais tout à fait sérieusement. […] Aux équipes, il disait en particulier : ‘Quand on voit ces corps de Juifs, alors seulement, on comprend à l’évidence à quel point votre tâche mérite de reconnaissance » (KG-All). Malgré ses dénégations, et le souci permanent de minimiser sa participation, il ne fait aucun doute que Pfannenstiel accompagna Wirth et Gerstein à Treblinka ; sa mission étant la même qu’à Belzec – la destruction ‘hygiénique’ des corps. Bien entendu, l’admettre n’aurait fait qu’aggraver son cas.

La visite est terminée ; la mission également. Le lendemain, 20 août 1942, Kurt Gerstein est emmené en voiture à Varsovie. Pfannenstiel est-il resté à Lublin, ou Varsovie ? Une chose est sûre, c’est seul que Gerstein tente d’obtenir – sans succès – une place de wagon-lit sur l’express Varsovie-Berlin. Pfannenstiel disparaît du récit.

À quelques minutes du départ, sur le quai bondé, Gerstein remarque un homme plutôt élégant, d’une trentaine d’années… Le Baron Göran Von Otter, Secrétaire de la Légation de Suède à Berlin. Ce dernier, en mission officielle pour son gouvernement (des ressortissants suédois arrêtés en Pologne par la Gestapo), n’a pas non plus réussi à se dénicher un wagon-lit… Mais le train démarre. Bon gré mal gré, Gerstein et Von Otter embarquent…

« Malgré mon passeport diplomatique et mon ausweis, je n’ai pu obtenir de couchette. J’ai demandé au conducteur si je pouvais rester dans le couloir. […] Dans le couloir se trouvait également un officier en uniforme SS. Il avait apparemment les mêmes difficultés que moi. […] J’ai vu qu’il me regardait à la dérobée. Je n’ai pas eu l’impression qu’il me surveillait mais plutôt qu’il s’intéressait à moi. […] Vingt minutes plus tard, nous nous sommes arrêtés à je ne sais quelle gare… Nous sommes descendus du wagon pour nous dégourdir les jambes. […] L’homme m’a suivi sur le quai. Il m’a demandé du feu. […] Et pendant que j’allumais sa cigarette, il a murmuré : ‘je voudrais vous parler. Pourrais-je vous voir à Berlin ?’ […] J’ai répondu qu’on pouvait parler maintenant, dans le train. Nous avions toute la nuit devant nous. […] C’est à ce moment – nous étions encore sur le quai – qu’il a commencé à me dire, d’une voix au bord des larmes :
- ‘Ich habe gestern etwas furchtbares gesehen
(j’ai vu hier quelque chose d’effroyable).
- ‘Was wollen sie sagen ?’ – ai-je répondu (que voulez-vous dire ?)
Pour toute réponse, il s’est mis à pleurer et il a répété : ‘J’ai vu quelque chose d’effroyable’.
- ‘Geht es um die Juden ?’ ai-je demandé
(s’agit-il des Juifs ?).
Je ne crois pas qu’il ait répondu sinon par un sanglot étouffé… Ce n’était pas possible de parler sur le quai. Nous sommes remontés dans le train. Nous nous sommes portés à l’extrémité du couloir, dans le soufflet, assis par terre, et il m’a tout raconté. […] C’était difficile de lui faire baisser le ton. Nous sommes restés assis toute la nuit, six ou huit heure. Encore et encore il répétait ce qu’il avait vu. Il sanglotait, et se cachait le visage dans les mains » (G. Von Otter à P. Joffroy – Londres ; décembre 1966)…

Voilà ; vous connaissez les grandes lignes concernant la mission de Gerstein. Son histoire, bien entendu, ne s’arrête pas là ; elle ne fait que commencer. Gerstein n’aura de cesse de tenter d’alerter l’opinion, mais toutes ses tentatives resteront vouées à l’échec ; son histoire est trop incroyable… ou inopportune. Les bien-pensants se récrient aussi : C’était quand-même un SS ! Par la suite, les négationnistes s’attaqueront à son rapport, cherchant à prouver sa « mythomanie » pour le seul but de nier l’existence des chambres à gaz. En y regardant de plus près encore, la vie de Kurt Gerstein dévoile une réalité plus complexe, plus humaine, et finalement plus touchante que celle des mythes officiels. Celle d’un espion très spécial, qu’un des ses amis de longue date, le Pasteur Kurt Rehling, reprenant une citation de Kierkegaard (lui-même puisant dans Shakespeare), nommera « L’espion de Dieu »… « Un espion qui, au service de Dieu, découvre le crime de la chrétienté, celui de se dire chrétien alors qu’on ne l’est pas ».



Kurt Gerstein (Source: Kurt Gerstein Haus/Berchum)


Merci à tous

Eddy
clin doeil gri

Sources
- Rapport Gerstein ; dactylographié, rédigé en allemand et daté du 6 mai 1945. Original de treize pages conservé aux National Archives de Washington (NARA).

- Rapport Gerstein ; dactylographié, rédigé en français et daté du 26 Avril 1945 à Rottweil.
- Déposition de Wilhelm Pfannenstiel – Tribunal de Darmstadt, 6 juin 1950
- Déposition de Werner Dubois – « Procès de Belzec » ; Munich – 1963
- Déposition de Heinrich Gley – « Procès de Belzec » ; Munich – 1963
- Déposition de Josef Oberhauser – « Procès de Belzec » ; Munich, 1963
- 8e Conférence Annuelle Révisionniste – Los Angeles, 1987
- Göran Von Otter à Pierre Joffroy/Entretien – Mercredi 21 décembre 1966 – Londres
- Arad, Yitzhak. Belzec, Sobibor, Treblinka ; The Operation Reinhard Death Camps – Indiana University Press, 1987.
- Tregenza, Michael. Conférence Inner Circle Seminar : The Psychology of Extermination avec Gitta Sereny & Anthony Stadlen ; article par Angela Buxton – 10 Octobre 2004. Londres

- Communication de Michael Tregenza à Eddy Marz – Mars 2006.
- Kuwalek, Robert. Conservateur du mémorial de Belzec – réponse par email à Eddy Marz – Avril 2006
- Robin O’Neil. Belzec : Prototype for the Final Solution ; Hitler’s answer to the Jewish Question – E-book : www.jewishgen.org.
- Brayard, Florent. Comment l’idée vint à M. Rassinier ; naissance du révisionnisme – Fayard, 1996.
- Roques, Henri Les « confessions » de Kurt Gerstein. Étude comparative des différentes versions » (Édition Critique.) 1985.

- Hilberg, Raul. Exécuteurs, victimes, témoins : la catastrophe juive: 1933-1945 Gallimard, 1994.
- Joffroy, Pierre. L’Espion de Dieu ; la passion de Kurt Gerstein (ré-édition) – Seghers, Paris, 1992.
- Padfield, Peter. Himmler ; Reichsführer SS – Papermac, 1995
- Poprzeczny, Joseph. Odilo Globocnik ; Hitler’s man in the East – Mc Farland & Co., 2004
- Gitta Sereny. Into that Darkness – London, 1974.
- Pierre Bridonneau http://www.anti-rev.org/textes/Bridonneau97a/index.html


Dernière édition par eddy marz le Sam 31 Mar 2012, 4:10 pm, édité 3 fois
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Re: Mission Gerstein Partie III (Fin): L'Espion de Dieu...

Message  furie le Mer 01 Oct 2008, 7:07 pm

Effrayant, épouvantable, terrifiant...
Je te suis gré d'avoir rédigé cet article, mais surtout de le prend pas mal eddy, il m'est impossible de te dire "merci", tant ce mot semble déplacé devant ces monstruosités. maleureu gri
Il n'y a rien de personnel, c'est juste que je suis bouleversé.
Encore une fois, je suis navré.
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Re: Mission Gerstein Partie III (Fin): L'Espion de Dieu...

Message  eddy marz le Mer 24 Oct 2012, 3:03 pm

Enfin trouvé. Ci-dessous, une photo du Baron Göran Von Otter qui rencontra Kurt Gerstein sur l'express Varsovie-Berlin, après la visite de ce dernier à Belzec et Treblinka. Informé par Gerstein, Von Otter avertira la Légation de Suède à Berlin, mais son rapport restera lettre morte (sans doute par peur de représailles). À noter : Göran Von Otter est le père de la célèbre cantatrice lyrique Anne-Sofie Von Otter.


Baron Göran Von Otter


Anne-Sofie Von Otter


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