rééditions de journaux nazis : interdiction levée

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Re : réeditions de journaux nazis : interdictions levée

Message  MEIERS le Ven 24 Jan 2014, 1:34 pm

Je dispose personnellement d'un exemplaire de "Mein Kampf" en allemand que je tiens de mon grand-père. Ce dernier, opposant au régime nazi avait acquis le livre pour sa documentation personnelle au début des années 30. Je l'ai personnellement lu en entier à l'âge de 16 ans environ. A mon avis il est indispensable non seulement que le public, mais tout particulièrement les jeunes en formation recoivent un enseignement critique et commenté de ce livre pour une raison bien simple. C'est là la seule façon d'empêcher qu'une dérive comme le nazisme puisse se reproduire dans le présent et le futur.

Je vais illustrer mon propos par un exemple: HURudel a mis en ligne un lien vers une édition canadienne en français de "Mein Kampf". A la page 450 du livre Hitler livre ses profondes réflexions quant à la lutte contre la syphilis. Il préconisait la stérilisation des malades en la justifiant par le fait qu'ainsi l'on évitait la naissance de rejetons eux-mêmes malades auxquels on évitait ainsi une vie de souffrances. Pour Hitler il s'agissait d'un acte "humain", il se voyait manifestement comme un grand humaniste!

L'aboutissement de ses idées fut la politique d'Euthanasie du IIIème Reich où des familles étaient obligées de livrer leurs enfants handicapés aux hopitaux d'état où même des déficients mentaux légers furent ensuite euthanasiés.

Ces idées hitlériennes étaient en rupture avec les normes de la civilisation chrétienne, l'église ayant toujours défendue l'idée que la souffrance était une partie intégrante de la vie humaine, et qu'une vie même diminuée ou souffrante était en principe sacrée.

La question est: notre société contemporaine est-elle vraiment moralement à même de jeter la pierre à Hitler? Depuis quelques années l'on observe en occident un débat récurrent autour de la question de l' euthanasie. Or l'argumentaire des partisans de l'euthanasie montre des similitudes frappantes avec les positions hitlériennes; la souffrance physique ou psychique est jugée comme incompatible avec la dignité de la vie humaine, l'un des derniers avatars de cette discussion est la proposition en Belgique d'ouvrir même aux mineurs malades psychiques ou handicapés la possibilité de se faire euthanasier.

Le débat n'épargne pas les structures écclésiastiques. Il y a deux à trois ans une pasteure de l'église réformée suisse de la région de Berne avait publié dans le bulletin régional de l'église réformée une apologie du droit à l'euthanasie, soulignant que "Dieu n'attendait pas des croyants qu'ils souffrent". J'avais fait à l'époque en réponse un courrier des lecteurs argumenté reprenant quelques textes fondateurs du christianisme tels l'injonction du Christ à ses disciples de prendre leur croix sur eux et de le suivre, des commentaires de Martin Luther sur le 5ème commandement (tu ne tueras point) amalgamant le suicide au meurtre et enfin le texte de "Mein Kampf" cité plus haut reprenant les positions hitlériennes sur la stérilisation et l' euthanasie, justifiées par le désir "d'épargner des souffrances".

La réponse de la pasteure fut brève et cassante. Elle me demanda de comprendre que je ne pouvais pas attendre par principe de sa part qu'elle lise le moindre mot écrit par Hitler.

On appréciera l'ironie de la situation. Cette pasteure se considère comme une excellente antinazie car elle refuse de lire le moindre texte d'Hitler; en même temps ne le faisant pas elle ne cours pas le risque de faire le rapprochement entre ses idées et les thèses nazies.

C'est en ce sens que je considère comme indispensable de développer un enseignement critique de ces ouvrages.

Concernant la série des "Zeitungszeugen" que j'ai acquise je trouve qu'elle était instructive d'un point de vue; la mise en évidence des mécanismes d'une presse totalitaire. Le régime nazi était encensé, tous les conflits sociaux minimisés, par contre toutes les difficultés du système mises sur le dos d'agents extérieurs diabolisés, seuls responsables d'atteintes aux droits de l'homme, communistes soviétiques, républicains espagnols, démocraties occidentales ploutocratiques. Je pense qu'un lecteur attentif pourrait faire le rapprochement avec l'évolution des grands médias occidentaux depuis la chute du mur de Berlin et surtout depuis le onze septembre et les conflits mondiaux qui en ont résultés.

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Re: rééditions de journaux nazis : interdiction levée

Message  Piermanu le Ven 24 Jan 2014, 3:01 pm

Là je ne ferai pas de commentaire, laissant à la modération le soin d'évaluer votre raccourci sur les liens entre le nazisme et l'actualité de certaines réflexions éthiques.

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Re: rééditions de journaux nazis : interdiction levée

Message  Rocreuil le Mer 02 Sep 2015, 4:41 pm

Sur MK, Le maréchal Lyautey avait écrit:
"Tout Français doit lire ce livre "

Les politiques de l'époque l'ont-ils lu ?

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Re: Réedition de journaux nazis: Interdiction levée

Message  MEIERS le Jeu 03 Sep 2015, 12:57 pm

Pour répondre à Rocreuil, il faut dire qu'il s'agit d'une question difficile surtout quand il s'agit de répondre quant à savoir quelle version de Mein Kampf ils ont pu lire. En effet Hitler qui disposait des droits d'auteurs sur son livre et qui savait que le livre contenait des attaques contre notamment la France et l'Angleterre faisait en sorte de n'autoriser à l'étranger que la vente d'éditions expurgées. Le cas de la France est à cet égard particulièrement intéressant. 
C'est en effet l'extrème-droite maurassienne qui la première livra une traduction non-édulcorée parue aux nouvelles éditions latines de l'éditeur Fernand Sorlot. Le but n'était naturellement pas de critiquer au fond l'idéologie nazie, mais d'informer les nationalistes français des dangers que les projets de conquête hitlériens faisaient courir à la France. Néanmoins Sorlot dut affronter en justice les avocats d'Hitler qui voulaient naturellement empêcher à tout prix la divulgation des aspects anti-français du livre. Il obtint tout de même gain de cause, de ce point de vue on peut dire que l'extrème-droite anti-allemande au moins connaissait le caractère du livre.

D'une façon générale il était très difficile dans la France des années 30 d'informer 
correctement l'opinion publique sur la réalité du nazisme. Je peux citer à cet égard une anecdote que je connaîs de source familiale. Mon grand-père avait été réfugié politique sarrois en France. Le traité de Versailles avait stipulé que la Sarre (l'actuel Land de Sarre allemand) soit détaché de l'Allemagne pour une quinzaine d'années, un référendum devait décider en 1935 du statut du territoire. Comme en janvier 1933 Hitler avait pris le pouvoir dans le reste de l'Allemagne la gauche sarroise, socialistes, communistes et catholiques antifascistes de Johannes Hoffmann avaient appelés à rejeter l'option d'un retours à l'Allemagne tant que les nazis Y seraient au pouvoir et à se prononcer pour le maintien du "Status quo". Une administration du territoire par la société des Nations avec rattachement économique à la France. En janvier 1935 cet appel fut massivement rejeté par les Sarrois, mon grand-père et les autres responsables socialistes sarrois durent demander l'asile politique en France.
A l'époque le chef du parti socialiste sarrois se nommait Max Braun. Il était journaliste et fonda en exil "l'Office sarrois" dont le siège était à Paris. 
En 1937 Max Braun avait réuni pour une conférence à Paris les responsables de son parti disséminés en France. Mon Grand-père y pris part, mon père alors adolescent l'avait accompagné. Il avait appris le Français au Lycée, alors que mon grand-père ne le parlait pas. Mon grand-père préférait l'avoir à ses côtés pour ses déplacements.
Au cours de la conférence Max Braun avait parlé des difficultés qu'il rencontrait dans son travail de journaliste. Braun écrivait pour des journaux d'émigrés allemands antifascistes comme le "Pariser Tagblatt". Il avait expliqué qu'il lui fallait être particulièrement prudent dans la critique d'Hitler. En effet à la mort du Président allemand Hindenburg en 1934, Hitler avait cumulé les fonctions de Chancelier et de Président du Reich sous l'appelation de "Führer". Il avait donc rang de Chef d'Etat. Et une disposition du droit de la Presse français de l'époque rendait l'injure ou l'atteinte à l'honneur d'un Chef d'Etat étranger passible de peines de prison. Braun se serait donc exposé selon le droit de la presse de la IIIème république à des sanctions pénales en critiquant ouvertement Hitler!
Il est à noter que cette disposition du droit de la presse ne fut abolie qu'assez récemment, après que dans les années 1980 un Chef d'Etat africain Omar Bongo eusse engagé des poursuites contre des journalistes français qui l'avaient critiqués.

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