Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  david885 le Ven 22 Mai 2009, 12:59 am

Merci pour tout ce travail passionant!
A ce moment, le civil français commence sans doute à être très inquiet. En plus de l'arrêt des émissions de variétés à la radio, il peut entendre les radios noires allemandes, qui démoralisent aussi bien les troupes que les civils à l'arrière, par exemple Radio-Stuttgart avec Paul Ferdonnet.
Voici un extrait du Pathé-Journal diffusé dans les salles de cinéma entre le 23 et le 30 mai 1940. On peut voir y voir Weygand. C'est bien entendu de la propagande.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Ven 22 Mai 2009, 9:33 am

Bonjour David 885,

Merci beaucoup pour cette vidéo très intéressante du "Pathé Journal" du 23 mai 1940.

Elle m'a fait penser que j'ai oublié de citer, à la date du mardi 21 mai 1940, un événement important (et qui ne se trouve point dans l'ouvrage de Benoist-Méchain, et pour cause, vu que ce livre a été publié, je le rappelle, en 1957, car on ne l'a retrouvé qu'en 1985 ["Le Figaro" du 30 octobre 1985] grâce aux recherches lancées par Alain Peyrefitte dans la revue "Historia" n° 336 de novembre 1974, qui en donne le détail dans son ouvrage "C'était de Gaulle" aux pages 25 à 29) : le tout premier appel de Charles de Gaulle (alors colonel) à Savigny sur Ardres (département de la Marne, arrondissement de Reims, canton de Ville-en-Tardenois) à la radio-diffusion nationale française dans le cadre de l'émission d'Alex Surchamp "Le quart d'heure du soldat". Voir :
http://www.crdp-reims.fr/memoire/LIEUX/2GM_CA/plaques/savigny.htm.


Voici le texte, reconstitué, de ce tout premier appel de Charles de Gaulle le mardi 21 mai 1940 à Savigny-sur-Ardres (Marne) :
« C'est la guerre mécanique qui a commencé le 10 mai.
En l'air et sur la terre, l'engin mécanique - avion ou char - est l'élément principal de la force.
L'ennemi a remporté sur nous un avantage initial. Pourquoi ? Uniquement parce qu'il a plus tôt et plus complètement que nous mis à profit cette vérité.
Ses succès lui viennent de ses divisions blindées et de son aviation de bombardement, pas d'autre chose !
Eh bien ? nos succès de demain et notre victoire - oui ! notre victoire - nous viendront un jour de nos divisions cuirassées et de notre aviation d'attaque. Il y a des signes précurseurs de cette victoire mécanique de la France.
Le chef qui vous parle a l'honneur de commander une division cuirassée française. Cette division vient de durement combattre ; eh bien ! on peut dire très simplement, très gravement - sans nulle vantardise - que cette division a dominé le champ de bataille de la première à la dernière heure du combat.
Tous ceux qui y servent, général aussi bien que le plus simple de ses troupiers, ont retiré de cette expérience une confiance absolue dans la puissance d'un tel instrument.
C'est cela qu'il nous faut pour vaincre. Grâce à cela, nous avons déjà vaincu sur un point de la ligne.
Grâce à cela, un jour, nous vaincrons sur toute la ligne.
»

Alain Peyrefitte a interrogé le général de Gaulle, le 22 avril 1963, sur cet appel :
«
Avez-vous gardé le souvenir, mon général, d'avoir parlé à la radio, après l'engagement de Montcornet, quand vous étiez encore colonel ?
- Oui, c'était l'Etat-Major qui m'avait envoyé un correspondant de guerre. On voulait faire parler quelqu'un qui puisse remonter le moral des Français. Il n'y avait pas l'embarras du choix.
»
Alain Peyrefitte sent qu'il l'agace, il se hâte de changer de sujet.

Le futur académicien déclare ensuite : « Pendant plusieurs années, je n'ai pas osé lui reparler de cet épisode. Il aurait été capable de m'asséner un "Je vous l'ai déjà dit". Beaucoup plus tard, je saisis l'occasion d'une conversation détendue, en avion, pour le relancer. »

«
Retour de Cherbourg, en Caravelle, 17 mars 1967.
- Pourquoi parle-t-on toujours de votre appel du 18 juin, et jamais de votre appel de mai, après Montcornet, qui était encore plus prémonitoire ?
- Ce n'était pas un appel, c'était une interview, comme on dit.
- Dans mon souvenir, c'était le même ton, le même thème : "Nous avons reculé devant les chars et les avions, un jour nous l'emporterons avec davantage de chars et d'avions". N'avez-vous pas gardé le texte ?
- Je ne sais pas si on l'a conservé... Ce qui est vrai, c'est que, dans la confusion générale, le devoir m'est apparu, alors, clair comme la lumière du jour. J'ai été submergé par la fureur devant le désastre. Penser que tout ça n'était dû qu'à l'aveuglement de nos gouvernements et de nos grands chefs militaires ! Tandis qu'un peu de clairvoyance nous aurait épargné la défaite - et même la guerre !
Une maigre division blindée, formée à la hâte, sans encadrement et sans entraînement, venait de retourner la débâcle en succès sur un point du front. Oui ! Nous aurions pu gagner la bataille. Nous aurions même évité la guerre, si nous avions disposé de cet instrument au moment de la remilitarisation par Hitler de la rive gauche du Rhin ! C'était trop bête ! C'est à Montcornet que j'ai forgé ma résolution.
»
Alain Peyrefitte " C'était de Gaulle" tome I , éditions Fayard 1994, pages 26 et 27.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  ghjattuvolpa* le Ven 22 Mai 2009, 9:42 am

On pourrait continuer ici sur Mechin? Ensuite je donnerai la version anglaise des évènements à partir de Churchill mais dans un autre fil. Il serait intéressant de comparer dans un troisième fil.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Ven 22 Mai 2009, 12:39 pm

Le vendredi 24 mai 1940. Le jour où Adolf Hitler prend une décision capitale qui va lui faire perdre la guerre, qu'il est pourtant sur le point de gagner !...

En ce quinzième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici les deux traditionnels communiqués quotidiens diffusés sur les postes de TSF français par l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 527 (24 mai 1940 - matin) : «
Dans la région du Nord, l'ennemi s'efforce d'accentuer sa pression.
Sur la ligne de la Somme, nos troupes occupent solidement les positions conquises.
Au sud de Sedan, l'ennemi a poursuivi ses attaques sans progresser de façon appréciable, malgré les moyens mis en œuvre.
»

L'auditeur français se sent un peu plus rassuré : l'ennemi continue certes d'attaquer, mais il ne progresse plus...

* communiqué n° 528 (24 mai 1940 - soir) : «
Les violents combats qui se sont déroulés depuis plusieurs jours dans le Nord, notamment dans les régions de Cambrai et d'Arras et qui se sont étendus jusqu'aux régions de Saint-Omer et de Boulogne, n'ont pas permis jusqu'à présent de rétablir la continuité de l'ensemble de notre front.
Au sud de Sedan, l'attaque allemande signalée ce matin a été menée avec des moyens puissants. Notre contre-attaque a été marquée par un succès très net.
Opérations très actives de nos aviations de reconnaissance et de bombardement, qui poursuivent le harcèlement des arrières ennemis.
Notre aviation de chasse, tout en continuant son action de couverture, a attaqué au canon avec succès, des éléments blindés et motorisés ennemis.
»

L'auditeur français se sent beaucoup plus inquiet après avoir entendu le communiqué de ce soir : l'État-Major français reconnaît que l'ennemi a étendu son action jusqu'aux régions de Saint-Omer et de Boulogne-sur-Mer... S'il regarde une carte, il comprend très vite l'objectif des Allemands : prendre le plus rapidement possible les ports de Calais et de Dunkerque !...

Au cours de la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 mai 1940 les deux divisions britanniques qui la défendaient évacuent la ville d'Arras. De plus, trois autres divisions britanniques dans la région de Lille replient elles aussi vers les ports de Calais et de Dunkerque.

Le général Weygand écrira dans ses mémoires : « La coupure entre les armées du Nord et celles opérant au sud vers la Somme était auparavant de 30 kilomètres. J'espérais la réduire fortement et même la combler lorsque, par le retrait des Britanniques, cette distance fut portée de 30 à 70 kilomètres. »

De ce fait le plan Weygand devient inexécutable.

De plus, l'Etat-Major anglais donne aux unités britanniques et au matériel lourd l'ordre de se préparer à évacuer le port du Havre. Cela confirme que les responsables de l'armée britanniques s'attendent à la défaite prochaine de l'armée française...

La VIIème armée française, commandée par le général Robert Altmayer attaque violemment les forces allemandes vers le sud, en direction d'Amiens. Hélas, très vite elle s'essoufflera devant la résistance des troupes allemandes...

Histoire de désorganiser un peu plus le moral des Alliés, l'aviation allemande lance des tracts sur l'armée belge lui annonçant : « Le roi a abandonné ses troupes pour s'enfuire à l'étranger. » Léopold III riposte en faisant immédiatement diffuser la proclamation suivante : « Officiers, sous-officiers, soldats ! Quoi qu'il puisse arriver, mon sort sera celui de mes troupes ! Je vous demande de résister avec fermeté, discipline et confiance. »

Mais, ce qui est très important pour cette journée du vendredi 24 mai 1940, c'est le Conseil de Guerre que préside Adolf Hitler à son Grand Quartier Général de Charleville (chef-lieu du département des Ardennes).
Le Führer va en effet prendre une décision capitale... qui va lui faire perdre la guerre qu'il est pourtant en train de gagner !..

Ce Conseil de guerre réunit autour d'Adolf Hitler le général Wilhelm Keitel (Chef de l'O.K.W. [Oberkommando der Wehrmacht]), le général Alfred Jodl (Chef des opération), le général Walther von Brauchitsch (Commandant en chef des forces terrestres), le général Karl Rudolph von Rundstedt (Commandant le groupe d'armée A) et plusieurs autres généraux appartenant au Grand État-Major allemand.

Le général Walther von Brauchitsch commence par proposer une attaque de grand style des forces blindées allemandes dans la région Vimy-Saint-Omer-Graveline. Son intention est de presser brutalement sur la poche de Dunkerque, d'isoler de la côte les troupes du Groupe d'armées alliées n°1 qui font retraite vers la mer, et de parachever leur investissement. Le général Wilhelm Keitel ajoute : « La plus grande bataille d'encerclement de l'Histoire doit se terminer par l'anéantissement de toutes les troupes anglaises, françaises et belges qui combattent encore dans les Flandres. »

Tous les généraux présents approuvent le plan Brauchitsch. Cependant, Adolf Hitler va le repousser !... En effet, il représente à ses yeux une perte de temps inutile. Pour lui le sort des forces alliées qui combattent dans les Flandres est déjà scellé. Qu'importe si quelques contingents s'échappent ? Ils n'en devront pas moins abandonner en totalité leurs armes et leur matériel. Ce qui compte, c'est de préparer sans délai les opérations le long de la ligne allant de la Somme à la ligne Maginot, pour ne pas laisser au Haut Commandement français le temps de reprendre haleine. Il ne doit y avoir aucun hiatus entre la bataille des Flandres et la bataille de France.

En conséquence, Hitler prescrit au général von Rundstedt les deux ordres suivants :

* -1°) Ne plus pousser les Panerdivisionen vers le nord-est, mais les regrouper dans la région de Saint-Quentin, en vue de la deuxième phase des opérations, dont le déclenchement est fixé au vendredi 31 mai 1940.

* -2°) Confier à l'infanterie et à l'aviation seules, le soin de terminer la bataille des Flandres.

A l'issue de la conférence, Hitler, au grand étonnement de tous les assistants, se met à parler en termes admiratifs de l'Empire britannique, de l'utilité de son existence et de la valeur de la civilisation introduite par la Grande-Bretagne dans le monde. Il compare l'empire britannique à l'Église catholique, les estimant tous deux des éléments indispensables à la stabilité générale. Le Führer déclare : « Je demanderai seulement à la Grande-Bretagne de reconnaître la position prééminente de l'Allemagne sur le continent. Le retour de nos colonies serait évidemment souhaitable, mais ce n'est pas essentiel. Les colonies ne constituent qu'une question de prestige, puisqu'on ne peut pas les garder pendant une guerre et que, de toute façon, peu d'Allemands supportent le climat des tropiques. Je suis même prêt à offrir à l'Angleterre, si elle se trouve en difficulté où que se soit, le soutien de nos armées. »

Pour terminer Adolf Hitler affirme désirer une paix avec l'Angleterre « sur des bases que celle-ci accepterait comme compatibles avec son honneur. »

L'ordre d'arrêter l'avance des blindés allemands est transmis aux commandants de corps, pour exécution. Cet ordre, inattendu, consterne les généraux. Le colonel Schmundt, aide de camp du Führer chargé de leur transmettre cette décision, déclarera : « Ils ressemblaient à une meute de chiens de chasse, arrêtés en plein élan juste avant la curée et qui voient s'échapper leur proie. »

Le général von Kleist déclarera : « Le XLIème Corps cuirassé de Reinhardt avait déjà atteint la ligne Aire-Saint-Omer, à 30 kilomètres de Dunkerque. Les blindés allemands étaient donc plus près de ce port que le gros des armées anglaises. »

Le XLIème Corps cuirassé allemand (colonel Reinhart) n'est en effet plus qu'à 30 kilomètres de Dunkerque quand il reçoit l'ordre d'arrêter sa progression. Il envoie alors un message de protestation, mais il reçoit très rapidement en réponse un télégramme très sec lui disant : « Les divisions blindées doivent rester à portée moyenne de canon de Dunkerque (13 à 15 kilomètres). Les mouvements de reconnaissance et de protection sont seuls autorisés. »

Reinhart déclarera : « Cet ordre me semblait incohérent. Je décidais de l'ignorer et de traverser le canal d'Hazebrouck. Mes autos blindées entrèrent même à Hazebrouk, coupant les voies de de la retrair britannique. J'appris plus tard que le Commandant en chef anglais, Lord Gort, se trouvait justement à Hazebrouk, à ce moment-là. Je reçus un ordre, plus impératif encore me sommant de me retirer de l'autre côté du canal. Mes chars furent stoppés là pendant trois jours. »

Bien sûr, tout le monde se demande, depuis 69 ans, pourquoi Hitler a-t-il donné un ordre aussi surprenant ?... Deux thèses s'affrontent :


- pour certain il n'a pas voulu, en l'écrasant militairement, créer l'irréparable entre le Reich et l'Angleterre, espérant qu'un arrangement surviendrait entre ces deux pays. C'est volontairement qu'il a laissé échapper le gros du Corps expéditionnaire britannique, afin de faciliter les pourparlers de paix ;

- pour d'autres, il a voulu permettre à la Luftwaffe de son ami Hermann Gœring, d'écraser les forces alliées encerclées dans la poche de Dunkerque. Gœring avait en effet supplié Hitler de ne pas accorder l'honneur de régler le sort de Dunkerque à la seule armée de terre, mais à la
Luftwaffe, faisant ainsi de la bataille de Dunkerque une victoire du régime.

A vous de choisir la thèse que vous préférez, pour ma part, je croirais assez qu'Hitler était favorable aux deux...

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 23 Mai 2009, 1:33 pm

Le samedi 25 mai 1940. Le jour où Paul Reynaud ose enfin prononcer, en "Comité de Guerre", le mot (jusqu'ici tabou) "Armistice".


En ce seizième jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 529 (25 mai 1940 - matin) : «
En fin de journée, hier, nous avons consolidé nos positions sur la Somme, et fait, au cours de ces opérations, un certain nombre de prisonniers.
Au cours de la nuit, rien à signaler sur l'ensemble du front.
»

L'auditeur français se sent assez rassuré après avoir entendu ce communiqué du matin. Les opérations militaires marquent un répit, mais pour combien de temps ?...

* communiqué n° 530 (25 mai 1940 - soir) : «
Au nord, la situation est sans changement important. Nos troupes se battent avec vigueur et une résolution que souligne l'intensité des efforts ennemis et infligent aux Allemands, dans toutes les rencontres, de lourdes pertes.
Entre l'Aisne et la Somme, l'activité est toujours très vive, et nous avons, au cours des dernières journées, dominé l'ennemi.
»

L'auditeur français se sent complètement rassuré après avoir entendu ce communiqué du samedi 25 mai 1940 au soir : l'ennemi a été complètement "dominé
" lors des combats des dernières journées !...

La réalité est hélas toute autre...

Dans la nuit de vendredi à samedi la Wehrmacht enlève Audenarde et progresse dans les faubourgs de Courtait. Elle se trouve en même temps sur l'Escaut et sur la Lys. La 2ème Panzer constitue à Saint-Omer une tête de pont. La chute de Calais n'est plus qu'une question d'heures...

A 4 heures du matin Hubert Pierlot (Premier Ministre belge), accompagné par trois ministres (Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, Herman van der Poorten, et du général Denis, ministre de la défense nationale), arrivent en avion au PC du roi Léopold III au château de Wynendaele. Ils l'informent qu'ils partent pour Londres et invitent le roi des Belges à les imiter. Léopold III décline l'invitation et leur déclare : « J'ai décidé de rester. Je dois, quel qu'il soit, partager le sort de mon peuple. C'est en demeurant auprès de lui que je pourrai le mieux le protéger. Je l'ai déjà dit dans une lettre que j'adresse ce jour au roi d'Angleterre. »

A l'instant du départ les quatre ministres demandent au roi combien de temps l'armée belge pourra encore tenir ? Léopold III leur répond : « Tout au plus vingt-quatre heures. » En réalité, l'armée belge ne capitulera que le mardi 28 mai 1940, donc trois jours plus tard.

Le général Weygand fait adresser à 19h35 au général Blanchard le télégramme suivant : « Vous demeurez seul juge des décisions à prendre pour sauver ce qui peut être sauvé, et avant tout l'honneur des drapeaux dont vous êtes le gardien. »

Côté politique, un "Comité de guerre" se réunit à l'Élysée à 19 heures sous la présidence d'Albert Lebrun, Président de la République. Y prennent part :

* Paul Reynaud, Président du Conseil et Ministre de la Défense nationale ;

* le Maréchal Philippe Pétain, vice-Président du Conseil ;

* César Campinchi, Ministre de la Marine ;

* Victor-André Laurent-Eynac, Ministre de l'Air ;

* Louis Rollin, Ministre des Colonies ;

* le général Maxime Weygan, Commandant en chef des armées françaises ;

* François Darlan, Amiral de la Flotte ;

* le général Joseph Vuillemin, chef des forces aériennes françaises ;

* le général Jules Bührer ;

* Paul Baudouin, Sous-secrétaire d’État à la Présidence du conseil, Secrétaire du "Comité de guerre".

Le général Maxime Weygand commence par faire l'historique des opérations militaires depuis le 10 mai 1940, jusqu'à l'encerclement du Groupe d'Armée n°1 dans le Nord et en Belgique..

Le général Weygand examine ensuite la situation sur le reste du front. La ligne tenue par les troupes françaises comprend la ligne Maginot, les fortifications qui suivent jusqu'à Montmédy, l'Aisne, l'Ailette, le canal Crozat et la Somme jusqu'à la mer. Le long de cette ligne, le Haut Commandement français est en train de masser toutes les forces dont il dispose encore, y compris ses ultimes réserves. Il déclare : « Une ligne de défense nouvelle d'environ 280 kilomètres de long est en voie de formation. Pour la tenir quelles sont nos disponibilités ?
Il nous reste actuellement 48 divisions. En y ajoutant sept divisions récupérées parmi les débris de l'Armée Corap, une division prélevée sur l'Armée des Alpes et trois divisions puisées parmi nos forces d'Afrique du Nord, l'armée française disposera en tout s'une soixantaine de divisions.
Devant nous, nous avons 130 à 150 divisions allemandes, dont neuf divisions blindées. Nous somme donc appelés à lutter à un contre trois. D'autre part, nos unités de chars sont réduites des quatre cinquièmes. Nos disponibilités en chasse et en avions de bombardement sont appelées à se réduire rapidement au cours des semaines à venir, puisque, actuellement, la bataille consomme 30 à 40 avions par jour.
Que faire, dans ces conditions ? Chercher une ligne plus courte. Laquelle ? Trois possibilités se présentent :

- 1°) Une ligne qui va de la mer à la Loire, en couvrant Paris. Mais alors il faut abandonner la ligne Maginot et les 150 000 combattants qui l'occupent.

- 2°) Une ligne plus courte englobant la ligne Maginot. Mais, alors, il faut abandonner Paris.

- 3°) Défendre une ligne transversale, constituée par la Basse-Seine, la position de Paris, l'Oise, la Nonette, la Marne, l'Argonne, Verdun, Metz et la ligne Maginot. Après une bataille sur le front actuel Somme-Aisne, l'armée devrait se regrouper derrière cette position, qui a le mérite de couvrir Paris. Mais nous n'aurons pas les réserves voulues pour opérer en bon ordre, sous la pression de l'ennemi, une retraite de la ligne Somme-Aisne, vers la ligne Basse-Seine-Marne. Il n'y a pas de retraite méthodique possible, avec une pareille infériorité numérique.

Ces trois possibilités sont donc à écarter. Il ne lui reste plus qu'une solution, et une seule : tenir sur la position actuelle Somme-Amiens, et nous y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Cette position présente de nombreux points faibles, en particulier le canal Crozat et l'Ailette. Nous pourrons y être crevés. Dans ce cas les fragments constitueront des môles. Chacune des parties de l'armée devra se battre jusqu'à épuisement pour sauver l'honneur du pays.
»

Le général Weygand termine son exposé par un violent réquisitoire contre les autorités politiques françaises qui ont déclaré la guerre à l'Allemagne sans se soucier de l'état réel de l'armée française : « La France a commis l'immense erreur d'enter en guerre en n'ayant ni le matériel qu'il fallait, ni la doctrine adéquate. Il est probable qu'elle devra payer cher cette coupable imprudence. Mais on ne doit penser qu'au redressement du pays, et le courage avec lequel il sera défendu sera un élément du redressement futur. »

Un silence pesant succède à ces paroles.

Paul Reynaud est en effet d'avis qu'il va falloir engager les négociations avec les Allemands. Mais à quel moment conviendra-t-il d'entamer les pourparlers ? Avant ou après la chute de Paris ? Avant ou après la destruction de nos armées ? Il déclare alors : « Il n'est pas certain que notre adversaire nous accordera un armistice immédiat. N'est-il pas indispensable d'éviter la capture du gouvernement, si l'ennemi entre à Paris ? »

César Campinchi, Ministre de la Marine, fait alors allusion aux accords franco-anglais du 28 mars 1940 (accords par lesquels La France et le Royaume Uni se sont engagés réciproquement à ne pas signer de paix séparée avec l'ennemi allemand), et demande si ceux-ci ne subordonnent pas la conclusion d'un armistice séparé à l'accord préalable de l'Angleterre ?

Une longue discussion suit cette question.

C'est alors que le Maréchal Pétain, jusqu'ici silencieux, prend la parole : « A mon avis, les engagements conclus entre la France et l'Angleterre, ne seraient applicables à la lettre que s'il y avait réciprocité absolue entre les deux signataires. Or tel n'est pas le cas. Chaque nation a des devoirs vis-à-vis de l'autre dans la proportion de l'aide que l'autre lui a donnée. Or, actuellement, l'Angleterre n'a jeté dans la lutte que dix divisions, alors que 80 divisions françaises se battent sans discontinuer, depuis le premier jour. De plus, la comparaison ne doit pas se limiter aux efforts militaires des deux pays : il faut l'étendre aux souffrances déjà subies, et à celles qui les attendent. »

Pour terminer, le Comité de guerre décide que le Président du Conseil se rendra à Londres dans le plus bref délai pour mettre Monsieur Churchill au courant de la situation tragique où se trouve le gouvernement français. Paul Reynaud demande au général Weygand de lui rédiger une note sur la situation militaire, telle qu'il vient de l'exposer aux membres du Comité de guerre, afin de s'appuyer sur elle au cours des pourparlers avec le gouvernement britannique.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 23 Mai 2009, 8:32 pm

Le dimanche 26 mai 1940. Le jour où Mussolini s'impatiente de rentrer enfin dans le conflit.

En ce 17ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 531 (26 mai 1940 - matin) : «
L'ennemi a prononcé plusieurs attaques sur le front du Nord. Ces attaques ont échoué.
Les actions locales que nous avons engagées sur le front de la Somme ont tourné à notre avantage, et nous nous sommes emparés de nouveaux points de passage sur la rivière.
Entre l'Aisne et la Meuse, vive activité des deux artilleries.
Une forte attaque ennemie a été repoussée dans la région de Montmédy.
»

L'auditeur français se sent de plus en plus rassuré après avoir entendu ce communiqué du matin. Les opérations militaires semblent tourner à l'avantage de l'armée française.

* communiqué n° 532 (26 mai 1940 - soir) : «
La lutte est toujours violente sur la Somme, où nous avons accentué notre progression, et sur le front du Nord.
L'ennemi, qui au cours des derniers jours avait accumulé des moyens importants dans la région de Boulogne, est parvenu, après une lutte acharnée qui s'est poursuivie dans les rues, à s'emparer de la ville.
Dans les derniers combats qui ont eu lieu entre l'Aisne et la Meuse, il se confirme, notamment par les dires des prisonniers, que les pertes infligées à l'ennemi par nos tirs d'artillerie et d'armes automatiques sont très élevées. Au cours de l'action, nous avons trouvé des sections entières d'infanterie allemande fauchées sur place.
Nos avions de chasse et notre D.C.A., prenant à partie violemment des formations ennemies venues à l'attaque de quelques uns de nos terrains, les ont dispersées en leur infligeant des pertes élevées.
»

L'auditeur français se sent pleinement rassuré après avoir entendu ce communiqué du dimanche 26 mai 1940 au soir : l'armée française accentue sa progression sur la Somme, les pertes allemandes sont considérables, et nous dominons l'aviation ennemie. Seul bémol : la perte du port de Boulogne-sur-Mer...

La réalité est hélas très différente...

Le périmètre du "camp retranché" vers lequel se replient les Français, les Anglais et les Belges, mesure un peu plus de 200 kilomètres.

Les nouvelles du front belge sont de plus en plus mauvaises. La poche faite par les Allemands à Courtrai s'élargit. Le roi Léopold III lance aux Anglais et aux Français des appels à l'aide réitérés. Le général Blanchard en est si alarmé qu'il donne aux unités de la 1ère armée française l'ordre de brûler leurs drapeaux.

Le général Guderian, qui a encerclé Calais la veille, s'apprête à donner l'assaut à la ville. Il somme le général anglais Nicholson, qui commande la place, de se rendre. Le général Nicholson lui fait répondre : « La réponse est non, combattre étant un devoir pour l'armée britannique, comme pour l'armée allemande. » Pourtant, sa résistance ne sera que de courte durée, malgré les efforts acharnés des troupes françaises qui défendent Calais, commandées par les capitaines de frégate Charles de Lambertye (qui meurt d’une crise cardiaque pendant un violent combat près du pont Henri Hénon) et Loïc Petit. A 16h45 le général Nicholson capitule avec 20 000 hommes.

Après la chute de Calais, les trois seuls ports qui restent à la disposition des Alliés sont Gravelines, Dunkerque et Ostende. Guderian s'apprête à foncer sur Dunkerque, lorsqu'il reçoit un nouvel ordre d'arrêt qui confirme celui de l'avant-veille. On lui interdit de franchir le fleuve côtier Aa. Guderian a le souffle coupé en apprenant cette nouvelle. A quoi bon avoir forgé l'armée blindée, si c'est pour ne pas s'en servir au moment décisif ?

Hitler donne dans la journée l'ordre à la Luftwaffe de "liquider la poche de Dunkerque". Cette consigne est immédiatement transmise à la IIème flotte aérienne (général Albert Kesselring) et à la IIIème (général Hugo Sperrle). Ces deux généraux alertent le Maréchal Hermann Gœring lui disant que c'est une opération impossible à réaliser par la seule aviation, mais le Maréchal s'obstine car il s'est engagé auprès d'Hitler à ce que l'aviation allemande liquide seule la poche de Dunkerque...

Côté politique, Paul Reynaud, suite aux délibérations du "Comité de guerre" d'hier, se rend en fin de matinée à Londres, accompagné du colonel Paul de Villelume, et du capitaine Roland de Margerie, son chef de Cabinet. Paul Reynaud déjeune en tête à tête avec Winston Churchill et Lord Halifax (Ministre anglais des Affaires Étrangères). Durant l'après-midi Reynaud informe Churchill que le gouvernement français envisage la possibilité d'un armistice. Churchill s'y oppose fermement !...

Paul Reynaud quitte Londres à 18h15 pour Paris, sans qu'aucune des questions essentielles qui avaient motivé son voyage à Londres n'aient été posées, ni à plus forte raison résolues. Reynaud atterrit à 19h30 au Bourget. Paul Baudouin est venu l'attendre. Il lui demande la réaction de Londres sur la nécessité où nous serons peut-être prochainement d'arrêter la bataille ? Paul Reynaud lui répond qu'il n'a pas pu aborder cette question. Baudouin lui fait alors remarquer que cette omission est regrettable, car plus on attendra pour régler cette question, plus il sera difficile de lui trouver une solution.

A Rome, Benito Mussolini reçoit les Maréchaux Badoglio et Balbo au palais de Venise. Il leur déclare : « J'ai envoyé à Hitler une déclaration écrite pour lui faire savoir que je n'ai pas l'intention de me croiser les bras et qu'à dater du 5 juin je serai en mesure de déclarer la guerre à la France et à l'Angleterre. » Le maréchal Badoglio lui fait remarquer que l'armée italienne n'est pas prête à entrer en campagne. Le Duce lui répond : « Le temps presse. En septembre, il sera trop tard. La France est en train de s'écrouler. Les hostilités seront courtes. A peine quelques milliers de morts, et l'Italie pourra s'asseoir en puissance victorieuse à la table de la conférence de la paix. Il serait insensé de ma part de ne pas saisir l'occasion au vol. »

Dans la nuit, les ministres belges, venant de Londres, arrivent à Paris, où sont déjà installés la plupart de leurs services.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Dim 24 Mai 2009, 11:25 am

Le lundi 27 mai 1940. Le jour où la France fait à l'Italie d'importantes propositions de cession de ses territoires d'Outre-Mer pour dissuader Mussolini de rentrer dans le conflit.

En ce 18ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 533 (27 mai 1940 - matin) : «
Dans le Nord, l'ennemi poursuit ses attaques, notamment dans la région de Menin. Les troupes françaises et alliées contiennent son avance. Les combats sont d'une extrême violence, les Allemands mettant en jeu, sans égard aux pertes qu'ils subissent, des effectifs nombreux et puissamment armés.
Dans la région de Valenciennes, nous avons au cours de la nuit, replié sur une position prévue, les troupes qui étaient établies sur l'Escaut.
Sur le front de la Somme, de l'Aisne et dans l'Est, pas d'événement important.
»

L'auditeur français se sent beaucoup moins rassuré après avoir entendu ce communiqué du lundi 27 mai 1940 au matin. Les soldats allemands poursuivent violemment leurs attaques contre les troupes françaises. Nos troupes ont dû se replier dans la région de Valenciennes... Les opérations militaires tourneraient-elles à l'avantage de l'armée allemande ?...

* communiqué n° 534 (27 mai 1940 - soir) : «
Dans le Nord, des attaques allemandes ont été exécutées contre le front de l'armée belge, entre la mer du Nord et la région de Menin, et les troupes britanniques ont attaqué avec succès un ennemi supérieur en nombre dans la région d'Aire-sur-la-Lys.
Sur la Somme, des actions locales ont été brillamment conduites par nos troupes, efficacement appuyées par l'aviation.
A l'est de l'Aisne, l'ennemi a attaqué avec insistance. Le combat d'artillerie et d'infanterie, commencé la nuit dernière, s'est prolongé pendant une grande partie de la journée. Il a coûté cher à l'ennemi et nous avons maintenu nos positions.
»

L'auditeur français se sent beaucoup plus rassuré après avoir entendu ce communiqué du lundi 27 mai 1940 au soir : l'armée française contient toujours les troupes allemandes qui ne progressent plus. L'armée allemande a de plus en plus de pertes humaines...

La réalité est hélas beaucoup plus cruelle pour les troupes alliées : cette journée du lundi 27 mai 1940 verra trois événements importants survenir :

-1°) le début du bombardement massif du camp retranché de Dunkerque par l'aviation allemande ;

-2°) la fin de la résistance héroïque de l'armée belge ;

-3°) les énormes portions de territoires français d'Outre-Mer que la France propose à Mussolini pour qu'il s'abstienne de lui déclarer la guerre.

Les unités d'infanterie allemandes progressent dangereusement à l'Ouest d'Hazebrouck et arrivent jusqu'à 7 kilomètres seulement de Dunkerque, au Sud-Ouest de Bergues. Elles sont arrêtées le long du canal de Mardyck par les troupes françaises.

Un bombardement aérien massif commence sur Dunkerque :
30 000 bombes incendiaires transforment cette cité en brasier...

Les troupes britanniques, en évacuant Lille, détruisent son central téléphonique. Cette stupide décision produit l'effet d'un cyclone sur l'ensemble des communications interalliées. Il ne reste plus que deux circuits téléphoniques de disponibles avec Londres, au lieu des quinze ou vingt dont on dispose habituellement. De ce fait, toutes les liaisons sont coupées et le service d'information est réduit à néant.

Depuis la veille, les troupes britanniques affluent à Dunkerque, pour embarquer. Sous le feu des bombes, avec des installations portuaires en partie détruites, les opérations d'évacuation sont très difficiles. Il faut abandonner matériel et armement pour sauver les hommes. Seul, le môle extérieur est praticable. Un moment, il semble que le port va devenir complètement inutilisable.

Arrivée à l'extrême limite de ses possibilités de résistance, l'armée belge va cesser les combats dans la soirée...

A 16 heures, un communiqué officiel du commandement belge déclare : « L'armée belge, a totalement épuisé sa capacité de résistance. Ses unités sont incapables de reprendre le combat demain. Une retraite vers l'Yser ne peut s'envisager. Elle porterait le comble à la congestion des Alliés, déjà mortellement resserrés entre l'Yser, Calais et Cassel. »

A 17 heures le roi des Belges, Léopold III, envoie le général Champon au Quartier Général de la VIème armée allemande. Il en revient à 22 heures avec la réponse suivante : « Le Führer exige que l'armée belge dépose les armes, sans conditions. »

A 23 heures, le roi Léopold III décide de se soumettre et propose la cessation du feu pour le lendemain mardi 28 mai 1940 à 4 heures du matin. A 00h20 un protocole militaire de reddition est signé entre le général von Reichenau pour la Wehrmacht et le général Desrousseaux pour l'armée belge. L'heure de cessation du feu est fixée à 5 heures du matin (heure allemande, soit 4 heures du matin, heure belge).

A Rome le comte Galeazzo Ciano, Ministre italien des Affaires Étrangères a dans l'après-midi un très long entretien avec André François-Poncet, ambassadeur de France. Ce dernier, afin d'éviter que l'Italie rentre dans le conflit en déclarant la guerre à la France, lui fait de très avantageuses promesses de cession de territoires d'Outre-Mer jusqu'ici français. Il commence par lui dire qu'il est hors de question que la France rétrocède la Corse à l'Italie, « car elle fait partie du corps même de la France », mais, qu'en revanche la France peut envisager de céder à l'Italie la Côte française des Somalis (Djibouti), la Tunisie et peut-être même une partie de l'Algérie (le Constantinois). Ciano lui répond qu'il est trop tard... Il lui déclare : « Les Français ont été, comme dit Machiavel, plus avares que prudents ». En clair, Ciano lui fait comprendre que l'Italie entrera bientôt en guerre contre la France !...

A Paris, à 22 heures un Conseil des Ministres se réunit à l'Élysée sous la présidence d'Albert Lebrun, Président de la République.

Dans une atmosphère lourde d'angoisse, le Président du Conseil, Paul Reynaud, annonce la capitulation imminente de l'armée belge et stigmatise, en termes véhéments, « l'attitude inqualifiable du roi Léopold ».

Ensuite, Édouard Daladier, Ministre français des Affaires Etrangères, informe le Conseil des Ministres des moyens qu'il envisage pour tenter de dissuader l'Italie d'entrer dans le conflit :

- cession à l'Italie de la Côte française des Somalis, ainsi que l'exploitation du chemin de fer d'Addis-Abbeba à Djibouti, avec réserve d'un droit, sinon d'une zone de relâche, dans le port de Djibouti ;

- rectification de la frontière franco-libyenne en ce qui concerne tant le tronçon visé par les accords du 7 janvier 1935 que la ligne comprise entre Tummo et Ghadamès ;

- cession territoriale à l'Italie d'une très grande amplitude entre l'hinterland de la Libye et la côte congolaise.

Édouard Daladier ajoute : « Dans le cas où cette dernière concession ne suffirait pas à assurer le succès de la négociation, nous nous résoudrions à y substituer, en échange, la proposition d'une réforme du statut de la Tunisie, en vue d'assurer une collaboration confiante de l'Italie et de la France dans le Protectorat français de la Régence. »

Notons qu'il n'est plus question ce soir de céder à l'Italie le Constantinois... Et qu'il n'a jamais été envisagé de rendre à l'Italie le Comté de Nice et la Savoie, devenus français en 1860.

Avant de terminer pour cette journée, voici le communiqué du Grand Quartier Général britannique, de ce lundi 27 mai 1940, beaucoup plus sympathique envers l'héroïque résistance des troupes du roi des Belges Léopold III que ne l'indiquera demain matin Paul Reynaud à la radio française : «
L'ennemi a attaqué aujourd'hui violemment les troupes françaises et belges qui se trouvaient sur les flancs du corps expéditionnaire britannique. L'infanterie britannique a contre-attaqué avec succès en collaboration avec les chars français.
En Belgique, les forces britanniques ont combattu côte à côte avec l'armée belge et ont fait face à des attaques de puissantes forces ennemies. Le front britannique demeure intact. D'importants bombardements des zones arrières ont été exécutés. L'infanterie antiaérienne et les armes automatiques légères ont abattu de nombreux avions ennemis.
»

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Dernière édition par roger15 le Lun 25 Mai 2009, 7:57 pm, édité 2 fois
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  david885 le Dim 24 Mai 2009, 1:11 pm

Toujours aussi intéressant! Merci beaucoup pour tout ce travail.
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Lun 25 Mai 2009, 9:03 pm

Le mardi 28 mai 1940. Le jour où Paul Reynaud trouve un excellent bouc-émissaire pour expliquer la défaite française : le roi des belges Léopold III, qui devient soudainement pour tous les médias français "le roi félon"...


En ce 19ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 535 (28 mai 1940 - matin) : «
La situation militaire s'est aggravée d'une manière imprévue dans le Nord, par suite de la capitulation du roi des Belges dont l'armée était engagée aux côtés des troupes britanniques et françaises.
Celles-ci font face à cette nouvelle situation et continuent à combattre.
Rien d'important à signaler sur le reste du front.
»

L'auditeur français sait, après avoir entendu ce communiqué du mardi 28 mai 1940 au matin, à cause de qui la situation va s'aggraver d'une manière imprévue dans le Nord : c'est à cause du "roi félon" Léopold III...

* communiqué n° 536 (28 mai 1940 - soir) : «
La décision prise par le roi des Belges a permis à l'ennemi de renforcer sa pression dans le Nord, où les troupes britanniques et françaises combattent toujours avec la même résolution.
Des combats, qui se développent favorablement pour nos troupes, continuent sur la Somme.
Rien d'important à signaler sur le reste du front.
»

L'auditeur français se sent un plus rassuré après avoir entendu ce communiqué du mardi 28 mai 1940 au soir : les combats sur la Somme se développent favorablement pour nos troupes, malgré la capitulation du roi des Belges.

La réalité est hélas toujours beaucoup plus cruelle pour les troupes alliées.

Les troupes allemandes occupent sans combattre Ostende. Du coup, les troupes britanniques évacuent la ligne de la Lys pour gagner celle Poperinghe-Ypres. Les troupes allemandes prennent Cassel et ses collines environnantes d'où ils peuvent aisément pilonner les troupes françaises. Le général Blanchard va trouver Lord Gort à son PC de Houtkerque. Il le supplie de surseoir pendant 24 heures au replis de ses troupes, il s'y refuse !... Dès le général Blanchard parti, Lord Gort s'empresse de transférer son PC à La Panne, sur la côte...

Au Sud d'Abbeville, les 100 chars français du général de brigade (il vient d'y être nommé à titre temporaire) Charles de Gaulle vont attaquer vers 18 heures les 28 kilomètres de la tête de pont allemande au Sud de la Somme. A 23 heures la ligne principale de défense allemande est sérieusement entamée...

Côté politique, Paul Reynaud (qui au cours de la nuit a réussi à obtenir du gouvernement belge d'Hubert Pierlot qu'il désavoue son roi...) s'adresse aux Français à 8h30 à la TSF : «
Je dois annoncer au peuple français un événement grave. Cet événement s'est produit cette nuit : la France ne peut plus compter sur l'armée belge.
Depuis 4 heures du matin, l'armée française et l'armée britannique combattent seules dans le Nord contre l'ennemi.

(...)
Il y a dix-huit jours, le même roi qui, jusque là avait affecté d'attacher à la parole de l'Allemagne la même valeur qu'à celle des alliés, nous avait adressé un appel au secours. A cet appel, nous avions répondu suivant un plan arrêté depuis décembre dernier par les États-Majors alliés.
Or, voici qu'en pleine bataille, le roi Léopold III de Belgique, sans prévenir le général Blanchard, sans un regard, sans un mot pour les soldats français et anglais qui, à son appel angoissé, étaient venus au secours de son pays, le roi Léopold III de Belgique a mis bas les armes.
C'est un fait sans précédent dans l'histoire.
Le gouvernement belge m'a fait savoir que la décision du roi a été prise contre le sentiment unanime des ministres responsables. Il a ajouté qu'il est décidé à mettre au service de la cause commune toutes les forces de ce pays dont il peut encore disposer, que notamment il veut lever une nouvelle armée et collaborer à l'œuvre d'armement de la France.
»

Tous les journaux français vont stigmatiser "le roi félon Léopold" !...

Après le général Corap, rendu responsable de la percée allemande à Sedan, Paul Reynaud a trouvé un deuxième bouc-émissaire pour expliquer pourquoi les troupes franco-britanniques du Nord vont bientôt devoir, soit capituler, soit s'enfuire dans des embarcations, c'est à cause du roi des Belges Léopold III...

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 30 Mai 2009, 11:54 pm

le mercredi 29 mai 1940. Le jour où commence l'opération d'embarquement de Dunkerque.

En ce 20ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 537 (29 mai 1940 - matin) : «
Nos troupes résistent dans le nord avec une admirable vaillance aux efforts acharnés de l'ennemi. Des renseignements certains permettent d'affirmer que les pertes subies par les Allemands au cours des combats d'hier et de cette nuit sont particulièrement élevées.
Sur la Somme et sur l'Aisne, des actions locales ont été conduites avec succès. Un coup de main ennemi a été rejeté au sud-ouest de Château-Porcien. A l'est de l'Aisne, il n'y a pas eu d'activité au cours de la nuit.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mercredi 29 mai 1940 au matin, est pleinement rassuré : dans le Nord les troupes alliées résistent avec succès et infligent aux Allemands des pertes humaines considérables... Sur la Somme et sur l'Aisne, nous effectuons des actions couronnées de succès !...

* communiqué n° 538 (29 mai 1940 - soir) : «
Les troupes françaises et britanniques qui combattent dans le nord de la France soutiennent avec un héroïsme digne de leurs traditions une lutte d'une exceptionnelle intensité.
Depuis quinze jours, elles livrent bataille, séparées du gros de nos armées par des formations allemandes constamment renforcées ; sans cesse attaquées sur leurs deux flancs à l'est et à l'ouest, elles disputent le terrain à l'ennemi, s'accrochant au sol ou contre-attaquant avec autant d'opiniâtreté que de vaillance. »
Pendant qu'elles faisaient face à ces assauts, l'armée alliée, sous le commandement direct du roi Léopold III, défendait les positions de l'Escaut et de la côte au nord-est d'Ostende, a reçu de son roi l'ordre de cesser le feu, ouvrant à l'ennemi la route d'Ypres, de Furnes et de Dunkerque.
Dès lors, nos troupes, sous le commandement des généraux Blanchard et Prioux, et en étroite collaboration avec l'armée britannique du général Gort, ont dû faire face à un danger accru. Montrant dans ces graves circonstances une indomptable résolution, elles s'efforcent de manœuvrer vers la côte au prix des plus durs combats.
La marine française, dans la défense des ports et des voies de communication, leur apporte un puissant appui. Sous l'autorité de l'amiral Abrial, elle s'emploie avec un très grand nombre de bâtiments à ravitailler le camp retranché de dunkerque et les troupes qui en dépendent.
La coopération des aviations terrestre et maritime s'exerce à tout instant.
Sur le front de la Somme, une attaque opiniâtre de nos troupes a permis aujourd'hui de réduire une tête de pont qu'occupait l'ennemi au sud de la rivière. Nous avons fait plusieurs centaines de prisonniers.
Rien d'important à signaler sur le reste du front.
»

L'auditeur français se sent très perplexe après avoir entendu ce communiqué du mercredi 29 mai 1940 au soir. D'abord, il est surpris par la longueur, très inhabituelle, de ce communiqué... Ensuite, il constate que, contrairement aux communiqués précédents, celui de ce soir nomme les responsables de l'armée française et de l'armée britannique encerclées dans Dunkerque : les généraux Blanchard et Prioux, le général britannique Gort, l'amiral Abrial... Cette précision soudaine lui semble curieuse... N'est-ce pas pour préparer la nation française à un prochain désastre ?...

La réalité, si elle était connue, paniquerait véritablement l'auditeur français...

Au cours de la matinée, les Allemands entrent à Gravelines et enlèvent le mont des Cats, qui domine toute la plaine flamande. Conformément aux prévisions du général Blanchard, les forces françaises opérant dans la région sont encerclées. La plus grosse parie de la Première armée française, notamment le IVè et le Vè Corps, ne peuvent traverser la Lys et gagner Dunkerque. Le général Prioux, qui commande la Première armée, est resté à son poste de chef durant la retraite, c'est-à-dire à l'arrière-garde, avec le général commandant le IVè Corps. Tous deux sont faits prisonniers, à Steenwerck, sur la Lys, avec leurs États-Majors, par un détachement blindé allemand.

Dans le secteur d'Abbeville, le général de Gaulle a repris l'attaque vers quatre heures du matin. Les chars survivants des 46è et 47è bataillons, réunis en un groupement de marche, franchissent la route nationale Rouen-Abbeville. Ils arrêtent successivement, à partir de 10h30, deux contre-attaques allemandes qui dévalent du mont-Caubert. Le 4e bataillon de chasseurs progresse jusqu'au bois de Villers et à Bienfay, tandis que le 3è cuirassiers et le 1er bataillon du 7è Dragons arrivent aux pentes qui couronnent la Somme. Au soir, les Français ont fait quelques prisonniers allemands. Le communiqué de ce soir indique "plusieurs centaines de prisonniers", en réalité il semble que le chiffre de 250 soit plus près de la vérité. Les troupes allemandes ont beaucoup souffert, mais elles conservent l'essentiel de leurs positions tandis que la IVè Division cuirassée se trouve littéralement à bout de souffle... Cependant, son Chef, le général de Gaulle, va lui demander de faire un nouvel effort le lendemain.

Lord Gort, trouvant que les opérations de rembarquement ne se font pas assez vite, va trouver l'amiral Abrial pour se plaindre de la situation. Visiblement, les deux hommes n'ont pas la même vision de la situation... L'amiral français croyait en effet que seules les formations de l'arrière s'embarqueraient et que les troupes anglaises resteraient pour défendre le camp retranché de Dunkerque jusqu'au bout.

C'est aujourd'hui que commence vraiment l'opération de rembarquement de Dunkerque. 300 bâtiments de guerre ou de commerce français y participent. De nombreux navires seront coulés par les attaques incessantes de la Luftwaffe...

Des bâtiments légers de la Royal Navy et deux contre-torpilleurs français, "L'épervier" et "Le Léopard" (trop gros pour aller à Dunkerque) tentent de couvrir, par leurs puissants canons, les trop nombreuses attaques aériennes allemandes contre les navires d'évacuation.

Mais, la seule chance de sauver l'opération d'évacuation du camp retranché de Dunkerque consisterait à ce que la Royal Air Force y intervienne directement... Lord Gort adresse une demande pressante de secours à la RAF, demande qui est immédiatement accordée !... Et le ciel de la Flandre voit apparaître, pour la première fois, les Spitfires britanniques qui vont neutraliser énormément d'appareils allemands... Toutefois, Lord Gort et l'amiral Abrial, pour une fois sur la même longueur d'onde, vont tomber d'accord sur le fait les opérations d'embarquement ne doivent plus avoir lieu que de nuit, les embarquements de jour étant jugés trop meurtriers...

Au soir du mercredi 29 mai 1940 le périmètre de la tête de pont de Dunkerque s'est beaucoup rétréci : il ne mesure désormais plus que 24 kilomètres de long et 16 kilomètres de profondeur. Il est constamment sous le pilonnage des canons allemands.

Adolf Hitler réunit ce jour tous les commandants en chef de l'aile droite des armées allemandes dans la salle de contrôle de l'aérodrome de Cambrai pour leur faire part de ses intentions pour les jours à venir. Kesserling a noté : « Il parla avec une gravité mesurée, mentionnant ses craintes d'une forte attaque de flanc du gros des forces françaises qui nécessiterait un regroupement rapide de nos unités mécanisées. Son examen de la situation fut sobre. Il nous mit en garde contre un excès d'optimisme et spécifia minutieusement les dates et les lieux. Nous nous séparâmes l'esprit à l'aise, sentant qu'il avait apporté beaucoup de soin à la mise au point des prochaines opérations et qu'il escomptait des difficultés que nous-mêmes, éclairés par nos expériences avec les Français, et par nos propres performances militaires, n'attendions point dans une pareille mesure. »

Le même jour, Hitler fait savoir à Guderian qu'il lui confie le commandement d'un puissant groupe blindé, qui portera son nom, et dont le point de rassemblement immédiat est Signy-le-Petit. Cette localité, située au sud-ouest de Charleville, est à 250 kilomètres du littoral. Avant même que le sort de Dunkerque soit réglé, Hitler prépare déjà la deuxième phase de la bataille : il compte prendre d'abord à revers les débris de nos armées du front nord et couper ensuite de l'arrière les défenseurs de la ligne Maginot, quasi intacte.

Ce même jour, à Rome, Benito Mussolini réunit dans son bureau du palais de Venise les chefs d'État-Major des armées italiennes et leur annonce officiellement sa décision d'entrer en guerre à une date qui reste encore à fixer, à partir du 5 juin.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Dim 31 Mai 2009, 11:03 pm

Le jeudi 30 mai 1940. Le jour où l'entente entre les Français et les Anglais n'est plus du tout cordiale...


En ce 21ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 539 (30 mai 1940 - matin) : «
Les diverses opérations mentionnées au communiqué d'hier soir ont continué au cours de la nuit. De violents combats ont eu lieu sur l'Yser et dans la région de Cassel.
Sur la Somme et sur le reste du front, pas de nouveaux événements.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du jeudi 30 mai 1940 au matin, se dit que les combats doivent être très violents, vu la brièveté de ce communiqué... Il a hâte d'en savoir davantage lors du communiqué du soir.

* communiqué n° 540 (30 mai 1940 - soir) : «
Nos troupes du nord poursuivent avec vigueur, au milieu d'incessants combats et en bon ordre, l'exécution des mouvements décidés par le commandement.
Des combats favorables se déroulent sur la plus grande partie du front de la Somme.
Situation sans changement sur l'Aisne et sur le front de l'Est.
Un groupe de fantassins français, commandé par le sergent Guillet, a abattu à la mitrailleuse avant-hier un avion Heinkel, et, hier, un avion Junker.
»

L'auditeur français se sent assez rassuré après avoir entendu ce communiqué du jeudi 30 mai 1940 au soir. Nos troupes contiennent l'ennemi, et l'action du sergent Guillet redonne du baume au cœur des auditeurs français de l'arrière.

Comme d'habitude, la réalité est assez différente de ce qu'indiquent les communiqués français...

La situation dramatique où se trouvent les troupes encerclées à Dunkerque suscite les plus vives appréhensions au sein du cabinet anglais. La plupart des ministres craignent que le Corps Expéditionnaire ne soit perdu en totalité. Aux premières de la matinée, Anthony Eden, Ministre britannique de la Guerre, envoie des instructions secrètes à Lord Gort « l'autorisant à capituler, dans le cas où il acquerrait la certitude de n'être plus en mesure d'infliger des pertes à l'ennemi. »

L'évacuation des troupes anglaises se poursuit durant toute la journée grâce aux efforts combinés de la marine française et de la marine britannique, qui a mobilisé tous les navires et embarcations disponibles sur la côte anglaise. La Royal Air Force intervient avec vigueur dans la bataille, s'efforçant sans cesse d'écarter les bombardiers allemands qui assaillent en vagues successives les plages et les môles d'embarquement.

Dans le secteur d'Abbeville, la IVè Division cuirassée renouvelle son effort de la veille. L'objectif prescrit par la général de Gaulle est Caubert, pour enfiler la crête du Mont de Caubert et le Camp de César. Mais les Allemands ont reçu des renforts au cours de la nuit et cette troisième journée d'attaque va se traduire, malgré la magnifique obstination de nos troupes, par une série d'échecs onéreux. L'heure fixée pour l'attaque française est très tardive : 17 heures seulement, à cause du retard dans le ravitaillement en essence. Le débouché des blindés et des troupes est simultané et la progression générale, pendant quelques centaines de mètres. Mais soudain s'abattent des barrages nourris qui arrêtent l'infanterie. Ce sont les canons antiaériens allemands qui ouvrent le feu. Les batteries allemandes, en position au Camp de César, distinguent vingt chars français dans leur champ de vision et en détruisent huit... Les batteries au sud de Cambron en détruisent quatre autres. L'effet moral est intense. Nos chars s'abritent au plus près, leur élan est brisé. Puis, le général de Gaulle leur donne l'ordre de regagner leurs positions de départ. Malgré l'acharnement du 22e RIC soutenu par quelques chars légers vers le bois de Villers, notre attaque est stoppée sur toute la ligne. A ce moment les canons de 88 allemands, postés à Caubert, ouvrent le feu : en quelques minutes, ils touchent quatre nouveaux chars français, un cinquième est immobilisé. C'est l'échec final.

Dans la nuit du lendemain, la IVè Division cuirassée du général de Gaulle sera ramenée, pour se refaire, dans la région de Marseille-en-Beauvaisis. Elle n'a plus que 34 chars. Depuis le 16 mai, 40 % de ses effectifs ont été mis hors de combats.

A Paris, un peu avant quatre heures du matin, le général Spears est appelé à l'ambassade d'Angleterre où l'attend un télégramme urgent et personnel de Winston Churchill qu'il est prié de remettre immédiatement au Président Paul Reynaud. Ce message dit, entre autre :

«
- 1°) Près de 50 000 hommes ont pu être évacués de Dunkerque, à la date du 29 mai au soir ; nous espérons en évacuer encore 30 000 autres, durant la nuit du 29 au 30 ;
- 2°) Nous désirons que les troupes françaises soient évacuées, elles aussi, dans toute la mesure du possible ;
- 3°) Lorsque nous aurons réorganisé nos troupes évacuées et préparé les forces nécessaires pour assurer la défense de l'île contre l'invasion qui nous menace et qui peut être imminente, nous constituerons un nouveau Corps Expéditionnaire basé sur Saint-Nazaire ;
- 4°) Des troupes venant des Indes et de la Palestine, du Canada et de l'Australie ne vont pas tarder à arriver.
- 5°) Nous sommes en train d'évacuer tout notre matériel au sud d'Amiens, au delà de ce qui est nécessaire à 5 divisions, mais nous soulignons que cette mesure n'est prise qu'en vue du choc qui nous attend ; un nouveau plan relatif au renforcement de nos troupes en France sera communiqué sous peu aux autorités française.
- 6°) Ceci est dit en toute camaraderie.
»

Après plusieurs heures de recherches infructueuses, Spears finit par apprendre que Paul Reynaud a passé la nuit dans son appartement privé. Il y pénètre sans se faire annoncer et trouve le Président du Conseil français, vêtu d'un kimono, en train de faire sa culture physique. Paul Reynaud est visiblement très mécontent d'être dérangé à une heure aussi matinale et irrité par le sans-gêne de son visiteur.

Spears communique à Reynaud le message de Churchill, mais son contenu ne lui apporte, "ni satisfaction, ni soulagement". Paul Reynaud lui répond avec une humeur massacrante : « Je suis fort heureux de voir Churchill affirmer que Français et Anglais seront évacués en quantités égales. Sans quoi l'opinion française serait déchaînée contre l'Angleterre ! »
Spears, très mécontent lui aussi, lui répond sèchement :
« N'oubliez pas, que c'est uniquement la poigne de Churchill qui a empêché jusqu'ici l'opinion britannique d'être déchaînée contre le Haut Commandement français en particulier, et contre tous les Français en général. »

Puis les deux hommes se dévisagent sans rien dire durant un bon moment. Paul Reynaud finit par rompre le silence en disant à Spears, en parlant de Churchill, que « Les événements de Dunkerque me causent un ressentiment aussi vif que l'attitude inexplicable prise par le Premier Ministre, à l'égard du roi des Belges. »

A 10h30, rue Saint-Dominique à Paris, se réunit le "Comité de guerre". Y assistent du côté français :
* Paul Reynaud, Président du Conseil et Ministre de la Défense nationale ;
* le Maréchal Philippe Pétain, Vice-Président du Conseil ;
* le général Maxime Weygand, Commandant en chef ;
* l'amiral François Darlan, Chef de la Flotte ;
* Paul Baudouin, sous-secrétaire d’État à la Présidence du conseil et Secrétaire du "Comité de guerre" ;
du côté anglais seul le général Spears est présent.

Le général Maxime Weygand commence par faire le point de la situation militaire : « La bataille décisive est en train d'être livrée par les Allemands à trois contre un. Toutes les troupes quelles qu'elles soient, que Monsieur Churchill pourra nous envoyer, nous seront d'un secours inestimable. Je suis particulièrement à court d'infanterie et suis obligé d'engager des troupes qui ne sont que partiellement entraînées. Je supplie Monsieur Churchill de nous envoyer toutes les unités sur lesquelles il pourra mettre la main. »
Soutenu par Paul Reynaud le Commandant en chef français insiste tout particulièrement pour que les unités combattantes à Dunkerque soient immédiatement réembarquées et envoyées sur le front de la Somme.

Le général Spears répète alors ce qu'il a déjà dit au Président Reynaud. Une pareille mesure ne ferait que rendre la confusion pire encore. Ni le War Office, ni le gouvernement britannique ne consentiront à ce gaspillage d'hommes qui n'aurait aucune chance de modifier le cours de la bataille... Il faut que tous les soldats qui reviennent de Dunkerque, soient triés, regroupés, réorganisés et réarmés. C'est seulement après cela qu'ils pourront être renvoyés en France. Agir autrement serait à la fois une folie et un crime.

Le général Weygand finit par se ranger à ce point de vue, mais il en conclut, non sans amertume, que la France devra faire face à la deuxième phase de la bataille sans compter sur aucune aide de la part de son alliée.

Il conclut : « Malgré vos observations, la situation est si grave que je demande que les unités encore constituées du Corps Expéditionnaire soient renvoyées le plus tôt possible sur la Somme. »

Le général Spears lui répond : « Je suis sûr que le gouvernement anglais fera l'impossible pour vous donner satisfaction », bien qu'il sache qu'en ce moment le principal souci du War Office est de ne pas dégarnir l'île, en prévision d'une invasion.

Plusieurs membres du gouvernement français éprouvent une vive irritation en apprenant que la note préparée par Daladier dans la nuit du 27 mai n'a pas été transmise à Rome, de crainte d'indisposer le gouvernement anglais. Ils n'ignorent pas que ce retard est dû à l'obstruction de Monsieur Charles Roux, Secrétaire général du Quai d'Orsay ; mais ils n'admettent pas que la politique française soit déterminée par un fonctionnaire - aussi haut placé soit-il - qui n'est investi d'aucune responsabilité gouvernementale.

Estimant que la France doit tout mettre en œuvre pour dissuader l'Italie de participer aux hostilités, ils insistent auprès de monsieur Daladier, Ministre des Affaires Étrangères, pour qu'il réitère sa démarche.

Édouard Daladier remet donc à Paul Reynaud un nouveau projet de note proposant d'entrer en pourparlers avec l'Italie, sans cependant formuler d'offres précises.

A 20 heures, Daladier reçoit Monsieur Guariglia, ambassadeur d'Italie en France, et lui remet enfin la note en question. Monsieur Guariglia se montre très déçu, car la note ne contient aucune proposition concrète. Il déclare à Daladier qu'il doute qu'elle soit de nature à modifier les décisions du gouvernement italien, à qui il promet néanmoins de la transmettre sans délai.

Benito Mussolini envoie ce jour un message au chancelier Hitler, lui notifiant officiellement son intention d'entrer en guerre dans ce conflit le 5 juin.

Ce soir-là du jeudi 30 mai 1940, le général Spears se sent submergé par une vague de désespoir. Il déclarera : « Mon impuissance était totale. Mon travail me paraissait odieux. Je parlais, je parlais, tandis que des vies plus jeunes et plus précieuses pour mon pays que la mienne, étaient anéanties. Il me parut soudain intolérable de voir la France qui m'était si chère, s'effondrer sous mes yeux. Durant un long moment, je ressentis la folie d'un homme qu'on aurait enchaîné au corps d'un être aimé, en train de se dissoudre dans la mort. »

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Lun 01 Juin 2009, 1:15 pm

Le vendredi 31 mai 1940. Le jour où Français et Anglais affichent ouvertement leurs différences pour la suite du conflit.



En ce dernier jour du terrible mois de mai 1940, 22ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 541 (31 mai 1940 - matin) : « Dans le Nord, les opérations continuent de se dérouler avec la même âpreté autour du camp retranché de Dunkerque.
Sur la Somme et sur l'Aisne, quelques actions locales d'infanterie de part et d'autre.
Entre l'Aisne et la Meuse, duel d'artillerie assez violent
Entre la Meuse et la Moselle, un coup de main ennemi a été repoussé.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du vendredi 31 mai 1940 au matin, se dit que les opérations entre les deux camps semblent équilibrées.

* communiqué n° 542 (31 mai 1940 - soir) : « Dans le Nord, nos troupes ont poursuivi leur marche en direction de Dunkerque, où une partie d'entre elles est parvenue à s'embarquer, sous la protection de la marine et de l'aviation, malgré les efforts de l'ennemi.
En dehors d'une certaine activité sur la Somme, il n'y a rien à signaler sur le reste du front.
Malgré des conditions atmosphériques défavorables, notre aviation a effectué des reconnaissances profondes, à la suite desquelles notre aviation de bombardement s'est livrée, dans la région du Nord, au harcèlement de l'ennemi et a coopéré au ravitaillement de nos troupes.
»

L'auditeur français se sent assez rassuré après avoir entendu ce communiqué du vendredi 31 mai 1940 au soir. Le rembarquement de nos troupes à Dunkerque se passe plutôt bien et notre aviation est toujours aussi efficace.

En réalité, la situation réelle des troupes alliées est dramatiquement inquiétante, en ce dernier jour du mois de mai 1940.

La situation dans le camp retranché de Dunkerque est effrayante : la ville n'est plus qu'un brasier. Le port et les quartiers avoisinants offrent un aspect tragique. C'est un vrai carrousel nautique dans l'étroit périmètre qu'entoure une montagne de flammes et de fumée. Les débris des voitures calcinées encombrent les quais et les môles.

L'embarquement des troupes anglaises bat son plein. Il s'effectue tant que les jetées sont utilisables, en faisant avancer les troupes, le plus en avant possible, de manière à pouvoir charger des navires tout le long de la jetée.

Mais bientôt, l'embarquement dans les bassins du port devient impraticable, car les écluses sont détruites et les plans d'eau bondés d'épaves. Devant les pertes occasionnées par ces conditions dramatiques, le commandement anglais décide d'embarquer ses rescapés sur les plages situées à l'Est de la ville. Les vedettes anglaises viennent les prendre en mouillant, à toucher terre, et les hommes vont à bord avec de l'eau jusqu'à la ceinture, offrant une cible de premier ordre aux avions allemands.

A la fin, les avisos ne mouillent même plus et les embarquements se font en quelques instants, n'importe comment. Les malheureux, entassés sur les plages noires de monde, ne jouissent d'aucune protection. Ils se font mitrailler sans cesse par les chasseurs de la Luftwaffe, qui volent en rasant les dunes. Les tragédies furent innombrables. Tous nos torpilleurs, à l'exception des plus petits, y restèrent, notamment le torpilleur "Bourrasque" qui sombre en vue d'Ostende. Sur 800 hommes embarqués, 300 seulement purent être sauvés.

Ce qui complique encore les opérations d'évacuation, c'est que les Allemands installent des batteries côtières, de part et d'autre de la ville de Dunkerque. Celles-ci obligent les bâtiments alliés à faire route directe au-dessus des bancs, ce qui n'est possible qu'à certaines heures de la journée.

Malgré cet ensemble de circonstances défavorables, il ne reste plus, à la fin de la journée que 20 000 soldats anglais à embarquer.

Le cabinet britannique a décidé que le Chef du Corps Expéditionnaire rentrerait en Angleterre lorsque l'effectif des soldats anglais restant à terre ne dépasserait plus trois divisions. Cette condition étant remplie, Lord Gort se rend au "Bastion 32" pour prendre congé de l'amiral Abrial et du général Fagalde. Il leur déclare : « Mon gouvernement me rappelle à Londres, mais je vous laisse sur le continent le général Alexander avec trois divisions qui passent sous vos ordres pour la défense de la tête de pont. »

Lord Gort leur confirme cette décision par écrit. Le général Falgade met aussitôt sur pied un plan de défense de la tête de pont de Dunkerque, qui tient compte de l'adjonction des trois divisions britanniques.

Dans l'après-midi, le général Alexander arrive au "Bastion 32", accompagné de deux généraux anglais. Une réunion franco-britannique a lieu, à laquelle assistent l'amiral Abrial, l'amiral Leclerc, le général Altmayer, le général Fagalde et le ched de son 3ème Bureau, le commandant Lehr. Le général Fagalde expose au général Alexander ce que Lord Gort lui a dit ce matin même et lui expose son plan de défense de la tête de pont de Dunkerque. Alexander lui répond :
- Tout cela est malheureusement irréalisable car je dois me rembarquer cette nuit même pour l'Angleterre avec mes trois divisions.
- Mais, Lord Gort vous a placé sous mes ordres ! réplique Falgalde
- Lord Gort est actuellement en mer. Je suis le seul responsable sur le continent, du commandement des troupes anglaises non embarquées. Si nous restons ici 24 heures de plus, nous serons tous faits prisonniers. J'ai, par suite, décidé de rembarquer sans attendre.

Cette déclaration cause une véritable stupeur du côté français. Abrial et Fagalde s'efforcent de faire revenir Alexander sur sa décision, mais en vain.
Le général anglais consent à leur répondre : « Tout ce que je puis faire, c'est de retarder mon embarquement jusqu'à demain 1er juin. Mais je ne puis aller au-delà. »

Sur l'insistance de ses interlocuteurs, Alexander consent à téléphoner à Londres. Il retourne à son PC pour demander des instructions au chef du War Office, Anthony Eden. Les ayant reçues, il retourne voir Abrial et Fagalde.

Abrial lui montre alors un radiogramme reçu de Paris l'informant qu'au cours du Conseil Suprême tenu ce matin rue Saint-Dominique en présence de Winston Churchill il a été décidé que :
- 1°) les embarquements anglais et français doivent s'effectuer "pari passu" (de manière égale) ;
-2°) les dernières avant-gardes seront fournies par les troupes anglaises.

Après avoir lu cette dépêche, Alexander leur déclare :
- Si mon Premier Ministre avait été ici, au lieu d'être à Paris, il n'aurait jamais souscrit aux conditions ci-dessus. J'ai eu la communication avec Monsieur Anthony Eden. Il m'a ordonné de coopérer avec les Forces françaises dans toute la mesure compatible avec la sécurité des troupes britanniques. Or, j'estime que leur existence est gravement compromise et je maintiens ma décision de rembarquer demain, 1er juin.
Abrial et Falgalde s'emploient de leur mieux à le faire revenir sur cette terrible décision. Rien n'y fait. Exaspéré, Falgalde ne peut s'empêcher de dire au général Alexander ce qu'il pense de son comportement. Sur ce, la réunion prend fin. Français et Anglais se séparent plus que froidement.
- It is not very fine, is it ? (Ce n'est pas très beau, n'est-ce pas ?) dit à voix basse, au général Falgade, un des généraux anglais qui accompagnent Alexander.
- No, it isn't fine at all (Non, ce n'est pas beau du tout) lui répond, en anglais, le général Fagalde.


Pendant ce temps, les débris de la Première armée française continuent à se battre héroïquement dans la région de Lille, immobilisant sept divisions allemandes. La situation de nos troupes est tragique. Les munitions s'épuisent, les blessés doivent être évacués sur les hôpitaux de Lille, déjà occupés par les Allemands.

A quinze heures, le général von Reichenau demande par message la reddition des troupes françaises ; il rend hommage à leur héroïsme et se déclare prêt à leur accorder les honneurs de la guerre.

Au Conseil de guerre, réuni à Charleville le 24 mai Hitler avait fixé au 31 mai le déclenchement de la deuxième phase de l'offensive. Il a dû consentir à la reculer de six jours, pour permettre aux Panzerdivisionen, engagées sans répit de puis le 10 mai, de recompléter et de réviser leur matériel.

A Paris, à 14 heures s'ouvre rue Saint-Dominique, au Ministère de la Guerre, un Conseil de guerre interallié auquel participent du côté anglais Winston Churchill, qui arrive tout droit en avion de Londres, accompagné de Monsieur Clement Attlee, Chef du Parti Travailliste, de Sir John Dill (chef d'État-Major Impérial) et du général Spears. Paul Baudouin, qui assiste à la séance en tant que "Secrétaire du Comité de guerre" écrira : « La menace d'effondrement imminent de la France pèse sur cette réunion, qui est poignante. »

Prenant la parole en premier, Churchill déclare que le Conseil sera sans doute heureux d'apprendre qu'aux dernières nouvelles, c'est-à-dire midi, 165 000 hommes, dont 10 000 blessés ont pu être évacués de Dunkerque.
- Combien y a-t-il de Français dans ce nombre ? interjette Weygand d'un ton mordant. Les Français sont laissés en arrière ! Churchill le dévisage un instant. Il fait une moue de colère ; ses doigts tambourinent sur la table et chacun s'attend à une de ces répliques fulgurantes dont il est coutumier. Mais soudain son visage s'altère. Une vague d'émotion monte de son cœur à ses yeux, qui s'embuent de larmes, et c'est avec un accent indiciblement triste qu'il répond : « Nous sommes des compagnons d'infortune ; il ne sert à rien de récriminer sur nos misères communes... »
L'émotion du Premier Ministre s'est communiquée aux assistants et un silence profond succède à ces paroles.

Churchill aborde ensuite la question de Narvik, en Norvège, dont il propose l'évacuation immédiate.

Après avoir devisé assez longuement sur la question de Narvik, Churchill aborde le problème de Dunkerque. Il répète les chiffres qu'il a communiqué au début de la séance : 165 000 hommes, dont 15 000 Français ont pu être rembarqués. Paul Reynaud prend à son tour la parole pour souligner la disproportion entre le nombre de soldats britanniques et de soldats français évacués. Il fait observer que sur les 220 000 anglais encerclés à Dunkerque, 150 000 ont été évacué, tandis que sur les 200 000 Français, 15 000 seulement l'ont été à la date du 31 mai. Il insiste sur le fait qu'il faut absolument arriver à corriger cette disproportion, car si ces chiffres venaient à être connus du public français, ils pourraient provoquer des réactions dangereuses. Churchill en convient. Le Premier Ministre britannique indique qu'à son avis les troupes françaises encerclées autour de Lille ne pourront pas tenir plus de 48 heures, et que seules les quatre divisions françaises actuellement incluses dans le périmètres de Dunkerque pourront être sauvées.

Churchill déclare : « Il ne sera pas possible de conserver Dunkerque beaucoup plus longtemps. Quarante-huit heures au maximum, si nous avons de la chance. Les risques que court notre marine et nos pertes de tonnage sont trop élevés. »

Paul Reynaud demande à ce que l'Angleterre promette à la France le plein appui de son aviation, au cours de la deuxième phase de l'offensive allemande. Churchill répond qu'il n'est pas autorisé par son gouvernement à promettre son soutien. Comme Reynaud insiste il déclare qu'il va réfléchir à la question, mais qu'il ne faut pas que le gouvernement français se fasse des illusions sur l'importance de l'aide aérienne qu'il peut attendre de l'Angleterre.

Winston Churchill indique : « Rappelez-vous que nous avons en France une division cuirassée et une division d'infanterie. Sur les trois divisions qui restent en Angleterre, peut-être pourrions-nous en distraire une. Encore que ce n'est pas certain. Derrière ces trois divisions, il y en a quatorze à l'instruction, mais elles n'ont, comme armement, que des fusils et quelques mitrailleuses. Le gouvernement anglais compte faire appel à toutes les forces de l'Empire. Nous attendons 8 bataillons de l'Inde, 8 bataillons de Palestine, 14 000 Australiens, la Deuxième Division canadienne... Mais tout cela demande du temps... »

Churchill termine en déclarant : « Je suis inébranlablement convaincu que nous n'avons qu'à poursuivre le combat, pour vaincre ! Si l'Allemagne l'emportait, elle n'aurait aucune pitié. Nous serions réduits en esclavage pour toujours. Même si l'un des deux est frappé, l'autre doit poursuivre la lutte. Si l'un des deux camarades tombe sur le champ de bataille, l'autre ne doit pas déposer les armes, avant que son ami blessé soit de nouveau debout ! Nous poursuivrons la guerre, même si la dernière maison de France et d'Angleterre est détruite. Le gouvernement britannique est décidé à mener la guerre dans ses possessions d'Amérique. Si par malheur, l'Angleterre elle-même était dévastée, le peuple anglais n'abandonnera pas la lutte jusqu'à ce que le Nouveau Monde reconquière l'ancien. Il vaut mieux que le dernier anglais périsse les armes à la main et que le mot FIN soit écrit au bas du dernier chapitre de notre histoire, plutôt que de continuer à végéter comme des vassaux et des esclaves ! »

Spears a écrit : « Tout le monde dans la pièce était emporté par le torrent d'émotion qui jaillissait des lèvres de Churchill. Les interprètes étaient silencieux ; il ne leur venait pas à l'idée de traduire ces paroles au fur et à mesure qu'elles prenaient leur essor par une sincérité brûlante. Lorsqu'ils les traduisirent, même le pâle écho de ces phrases parut formidable, comme le grondement d'un orage qui s'éloigne et disparaît derrière une chaîne de montagnes. J'étais bouleversé. Je n'ai pas souvent entendu parler le Premier Ministre à la Chambre des Communes durant la guerre, ayant été le plus souvent à l'étranger, mais j'ai peine à croire qu'aucun de ses discours portât en lui plus de force ou de conviction. Quel dommage qu'il tombât sur un sol si ingrat ! Seule la nation britannique était digne d'entendre ce qui était, en fait, sa profession de foi la plus intime. Ce discours aurait été salué, chez nous, par ce puissant rugissement d'approbation que seuls les Anglais savent pousser. Mais il n'était entendu que par une poignée d'hommes qui, à une ou deux exceptions près, étaient déjà à moitié nos ennemis. Pourtant tout le monde était ému. »

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Lun 01 Juin 2009, 1:21 pm

Bonjour à toutes et bonjour à tous, Smile

Voilà, ainsi se termine, la relation des 22 premières journées de ce terrible mois de mai 1940. Avant de continuer, je vous laisse de nouveau la parole afin de recueillir votre avis.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  Alexarp le Mar 02 Juin 2009, 12:22 pm

Heuuu, mon avis: où est la suite ?
je cours acheter ton livre, quoique après la bio de Rommel qui est tête de liste d'achat pour l'instant; la campagne de France est de celles qui m'intéressent au plus haut point beret

Merci pour ta peine, au fait...

J'aime beaucoup la rédaction, par les commentaires, l'analyse des rapports publics et l'opposition avec la réalité des faits
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Ven 05 Juin 2009, 11:23 am

Le samedi 1er juin 1940. Le jour où la dernière chance de porter un coup décisif aux neuf divisions blindées allemandes, par un bombardement massif de leurs blindés imprudemment regroupés dans la région de Saint-Quentin, a été manquée...


En ce premier jour de juin 1940, 23ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 543 (1er juin 1940 - matin) : «
Les forces françaises et britanniques de terre, de mer et de l'air poursuivent à Dunkerque, en pleine solidarité, une lutte acharnée pour résister à la poussée allemande et assurer l'évacuation.
L'ennemi, montrant l'importance qu'il attache au passage de la Somme, a contre-attaqué dans cette région.
Cette contre-attaque a été repoussée.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du samedi 1er juin 1940 au matin, se dit que nos troupes, aidées par les troupes britanniques, résistent à la poussée allemande. Ça le rassure !...

* communiqué n° 544 (1er juin 1940 - soir) : «
Dans le Nord, nos troupes résistant avec succès aux efforts renouvelés de l'ennemi, continuent à couvrir les embarquements.
Activité soutenue de part et d'autre, sur le front de la Somme.
Aucun incident notable sur le reste du front.
Dans l'après-midi du 31 mai, notre aviation de bombardement a procédé dans la région du Nord, malgré l'activité de la chasse adverse, à des attaques massives de rassemblements et de colonnes ennemies. Des reconnaissances profondes en nombre important ont été faites sur la Meuse, la Moselle et le Rhin.
Au cours de l'après-midi du 1er juin, une expédition aérienne ennemie a été prise à partie dans la vallée du Rhône par notre aviation de chasse. Plusieurs appareils, non encore dénombrés, ont été abattus par nous.
»

L'auditeur français se sent perplexe après avoir entendu ce communiqué du samedi 1er juin au soir : l'État-Major français reconnaît que l'aviation allemande ose s'aventurer jusque dans la vallée du Rhône !...

Mais, quelle est la situation réelle, en ce premier jour du mois de juin 1940 ?

Les restes de la Première Armée française, qui combattaient dans la région de Lille, doivent hélas capituler après avoir épuisé toutes leurs munitions... A 9 heures du matin, deux bataillons de marche, constitués par des délégations de toutes les unités qui ont participé à la bataille, défilent en armes sur la grande place de Lille, devant le général Wegner. Un détachement allemand leur rend les honneurs.

Le général de Gaulle, convoqué par le général Weygand se rend au Grand Quartier Général français au château de Montry (Seine-et-Marne). Le Commandant en chef le félicite de sa belle conduite à la tête de la IVè Division cuirassée, à Montcornet et à Abbeville. Il le site à l'ordre du jour et lui confirme sa nomination au grade de général de brigade à titre temporaire. Puis, les deux généraux évoquent la deuxième phase de la bataille, qui paraît imminente. Maxime Weygand lui déclare :
« Je serai attaqué d'un jour à l'autre sur la Somme et sur l'Aisne. J'aurai sur les bras deux fois plus de divisions allemandes que nous n'en avons nous-mêmes. C'est à dire que les perspectives sont bouchées. Si les choses ne vont pas trop vite ; si je peux récupérer à temps les troupes françaises échappées de Dunkerque ; si l'armée britannique revient prendre part à la lutte, après s'être rééquipée, et si la R.A.F. consent à s'engager à fond dans les combats du continent, alors, il nous reste une chance. Sinon !... »

Le général Weygand clôture son exposé par un geste de la main qui exprime son impuissance. Le général de Gaulle, quitte le G.Q.G. "le cœur lourd". On le croit aisément.

Le général Spears se rend au Quai d'Orsay, où Roland de Margerie lui a demandé de venir le voir d'urgence. Le Chef de cabinet de Paul Reynaud lui signale, pour qu'il le communique à son gouvernement, que les services secrets français ont reçu une information selon laquelle les Allemands attaqueront sur la Somme et sur l'Aisne, dans les directions Amiens-Paris et Reims-Paris, entre le 3 et le 5 juin. Cette nouvelle signifie que l'assaut contre l'Angleterre n'aura pas lieu immédiatement.

Roland de Margerie informe ensuite le général Spears que les neuf Panzerdivisionen allemandes ont été retirées de la ligne de feu, pour être révisées. Elles se trouvent concentrées dans la région de Saint-Quentin. Cette énorme masse de blindés, temporairement immobilisés, offrirait une cible très vulnérable aux bombardements aériens. Il demande que la R.A.F. intervienne sans tarder sur les points que lui indiquera le général Georges.

Le général Spears téléphone à Londres pour transmettre cette demande au général Ismay. Hélas, il ne semble pas qu'elle ait été suivie d'effet... C'était sans doute la dernière chance de contrer efficacement l'armée allemande dans son offensive imminente sur le front français... Il apprend par la même occasion que la situation est de plus en plus tendue à Dunkerque, entre le commandement anglais et l'amiral Abrial.

A 16 heures Ronald Campbell, ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris, apporte à Paul Reynaud un message téléphoné de Churchill concernant la situation à Dunkerque : « Il n'est guère probable que l'embarquement puisse se prolonger au delà de la journée de demain. Il est donc souhaitable que l'opération prenne fin cette nuit. Jusqu'à présent 225 000 hommes [note de roger15 : dont seulement 18 000 Français...] ont été embarqués. Abrial voudrait beaucoup que l'embarquement se prolongeât, mais il n'est peut-être pas à même de juger, puisque c'est d'une casemate qu'il dirige les opérations. Il faut laisser aux généraux sur place le soin de décider quand il faudra arrêter l'embarquement. On peut tout perdre en attendant plus longtemps. »

Pendant ce temps l'évacuation de Dunkerque se poursuit dans des conditions de plus en plus dramatiques. La pression ennemie s'accentue d'heure en heure. Le ciel, zébré par l'éclair des explosions, est obscurci par les lourdes volutes de fumée qui montent de la ville et du port. Spitires et Stukas tournoient dans ce décor d'apocalypse. Le grondement continu de leurs moteurs est dominé par le sifflement strident des bombes et par le tonnerre des batteries côtières allemandes, qui ont pris les sorties de la ville sous le feu croisé de leurs canons.

A Rome, Benito Mussolini est contrarié : Adolf Hitler lui a répondu à sa lettre du 30 mai en lui demandant que la date d'entrée en guerre de l'Italie soit remise de quelques jours, car il prépare une attaque massive contre les aérodromes français. Il craint que le déclenchement de l'action italienne ne provoque un déplacement des forces aériennes françaises et ne déjoue son plan de destruction. En réalité, Hitler, approuvant en cela le commandement suprême de la Wehrmacht, ne souhaite plus une intervention armée de l'Italie, qu'il juge superflue...

Mussolini, après avoir pensé d'abord, suite à cette demande du chancelier allemand, reculer l'attaque italienne au 8 juin, décide finalement de la repousser au 11 juin.

André François-Poncet, ambassadeur de France auprès de l'Italie, rencontre une nouvelle fois le comte Ciano (gendre de Mussolini), le Ministre italien des Affaires Etrangères, pour tenter malgré tout d'éviter que l'Italie entre dans le conflit. Il comprend, d'après les réponses du comte Ciano, que « ce n'est plus le moment de se bercer d'espoirs et d'illusions : le choix de Mussolini s'est fixé sur l'épée. »

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Ven 05 Juin 2009, 7:25 pm

Le dimanche 2 juin 1940. Le jour où la défense de Dunkerque commence à toucher à sa fin.

En ce dimanche 2 juin 1940, 24ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 545 (2 juin 1940 - matin) : «
Dans la région de Dunkerque, résistant avec une admirable vigueur aux attaques incessantes de l'ennemi, nos troupes ont contenu tous les efforts allemands et l'évacuation s'est poursuivie activement dans la journée d'hier, puis au cours de la nuit, malgré les bombardements de l'aviation et de l'artillerie.
Sur la Somme, l'ennemi a tenté quelques coups de main sans résultat.
Sur le reste du front, activité d'artillerie en divers points.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du dimanche 2 juin 1940 au matin, se dit que la situation reste favorable pour nos troupes. Nous repoussons avec succès tous les coups de main allemands au Sud de la Somme. Il est donc assez rassuré...

* communiqué n° 546 (2 juin 1940 - soir) : «
Depuis que l'ordre leur a été donné de se replier sur Dunkerque, les troupes françaises et britanniques, engagées sur trois fronts de la région de Saint-Omer aux abords d'Arras, à Valenciennes et à Courtrai, où elles se reliaient à l'armée belge, ont obligé l'ennemi, qui comptait sur leur reddition, à livrer combat sans arrêt, dans les conditions les plus dures et les plus violentes.
Elles ont occupé d'abord la ligne du canal de la Bassée et de la Scarpe, puis la Lys, puis la ceinture vallonnée de Gravelines, Cassel, Ypres et Nieuport, enfin le camp retranché lui-même, en partie couvet par les inondations.
Au cours de chacun de ces mouvements, elles ont manœuvré en ordre, sous le feu de l'artillerie, de l'aviation et des chars, tenant sans cesse l'ennemi en respect par des contre-attaques nombreuses et efficaces.
Cette retraite, accomplie par des troupes pressées de toute part, privées de tout repos depuis vingt jours et soudainement découvertes sur leur gauche par la capitulation du roi Léopold, demeurera comme un exemple héroïque de ténacité dans l'histoire des armées française et britannique.
Grâce à la vaillance et à l'énergie des troupes du Nord, les succès territoriaux que l'ennemi a obtenu sont compensés par des pertes immenses de vies humaines et de matériel.
La force allemande a été durement éprouvée et nos armées dont le moral est plus élevé que jamais, sont prêtes à affronter de nouveaux combats.
La plus grande partie des troupes, repliées vers la côte, a déjà pu être embarquée à Dunkerque, dont les défenses tiennent toujours.
La France peut être fière des chefs et des soldats de l'héroïque armée du Nord.
Dans la journée du 2 juin, sur le front de la Somme, de l'Aisne et dans l'Est, l'activité s'est bornée à des feux d'artillerie et à quelques tirs d'armes automatiques dans la région de Rethel.
Au cours de la nuit du 1er au 2 juin, nos avions ont continué le ravitaillement des troupes du Nord. De nombreuses reconnaissances profondes ont été faites sur la région de Trèves au sud de la Forêt Noire.
L'expédition d'hier dans le Sud-Est a coûté à l'ennemi douze avions jusqu'à présent dénombrés.
»

L'auditeur français se sent très perplexe après avoir entendu ce communiqué, exceptionnellement long, du dimanche 2 juin 1940 au soir : l'échec probable des armées du Nord est enfin évoqué par l'État-Major français.

Quant à la situation réelle, voici ce qu'elle en est en ce deuxième jour du mois de juin 1940.

A Dunkerque, la totalité des 224 585 soldats britanniques sont repartis en Angleterre. Il reste cependant 30 000 ou 40 000 soldats français encore présents dans le camp retranché.

A Paris à 10h30 le Comité de guerre se réunit chez le Président du Conseil français. Le général Weygand apostrophe Spears : « Je viens de recevoir un télégramme du général Lelong, il m'informe que le nombre total des soldats français embarqués dans la journée d'hier ne dépasse pas 5 000. Comment expliquez-vous cela ? ». Spears, manifestement gêné, répond que le général Lelong se base peut-être sur les soldats effectivement débarqués en Angleterre. Il peut y en avoir d'autres, embarqués sur des bateaux français qui ont rejoint directement Le Havre ou Cherbourg. Spears ajoute : « Le Premier Ministre m'a dit hier soir au téléphone que les autorités britanniques ne pensent pas qu'il y ait encore, à l'intérieur du périmètre, autant de troupes françaises que le prétend Abrial. »
Cette explication embarrassée ne satisfait personne.
Le général Weygand déclare alors : « Il y a mieux, le général Lelong m'apprend que les navires anglais, qui rapatrient en France les rescapés français de Dunkerque, en profitent pour embarquer au retour, un nombre égal de soldats britanniques stationnés en France, pour les ramener en Angleterre. Qu'est-ce que cela signifie ?

- Votre quartier général a été pleinement informé de ces mouvements.
- Mais pourquoi ramenez-vous ces troupes en Angleterre, si vous avez l'intention d'en envoyer d'autres en France ?
- Toutes ces unités ont besoin d'être réorganisées et réparties entre de nouvelles formations. Il n'y a pas moyen de procéder autrement.
- Vous nous dites que vous comptez nous envoyer bientôt de nouvelles divisions. Groupez vos formations isolées dans des ports français où seront débarquées vos unités nouvelles. Vous les y amalgamerez sur place.
- Notre Haut Commandement a fait ses plans. Je doute fort qu'il accepte de les compromettre en y apportant des modifications. Il n'y a pas à revenir dessus.

- Cela ne remonte guère le moral du pays.
- C'est possible, mais nous n'avons pas à sacrifier des vies humaines pour améliorer localement le moral des civils français. Le meilleur moyen de le remonter, c'est de gagner des victoires !
- Quoi qu'il en soit, je voudrais bien connaître l'effectif des troupes que le gouvernement britannique entend rapatrier en Angleterre en plus de celles de Dunkerque.
»
Le général Spears déclare qu'il posera la question au War Office.

En fin de journée Paul Reynaud reçoit du général Noguès, commandant en chef des forces armées françaises en Afrique du Nord, un télégramme lui disant qu'il serait impossible, à cause de problèmes de logistique, d'instruire en Afrique du Nord le contingent français à incorporer en juin.

A Rome, Mussolini ayant obtenu du roi d'Italie Victor-Emmanuel III son acquiescement à la déclaration de guerre, adresse le message suivant à Hitler : « Mon programme est le suivant : Le lundi 10 juin, je répète le 10 juin, déclaration de guerre. Commencement des hostilités le 11, à l'aube. Dans le discours que je prononcerai quelques heures après la déclaration de guerre, je dirai que l'Italie, fidèle à sa politique, n'a pas l'intention d'étendre le conflit à de nouvelles zones et je citerai les pays balkaniques et danubiens, y compris la Grèce et la Turquie. »

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 06 Juin 2009, 5:34 pm

Le lundi 3 juin 1940. Le jour où l'aviation allemande ose, pour la première fois de la guerre, bombarder Paris et sa proche banlieue en plein jour, et où l'évacuation maritime de Dunkerque prend fin.


En ce lundi 3 juin 1940, 25ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 547 (3 juin 1940 - matin) : « Aucun élément nouveau au cours de la nuit. »

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, exceptionnellement bref, du lundi 3 juin 1940 au matin, se dit que la situation réelle doit être bien mauvaise...

* communiqué n° 548 (3 juin 1940 - soir) : «
L'ennemi a continué à attaquer avec acharnement nos positions autour de Dunkerque, où il s'est heurté à une vigoureuse résistance et aux contre-attaques de nos troupes.
La marine française, comme la marine britannique, concourent, sous le feu de l'ennemi, à la défense de Dunkerque et procèdent avec succès aux embarquements de troupes, ordonnés par le commandement, donnant à toute heure l'exemple de la plus grande bravoure.
L'ennemi a prononcé aujourd'hui sans succès à une attaque locale contre nos avants-postes dans la région de Saint-Avold. Il s'est renforcé sur la rive droite de l'Aisne et ressert le contact de nos positions à l'ouest de la Sarre.
Au cours de la nuit du 2 au 3 juin, notre aviation de bombardement a attaqué de nombreux terrains ennemis ainsi que des voies de communication.
Paris et la population parisienne ont été attaqués au début de l'après-midi par une importante expédition de bombardement, fortement protégée par la chasse allemande. Cette expédition s'est heurtée à la défense de notre chasse et de notre D.C.A. qui lui ont infligé de lourdes pertes. La plupart de nos chasseurs étaient dotés des appareils les plus modernes.
D'après les premiers renseignements parvenus, dix-sept avions ennemis abattus ont déjà été dénombrés.
»

L'auditeur français se sent très inquiet après avoir entendu ce communiqué du lundi 3 juin 1940 au soir : beaucoup plus que la situation à Dunkerque, c'est bien entendu le bombardement massif de Paris et de sa proche banlieue qui a retenu toute son attention. Cette première vague de bombardement de la région parisienne depuis la déclaration de guerre du dimanche 3septembre 1939 lui semble être de très mauvaise augure...

Permettez-moi de faire ici état d'un témoignage personnel : ma maman m'a souvent évoqué dans ma jeunesse l'effroi que lui a causé ce premier bombardement aérien de l'aviation allemande. Elle était à Antony (8 kilomètres au Sud de Paris) et pour elle, en lisant les journaux (essentiellement "Le Petit Parisien") la guerre était très lointaine : du côté de Dunkerque et dans l'Est de la France, et voici qu'en début d'après-midi elle a entendu, pour la première fois le sifflement des bombes allemandes suivi par le bruit terrifiant des explosions !... Les deux communes toutes proches de Bagneux et de Châtillon-sous-Bagneux ayant été visées par la Luftwaffe. A partir de cet instant, elle a été persuadée que la guerre était perdue et que les Allemands étaient les plus forts vu qu'ils arrivaient à bombarder Paris alors que nous étions incapables de bombarder Berlin !... Elle ignorait bien sûr que durant la nuit du 8 au 9 juin l'avion français "Jules-Verne", un Farman 223/4 de l'aéronavale de Bordeaux-Mérignac, rendrait la politesse aux Allemands et larguerait deux tonnes de bombes sur Berlin !...

A propos de ce premier bombardement de Paris et de sa proche banlieue, l'opération "Paula", je vais abandonner quelques instants l'ouvrage de Jacques Benoist-Méchin "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident" pour vous citer un passage du livre "Chronique de la Seconde Guerre mondiale" (éditions "Chronique"), paru en 1990, page 91 :

« En plein jour, un raid de la Luftwaffe fait 167 morts à Paris.

Paris, 3 juin.

L'opération Paula est terminée. Pour la première fois depuis le début de la guerre, 300 appareils allemands ont bombardé Paris. Ils ont atteint la ville à l'heure du déjeuner. Dans le XVe arrondissement, les bureaux des usines Citroën sont en flammes. A Passy et à Auteuil, des immeubles se sont écroulés. Une torpille a failli tuer Laurent Eynac, le ministre de l'Air, et l'ambassadeur des États-Unis , Bulitt. Le Bourget a également souffert. Les banlieues sont durement touchées : il y a des victimes à Malakoff, à Châtillon-sous-Bagneux et à Issy-les-Moulineaux. Les impacts des bombes sont disséminés : les avions allemands sont restés en altitude pour échapper à la DCA. La ville est encore sous le choc, mais il n'y a pas eu de mouvement d'affolement pendant le raid. Pourtant, la nuit précédente, un lâcher de tracts allemands annonçant le bombardement avait provoqué des scènes de panique. A présent, dans les rues jonchées de verre brisé, les Parisiens font l'inventaire des dégâts. On déplore 167 morts [note de roger15 : il semble que le chiffre exact soit de 254 morts et 652 blessés]. La ville est silencieuse, et seuls les cafés ont ouvert à peu près normalement. Mais l'heure n'est pas à l'abattement. Les Parisiens n'ont qu'un mot à la bouche : vengeance. On veut savoir quand Berlin sera bombardé à son tour. A la surprise et à l'incrédulité ont succédé l'indignation et la haine. Le "Boche" est redevenu l'ennemi héréditaire.
»

Les Parisiens et les Banlieusards s'attendent alors incessamment à d'autres bombardements allemands. En fait, la région parisienne ne sera plus bombardée, mais cette fois-ci par la Royal Air Force, jusqu'au mardi 3 mars 1942 où, vers 21 heures, ce seront les usines Renault à Boulogne-Billancourt qui seront visées par 220 appareils qui largueront 475 tonnes de bombes (486 morts et plus de 1 500 blessés). L'US Air Force bombardera ensuite les usines Renault à Boulogne-Billancourt le dimanche 4 avril 1943 avec 88 appareils qui largueront 250 tonnes de bombes (403 morts et 519 blessés). Il y eut encore deux autres bombardements des usines Renault à Boulogne-Billancourt par l'aviation américaine : les vendredi 3 puis mercredi 15 septembre 1943.

Après cette longue digression sur les bombardements aériens de la région parisienne, je vais reprendre l'évocation de la journée du lundi 3 juin 1940 d'après l'ouvrage de Jacques Benoist-Méchin.

C'est dans la nuit du 2 au 3 juin que les opérations d'évacuation française de Dunkerque prennent le plus d'ampleur. L'amiral Darlan télégraphie à l'amiral Abrial : « Faites tous vos efforts pour terminer l'embarquement cette nuit. Cinq grands torpilleurs ont été coulés sur neuf. » Le total de nos pertes, au point de vue naval, s'élève à à deux contre-torpilleurs, cinq torpilleurs et un ravitailleur, dix-sept avisos, et vingt-neuf vedettes, coulés par le fond, sans compter les innombrables bâtiments avariés.

Mais, alors que la bataille de Dunkerque touche à sa fin, qu'il ne reste plus, dans le périmètre, que des éléments du XVIe Corps, commandés par le général Falgade, et que les premières unités allemandes apparaissent aux lisières de la ville, un nouvel incident franco-britannique survient, qui met le comble à l'exaspération des esprits. Quelques bateaux anglais sont revenus à Dunkerque dans la nuit du 2 au 3 juin, pour chercher des rescapés français. N'ayant pu approcher de la côte, à cause du violent bombardement ennemi, ils sont restés à quelque distance des plages, tandis que nos soldats faisaient des efforts désespérés pour les rejoindre. Las d'attendre, les bateaux anglais sont repartis à vide. On imagine la déception de nos soldats, en voyant disparaître à l'horizon ce dernier espoir de salut...

En arrivant à Londres, les équipages de ces bateaux se plaignent d'avoir attendu pendant des heures, les soldats français qui ne se sont pas présentés au rendez-vous. Cette nouvelle qui se répand comme une traînée de poudre dans la City, y provoque des commentaires indignés contre les Français, qu'on accuse d'avoir exposé - en pure perte - les équipages anglais au bombardement de l'ennemi.

Churchill téléphone à Spears, pour lui faire part de son irritation. Il déclare qu'il n'enverra plus aucun bateau à Dunkerque, ne voulant pas faire courir de risques inutiles aux bâtiments et aux marins de Sa Majesté.

Spears arrive cependant à le calmer. Il lui fait comprendre que la cessation des embarquements soulèvera une vague de réprobation à Paris, et qu'il est inutile d'envenimer encore les choses. Il insiste pour que le sauvetage des derniers éléments français soit poursuivi envers et contre tout. Le Premier Ministre finit par céder à ses objurgations. C'est sans doute grâce au général Spears qu'une dernière fraction de l'arrière-garde de l'armée française encerclée dans Dunkerque (50 000 hommes) pourra être sauvée durant la nuit du 3 au 4 juin 1940.

Sans attendre la conclusion des opérations dans le Nord, la Luftwaffe déclenche une offensive générale sur les aérodromes et les centres industriels français. Bron, Bourges, Nantes, Châteauroux, le Bourget et d'autres localités encore, sont bombardées, tandis que 300 appareils attaquent les usines Renault à Paris. Il s'agit de l'offensive aérienne de grande envergure, annoncée par Hitler à Mussolini, qui prélude au déclenchement de la deuxième phase de la guerre.

Ne voulant pas aggraver la tension franco-britannique, Churchill envoie, en fin d'après-midi, le message suivant à Paul Reynaud : « Nous reviendrons pour vos hommes cette nuit. Je vous demande d'obtenir la certitude que toutes les facilités d'embarquement seront utilisées promptement. La nuit dernière, beaucoup de bateaux ont attendu inutilement, au prix de beaucoup de pertes et de dangers. »
Paul Reynaud lui répond aussitôt ceci : « Je vous remercie d'avoir donné l'ordre d'envoyer des bateaux pour sauver l'arrière-garde, qui a joué, dans l'évacuation, un rôle décisif. Je donne des instructions à Weygand et à Darlan pour que les facilités soient utilisées dans les délais les plus rapides, autant que le combat le permet. »

Durant la nuit du 3 au 4 juin, un suprême effort est fait pour évacuer encore 50 000 hommes. Ce seront les derniers embarquements, car les Allemands ne vont pas tarder à arriver et les éléments de défense ont épuisé toutes leurs munitions. A minuit l'amiral Platon saute in extremis dans le navire New-Haven, pris d'assaut par des soldats français qui s'y précipitent. A deux heures du matin l'amiral Abrial donne l'ordre au jeune enseigne qui pilote sa vedette rapide de mettre le cap sur Douvres. A deux heures du matin dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 juin 1940, le port et les plages de Dunkerque deviennent silencieux. Les embarquements ont pris fin.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  L axe le Sam 06 Juin 2009, 5:48 pm

Joli résumé aplaudissement
Une petite question :Pourquoi selon toi il y aurai eu 254 morts au lieu de 197 ???
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 06 Juin 2009, 6:11 pm

L axe a écrit:Joli résumé aplaudissement
Une petite question :Pourquoi selon toi il y aurait eu 254 morts au lieu de 197 ???
Bonjour L'Axe, Smile

Parce que ce sont les chiffres qu'on obtient en cliquant sur les sites suivants :
*
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2009/01/paris-bombard-2.html
* http://fr.wikipedia.org/wiki/1940_en_France

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  L axe le Sam 06 Juin 2009, 6:12 pm

OK .
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Sam 06 Juin 2009, 10:50 pm

Le mardi 4 juin 1940. Le jour où la ville de Dunkerque est occupée par les soldats Allemands et où Churchill reconnaît devant la Chambre des Communes que l'armée britannique est passée à deux doigts du désastre militaire.


En ce mardi 4 juin 1940, 26ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 549 (4 juin 1940 - matin) : «
Au cours de la nuit les embarquements se sont poursuivis avec activité dans la région de Dunkerque, grâce à la résistance de nos troupes et malgré des difficultés sans cesse accrues par la pression de l'ennemi.
Sur le reste du front, rien à signaler.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, assez apaisant, du mardi 4 juin 1940 au matin, se dit que les troupes françaises font courageusement face à la situation. Il n'y a pas lieu d'être pessimiste.

* communiqué n° 550 (4 juin 1940 - soir) : «
L'embarquement des troupes repliées sur Dunkerque s'est achevé aujourd'hui, conformément aux plans établis.
Jusqu'au dernier moment, dans les faubourgs d'abord, puis dans la ville elle-même, de maison en maison, s'affirma la résistance héroïque de nos arrières-gardes. L'ennemi, constamment renforcé sans cesse resserrait son étau et sans cesse se voyait contre-attaqué. Les derniers embarquements eurent lieu sous le feu des mitrailleuses allemandes.
Cette défense implacable et le succès d'une opération aussi vaste et aussi difficile menée par l'amiral Abrial et du général Falgade, auront une influence certaine sur le développement de la lutte. Nos soldats qui reviennent du Nord et dont l'énergie demeure entière, sont prêts à de nouvelles batailles.
Au cours des opérations d'embarquement s'est manifestée à un degré exceptionnel l'intime collaboration de nos armées de terre, de mer et de l'air auxquelles les forces britanniques ont apporté un concours inlassable. L'amiral Abrial a déclaré que le travail accompli par les Anglais était magnifique.
L'ennemi avait espéré par sa manœuvre d'enveloppement obtenir la capitulation des forces françaises et britanniques entourées par lui. Elles ont échappé à son étreinte grâce à leur indomptable énergie.
Des combats ont eu lieu ce matin sur la basse Somme. Nous avons fait des prisonniers.
Grande activité de notre aviation de reconnaissance sur tout le front.
Dans la nuit du 3 au 4 juin, des opérations de bombardement ont été dirigées sur des terrains d'aviations et les établissements industriels des environs immédiats de Munich et de Francfort.
Tous nos appareils sont rentrés.
Parallèlement à cette action, l'aviation britannique a attaqué, par d'importantes formations, les régions de la Ruhr où des objectifs industriels, des gares et des raffineries ont été atteints.
Les pertes éprouvées par l'aviation ennemie au cours de l'expédition d'hier sur la région parisienne s'élèvent au minimum à vingt-cinq appareils. En outre, plusieurs bombardiers sérieusement atteints ont été vus en difficulté au retour vers leurs lignes.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mardi 4 juin 1940 au soir, se dit que l'évacuation complète du camp retranché de Dunkerque par les armées franco-britannique a été un succès.

Bien évidemment, la réalité est toute autre.

A cinq heures du matin en ce mardi 26 juin 1940 la XIIe Division d'Infanterie française arrive à Dunkerque. Sa progression est très lente à cause des encombrements et des ruines. Elle constate qu'il n'y a pas de bateaux en vue. Vers 7h15, le général Beaufrère, qui la commande, estimant qu'il est l'officier présent ayant le grade le plus élevé, décide de prendre contact avec le Commandement allemand pour négocier les modalités pratiques de la reddition de toutes les troupes françaises encore dans le camp retranché de Dunkerque.

Le Haut Commandement allemand publie aujourd'hui un très long communiqué de victoire qui récapitule les principaux événements qui se sont déroulés depuis le début de l'offensive, le 10 mai 1940. Ce communiqué de victoire commence comme ceci : « La grande bataille des Flandres et de l'Artois est terminée. Elle entrera dans l'histoire militaire comme la plus grande bataille d'anéantissement de tous les temps. » Il se termine comme cela : «
La Hollande et la Belgique ont capitulé. Les armées de choc françaises et anglaises sont détruites. Nous avons remporté une des plus grandes victoires de l'histoire.
L'Allemagne commande toute la côte sud et est de la mer du Nord et de la Manche.
Puisque nos adversaires persistent à refuser la paix, le combat se poursuivra jusqu'à leur destruction totale.
»

Les Anglais ont réussi à rapatrier 215 000 hommes sur 250 000 environ. Les Français sont parvenus à sauver in extremis
125 000 hommes sur 380 000.

Désormais la France ne peut compter que sur ses seules forces, décimées et réduites. De quels moyens dispose encore le général Weygand pour faire face à l'offensive qui se prépare sur toute la longueur du front allant de la Somme aux Alpes ?
Dans l'Est, de Longuyon à la Suisse, pour étayer la région fortifiée et pour faire face à une invasion éventuelle à travers la Confédération helvétique, il reste 17 divisions, soit de troupes de forteresse, soit de vieilles classes. On ne peut plus faire revenir un homme de Lorraine, ni d'Alsace, ni des Alpes.
Entre Longuyon et la mer, pour arrêter plus de 100 divisions ennemies, grisées par la victoire, le général Weygand dispose, en tout, y compris les troupes nouvellement formées, récupérées, ou appelées d'Afrique, des effectifs suivants :
43 divisions d'infanterie
3 divisions cuirassées
3 divisions de cavalerie.
Mais peut-on, à proprement parler, employer encore, pour les désigner, le mot "division" ? Sur les 43 divisions d'infanterie, une dizaine, dites "divisions légères", n'ont que deux régiments au lieu de trois, et d'autres sont en voie de formation.

Au cours de l'après-midi, Winston Churchill prononce un grand discours devant la Chambre des Communes : «
Il y a une semaine, je craignais que ne m'échût le lourd devoir d'annoncer le plus grand désastre militaire de notre longue histoire. J'estimais, et les juges compétents étaient d'accords avec moi, que vingt ou trente mille hommes seraient rembarqués, peut être. Ne paraissait-il pas certain que la première Armée française toute entière et tout le Corps expéditionnaire britannique, qui se trouvait au nord de la trouée Amiens-Abbeville, seraient dépecés en rase campagne ou contraints de capituler ?... Ainsi, le cœur, le cerveau et la colonne vertébrale de l'armée britannique semblaient sur le point de périr au combat, ou d'être réduits à l'ignominie d'une captivité famélique.
(...)
335 000 hommes, français et anglais, ont été arrachés à la mort et à la honte, et débarqués dans un pays où les attendent d'autres tâches urgentes. Cette délivrance, il faut bien nous garder de lui décerner les attributs d'une victoire. On ne gagne pas une guerre par des évacuations.
(...)
Mais, quoi qu'il arrive, nous marcherons jusqu'à la fin. Nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et sur les océans, nous nous battrons dans les airs avec une force et une confiance croissante, nous défendrons notre île quel qu'en soit le prix, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les aérodromes, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les collines,
nous ne nous rendrons jamais !
Et même si -ce que je ne crois pas un instant possible - notre île ou une grande partie de notre île devait être submergée et affamée, alors, notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuerait le combat, jusqu'à ce qu'un jour, à l'heure que Dieu choisira, le Nouveau Monde, de toute sa force et sa puissance, s'avance pour secourir et libérer l'Ancien.
(...)
L'empire britannique et la République française, unis dans la même cause et dans le même besoin, défendront leur sol natal jusqu'à la mort, s'aidant fraternellement jusqu'à l'extrême limite de leurs forces.
»

Ainsi prend fin le premier tome de l'ouvrage de Jacques Benoist-Méchin "Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident" intitulé "Première phase - La bataille du Nord - 10 mai / 4 juin 1940".

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Dim 07 Juin 2009, 12:03 pm

Le mercredi 5 juin 1940. Le jour où commence la deuxième phase de l'offensive allemande, la "Bataille de France".

En ce mercredi 5 juin 1940, 27ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 551 (5 juin 1940 - matin) : « Tous les renseignements reçus depuis les premières heures du jour annoncent qu'une nouvelle bataille est commencée. L'effort violent de l'ennemi s'est porté jusqu'ici entre la mer et la route de Laon à Soissons. »

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, assez court, du mercredi 5 juin 1940 au matin, se dit que les combats vont très rapidement gagner des régions beaucoup plus au Sud de la France que jusqu'à présent. Il pressent que c'est hélas le début de la fin pour l'héroïque résistance de l'armée française...

* communiqué n° 552 (5 juin 1940 - soir) : «
La bataille engagée ce matin s'est intensifiée dans les régions d'Amiens, de Péronne et de l'Ailette. L'adversaire a mis en œuvre des moyens importants, surtout en chars et en aviation.
Dans l'ensemble, ses attaques ont été contenues. Nos troupes, même lorsqu'elles sont dépassées par les chars, résistent énergiquement dans les points d'appui qu'elles occupent et maintiennent leurs positions.
Grande activité de notre aviation, dans les vingt-quatre dernières heures.
Nos appareils de bombardement ont attaqué de nuit d'importantes usines à Munich, à Ludwigshafen, ainsi que la gare de Mannheim.
Des incendies importants ont été constatés. Au cours de ces expéditions, plusieurs autres gares et des terrains d'aviation ont également été atteints.
Exploitant les renseignements fournis par nos reconnaissances, nos bombardiers et nos chasseurs ont fourni aujourd'hui, dès le début de l'attaque, un puissant appui aux troupes de terre.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du mercredi 5 juin 1940 au soir, se dit que les combats doivent être très violents sur le front et que les jours à venir seront sans doute, hélas, porteurs de très mauvaises nouvelles...

Voici les points importants de cette journée du mercredi 5 juin 1940, la première de "la bataille de France" :

C'est à quatre heures du matin que l'offensive allemande a débuté par de violents bombardements d'artillerie et d'aviation sur tout le front compris entre la mer et le confluent de l'Ailette et de l'Aisne. Sur terre, l'attaque allemande commence par un premier coup de bélier, asséné dans le secteur au sud de Péronne. Il est exécuté par des éléments de la VIè armée allemande (Reichenau).

A 9h35 le GQG français est averti que les Anglais commencent à retirer du Havre certains éléments du dispositif de protection anti-aérienne. Weygand appelle alors Paul Reynaud au téléphone et lui demande d'intervenir afin d'obtenir l'arrêt de ces mesures.

L'attaque allemande, déclenchée de bonne heure au sud de Péronne, d'Amiens et d'Abbeville, s'étend l'après-midi jusqu'à la mer.

Face aux 1 700 chars d'assaut que les Allemands ont alignés sur le front de la Somme, l'armée française ne peut opposer que 67 chars !...

Dès le matin les postes de radiodiffusion allemands diffusent une proclamation d'Adolf Hitler qui se termine par ses mots :
« J'ordonne que l'on sonne les cloches pendant trois jours dans toute l'Allemagne. Que leur carillon se mêle aux prières avec lesquelles le peuple allemand accompagne ses fils, car dès ce matin, les divisions allemandes et nos escadres d'avions ont commencé la deuxième phase de la lutte qu'ils livrent pour la liberté et l'avenir de notre peuple. »

Paul Reynaud, Président du Conseil français, va profiter du début de la deuxième phase de l'offensive allemande pour réaliser son rêve : se débarrasser enfin d'Édouard Daladier !... Son prédécesseur à Matignon occupait jusque là le poste de Ministre des Affaires Étrangères.

A 10h30 un "Comité de guerre" se réunit chez le Président du Conseil. Le général Weygand commence par annoncer d'une voix grave que l'attaque allemande, inaugurant la deuxième phase de la bataille, s'est déclenchée à l'aube, mais qu'il est encore trop tôt pour en connaître les résultats. Il lit ensuite aux participants de ce Comité les notes qu'il a adressées récemment à tous les Commandants de Région et aux chefs d'unité. Il leur communique également les instructions impératives que le général Georges a envoyées aux commandants de Groupes d'Armées, définissant les missions qui incombent aux unités placées sous leur commandement.

Puis le général Weygand se tait, et un silence pesant succède à ses paroles.

Paul Reynaud prend alors la parole et indique au Maréchal Pétain qu'il a décidé de remanier son Cabinet et qu'il lui offre de prendre le ministère des Affaires Étrangères. Le Maréchal refuse, objectant qu'il n'est pas préparé à cette tâche et il demande son sentiment au général Weygand. Celui-ci approuve ce refus en disant que l'armée ne comprendrait pas que le Maréchal cessât de s'en occuper directement pour prendre un poste qui, dans une certaine mesure, l'écarterait de la conduite des opérations militaires. Maxime Weygand ajoute : « Le grand prestige du Maréchal doit rester une des bases essentielles du moral de notre armée ». Paul Reynaud s'incline et renonce à cette idée...

Dans la soirée Paul Reynaud décide de réunir un Conseil de Cabinet (donc l'équivalent d'un Conseil des Ministres, mais en l'absence du Président de la République) au cours duquel il demanda à tous ses ministres et sous-secrétaires d'État de remettre leurs portefeuilles à sa disposition, afin de lui permettre un nouveau remaniement de son Cabinet. Celui-ci est communiqué à la presse à 2h30 du matin dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 juin 1940.

Le premier point principal de ce remaniement est le fait que le Président du Conseil concentre dans ses mains, en plus de la Défense nationale, les Affaires Étrangères. Le deuxième point est l'arrivée dans le Cabinet Reynaud, au poste de sous-secrétaire d'État à la Défense nationale du général de brigade Charles de Gaulle.

Les lecteurs du quotidien "Le Matin" du vendredi 7 juin 1940 (voir :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5867184.zoom.f1.langFR) pourront, pour la première fois, voir le visage de ce fameux général de Gaulle en première page. Et toujours, en première page, ils pourront lire le commentaire suivant sur ce nouveau venu dans la vie politique française : « Il est tout particulièrement à noter que M. Paul Reynaud s'est adjoint, comme sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale, le général de brigade de Gaulle, qui était encore simple colonel il y a quelques jours. Ce jeune et brillant officier avait publié depuis longtemps, des ouvrages techniques qui font de lui, bien avant les Allemands, le véritable inventeur de la technique des Panzerdivisionen. Certains le traitaient alors d'illuminé. Il va pouvoir, dans ce poste de choix, donner sa mesure. »

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Message  roger15 le Lun 08 Juin 2009, 5:43 pm

Le jeudi 6 juin 1940. Le jour où le Maréchal Pétain commence à se dévoiler.

En ce jeudi 6 juin 1940, 28ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 553 (6 juin 1940 - matin) : «
La bataille a repris ce matin au point du jour. La pression ennemie s'est affirmée, surtout au sud de la basse Somme où s'est produit un léger recul de nos éléments avancés.
Nous avons, dans l'ensemble, maintenu nos positions sur le reste du front attaqué.
».

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du jeudi 6 juin 1940 au matin, se dit que ce "léger recul de nos éléments avancés" sur la basse Somme indique bien un succès des troupes allemandes...

* communiqué n° 554 (6 juin 1940 - soir) : «
La bataille a continué à faire rage durant toute la journée sur tout le front compris entre la mer et la région du Chemin-des-Dames.
L'ennemi a jeté dans la mêlée de nouvelles masses de chars, par groupes de deux cents et trois cents, sur de nombreux points du champ de bataille. On peut évaluer à plus de deux mille les chars ainsi engagés.
Nos divisions se sont battues magnifiquement. Accrochés aux points d'appui, bataillons, compagnies, sections, batteries ont tenu tête à la ruée des chars, les accablants de leurs feux. Notre aviation, donnant à fond et attaquant à la bombe et au canon les engins blindés, a soutenu sans répit nos fantassins et nos artilleurs, réclamant l'honneur de retourner à la bataille.
Le nombre de chars détruits est considérable. Il dépasse plusieurs centaines.
Devant cette ruée sans précédent de masses ennemies, certaines de nos unités ont été submergées et débordées, en particulier dans la région de la Somme inférieure où des éléments ennemis ont réussi à s'infiltrer jusqu'à la Bresle. Dans la région de l'Ailette également. Des détachements ennemis ont pu pousser jusqu'aux hauteurs bordant la rive nord de l'Aisne.
En fin de journée la bataille continuait toujours aussi violente. Le moral de nos troupes est splendide.
Notre aviation, d'autre part, a poursuivi la destruction du réseau ferré rhénan et des usines de la région du Rhin.
Au cours de la journée du 5 juin, trente-six avions ennemis ont été abattus avec certitude par notre chasse et par notre D.C.A. Sept autres appareils ennemis ont été atteints et probablement détruits.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du jeudi 6 juin 1940 au soir, est très inquiet pour les pauvres soldats français qui se trouvent face à cette ruée de blindés allemands si nombreux.

Voici maintenant les points importants de cette journée du jeudi 6 juin 1940, la deuxième de "la bataille de France" :

A la pointe du jour, l'attaque allemande reprend, par assauts répétés d'avions et de chars. Le ravitaillement en munitions des troupes françaises devient de plus en plus difficile.

A droite, dans le secteur de la VIe Armée française (Touchon) le combat est très dur. Sur l'Ailette, à Coucy et à Anizy-le-Château, les 7e et 28e Divisions opposent une résistance farouche, mais subissent de grosses pertes. Peu à peu, la défense fléchit. L'ennemi pousse dans la direction de Soissons et de Vailly. Les attaques sont effectuées par de l'infanterie, appuyée par une forte aviation. Dans l'après-midi, la situation ayant empiré, le général Touchon décide de reporter son dispositif sur l'Aisne, au cours de la nuit.

A l'extrême gauche, à la Xe Armée française (Altmayer), on signale de très bonne heure un certain fléchissement. Malgré les ordres formels du Haut Commandement, qui a prescrit « de s'accrocher au sol sans esprit de recul », la 51e Division britannique, commandée par le général Fortune, recule vers la Bresle sous la pression de l'ennemi. La 31e Division française, qui tient à sa droite les débouchés d'Abbeville, est entraînée dans le mouvement. Ordre est donné au général Altmayer de rétablir à tout prix la situation sur la Bresle. Le Groupement Pétiet est mis à sa disposition. Celui-ci intervient vigoureusement dans la région de Poix, mais ne parvient pas à libérer les points d'appui encerclés. Dans la soirée, le général Altmayer veut engager dans cette même région les restes de la Ve Division de cavalerie, mais il n'arrive pas à la faire venir à temps. Il en est donc réduit à déployer les réserves en deuxième position, pour essayer de colmater les brèches le long de la Bresle et de la ligne Hornoy-Poix-Conty.

C'est au centre, dans le secteur de la VIIe Armée française (Frère) que la situation est la plus difficile, par suite du fléchissement de la VIe armée sur l'Ailette. Au Sud d'Amiens, l'ennemi ne renouvelle pas ses tentatives de percées. Il se contente d'améliorer sa situation du 5. Mais devant Péronne, où opèrent les 3e et 4e Panzerdivisionen, l'ennemi, signalé la veille devant Roye, a élargi la poche en direction de Ham et de Harbonnières. Une grosse concentration de chars est signalée à l'intérieur de la poche. Un aviateur rapporte « qu'il n'a encore jamais vu un pareil fourmillement d'engins blindés ». Trois tentatives de nos bombardiers pour jeter le trouble parmi ces formations ne sont pas couronnées de succès. La Ière D.C.R., réduite à un bataillon de chars B et à un bataillon de chars R.35, essaye d'intervenir. N'ayant aucune protection aérienne elle est découverte par l'aviation ennemie qui l'écrase de bombardements en piqué. A 11 heures du matin, la Division cuirassée se replie, ayant perdu la moitié de ses effectifs. L'ennemi élargit considérablement la poche vers l'Ouest. Le général Frère, estimant que le repli de l'armée sur la deuxième ligne s'impose, donne les ordres préparatoires d'exécution à ses commandants de corps d'armée.

En fin de journée, à la VIIe Armée, le dispositif de défense de la première position est fortement ébranlé en plusieurs secteurs du front. Le général Weygand, jugeant que la situation d'ensemble de cette VIIe Armée justifie une manœuvre de rétablissement sur la deuxième position, décide, après en avoir conféré avec le général Georges et le général Besson, de laisser entière initiative au général Frère pour son exécution.

A 18 heures, le généralissime Maxime Weygand envoie ses félicitations aux VIe, VIIe et Xe Armées pour la belle tenue des troupes et leur demande de résister avec la même opiniâtreté sur la deuxième position. Il ajoute : « La bataille ne fait que commencer, il ne faut pas perdre une minute pour organiser, perfectionner, animer. »

Cependant, au soir du 6 juin, tout le front du IIIe Groupe d'Armées est en recul. La Xe Armée se replie sur la Bresle, la VIIe vers Davesnecourt et Ribécourt, la VIe vers l'Aisne entre Attichy et Vailly. Sans doute rien n'est encore perdu. Il faudrait pouvoir poursuivre la bataille en profondeur, mais il n'y a pas de réserves. La deuxième position n'est pas fortifiée. Derrière elle, il n'y a plus rien. Et l'on imagine toujours pas comment on pourra arrêter les divisions blindées allemandes.

Le général Weygand a écrit dans ses mémoires : « Ainsi, à la fin de la seconde journée, l'adversaire nous contraignait à mener une bataille selon une modalité différente de celle qui avait été conçue et ordonnée. Le système de défense initialement prescrit consistait à tenir sur la ligne Somme-Aisne, grâce à la résistance sans limite de points d'appui, ayant mission de continuer à se battre même dépassés ou encerclés. » Mais le Commandant en chef des Armées françaises est obligé de considérer, par la force des choses, que la position de défense sur laquelle nos armées doivent de battre sans esprit de recul est en réalité « une position d'une profondeur correspondant à la puissance des moyens de pénétration de l'adversaire ». Cette position est comprise entre la ligne Somme-Aisne au nord, et au sud, une ligne arrière suivant la Basse-Seine, la position avancée de Paris et la Marne. Cette nouvelle conception de la bataille permet au général Weygand de conserver un certain optimisme, bien qu'il entende beaucoup de gens, autour de lui, juger plus défavorablement notre situation.

A 10h30 un nouveau "Comité de guerre" se réuni chez le Président du Conseil. Le général Weygand stigmatise, d'un ton très sec, l'attitude du général anglais Fortune qui s'est replié sans en avoir reçu l'ordre. Il déclare : « Le recul de la 51e Division britannique a provoqué le fléchissement de tout le dispositif français sur la Basse-Somme. Comment veut-on que je conduise les opérations, avec des éléments aussi peu sûrs ? Qu'en pensez-vous ? » demande-t-il à brûle-pourpoint au général Spears. Celui-ci élude la discussion en alléguant qu'il n'est pas au courant.

Hélas, un nouvel échange assez vif oppose ensuite le général Weygand et le général Spears. Weygand commence même à agacer les membres français du "Comité de guerre" en ressassant sans cesse ses griefs contre les Anglais...

A la fin, Paul Reynaud demande à Weygand quelles possibilités de défense présenterait un "réduit national" organisé en Bretagne ? Le généralissime lui répond : « Je ne pourrais pas en garantir une défense, même brève ». Paul Reynaud déclare alors : « Eh bien, si une paix conforme à l'honneur et à l'intérêt vital de la France nous est refusée, nous continuerons la guerre en Afrique du Nord ». Le général Weygand fait alors observer que cette conception nouvelle des opérations pose un problème qu'il doit signaler au général Noguès, Commandant en chef des forces françaises en Afrique du Nord. Il précise que les troupes dont dispose Noguès sont très faibles : sept divisions seulement, constituées en majeur partie par des troupes indigènes. Il n'y a en Afrique du Nord ni matériel moderne, ni de chars, ni de D.C.A. Paul Reynaud déclare qu'il est d'accord pour envoyer un télégramme au général Noguès. Quant aux problèmes sur le matériel, il déclare qu'il y attache peu d'importance puisque l'Afrique du Nord ne sera pas attaquée par les Allemands, seulement les Italiens.

Le Maréchal Pétain indique alors qu'il n'y aura, si la bataille en cours est perdue, qu'à traiter avec l'ennemi. Paul Reynaud rectifie aussitôt : « Si nous obtenons des conditions possibles. »

Durant l'après-midi, le général Spears retourne au Ministère de la guerre, rue Saint-Dominique. Il y rencontre d'abord en tête à tête Paul Reynaud, puis le Maréchal Pétain. Il espère amener ce dernier à se désolidariser du général Weygand, mais Pétain refuse d'entrer dans son jeu. Tout au plus loue-t-il l'énergie et le courage de Weygand. Soudain, le Maréchal Pétain change de sujet : «
La nomination de de Gaulle ne va pas arranger nos affaires. Le connaissez-vous ?
- Non, mais j'en ai entendu dire le plus grand bien. N'a-t-il pas admirablement commandé sa division cuirassée dans le secteur d'Abbeville ?
- Il croit qu'il sait tout, concernant l'art de la guerre. Sa vanité le porte à penser que la stratégie n'a pas de secrets pour lui. On dirait qu'il l'a inventée. Ses camarades de Saint-Cyr l'appelaient "le Connétable", tant il était hautain et présomptueux. Je le connais à fond. Il a écrit un livre ["La France et son armée"] dont je lui ai fourni les grandes lignes et que j'ai corrigé. Il n'a même pas daigné m'en remercier. Non seulement c'est un vaniteux, mais c'est un ingrat.
»

Mais, le général Spears revient sur ce qui a motivé sa visite auprès du Maréchal Pétain : « Ne trouvez-vous pas regrettable, Monsieur le Maréchal, de voir le général Weygand, chaque matin, au Comité de guerre, mettre les Anglais en accusation et se montrer si injuste à leur égard ? »
Mais c'est là un sujet que le Maréchal se refuse à discuter avec un tiers, et ce n'est pas l'envoyé de Churchill qui l'amènera à sortir de sa réserve. Aussi devient-il aussi imperméable qu'un mur ; il se borne à l'écouter en silence, tout en le reconduisant vers la porte.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Lun 08 Juin 2009, 11:38 pm

Le vendredi 7 juin 1940. Le jour où la bataille de la Basse-Somme est perdue.

En ce vendredi 7 juin 1940, 29ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 555 (7 juin 1940 - matin) : « Après une accalmie relative, au cours, de la nuit, la bataille a repris ce matin dans les mêmes conditions générales que dans la journée d'hier. »

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué, très court, du vendredi 7 juin 1940 au matin, se dit que la journée d'aujourd'hui va être encore très éprouvante pour nos soldats.

* communiqué n° 556 (7 juin 1940 - soir) : «
Entre la mer et le Chemin-des-Dames, la bataille s'est poursuivie toute la journée avec la même violence. Nos troupes résistent avec vaillance à un ennemi qui, sans compter ses pertes, a encore jeté en avant de nouvelles masses. Sur l'ensemble de ce front, nos éléments avancés, après avoir rempli leur mission contre les chars et l'infanterie ennemie, se sont dégagés par ordre.
A l'Ouest, vers la haute Bresle, des éléments blindés allemands se sont infiltrés dans nos lignes, mais sans avoir pu détruire nos points d'appui qui résistent.
Sur l'Aisne, l'adversaire a déclenché de nombreux bombardements. Il a tenté de franchir la rivière à l'est de Soissons. Ceux de ces éléments qui avaient réussi à sur la rive gauche ont été anéantis.
Notre aviation a poursuivi son action incessante de harcèlement des troupes ennemies par bombardement et attaqués au canon. En vingt-quatre heures, plus de 100 tonnes de bombes ont été lancées sur des engins blindés, des convois et des voies de communication. Nos chasseurs poursuivent sans répit leur travail de destruction de l'aviation ennemie tout en assurant la protection des nôtres.
Depuis vingt-quatre heures, vingt et un appareils ennemis ont été détruits.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du vendredi 7 juin 1940 au soir, est très inquiet : l'offensive allemande reste très forte.

Voici maintenant les points importants de cette journée du vendredi 7 juin 1940, la troisième de "la bataille de France" :

A l'aube, la première position de la "ligne Weygand" est percée sur toute sa longueur, et la situation va empirer d'heure en heure au cours de la journée.

A droite du secteur tenu par le IIIe Groupe d'Armées, la VIe Armée (Touchon) s'est repliée derrière l'Aisne, dont elle tient le passage à Attichy. La VIIe Armée (Frère) s'est repliée sur l'Avre à Davenescourt-Moreuil. La 19e Division, qui a subi le choc des Panzerdivisionen au sud de Péronne, a disparu. Tout le long du front, la bataille fait rage.

La situation s'aggrave rapidement dans le secteur de la Xe Armée (Altmayer) qui occupe l'aile gauche du dispositif. La deuxième position de l'armée est enfoncée à Poix, avant qu'aucune contre-attaque ait pu se déclencher. Une brèche large de 25 kilomètres environ s'ouvre dans nos lignes, entre Hornoy et Conty. Une masse imposante de blindés allemands s'y engouffre, en direction de Formerie (où se trouve le Quartier Général de la Xe Armée) et de Forges-les-Eaux : c'est le Corps blindé Hoth, qui comprend les 5e et 7e Panzerdivisionen.

Le Haut Commandement français cherche à endiguer leur avance, en colmatant la brèche. Et alors là, se produit un désastre. La 17e Division d'infanterie arrive en renfort, par camions ; mais, par défaut de transmission d'ordre, les débarquements ont été poussés trop au nord. Brusquement, sur les files de camions qui couvrent la route, à vingt hommes par camion, surgissent les blindés allemands. Désordre. Panique. Les lignes de tirailleurs sont hâtivement formées, les hommes courent de tous côtés, les camions canonnés, culbutés, flambent. Aucun déploiement n'est possible. Infanterie, artillerie, tout est dispersé à travers la campagne, volatilisé. La moitié de l'infanterie, presque toute l'artillerie tombent aux mains des Allemands. Le reste n'est plus qu'une poussière de troupes qui ne savent où se rallier et ne peuvent que se replier en hâte, se jeter dans les bois, vite dépassés par les chars.

A minuit les blindés de la 7e Panzerdivision, qui ont couvert une quarantaine de kilomètres dans la journée se trouvent à 35 kilomètres de Rouen, ayant dépassé Forges-les-Eaux et Neufchâtel-sur-Béthune.

Le général Besson, qui commande le IIIe Groupe d'Armées, qui voit se dessiner l'exploitation par l'ennemi en direction de la Basse-Seine, et qui a engagé toutes ses réserves, considère la situation comme extrêmement sérieuse. Cette brusque poussée des Allemands vers Rouen et les Andelys constitue, en effet, une grave menace pour notre aile gauche. Elle risque de compromettre le rétablissement de nos forces sur cette coupure, au cas où les barrages sommaires établis aux ponts sur le Seine seraient forcés.

En fin de journée, l'aviation signale une colonne importante de chars ennemis sur la route Amiens-Poix, faisant mouvement vers le sud-ouest, et de nombreuses troupes d'infanterie et d'artillerie progressant vers Molliens-Vidame.

Au soir du 7 juin, la Xe Armée (Altmayer) est coupée en deux. Dans la nuit du 7 au 8 juin, le commandement donne l'ordre de se replier sur la Seine et le camp retranché de Paris. La bataille de la Basse-Somme est perdue.

Les forces de la IVe Armée allemande commencent déjà à border la Seine au sud-est de Rouen. Elles sont à moins de 100 kilomètres de Paris, et dans trois jours leurs avant-gardes commenceront à foncer sur Le Mans et Laval...

A 18 heures le général Spears s'envole pour Londres à bord du Flamingo spécial du Premier Ministre britannique, venu le chercher à l'aérodrome de Buc. Avant son départ, Paul Reynaud l'a prié de dire à Churchill qu'il n'y avait plus que Mandel et lui qui soient encore partisans de la guerre à outrance.

Lorsque le général Spears reviendra en France, le gouvernement français aura quitté Paris.

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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

Message  roger15 le Mar 09 Juin 2009, 5:08 pm

Le samedi 8 juin 1940. Le jour où l'État-Major français emploie pour la première fois le mot tant redouté de "retraite".

En ce samedi 8 juin 1940, 30ème jour de l'offensive allemande sur le front Ouest commencée le vendredi 10 mai 1940, voici ce qu'ont pu entendre les auditeurs des postes de TSF français grâce aux deux traditionnels communiqués quotidiens de l'État-Major de l'armée française :

* communiqué n° 557 (8 juin 1940 - matin) : «
Les éléments blindés ennemis signalés hier soir vers la haute vallée de la Bresle ont accentué leur progression.
Les détachements avancés ont atteint en pointe la région de Forges-les Eaux.
La situation demeure la même sur tout le reste du front.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du samedi 8 juin 1940 au matin, se dit, après avoir consulté une carte, que vu que Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure) a déjà été prise par l'armée allemande, Rouen va vraisemblablement très bientôt tomber à son tour...

* communiqué n° 558 (8 juin 1940 - soir) : «
La bataille a continué durant toute la journée sur l'ensemble du front entre la mer et le Chemin-des-Dames.
A l'Ouest de l'Oise, l'ennemi, diminuant sa pression sur la Bresle inférieure, a concentré son effort sur le vaste front compris entre Aumale et Noyon.
Ses divisions d'infanterie, demeurées jusqu'alors en arrière, sont entrées en ligne ; renforcées par une artillerie puissante, elles ont ajouté leurs moyens de feu à ceux des divisions blindées engagées les jours précédents. Plus d'une vingtaine de divisions fraîches sont entrées dans la lutte aux côtés de sept divisions blindées engagées la veille. Nos divisions n'ont pu limiter le progrès de cet effort disproportionné avec leurs propres effectifs qu'en manœuvrant en retraite sur les directions prescrites. Tous les rapports concordent pour dire qu'elles ont fait subir à l'ennemi des pertes considérables.
A l'Est de l'Oise, la pression de l'ennemi s'est également accentuée : là aussi il a jeté dans la bataille de nouvelles divisions et a fait intervenir des engins blindés. Ces nouvelles forces lui ont permis de prendre pied largement au Sud de l'Aisne. Nos unités défendent le terrain pied à pied.
Au cours des derniers combats, le groupe d'artillerie du commandant Pouyat a détruit trente-huit chars allemands ; l'une des batteries de ce groupe, commandée par le capitaine Vandelle, en a détruit à elle seule dix-neuf.
Un autre groupe d'artillerie, commandé par le commandant Janin, attaqué à cent mètres de distance par des chars, en a détruit dix-sept.
Intense activité de notre aviation, qui au cours de la journée, a poursuivi avec la plus grande vigueur le harcèlement de l'ennemi. Des engins blindés ont à nouveau été attaqués au canon ; de nouveaux terrains ont été bombardés, des convois sur route atteints et dispersés. Au début de l'après-midi, plus de cent cinquante appareils, protégés par l'aviation de chasse française et britannique, ont déversé un énorme tonnage de bombes sur les colonnes de rassemblement ennemies.
Une escadrille de l'aéronautique navale a bombardé dans la nuit du 7 juin certaines usines des faubourgs de Berlin. Tous les appareils sont rentrés à leur base.
»

L'auditeur français, après avoir entendu ce communiqué du samedi 8 juin 1940 au soir, est très satisfait des exploits des unités sous les ordres du commandant Pouyat, du capitaine Vandelle et aussi du commandant Janin, mais il sent bien, surtout que ce communiqué du soir emploie pour la première fois le mot tant redouté de "retraite", qu'en réalité tout est déjà perdu...

Voici maintenant les points importants de cette journée du samedi 8 juin 1940, la quatrième de "la bataille de France" :

L'avance du Corps blindé allemand Horth se poursuit à une cadence accélérée. A 11 heures du matin, une puissante colonne de chars arrive à Gournay. Ainsi tout le front de la coupure, de Neufchâtel-sur-Béthune à Gournay, en passant par Forges-les-Eaux, est aux mains de l'ennemi, sur une largeur de 40 kilomètres. De ce fait, la coupure en deux tronçons de la Xe Armée française (Altmayer) devient définitive.

Le Corps blindé du général Horth est ralenti car il se heurte aux cent chars français de la IIe D.C.R., au sud de Poix. Horth demanda l'aide des Stukas pour s'en débarrasser, mais les chars français réussir à se dégager à temps avant leur intervention.

Le Haut Commandement français se voit obligé de prescrire au IIIe Groupe d'Armée un repli général. L'ordre en est donné dans la soirée.

L'État-Major de la Xe Armée est ramené au Sud de la Seine à Vaucresson (Seine-et-Oise), près de Saint-Cloud pour prendre le commandement de nouvelles troupes.

D'ailleurs, le Haut Commandement français ne se fait pas beaucoup d'illusions sur la valeur défensive du nouveau dispositif qu'il prescrit. La ligne de repli n'est pas fortifiée. Elle n'est même pas aménagée pour résister au choc. Il n'y a guère de raison pour que les forces allemandes ne la franchissent pas, comme les précédentes. Les divisions nouvelles qui montent en ligne sont mal armées, mal instruites, hâtivement encadrées. Celles qui se replient du Nord sont décimées et fourbues. Certaines unités n'ont pas été relevées depuis le début de la bataille, et se battent sans discontinuer depuis le 10 mai. Ajoutons enfin que le repli commence à se faire dans un certain désordre. Le commandement n'est plus entièrement maître du mouvement des unités, ne serait-ce qu'en raison de l'insuffisance de ses liaisons. Un flot grandissant de réfugiés encombre les routes, bloque les ponts, paralyse le trafic et rend presque impossible l'approvisionnement des troupes.

C'est alors que Rommel va exécuter une de ses manœuvres les plus audacieuses. A 10h30 ses troupes se mettent en marche pour simuler une attaque de Rouen, mais en réalité il veut saisir les deux ponts sur la Seine à Elbeuf. A midi l'Andelle est franchie, à 14 heures Sigy est prise et à 20 heures une compagnie de Panzers s'empare du carrefour situé à 8 kilomètres de Rouen, à l'Est de la ville. Puis, profitant de l'obscurité, il s'élance vers Elbeuf. Il est surpris que la population française acclame ses blindés au passage des bourgs et des villes : elle croit qu'il s'agit de blindés anglais... A trois heures du matin les troupes de Rommel sont à moins de cent mètres des deux ponts d'Elbeuf sur la Seine. Hélas pour lui, des soldats français aperçoivent les troupes allemandes et font sauter in extremis les deux ponts... La menace de contournement par l'Ouest (par Évreux et Dreux) des troupes françaises qui défendent Paris est donc écartée. Du moins pour l'instant...

Trois squadrons de chasse britanniques, qui venaient se ravitailler en essence sur l'aérodrome de Rouen, décident de plier bagage et de retourner en Angleterre. Ils n'opéreront plus dans ce secteur du front.

Weygand est informé que des mouvements de troupes allemandes sont en cours, à l'arrière des lignes, entre Soissons et les Ardennes, signe que l'offensive allemande va incessamment s'élargir vers l'Est.

Paul Reynaud décide d'envoyer le général de Gaulle à Londres pour que ce dernier tente de faire revenir Churchill sur son intention de réserver en priorité la chasse britannique uniquement à la défense de son île. Avant de partir pour Londres, le général de Gaulle se rend au château de Montry. Il tient en effet à se présenter au Commandant en chef, en sa qualité de nouveau sous-secrétaire d'état à la guerre. Huit jours se sont écoulés depuis sa visite précédente, le 1er juin, huit jours au cours desquels tant d'événements se sont déroulés qu'ils auraient pu combler un intervalle de plusieurs mois.
Weygand lui déclare : «
Vous le voyez, je ne m'étais pas trompé quand je vous ai dit que les Allemands n'allaient pas tarder à attaquer sur la Somme ! Ils ont attaqué en effet. Ils ont passé la rivière. Je ne puis les en empêcher.
- Soit ! Ils ont passé la Somme. Et après ?

- Après ? Ce sera la Seine et la Marne...
- Oui. Et après ?

- Après ? Mais ce sera fini !
- Comment ? Fini ? Et le monde ? Et l'Empire ?
»
Pour toute réponse, le général Weygand éclata d'un rire désespéré.

De Gaulle était reparti le 1er juin de sa première visite à Montry "le cœur lourd" ; cette fois-ci il en repart convaincu que « le général Weygand ne croit plus à la possibilité d'une victoire de nos armes ». Il va essayer de convaincre Paul Reynaud de le remplacer au plus vite par le général Huntziger...

Roger le Cantalien. Rolling Eyes
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Re: Soixante jours qui ébranlèrent l\'Occident.

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