Le rôle des canadiens dans la reconquête des Aléoutiennes.

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Le rôle des canadiens dans la reconquête des Aléoutiennes.

Message  Hellfire62 le Dim 27 Déc 2009, 1:14 pm

Archipel d'environ 1900 à 2000 km de long, situé entre détroit de Behring et l'océan Pacifique, les Aléoutiennes furent l'enjeu d'un combat important entre forces alliées et japonaises entre juin 1942 et août 1943. Cette campagne qui mobilisera d'importants moyens côté américain portera également le nom de "bataille oubliée"car elle restera dans l'ombre de celle de Guadalcanal qui se déroulait simultanément.



Les japonais frappent en Amérique du Nord
Le 5 mai 1942, les services de renseignements américains captent des transmissions radio qui révèlent l’avancée imminente de la flotte japonaise vers Midway et la planification d’une attaque simultanée sur les îles Aléoutiennes, en Alaska. Afin d'attirer la flotte américaine vers le Nord, l'assaut est confié au vice-amiral Hosogaya qui dispose de deux porte-avions légers, de six croiseurs et treize destroyers. le 03 juin 1942, l'aéronavale japonaise attaque par surpise Dutch Harbor sur l’île Unalaska, en utilisant des bombardiers Nakajima B5N depuis ses porte-avions Junyō et Ryūjō. Mais le temps est très mauvais, seulement la moitié des bombardiers trouve leur cible et peu de dégâts sont faits aux infrastructures. Pris par surprise, les Américains lancent leurs avions basés à terre mais ne trouvent pas les navires nippons.
Malgré la défaite japonaise à Midway, le 4 juin, l’attaque contre les Aléoutiennes est maintenue et a lieu les 6 et 7 juin 1942. Le vice-amiral Boshiro HOSOGAYA s’empare des îles Kiska et Attu à l’extrémité Ouest de l’archipel,avec environ 8 500 soldats japonais soutenus par les forces navales. Il s’agit d’une manœuvre de diversion réussie pour inciter les Alliés à retirer des ressources d’endroits plus importants dans le centre du Pacifique. Ce débarquement singulier à petite échelle, dans un endroit plus près de la Sibérie que de l’Alaska continental, alarme les habitants de la côte Nord-Ouest de l’Amérique du Nord, tant au Canada qu’aux États-Unis. Au plus fort de la bataille du Pacifique, les États-Unis craignent une attaque japonaise en force sur la partie la plus au nord de la côte ouest. L’État-major américain demande alors l’aide canadienne, en accord avec le pacte d’assistance mutuelle ratifié par le Canada-US Permanent Joint Board on Defence.


Le rôle du Canada dans la reconquête des aléoutiennes.
Les aviateurs canadiens de l’effectif de guerre territorial ne s’attendaient pas à devoir combattre en dehors des frontières canadiennes. Jusqu’à cette date, seuls quelques bombardiers de l’Aviation Royale Canadienne patrouillaient la région à partir de bases situées en Alaska. A partir de l’affaire des Aléoutiennes, des escadrons de chasse firent route vers le nord-ouest et se joignirent aux Américains au cours d’opérations au-dessus des îles occupées. L’ARC constatant la faiblesse de ses défenses dans la région de Prince Rupert, accepte de stationner le 115th Fighter Squadron du RCAF à la base américaine de l’île Annette, située en Alaska à quelque 100 kilomètres de Prince Rupert. Deux autres escadrons de l’ARC, le 8th Recon and Bombardement Squadron et le 111th Fighter Squadron sont déjà en route pour se joindre aux Américains. Ils transitent par l’île Annette, puis par Juneau et Yukutat pour arriver à Fort Richardson, près d’Anchorage, le 8 juin. Pendant ce temps, le 118th Fighter Squadron quitte Dartmouth en Nouvelle Écosse pour traverser le continent nord-américain et venir prendre position sur l’île d’Annette. Les Canadiens se rendent vite compte des risques que représentent les longues distances entre les bases et l’impossibilité de prévoir les conditions météo dans ces régions de tempêtes et de brouillards. Des accidents dramatiques ont lieu. En juillet 42 notamment, où une formation de cinq Canadiens disparait lorsque ses avions de chasse P40 Kittyhawk heurtent le flanc d’une montagne dissimulée par la brume. En août, des Blenheim IV Bolingbroke du 8th Squadron et les P-40 Kittyhawk du 111th s’installent sur les îles de Nome et de Umnak. Le 25 septembre 1942, Américains et Canadiens passent à l’attaque. Le Wing Commander Kenneth BOOMER dirige les pilotes du 111th squadron RCAF. Ils bombardent les installations japonaises sur Kiska et mitraillent leurs bateaux. Les Japonais n’ont plus que deux chasseurs en état de marche, des Rufe (chasseurs Zero convertis en hydravions) et ils les engagent dans la riposte. Au cours d’un bref combat, Boomer (qui est également un vétéran de la bataille d’Angleterre), abat un des deux Rufe. C’est la seule victoire aérienne attribuable à un membre de l’Effectif de guerre territorial pendant toute la guerre. Lors de cette même mission engageant plusieurs squadrons américains et canadiens, deux sous marins japonais sont endommagés dans le port de Kiska. L’un des submersibles est attaqué par un groupe de chasse dirigé par le Lieutenant-Colonel Jack CHENNAULT, fils du général de Brigade Claire L. CHENNAULT, le fondateur de l’escadron mythique des tigres volants. Au 6 octobre 1942 les alliés sont crédités de 22 avions japonais abattus pour un seul des leurs. Malgré ces raids audacieux, les Japonais tiennent toujours Kiska et Attu. À cause du mauvais temps et du froid qui approche, les opérations terrestres pour les déloger ne reprennent que l’année suivante. Des escadrons canadiens doivent donc demeurer en poste dans les régions éloignées de l’Alaska pendant tout l’hiver pour participer aux patrouilles et aux opérations défensives.


Wing Commander Kenneth BOOMER


La reprise d’Attu et de Kiska
Profitant d’une légère accalmie climatique au printemps, les forces américaines, appuyées par trois navires de guerre se lancent à la reconquête de l’île d’Attu, le 11 mai 1943. La marine canadienne participe à l’appui anti-sous-marin avec deux corvettes, le NCSM Dawson et le NCSM Vancouver. Les 2650 défenseurs japonais ont préféré ne pas défendre directement les plages mais se sont retranchés sur les hauteurs qui les dominent. Les combats sont acharnés et se déroulent par une météo épouvantable. Finalement, les Japonais sont définitivement repoussés d’Attu par la 7ème Division américaine. Il faut vingt jours de combat pour nettoyer l’île et la repise d’Attu coûte 3859 hommes aux Américains. (579 tués au combat, 614 par maladie, 318 tués par causes diverses dont de nombreux par tirs fratricides ou pièges japonais, 1148 blessés et 1200 évacués pour gelures graves). Le Colonel Yasuyo YAMASAKI a pris le commandement sur Attu. Débarqué par sous-marin, en avril 1943, il a reçu la mission de tenir l'île coûte que coûte sans espoir de renfort. Sous ses ordres, les troupes japonaises, pourtant largement inférieures en nombre seront fidèles à leur réputation et combattiront jusqu’à la mort. L'assaut désespéré du 29 mai en est un triste exemple. Les dernières forces japonaises, repliées dans une poche côtière lancent une attaque soudaine dans un lieu qui porte le nom de Massacre Bay. C'est l'une des plus importantes attaques suicides de la campagne du Pacifique. La charge fanatique menée, perçe les lignes américaines assez profondément pour engager le combat contre les troupes de la ligne arrière, sous le choc. Après de furieux combats rapprochés, souvent au corps à corps, les Japonais sont presque tous tués ou préfèrent se suicider, seuls 28 prisonniers sont faits, parmi eux,on ne compte aucun officier. YAMASAKI lui même sera tué le sabre à la main, lors d'une ultime charge sur Engineers Hill. Les équipes américaines chargées d'enterrer les corps comptabilisent 2351 Japonais tués, mais on pense que plusieurs centaines furent ensevelis par les bombardements au cours de la bataille.


Colonel Yasuyo YAMASAKI (1891-1943)


Une force combinée alliée encore plus importante est rassemblée pour reprendre Kiska. Elle compte près de 30 000 soldats américains dont la 7ème Division américaine et 5 300 soldats canadiens appartenant à la 13e Brigade d’infanterie canadienne et à la 1ère Force d’opérations spéciales. Les Canadiens comptent dans leurs rangs de nombreux conscrits, qui sont à l’époque tenus de servir n’importe où en Amérique du Nord en vertu de la Loi sur la mobilisation des ressources nationales de 1940. Lorsque les débarquements commencent le 13 août 1943, après trois semaines de bombardements navals et aériens, les troupes découvrent que les Japonais profitant du couvert du brouilard, se sont retirés. La reconquête de Kiska, pour autant, ne se déroule pas sans pertes pour les alliés. Elle durera deux jours pendant lesquels 20 soldats américains seront tués et cinquante autres blessés par des tirs amis dans la brume ou en sautant sur des mines ou des pièges laissés par les Japonais. Parmi les unités canadiennes de la 13ème brigade ayant pris part à la reconquête de Kiska, il est à noter la présence d’une unité de canadien-français : le régiment de Hull, parti de l’île de Vancouver et qui restera en occupation aux aléoutiennes jusqu’en janvier 1944.



Conclusion
Les forces impériales japonaises occupèrent les Aléoutiennes dans l'intention d'élargir leur périmètre stratégique et de prévenir toute offensive américaine par le nord (sans parler même de l'impact psychologique sur les populations japonaises de l'annonce d'une occupation, il est vrai même partielle, du territoire des Etats-Unis...) les îles Aléoutiennes de Kiska et d'Attu. Mais, le ravitaillement logistique de ces ''postes avancés'' japonais dans l'hémisphère nord-américain était devenu singulièrement difficile.
Opération de faible envergure, l'attaque japonaise des Aléoutiennes obtint un retentissement majeur car ce fut là le seul débarquement nippon jamais effectué dans l'hémisphère Ouest.


Dernière édition par Hellfire62 le Mar 29 Déc 2009, 4:46 pm, édité 2 fois
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Message  LeSieur le Dim 27 Déc 2009, 10:08 pm

j'ai bien aimé ton texte ! bravo... bon choix de sujet
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Message  Hellfire62 le Mar 29 Déc 2009, 7:41 pm

Unités canadiennes présentes sur KISKA, août 1943

9th Light Anti-Aircraft Regiment
19th Field Regiment
20th Field Regiment (une partie reste avec la 7th Canadian Infantry Division)
21st Field Regiment
24th Field Regiment (une partie reste avec la 7th Canadian Infantry Division)
25th Field Regiment

6th Canadian Infantry division



13th Canadian Infantry Brigade

The Canadian Fusiliers (City of London Regiment)
The Winnipeg Grenadiers
The Rocky Mountain Rangers
Le Régiment de Hull
24th Field Regiment, Royal Canadian Artillery
46th Light AA Battery, Royal Canadian Artillery
24th Field Company, Royal Canadian Engineer
1 Company, St. John Fusiliers (Machine gun)

1st Special Service Force (Devil's Brigade)


Détachée pour l'opération à compter du 23 juillet 1943 (première mission opérationelle)
Présence sur Kiska (15 août), île volcanique de Segula (17 août) et petite Kiska (19 août)
Réembarquement le 22 août et arrivée à Fort Ethan ALLEN (Vermont, USA), le 09 septembre 1943.
Aucune perte.
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