Les crimes économiques.
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Les crimes économiques.
Qualification
Difficiles à classer tant le domaine est vaste et le résultat de l'utilisation d'un medium puissant dans les relations humaines: l'argent.
L'argent est tout, il est pavoisage, richesse (mais laquelle?), possession, cupidité, attrait, achats-ventes ... mais de quoi, de qui? De tout, de rien. Le fonctionnement économique de l'Humain est un de ses ciments qui hélas est utilisé n'importe comment par n'importe qui.
Ici, en l'occurence il va s'agir de d'aborder la nature des crimes économiques réalisés lors de la SGM.
Revenons vite sur la notion de la guerre totale
La guerre totale qualifie un conflit armé qui mobilise toutes les ressources disponibles de l'État, sa population autant que l'économie et la politique. Elle ne concerne plus uniquement des objectifs militaires mais, idéologiquement subordonnée à la politique, elle cherche à atteindre des buts de guerre en impliquant l'ensemble de la société ciblée et de ses moyens. Pour mobiliser et détruire la totalité des ressources des belligérants, elle provoque des destructions combinées civiles autant que militaires, impose une gestion étatisée et centralisée, et par le contrôle de l'arrière et des opinions publiques au moyen en particulier de la propagande, s'assure du soutien de tous les secteurs de la population (enfants, femmes, etc.).
Naturelle
Dans le développement de la guerre, depuis des millénaires, l'économie a été une source ou un objectif des conflits. j'observe le fonctionnement de l'Humain et en particulier celui qui a conduit et perpétré la der, les bassesses, le tout est possible.
En lisant, dans ma jeunesse le système de La Gestap' en France, je compris que le système nazi avait décidé de contrôler tous les aspects de la vie sociale en ce y comprises les activités criminelles.
Machiavel l'a sans doute abordé dans son oeuvre mais nous avons sous les yeux l'histoire récente de nos pays occupés. Dans le système nazi, il était indispensable de tout savoir sur tous, et pour ça certaines activités peuvent continuer si on en devient tout simplement le parrain.
Il y eu le simple pillage d'individus perpétré par tous les maillons de la chaine mais il y eu aussi le pillage systématique et organisé tel une fourmilière avance en masse pour tout manger sur son passage ne laissant derrière elle que le néant.
Dans son idée de tout contrôler, la gestapo allemande décida, comme dans d'autres pays, d'engager des supplétifs français La Carlingue motivés uniquement par le lucre et donna simplement une carte de flic à des truands; Bouchesseishe, Laffont, Loutrel (Pierrot-le-Fou n°1) en contact avec Joanovici et, of course infiltrés par l'Orchestre Rouge qui avait une partie de couverture dans le monde économique de l'époque.
Le contrôle.
Plutot que poursuivre et d'anihiler les activités parallèles, comme le marché noir par exemple, il était convenu de le contrôler en y participant, principalement comme acheteur (Bureaux d'Achats Otto).
On revient à la notion de départ de guerre totale, qui sous-entend que tout est permis, naturellement, l'industrie traditionnelle a son importance stratégique, mais le reste de l'économie sous tous ses aspects sont à prendre en compte. Mais ici on dépasse le simple fait de payer les indics, on leurs donne une carte de flic et comme le nouvel état veut tout, prend tout, pille tout (c'est sûrement sous l'influence de Göring), tout doit partir et chacun se sert au passage.
On notera évidemment le pillage des victimes de l'Holocauste, soit douze millions de morts (et les survivants?), les Polonais et l'empire soviétique, les gens d'ici et de là, ... dont les biens ont été confisqués, donnés à des nazis et les miettes ramassés par une multitude.
Tout trafic était maintenu, le marché noir était indispensable à l'économie, si ce marché est persécuté plus qu'il ne faut, il va se mettre au secret, et c'est la raison plour laquelle la gestap' a recruté des truands dans tous les pays occupés afin d'être au courant de tout ce qu'il s'y passait et d'être mêlé à toute affaire de quelque ordre que ce soit.
Ce n'est qu'un tout pitit avis.
Difficiles à classer tant le domaine est vaste et le résultat de l'utilisation d'un medium puissant dans les relations humaines: l'argent.
L'argent est tout, il est pavoisage, richesse (mais laquelle?), possession, cupidité, attrait, achats-ventes ... mais de quoi, de qui? De tout, de rien. Le fonctionnement économique de l'Humain est un de ses ciments qui hélas est utilisé n'importe comment par n'importe qui.
Ici, en l'occurence il va s'agir de d'aborder la nature des crimes économiques réalisés lors de la SGM.
Revenons vite sur la notion de la guerre totale
La guerre totale qualifie un conflit armé qui mobilise toutes les ressources disponibles de l'État, sa population autant que l'économie et la politique. Elle ne concerne plus uniquement des objectifs militaires mais, idéologiquement subordonnée à la politique, elle cherche à atteindre des buts de guerre en impliquant l'ensemble de la société ciblée et de ses moyens. Pour mobiliser et détruire la totalité des ressources des belligérants, elle provoque des destructions combinées civiles autant que militaires, impose une gestion étatisée et centralisée, et par le contrôle de l'arrière et des opinions publiques au moyen en particulier de la propagande, s'assure du soutien de tous les secteurs de la population (enfants, femmes, etc.).
Naturelle
Dans le développement de la guerre, depuis des millénaires, l'économie a été une source ou un objectif des conflits. j'observe le fonctionnement de l'Humain et en particulier celui qui a conduit et perpétré la der, les bassesses, le tout est possible.
En lisant, dans ma jeunesse le système de La Gestap' en France, je compris que le système nazi avait décidé de contrôler tous les aspects de la vie sociale en ce y comprises les activités criminelles.
Machiavel l'a sans doute abordé dans son oeuvre mais nous avons sous les yeux l'histoire récente de nos pays occupés. Dans le système nazi, il était indispensable de tout savoir sur tous, et pour ça certaines activités peuvent continuer si on en devient tout simplement le parrain.
Il y eu le simple pillage d'individus perpétré par tous les maillons de la chaine mais il y eu aussi le pillage systématique et organisé tel une fourmilière avance en masse pour tout manger sur son passage ne laissant derrière elle que le néant.
Dans son idée de tout contrôler, la gestapo allemande décida, comme dans d'autres pays, d'engager des supplétifs français La Carlingue motivés uniquement par le lucre et donna simplement une carte de flic à des truands; Bouchesseishe, Laffont, Loutrel (Pierrot-le-Fou n°1) en contact avec Joanovici et, of course infiltrés par l'Orchestre Rouge qui avait une partie de couverture dans le monde économique de l'époque.
Le contrôle.
Plutot que poursuivre et d'anihiler les activités parallèles, comme le marché noir par exemple, il était convenu de le contrôler en y participant, principalement comme acheteur (Bureaux d'Achats Otto).
On revient à la notion de départ de guerre totale, qui sous-entend que tout est permis, naturellement, l'industrie traditionnelle a son importance stratégique, mais le reste de l'économie sous tous ses aspects sont à prendre en compte. Mais ici on dépasse le simple fait de payer les indics, on leurs donne une carte de flic et comme le nouvel état veut tout, prend tout, pille tout (c'est sûrement sous l'influence de Göring), tout doit partir et chacun se sert au passage.
On notera évidemment le pillage des victimes de l'Holocauste, soit douze millions de morts (et les survivants?), les Polonais et l'empire soviétique, les gens d'ici et de là, ... dont les biens ont été confisqués, donnés à des nazis et les miettes ramassés par une multitude.
Tout trafic était maintenu, le marché noir était indispensable à l'économie, si ce marché est persécuté plus qu'il ne faut, il va se mettre au secret, et c'est la raison plour laquelle la gestap' a recruté des truands dans tous les pays occupés afin d'être au courant de tout ce qu'il s'y passait et d'être mêlé à toute affaire de quelque ordre que ce soit.
Ce n'est qu'un tout pitit avis.
Phil642- Général (Administrateur)
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Date d'inscription : 09/05/2006
Re: Les crimes économiques.
Vaste sujet! Merci Phil
Ce Pierre Loutrel semble être un personnage haut en couleur... Je n'en avais jamais entendu parler, mais je vais m'y intéresser.
Le crime économique semble trouver un terrain favorable aussitôt qu'une cause, naturelle ou non, jette à la rue de nombreuses victimes qui deviennent alors doublement victimes. Le monde actuel le prouve malheureusement encore.
Effectivement, une fois de plus, l'organisation qui caractérise les actions de la Gestapo est frappante.
J'ai l'impression que, finalement, la hiérarchie a bien choisi et maîtrisé ses sbires, en leur permettant quelques largesses sur le terrain pour s'assurer de leur fidélité.
Ce Pierre Loutrel semble être un personnage haut en couleur... Je n'en avais jamais entendu parler, mais je vais m'y intéresser.
Le crime économique semble trouver un terrain favorable aussitôt qu'une cause, naturelle ou non, jette à la rue de nombreuses victimes qui deviennent alors doublement victimes. Le monde actuel le prouve malheureusement encore.
Effectivement, une fois de plus, l'organisation qui caractérise les actions de la Gestapo est frappante.
J'ai l'impression que, finalement, la hiérarchie a bien choisi et maîtrisé ses sbires, en leur permettant quelques largesses sur le terrain pour s'assurer de leur fidélité.
crocodile- Adjudant
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Date d'inscription : 14/02/2010
Re: Les crimes économiques.
Bonjour à tous;
Pour reprendre ce thread lancé par Phil, voici l'état des lieux (très condensé) concernant le crime économique perpétré pendant Aktion Reinhard :
Les hautes instances SS prennent toutes les dispositions nécessaires pour que tous les biens – mais surtout ceux de valeur – appartenant aux Juifs tombent et restent sous leur contrôle pour usage ultérieur. Beaucoup des biens étaient destinés aux SS et à leurs familles, au Département des Volkdeutsche (VoMI), au Ministère de l’Économie, et à la Reichsbank… Dans un ordre du 26 septembre 1942, le Brigadeführer-SS August Frank, un des cadres supérieurs de l’Office SS Économique & Administratif Central (WVHA-SS), expose au QG d’Aktion Reinhard ainsi qu’au commandant d’Auschwitz la ligne à suivre pour le traitement et la distribution des biens juifs saisis lors de leur arrivée dans les camps :
- Tous billets de la Reichsbank (donc argent Allemand) seront déposés sur le compte n° 158/1488 du WVHA-SS, à la Reichsbank.
- Les devises étrangères, les métaux précieux, diamants, pierres précieuses, perles, dents en or, et pièces ou morceaux d’or, seront déposés dans un coffre WVHA-SS à la Reichsbank.
- Montres, stylos, crayons, nécessaires de rasage, ciseaux, lampes de poche, et portes monnaies, seront transférés aux ateliers WVHA-SS pour nettoyage, réparation, puis proposés à la vente aux troupes SS.
- Les vêtements masculins, sous-vêtements, et chaussures, seront vérifiés et triés. Tout article de valeur, ou ce qui ne peut être utilisé par les prisonniers dans les camps de concentration, sera réservé aux troupes, ou transféré au VoMI.
- Les vêtements et sous-vêtements féminins seront vendus au VoMI, excepté dans le cas d’articles en soie pure ; ces derniers seront expédiés directement au Ministère de l’Économie.
- Couettes en plume, couvertures, draps, taies d’oreillers, serviettes et nappes, parapluies, landaus, sacs à main, ceintures en cuir, paniers, pipes, lunettes de soleil, miroirs, attachés-cases, seront vendus au VoMI (paiement différé).
- Toutes les lunettes de vue seront transférées à l’Autorité Médicale – les montures en or seront expédiées au coffre du WVHA-SS, sans les verres.
- Toutes les fourrures – à la mode ou non – seront transférées au WVHA-SS. Les fourrures de qualité inférieure seront transférées aux ateliers de confection SS au camp de Ravensbrück.
- Tous les objets ou articles de qualité moyenne seront transférés du WVHA-SS au Ministère de l’Économie
- En cas de dilemme sur l’utilisation de tel ou tel type d’article, le chef du WVHA-SS devra être consulté.
- Les prix des articles sont établis par le WVHA-SS (ex : un pantalon d’occasion-3 RM ; une couverture en laine-6 RM etc…).
- Bien vérifier les coutures et les doublures des vêtements et bagages pour les valeurs cachées.
August Frank à Nuremberg, lors du procès du WVHA (USHMM)
Bref, rien n’est laissé au hasard. Tout est fait pour que les valeurs, quel qu’elles soient, puissent êtres transférées à l’Office SS Économique & Administratif Central, en évitant le plus possible le vol et les pertes. Afin de pouvoir exploiter ces biens au maximum et accomplir les directives de Frank, un système de travail doit être établi. À l’intérieur des camps AR, les déportés sont mis à contribution pour trier, une section spécifique par section de destination spécifique des biens, et pour les préparer au transport. Ce sont les Juifs eux-mêmes qui sont chargés d’inspecter les vêtements à la recherche de valeurs cachées, d’en retirer les « étoiles jaunes », et les papiers d’identité. Un Juif dérogeant à ces règles, ou gardant un article, s’expose à un gazage lors de la prochaine fournée… Les SS chargés de surveiller ces détails de travailleurs sont également responsables du bon fonctionnement de l’opération et de la prévention des vols de la part non seulement des Juifs, mais surtout des Auxiliaires Ukrainiens (ou Lettons, ou Russes).
Les vastes quantités de vêtements ayant appartenus aux victimes ne sont pas stockés dans les centres d’extermination eux-mêmes mais, une fois triées, sont ensuite entreposés aux dépôts du Bekleidungswerke der Waffen-SS, Aussenstelle Lublin, petit camp situé sur l’aérodrome désaffecté de Lublin, afin d’y êtres traitées avant d’êtres distribuées, ou rapatriées vers le Reich. Bien entendu, le Bekleidungswerke der Waffen-SS est sous le contrôle exclusif des deux éléments moteurs de l’opération : Odilo Globocnik et Christian Wirth ; comme tout ce qui à trait à Aktion Reinhard, personne ne peut y pénétrer sans y avoir été invité.
Personnel Allemand devant le mur arrière du Bekleidungswerke der Waffen-SS, Aussenstelle Lublin (USHMM)
La maison de Christian Wirth, sur le terrain de l'aérodrome désaffecté
Pourtant, malgré la surveillance exercée dans les centres d’extermination, les SS et les Ukrainiens se servent comme ils veulent : argent liquide, or, objets personnels… Tout y passe. Lorsque les SS partent en permission, ils ne négligent aucune précaution, expédiant par train, avec la complicité de cheminots Allemands, des valises pleines de biens volés à quelques gares du camp où ils servent, puis les ramassant après leur sortie, avant d’embarquer pour l’Allemagne… Les Auxiliaires Ukrainiens, quant à eux, dilapident l’argent volé en boisson et comportements pour le moins débridés : « Ils étaient complètement corrompus par les richesses acquises sans effort, et n’avaient que mépris pour leur valeur. […] Ils payaient à boire sans même compter les billets. […] Les filles des fermiers des alentours devenaient les petites amies des assassins simplement pour profiter de leur « générosité .[…] En pleine guerre, on voyait des villageoises paradant en manteaux de fourrure et vêtements coûteux dont la provenance n’était un secret pour personne… » (témoignage de Jerzy Krolikowsky – ingénieur Polonais travaillant près de Treblinka).
Le 6 février 1943, le Gruppenführer-SS Oswald Pohl, Chef du WVHA-SS, rédige un rapport concernant « l’utilisation du matériel textile provenant de l’évacuation des juifs ». Ce rapport inclut les textiles provenant d’Auschwitz et des camps AR, mais décrit plus spécialement des produits « récupérés » pendant l’année 1942, et donc issus pratiquement que des camps AR puisqu’à cette époque la majorité des Juifs déportés étaient dirigés sur Belzec, Sobibor, et Treblinka, plutôt qu’Auschwitz. Le rapport fait état de :
- 262.000 complets masculins et féminins
- 2,7 millions de kilos de « chiffons »
- 270.000 kilos de plumes d’édredons
- 3 tonnes de cheveux de femmes
Le tout transporté par 570 wagons ferroviaires. Le VoMI reçoit 211 wagons de vêtements d’hommes, de femmes, et d’enfants. Le Reichsjugendführung (Commandement de la Jeunesse du Reich), l’IG FARBEN, l’Organisation Todt, les camps de concentration, et l’Inspecteur Général des Chefs Transporteurs, reçoivent chacun 44 wagons supplémentaires de vêtements, pour un total de 825 wagons de textiles.
Oswald Pohl, à Nuremberg, écoutant sa condamnation (USHMM)
Le détail des ramifications de l’administration SS concernant le traitement, la diffusion, la répartition des responsabilités, le système bancaire, et la comptabilité, des richesses volées aux Juifs durant Aktion Reinhard, est trop dense pour être abordé ici, mais le petit sommaire qui suit nous offre un aperçu de la dimension du pillage réalisé entre juillet 1942 et octobre 1943 :
- Devises en RM et en Zlotys : 73.852.080,74 RM
- Métaux précieux : 8.973.651,60 RM
- Devises étrangères (billets) : 4.521.224,13 RM
- Devises étrangères (or) : 1.736.554,12 RM
- Pierres précieuses et autres : 43.662.450,00 RM
- Textiles : 46.000.000,00 RM
Total en Reichsmarks : 178.745.960,59 RM (2,5 RM équivalent $ 1 de l’époque)
Sources:
- Arad, Yitzhak. Belzec, Sobibor, Treblinka ; The Operation Reinhard Death Camps – Indiana University Press, 1987.
- Gilbert, Martin. The Holocaust – Collins, London 1986
- Krausnick, Helmut & Broszat, Martin. Anatomy of the SS State – Granada Publishing Ltd, London, 1970
- Padfield, Peter. Himmler ; Reichsführer SS – Papermac, 1995
- Poprzeczny, Joseph. Odilo Globocnik ; Hitler’s man in the East – Mc Farland & Co., 2004
Merci de votre attention
Eddy
Pour reprendre ce thread lancé par Phil, voici l'état des lieux (très condensé) concernant le crime économique perpétré pendant Aktion Reinhard :
Les hautes instances SS prennent toutes les dispositions nécessaires pour que tous les biens – mais surtout ceux de valeur – appartenant aux Juifs tombent et restent sous leur contrôle pour usage ultérieur. Beaucoup des biens étaient destinés aux SS et à leurs familles, au Département des Volkdeutsche (VoMI), au Ministère de l’Économie, et à la Reichsbank… Dans un ordre du 26 septembre 1942, le Brigadeführer-SS August Frank, un des cadres supérieurs de l’Office SS Économique & Administratif Central (WVHA-SS), expose au QG d’Aktion Reinhard ainsi qu’au commandant d’Auschwitz la ligne à suivre pour le traitement et la distribution des biens juifs saisis lors de leur arrivée dans les camps :
- Tous billets de la Reichsbank (donc argent Allemand) seront déposés sur le compte n° 158/1488 du WVHA-SS, à la Reichsbank.
- Les devises étrangères, les métaux précieux, diamants, pierres précieuses, perles, dents en or, et pièces ou morceaux d’or, seront déposés dans un coffre WVHA-SS à la Reichsbank.
- Montres, stylos, crayons, nécessaires de rasage, ciseaux, lampes de poche, et portes monnaies, seront transférés aux ateliers WVHA-SS pour nettoyage, réparation, puis proposés à la vente aux troupes SS.
- Les vêtements masculins, sous-vêtements, et chaussures, seront vérifiés et triés. Tout article de valeur, ou ce qui ne peut être utilisé par les prisonniers dans les camps de concentration, sera réservé aux troupes, ou transféré au VoMI.
- Les vêtements et sous-vêtements féminins seront vendus au VoMI, excepté dans le cas d’articles en soie pure ; ces derniers seront expédiés directement au Ministère de l’Économie.
- Couettes en plume, couvertures, draps, taies d’oreillers, serviettes et nappes, parapluies, landaus, sacs à main, ceintures en cuir, paniers, pipes, lunettes de soleil, miroirs, attachés-cases, seront vendus au VoMI (paiement différé).
- Toutes les lunettes de vue seront transférées à l’Autorité Médicale – les montures en or seront expédiées au coffre du WVHA-SS, sans les verres.
- Toutes les fourrures – à la mode ou non – seront transférées au WVHA-SS. Les fourrures de qualité inférieure seront transférées aux ateliers de confection SS au camp de Ravensbrück.
- Tous les objets ou articles de qualité moyenne seront transférés du WVHA-SS au Ministère de l’Économie
- En cas de dilemme sur l’utilisation de tel ou tel type d’article, le chef du WVHA-SS devra être consulté.
- Les prix des articles sont établis par le WVHA-SS (ex : un pantalon d’occasion-3 RM ; une couverture en laine-6 RM etc…).
- Bien vérifier les coutures et les doublures des vêtements et bagages pour les valeurs cachées.
August Frank à Nuremberg, lors du procès du WVHA (USHMM)
Bref, rien n’est laissé au hasard. Tout est fait pour que les valeurs, quel qu’elles soient, puissent êtres transférées à l’Office SS Économique & Administratif Central, en évitant le plus possible le vol et les pertes. Afin de pouvoir exploiter ces biens au maximum et accomplir les directives de Frank, un système de travail doit être établi. À l’intérieur des camps AR, les déportés sont mis à contribution pour trier, une section spécifique par section de destination spécifique des biens, et pour les préparer au transport. Ce sont les Juifs eux-mêmes qui sont chargés d’inspecter les vêtements à la recherche de valeurs cachées, d’en retirer les « étoiles jaunes », et les papiers d’identité. Un Juif dérogeant à ces règles, ou gardant un article, s’expose à un gazage lors de la prochaine fournée… Les SS chargés de surveiller ces détails de travailleurs sont également responsables du bon fonctionnement de l’opération et de la prévention des vols de la part non seulement des Juifs, mais surtout des Auxiliaires Ukrainiens (ou Lettons, ou Russes).
Les vastes quantités de vêtements ayant appartenus aux victimes ne sont pas stockés dans les centres d’extermination eux-mêmes mais, une fois triées, sont ensuite entreposés aux dépôts du Bekleidungswerke der Waffen-SS, Aussenstelle Lublin, petit camp situé sur l’aérodrome désaffecté de Lublin, afin d’y êtres traitées avant d’êtres distribuées, ou rapatriées vers le Reich. Bien entendu, le Bekleidungswerke der Waffen-SS est sous le contrôle exclusif des deux éléments moteurs de l’opération : Odilo Globocnik et Christian Wirth ; comme tout ce qui à trait à Aktion Reinhard, personne ne peut y pénétrer sans y avoir été invité.
Personnel Allemand devant le mur arrière du Bekleidungswerke der Waffen-SS, Aussenstelle Lublin (USHMM)
La maison de Christian Wirth, sur le terrain de l'aérodrome désaffecté
Pourtant, malgré la surveillance exercée dans les centres d’extermination, les SS et les Ukrainiens se servent comme ils veulent : argent liquide, or, objets personnels… Tout y passe. Lorsque les SS partent en permission, ils ne négligent aucune précaution, expédiant par train, avec la complicité de cheminots Allemands, des valises pleines de biens volés à quelques gares du camp où ils servent, puis les ramassant après leur sortie, avant d’embarquer pour l’Allemagne… Les Auxiliaires Ukrainiens, quant à eux, dilapident l’argent volé en boisson et comportements pour le moins débridés : « Ils étaient complètement corrompus par les richesses acquises sans effort, et n’avaient que mépris pour leur valeur. […] Ils payaient à boire sans même compter les billets. […] Les filles des fermiers des alentours devenaient les petites amies des assassins simplement pour profiter de leur « générosité .[…] En pleine guerre, on voyait des villageoises paradant en manteaux de fourrure et vêtements coûteux dont la provenance n’était un secret pour personne… » (témoignage de Jerzy Krolikowsky – ingénieur Polonais travaillant près de Treblinka).
Le 6 février 1943, le Gruppenführer-SS Oswald Pohl, Chef du WVHA-SS, rédige un rapport concernant « l’utilisation du matériel textile provenant de l’évacuation des juifs ». Ce rapport inclut les textiles provenant d’Auschwitz et des camps AR, mais décrit plus spécialement des produits « récupérés » pendant l’année 1942, et donc issus pratiquement que des camps AR puisqu’à cette époque la majorité des Juifs déportés étaient dirigés sur Belzec, Sobibor, et Treblinka, plutôt qu’Auschwitz. Le rapport fait état de :
- 262.000 complets masculins et féminins
- 2,7 millions de kilos de « chiffons »
- 270.000 kilos de plumes d’édredons
- 3 tonnes de cheveux de femmes
Le tout transporté par 570 wagons ferroviaires. Le VoMI reçoit 211 wagons de vêtements d’hommes, de femmes, et d’enfants. Le Reichsjugendführung (Commandement de la Jeunesse du Reich), l’IG FARBEN, l’Organisation Todt, les camps de concentration, et l’Inspecteur Général des Chefs Transporteurs, reçoivent chacun 44 wagons supplémentaires de vêtements, pour un total de 825 wagons de textiles.
Oswald Pohl, à Nuremberg, écoutant sa condamnation (USHMM)
Le détail des ramifications de l’administration SS concernant le traitement, la diffusion, la répartition des responsabilités, le système bancaire, et la comptabilité, des richesses volées aux Juifs durant Aktion Reinhard, est trop dense pour être abordé ici, mais le petit sommaire qui suit nous offre un aperçu de la dimension du pillage réalisé entre juillet 1942 et octobre 1943 :
- Devises en RM et en Zlotys : 73.852.080,74 RM
- Métaux précieux : 8.973.651,60 RM
- Devises étrangères (billets) : 4.521.224,13 RM
- Devises étrangères (or) : 1.736.554,12 RM
- Pierres précieuses et autres : 43.662.450,00 RM
- Textiles : 46.000.000,00 RM
Total en Reichsmarks : 178.745.960,59 RM (2,5 RM équivalent $ 1 de l’époque)
Sources:
- Arad, Yitzhak. Belzec, Sobibor, Treblinka ; The Operation Reinhard Death Camps – Indiana University Press, 1987.
- Gilbert, Martin. The Holocaust – Collins, London 1986
- Krausnick, Helmut & Broszat, Martin. Anatomy of the SS State – Granada Publishing Ltd, London, 1970
- Padfield, Peter. Himmler ; Reichsführer SS – Papermac, 1995
- Poprzeczny, Joseph. Odilo Globocnik ; Hitler’s man in the East – Mc Farland & Co., 2004
Merci de votre attention
Eddy
eddy marz- Membre légendaire
- Nombre de messages : 3953
Age : 69
Localisation : England/France/Italia
Date d'inscription : 24/03/2008
analyse
Très belle analyse complète eddy
mais il y a eu aussi le rôle des maisons de ventes aux enchères (drouot-Lempertz) qui très tard ont continué à vendre des oeuvres volées en en changeant l attribution. Mais effectivement le dossier est trop vaste pour en parler ici mais il y a matière à faire un film.
c'est pour cela qu'écrire un livre sans time line est quasi impossible sans risquer de commettre une bourde.
j ai relu mon livre butin nazi 52 fois avant de l'envoyer à mon éditeur en vérifiant tout les points d'histoire et en modifiant certains noms pour preserver la prescription centenaire de certaines affaires.
Et je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas une ou deux coquilles
mais il y a eu aussi le rôle des maisons de ventes aux enchères (drouot-Lempertz) qui très tard ont continué à vendre des oeuvres volées en en changeant l attribution. Mais effectivement le dossier est trop vaste pour en parler ici mais il y a matière à faire un film.
c'est pour cela qu'écrire un livre sans time line est quasi impossible sans risquer de commettre une bourde.
j ai relu mon livre butin nazi 52 fois avant de l'envoyer à mon éditeur en vérifiant tout les points d'histoire et en modifiant certains noms pour preserver la prescription centenaire de certaines affaires.
Et je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas une ou deux coquilles
butin nazi- Caporal
- Nombre de messages : 13
Age : 61
Localisation : esse
Date d'inscription : 05/08/2010
Re: Les crimes économiques.
Peu importe les quelques coquilles possibles, qui n'en fait pas?
Lance ton sujet ici, tu es vraiment le bienvenu afin d'expliquer une des méthodes de pillage des nazis, tu es sur un site éducatif et bénévole, la promotion de ton travail est acceptée et même encouragée afin d'ouvrir les yeux de tous.
Inutile de révéler la totalité de ton bouquin, quelques phrases suffiront à encourgaer tes futurs lecteurs à l'acheter
Nous sommes tous, j'en suis sûr, assoiffés de te lire...
Amicalement,
Phil
Lance ton sujet ici, tu es vraiment le bienvenu afin d'expliquer une des méthodes de pillage des nazis, tu es sur un site éducatif et bénévole, la promotion de ton travail est acceptée et même encouragée afin d'ouvrir les yeux de tous.
Inutile de révéler la totalité de ton bouquin, quelques phrases suffiront à encourgaer tes futurs lecteurs à l'acheter
Nous sommes tous, j'en suis sûr, assoiffés de te lire...
Amicalement,
Phil
Phil642- Général (Administrateur)
- Nombre de messages : 7820
Age : 58
Localisation : La vie est Belge
Date d'inscription : 09/05/2006
reponse a phil 642
merci pour ton message
il m'est malheureusement quasi impossible de lancer le sujet ici car chaque objet volé par les nazis devient 70 ans après une histoire propre.
Ce que je tente de raconter dans mon livre c'est comment 70 ans après on continue de nous mettre les batons dans les roues et nier l'évidence. Tout les coups sont permis car les sommes en jeu sont parfois importante voir très importante.
Ce que je tente de dire c'est qu'il faut désormais passer à un autre stade arrêter la "victimisation" et tenter a chaque fois que cela est possible de négocier entre les familles juives ou allemandes ainsi qu'avec les musées.
Pour donner une illustration j'ai obtenu la restitution officielle de deux toiles florentines en Hollande après deux années de procédure (cf restitutie commissie case 1.65).
Sans avocat américain j'ai obtenu la restitution et j ai ensuite proposé au musée qui les détenaient un prêt à long terme afin de ne pas "piller" leur musée. Et bien tu me croiras ou pas mais je n'ai pas de réponse et la restitution date de mai 2009.
alors le sujet est vaste les dégats occasionnés sont immenses et l'appat du gain commence à prévaloir sur la recherche elle même. Mon livre dérange et je compte sur votre forum pour m'aider a diffuser au max afin que chacun prenne conscience que ce n'est pas fini il y a toujours des neo naz à Marburg
il m'est malheureusement quasi impossible de lancer le sujet ici car chaque objet volé par les nazis devient 70 ans après une histoire propre.
Ce que je tente de raconter dans mon livre c'est comment 70 ans après on continue de nous mettre les batons dans les roues et nier l'évidence. Tout les coups sont permis car les sommes en jeu sont parfois importante voir très importante.
Ce que je tente de dire c'est qu'il faut désormais passer à un autre stade arrêter la "victimisation" et tenter a chaque fois que cela est possible de négocier entre les familles juives ou allemandes ainsi qu'avec les musées.
Pour donner une illustration j'ai obtenu la restitution officielle de deux toiles florentines en Hollande après deux années de procédure (cf restitutie commissie case 1.65).
Sans avocat américain j'ai obtenu la restitution et j ai ensuite proposé au musée qui les détenaient un prêt à long terme afin de ne pas "piller" leur musée. Et bien tu me croiras ou pas mais je n'ai pas de réponse et la restitution date de mai 2009.
alors le sujet est vaste les dégats occasionnés sont immenses et l'appat du gain commence à prévaloir sur la recherche elle même. Mon livre dérange et je compte sur votre forum pour m'aider a diffuser au max afin que chacun prenne conscience que ce n'est pas fini il y a toujours des neo naz à Marburg
butin nazi- Caporal
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