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Otto Moll

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Message  PJ 9/2/2024, 14:50

Salut,

pour ceux que cela intéresse, voici un portrait du SS-Hauptscharfürer Otto Moll, basé sur les interrogatoires menés par les justices américaine et britannique. Le portrait se compose de 3 chapitres distincts:

1. Interrogatoires de Rudolf Höss sur les déclarations faites par Otto Moll à la justice alliée.
2. Interrogatoires d'Otto Moll par la justice alliée après sa condamnation à mort.
3 Confrontation entre Rudolf Höss et Otto Moll.

(Les documents originaux sont en anglais, la traduction française est de moi).



Témoignage de Rudolph Höss recueilli à Nuremberg - Allemagne, par le Lieutenant-Colonel Smith W. Brookhart Jr. le 16 avril 1946, de 10 h 15 à 11 h 50. Également présent : Richard W. Sonnenfeldt, interprète, Colonel. H.J. Phillimore (Britannique).



Entre 1938 et 1940, Moll sert au camp de Sachsenhausen en tant que jardinier responsable de tous les jardins du camp. En 1941, il fut transferé à Auschwitz et employé « dans l'établissement agricole » et chargé « d'un commando de travail ». Höss a ensuite raconté l'implication présumée de Moll dans l'extermination.
"Lorsque l'action d'extermination a commencé en 1941, j'ai pris Moll comme responsable pour l'un de ces "bâtiments agricoles" (bunkers I et II - ajouté par moi). Il était responsable de la surveillance. Cette ferme que j'ai mentionnée était le lieu où les prisonniers étaient gazés, et Moll était chargé de veiller à ce qu'ils soient emmenés dans ces maisons, et après qu'ils aient été gazées, que les corps soient enlevés, que les dents en or soient été arrachées, et tous ces autres détails que je t'ai donné l'autre jour".

.../...

Q. Ensuite, il était responsable du gazage et de l'enlèvement des corps?
R. Oui, il en était responsable.
Q. Était-il également responsable de l'élimination des corps gazés là-bas? Par incinération?
R. Cela aussi, oui. Surtout que particulièrement avant cela, j'avais utilisé Moll pour effectuer l'incinération des cadavres qui gisaient dans des fosses communes. Il accomplissait ces tâches avec une grande indépendance et je ne me souciais pas du tout des détails de son travail. Plus tard en 1943, lorsque les crématoires furent achevés, Moll fut chargé par moi de la moitié de l'extermination totale. Plus tard, lorsque les actions d'extermination se sont échelonnées à plus long terme, Moll fut chargé d'un camp de travail à l'extérieur. Il fut envoyé à Gleiwitz. Lorsque des actions plus importantes recommencèrent (Action Hongroise mai / mi-août 1944 - ajouté par moi), j'ai rappelé Moll de son camp de travail et je l'ai utilisé pour superviser l'action d'extermination.
Q. Pourquoi Moll a-t-il été rappelé?
R. Parce que Moll savait le mieux comment s'occuper des prisonniers qui travaillaient là. Ils a su les faire travailler pour que tout puisse être fait rapidement.
Q. Quelles étaient ses méthodes?
R. Ils savait sélectionner les contremaîtres des prisonniers (kapos). En nourissant mieux les prisonniers faisant ce travail, ils savait les faire mieux travailler pour accomplir cette tâche.
Q. De quoi parlez-vous au juste? Des opérations de gazage, des opérations de crématation ou les deux?
R. Bien sûr, je parle des deux parce que tout cela a été fait par un seul commando de travail. C'est-à-dire que le gazage et le brûlage ont été effectués par celui-ci.
Q. Devons-nous comprendre que vous considériez Moll comme le meilleur homme que vous ayez eu pendant ce travail? En d’autres termes, qu'il était le tueur et l’exterminateur le plus efficace?
R. Oui, bien qu'il y en avait d’autres. Mais ils ne pouvaient pas faire le travail aussi rapidement et efficacement que lui.

(Moll, souligne Höss, n'a pas profité de sa tâche, par exemple en prenant des bijoux ou des objets de valeur, et il n'était pas non plus motivé par la haine raciale).

Q. Que savez-vous des exécutions de Moll à la mitraillette ou au pistolet?
R. Oui, j'en sais quelque chose. Par exemple, il y avait parfois des gens qui étaient paralysés et il était difficile de les faire entrer dans la chambre à gaz, alors il les tuait d’une balle dans la nuque.
Q. L'a-t-il fait personnellement?
R. Oui.
O. L'avez-vous vu faire ça?
R. Oui.
Q. Combien de personnes a-t-il, selon vous, tué de cette façon?
R. Il est difficile de citer un chiffre quelconque, car cela ne se produisait pas tout le temps, et il ne s'agissait que de quelques personnes dans un seul transport.
Q. Est-ce que cela pourrait être quelques centaines sur une période donnée?
R. Je ne pense pas que cela représenterait autant. Autant que je m'en souvienne, il pouvais y en avoir jusqu'à 10 ou 12 de cette catégorie dans un même transport, et comme je l'ai déjà dit, le nombre variait considérablement.
Q. L'estimation d'un ancien détenu qui a été le témoin de certains de ces meurtres, est que Moll a tué plusieurs centaines de personnes d'une balle dans la nuque. Que pensez-vous de cela?
R. Eh bien, si vous additionnez tous les transports arrivés ces années-là, je pense que c'est possible. Il peut y en avoir plusieurs centaines sur cette période. "
Q. Passons maintenant au mois d'août 1944. On rapporte que 4 000 personnes du camp de Tsiganes de Birkenau ont été gazés sous la supervision de Moll. Savez-vous quelque chose à ce sujet?
R. Eh bien, je sais que c'est un fait que les Tsiganes de Birkenau ont été gazés. Je n'était pas à Auschwitz à ce moment-là, je ne peux donc pas confirmer le nombre exact. Je sais que Moll, à cette époque, était employé dans le camp d'extermination, mais mais comme je n'étais pas là, je ne peux pas dire avec certitude si Moll était chargé de cette opération particulière.
Q. On dit également qu'à Birkenau, le plus grand nombre de personnes gazés était d'environ 24 000 sur une période de 24 heures, soit une moyenne de 1 000 par heure, et qui étaient pour la plupart des Juifs hongrois. Cela s'est fait sous la direction de Moll. Connaissez-vous quelque chose à ce sujet ?
R. Le nombre le plus élevé que j'ai jamais entendu et connu lorsque j'étais là-bas était 10 000 sur une période de 24 heures, car c'était la capacité maximale réelle de toutes les installations d'extermination que nous avions. "

(Il fut demandé ensuite à Höss ce qu'il savait de la mission de Moll à Lublin à la fin de 1943. Moll lui avait dit qu'avec le SS-Untersturmführer Franz Hössler, il avait tué plusieurs milliers de personnes avec des pistolets et des pistolets-mitrailleurs. Les deux SS avaient dû se présenter au Gruppenführer Globocnik, qui, à cette époque était le plus haut dirigeant des SS et de la police de Lublin, afin de mettre à sa disposition. ("Aktion Erntefest" octobre 1943. Selon la dépostion d'Erich Muhsfeldt, Moll et Hössler, venus avec un commando SS d'Auschwitz, liquidèrent 18000 juifs du camps de Majdanek en quelques jours sur un total de 43000 dans la région de Lublin - ajouté par moi)

Q. Quand vous dites que Moll était en charge des opérations, qu'est-ce que cela inclus? Par exemple, a-t-il accueilli les transports à leur arrivée ? Les a-t-il pris en charge là-bas? A-t-il fait deshabiller les gens et toutes ces choses dans les diverses étapes que vous avez décrites auparavant?
R. Ils n'avait rien à voir avec les transports. Son travail ne commencait que lorsque ces gens entraient dans le secteur d’extermination du camp proprement dit.
Q. Est-ce que c'était pendant qu'ils étaient encore habillés?
R. Oui. C'est seulement après leur arrivée sur place qu'ils ont dû se déshabiller.
Q. Est-ce qu'il a eu quelque chose à voir avec l'opération avant que les personnes valides ne soient sélectionnés, et les autres désignés pour l’extermination?
R. Eh bien, c'était une question sur laquelle seuls les médecins travaillaient.
Q. En d’autres termes, Moll a pris le relais une fois la sélection effectuée et avait-il la charge d'exterminer les personnes inaptes au travail?
R. Oui. Il n'a rien à voir avec le tri, mais je le crois qu'il s'est rendu à la gare (l'ancienne rampe à environ 2km près du camp I, et la nouvelle rampe mise en service en mai 1944 à l'interieur du camp II - ajouté par moi) à plusieurs reprises, notamment lorsque les transports arrivaient la nuit, ou quand nous manquions de gardes. Mais comme je l'ai dit, il n'avait rien à voir avec le tri.
Q. Avait-il quelque chose à voir personnellement avec le gazage ?
R. Vous voulez dire avec le lancement du gaz ?
Q. Oui.
R. Je ne l'ai jamais vu faire cela. Il y avait deux sous-officiers médicaux qui avaient été spécialement formés par les médecins pour cette tâche et qui portaient des des masques à gaz. Ils jetaient toujours du gaz dans les chambres.

.../...



Interrogatoire de Rudolf Höss du 30 avril 1946 , mené par le juge-avocat général britannique.

.../...

Höss a d'abord chargé Moll de travailler à l'exhumation des charniers au cours de l'hiver 1941 et Moll travailla à cette tâche pendant plusieurs mois. Entre 105 000 et 106 000 corps ont été exhumés et brûlés de ces fosses communes à Auschwitz. C'est pour cette raison que Moll avait pour tâche de prendre prendre soin de la Station 5 (l'ancien bunker II  rebaptisé bunker V durant l'action hongroise - ajouté par moi).

Q. Comment appelez-vous la station 5?
R. Voilà, il y avait quatre crématoires à Birkenau.
Q. Et une autre installation?
R. C'est ce bunker que je désigne comme le numéro 5.
Q. Ce bunker trouvait-il entre deux et trois crématoires ?
R. Pas entre, mais derrière 3 et 4, quelque peu éloigné de 3 et 4.
Q. Moll, sur votre ordre, était-il responsable du crématorium 4 et de la station 5 en 1944 ?
R. Au début seulement le 5,  et plus tard, en plus de cela, responsable de trois et quatre, parce que parfois le crématoire du numéro 4 tombait en panne
et cela devait se faire en plein air et la crémation devait se faire en plein air, à ciel ouvert.
Q. Moll est-il déjà venu aux crématoriums 1 et 2 à un moment donné ?
R Eh bien, il avait seulement pour tâche de se débarrasser des cendres de tous les crématoriums.
Q. Est-il exact que l'Oberscharführer Voss et l'Oberscharführer Muhsfeldt sont arrivé respectivement aux crématoriums 1 et 2?
R. Oui.
Q. Est-il exact que les crématoires u1 et 2 étaient sous le contrôle de la section politique dans le camp?
R. Eh bien, ce n'était pas ainsi. La section politique était chargée de toutes les crématoires, pas seulement 1 ou 2, mais tous.
Q. Voss et Muhsfeldt  étaient-ils sous le commandement de Moll?
A. Tous les trois avaient le même rang.
Q. Est-ce que le Crématoire 3 était en panne en 1944? Était-il "kaputt"?
R. Les fours ont été abimés en 1944 et il a fallu les réparer. C'est pour cela que beaucoup de gens ont été brûlés dans des les fosses d'incinération à ciel ouvert.
Q. À votre avis, combien de personnes environ Moll a-t-il fait passer dans son crématorium? le 4?
R. Voulez-vous dire le 5?
Q. Eh bien, eh bien 5
R. Le 5 a été utilisé pour des incinérations à ciel ouvert.
Q. Avez-vous fait le plein au No. 4?
R. Oui.
Q. Moll était-il responsable du numéro 5?
R. Il était le chef du 5, il était responsable du numéro 5. Au 4 seulement pendant l'époque où des incinérations à ciel ouvert avaient lieu au No. 4. À d’autres moments Muhsfeldt était responsable.
Q. Moll a-t-il réellement supervisé le gazage ou le brûlage, ou les deux?
R. Il n’avait rien à voir directement avec le gazage.
Q. Eh bien, ce sont les infirmiers qui s'en sont occupés. Les désinfecteurs qu'ils étaient appelé n'est-ce pas ?
R. Oui.
Q. Moll avait-il l'habitude de tirer sur les gens dans les chambres à gaz?
R. Eh bien, je l'ai déjà décrit parfois. Dans les transports, il y avait des malades qui ne pouvaient pas être emmenés aux chambres à gaz, et ces gens étaient tué par Moll avec des fusils de petit calibre.
Q. Voulez-vous dire des carabines ?
R. Une carabine de petit calibre.
Q. Combien de personnes Moll a-t-il abattu de cette façon?
R. Je ne peux pas le dire.
Q. Indiquez combien environ.
R. Il y avait toujours de dix à douze personnes concernées dans un transport, et qui étaient tués de cette manière, mais cela n'a pas toujours été le cas. Je ne sais pas quel était le total.
Q. Est-ce qu'il leur a tiré dessus de ses propres mains?
R. Oui.
Q. Lequel avait la plus grande capacité de gazage, numéro 1, 2, 3, 4 ou 5?
R. Les crématoires 1 et 2 étaient les mêmes; 3 et 4 étaient identiques, mais le cinq était une exception car on n'avait pas de restrictions, et on pouvait continuer à brûler et à gazer constamment les gens la-bas.

Après avoir répondu aux questions sur la mission de Moll à Lublin en novembre 1943, Höss reprend ses commentaires sur les déclarations de Moll, continue de lire la déclaration, et fait le commentaire suivant:

R. Paragraphe 16. Moll était responsable pendant un certain temps.
Q. Je veux connaître les mois pendant lesquels il a travaillé à la station 5.
R. C'étaient les années 1942, 1943 et 1944.
Q. Quand est-il allé au crématorium n° 1 ? 4? et quand est-il parti?
R. Il était déjà au crématorium 4 en 1943 pendant un certain temps et également au 1944 jusqu'à la fin, à l'automne. Il était là jusqu'à ce moment-là.
Q. Moll lui-même aurait-il jamais ordonné aux prisonniers d'entrer dans les chambres à gaz?
R. Oui. L'officier de service n'était pas toujours là, car, naturellement il ne pouvait pas être dans tous les crématoires en même temps. Et donc Moll devait parfois prendre le relais.
Q. Est-ce que Moll faisait parfois un petit discours aux prisonniers, disant qu'ils allaient prendre un bon bain, et leurs vêtements désinfectés?
R. Cela a été dit à tout moment à ces personnes, et cela était également inscrit sur des pancartes dans diverses langues.

.../...


Dernière édition par PJ le 10/2/2024, 07:26, édité 4 fois
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Message  PJ 9/2/2024, 14:54

Interrogatoire d'Otto Moll - 15 -16 avril 1946

L'ancien SS-Hauptscharführer Otto Moll avait déjà été jugé au procès de Dachau (15 novembre - 13 décembre 1945), et avait été condamné à mort le 13 Décembre 1945. La sentence fut exécutée le 28 mai 1946 à la prison Lansberg.


Q. Moll, quand avez-vous rejoint les SS?
R. Le 1er mai 1935.
Q. Et après avoir rejoint les SS en mai 1935, à quelle unité avez-vous été affecté?
A. À l'unité de garde SS Brandenburg.
Q. Et où étiez-vous en poste à ce moment-là?
A. Oranienbourg.
Q. Et après avoir quitté Oranienburg, où êtes-vous allé?
R. J'ai été transféré à Auschwitz comme jardinier, pour y construire un jardin, par le Bureau Principal Economique de l'administration.
Q. Combien de temps êtes-vous resté dans ce camp de concentration?
R. De 1941 à janvier 1945.
Q. Et après avoir quitté le camp de concentration d'Auschwitz, vous êtes arrivé à Kaufering, n'est-ce pas? C'est exact?
R. Oui, du 28 février 1945 jusqu'au 24 ou 25 avril.

.../...

Q. Quand étiez-vous à Birkenau?
R. Je n'ai jamais été stationné à Birkenau.
Q. Dites-nous ce que vous deviez faire à Birkenau?
R. Durant l'été 1944, je ne me souviens plus du mois, j'ai reçu un ordre pour être préparé à un service de courte durée dans le camp d'Auschwitz, et de me présenter à mon arrivée à l'Obersturmbannführer Höss.
Q. Qui a signé cet ordre?
R. L'ordre a été signé par mon officier supérieur, le SS-Hauptsturmführer Schwartz. Il est venu me remplacer au camp où j'étais, et puis je suis parti de là me présenter à Auschwitz.
Q. Qu'avez-vous fait là-bas?
R. Là, j'ai reçu un ordre de Höss pour prendre en charge un groupe de travail au crématoire. Je lui ai demandé pourquoi j'avais été choisi pour ce poste puisque mes fonctions avaient toujours été à l’extérieur. Ils m'a dit qu'il n'y avait plus de personnes appropriées avec une longue expérience, disponibles pour ce travail. Ils a ajouté qu'il s'agissait d'un ordre officiel, et que rien ne pourrait être fait à ce sujet, sauf exécuter l'ordre.
Q. Très bien. Parlez-nous de ce que vous avez fait.
R. J'ai pris en charge un détachement de travail qui était responsable de la crémation des morts. Les équipes de détenus ont été fournis par le Camp de Birkenau. Quand j'ai pris mon travail, j'ai été informé de ce qui suit: si l'un des prisonniers s'échapait, je serais traduit devant une cour martiale et fusillé sur ordre du Reichsführer.
Q. Qui vous a dit cela?
R. L'officier responsable du camp me l'a dit. Cependant, je ne me souviens pas de son nom parce que ces officiers changeaient assez rapidement.
Q. Avec quel garde avez-vous travaillé?
R. J'ai reçu une équipe de gardes.
Q. Et qu'avez-vous fait?
R. Après avoir pris en charge un détachement de travailleurs détenus, j'ai été conduit à un endroit où les morts étaient déposés et incinérés. Ce commando était ancien et expérimenté, car ils faisait cela depuis longtemps. Je les ai simplement laissés faire leur travail.
Q. Combien étaient-ils?
R. Il y avait cent cinquante hommes dans ce commando.
Q. Étaient-ils prisonniers?
R. Oui, c'étaient des prisonniers.
Q. Pendant combien de temps ce travail a-t-il duré pendant que vous étiez en charge?
R. Je ne sais pas. La seule chose que je sais, c'est que cela a duré longtemps.
Q. Les détenus de ce commando ont-ils finalement été exécutés et incinérés? Et ont-ils été remplacés par un autre commando?
R. Je ne sais pas. Si c’était le cas, je n’en ai jamais fait l’expérience. Je suis parti de là après mon tour de service de deux mois, et je suis retourné à mon ancien camp à Gleiwitz.

.../...

R. Combien de corps ont été brûlés dans ce crématorium au cours de ces deux mois?
R. Je ne connais pas le chiffre, donc je ne peux pas vous le dire, mais en tout cas il y en avait beaucoup.
Q. Pourriez-vous estimer en chiffres ronds? Disons, en milliers?
R. Je ne veux pas me limiter à des chiffres, mais il y en avait plusieurs milliers.
Q. Les commandos du travailleurs étaient-ils divisés en équipes, et combien d'hommes dans une équipe?
R. L'ensemble du commando était divisé en groupes de travail. Il y avait un groupe qui n'était chargé que d'alimenter les fourneaux, un pour mettre les corps dans les fourneaux ; un pour le nettoyage et il y avait des équipes de secours régulières.
Q. Combien de fourneaux fonctionnaient?
R. Je crois qu'il y avait deux installations de crémation de douze fours chacune. Il y en avait deux autres avec deux fours chacune.
Q. Tous fonctionnaient en même temps?
R. Pas toujours.
Q. Il pourrait y avoir jusqu'à vingt-huit fours en fonctionnement. Combien selon vous ont été opérés pendant les deux mois où vous étiez là-bas?
R. Eh bien, pour que vous compreniez quelle était la tâche là-bas, je vais commencer depuis le début. Pendant mon séjour là-bas (Birkenau - ajouté par moi), un certain nombre de transports arrivaient de Hongrie. Ces personnes avaient été arrêtées par Kaltenbrunner et amenés au camp par eux, c'est-à-dire la Sipo. Habituellement, ces transports arrivaient dans un état déplorable. Certains wagons étaient déjà rempli de cadavres à leur arrivée. Les gens que j'ai vus venaient de Hongrie.
Q. C'était pendant les deux mois de l'été 1944 ?
R. Oui. Je ne peux pas en dire beaucoup plus sur les transports que ce que j'ai déjà dit prêt, parce que je n'ai pas vraiment eu l'occasion de voir ce qui se passait, mais je sais qu'il y avait un groupe spécial composé de prisonniers qui étaient responsable du déchargement des transports sur la rampe et de la manutention des bagages. Ensuite, les médecins du camp étaient là chaque fois que le des transports arrivaient. Ils éxaminaient les prisonniers et les triaient.
Q. Avez-vous déjà vu cela se faire ?
R. Oui, j'ai vu cela.
Q. Voulez-vous nous en parler ?
R. Les gens étaient placés en longue formation et ils défilaient devant les médecins. Les médecins déplaçaient ceux qu'ils pensaient en état de travailler vers la gauche, et ceux qu'ils pensaient incapables de travailler à droite. Le nombre de ceux de droite étaient bien plus nombreux, car il y avait un grand nombre de personnes âgées et de malades dont on ne pouvait pas s'attendre à ce qu'ils travaillent.
Q. Est-ce que cela incluait les hommes, les femmes et les enfants?
R. Je n'en ai vu que quelques-uns, mais il y avait des enfants. C'était réglé selon ce que contenaient les transports à leur arrivée.
Q. Les médecins faisaient leurs sélections simplement au fur et à mesure que les victimes passaient devant eux?
R. Oui, ils ont été triés au moment même où ils sortaient des transports.
Q. Qu'est-il arrivé aux petits enfants?
R. Ils sont partis avec la partie déclarée inapte au travail.
Q. À quel âge un enfant était-il considéré comme assez grand pour travailler?
R. Je pense qu'ils devaient avoir environ à partir de 14 ans.
Q. Après que les personnes valides ont été sélectionnés, qu'est-il arrivé aux autres?
R. Les personnes déclarées inaptes au travail étaient dirigées par l'officier de service vers les installations spéciales sous bonne garde. Lorsque les gens sont arrivés, le commando special du crématorium, les gardes et moi-même avons été conduits dans une pièce spéciale où nous devions rester chaque fois que les transports arrivaient, nous n'avions donc rien à faire avec eux.
Q. Que s'est-il passé alors?
R. Ensuite, les groupes qui étaient arrivés avec le transport ont été conduits dans un endroit spécial, et là ils étaient accueillis par un interprète de l'administration.On leur expliquait qu'ils devraient rendre tous leurs effets personnels et de se déshabiller. Lorsque cela se produisait, seulement un
Un officier de l'administration était présent, ainsi qu'un certain nombre de médecins et le les interprètes dont j'ai parlé plus haut.
Q. Allez-y.
R. Les gens qui s'étaient rassemblés dans cette salle ont été emmenés par petits groupes par les médecins personnellement présents, et ils ont été tués soit par le gaz, soit par quelque autre fois que j'en ai entendu parler par injections, mais je n'en sais pas grand-chose.
Q. Comment ont-ils procédé au gazage ?
R. Je ne sais pas exactement comment le gazage a été effectué, parce que les gens comme moi n'étaient pas autorisé à être présent. Mais j'ai compris qu'il y avait une sorte d'ouverture dans cette pièce par laquelle le gaz entrait.
Q. Disons-le clairement: vous étiez chargé du gazage pendant pendant ces deux mois?
R. Eh bien, ce n'est pas le cas, et c'est exactement ce que j'ai mentionné. Quand j'étais jugé, j'étais accusé d'avoir procédé aux gazages, et c'est pourquoi je J'ai parlé à l'officier et j'ai exigé d'être confronté au commandant de le camp (Rudolf Höss - ajouté par moi), ou toute autre personne ayant occupé une position plus élevée dans le camp, parce qu'ils pourraient confirmer ma déclaration selon laquelle je n'avais jamais rien à faire avec les gazages.
Q. Revenons à la question des transports. Vous aviez quelque chose à faire, dire aux prisonniers qu'ils devaient se déshabiller, et ainsi de suite, n'est-ce pas?
R. Non, ce n'est pas le cas car je ne parle que l'allemand. Je ne parle pas de langues étrangères.
Q. Vous avez déjà dit qu'il y avait des interprètes. Que voulez-vous dire? vous étiez le SS qui dirigeait l'opération pour les préparer au gazage.
R. Eh bien, c'était seulement l'administration qui était responsable de cela et veillait à ce que toutes ces choses soient exécutées.
Q. Nous savons que l'administration est responsable. Disons-le clairement pendant que nous parlons et rendons la responsabilité aux bonnes personnes.
R. La responsabilité incombait à ceux qui ont vu les tueries elles-mêmes, c'est à dire les médecins.
Q. Commençons par le commandant, qui était-il?
R. Le commandant à cette époque-là était Höss.
Q. Alors, qui était sous ses ordres?
R. Son subordonné suivant était Kramer.
Q. Joseph Kramer?
R. Je ne connais pas son prénom, mais il était Hauptsturmführer.
Q. Était-ce le même Kramer qui était à Belsen-Bersen?
R. J'ai vu sa photo une fois dans le journal, c'était le même homme.
Q. Höss et Kramer étaient-ils tous deux à Birkenau pendant les deux mois où vous y étiez là?
R. Oui.
Q. Qui était le suivant ?
A. L'Untersturmführer Hössler (Franz - ajouté par moi), Schwarzhuber (Johann - ajouté par moi), et tous les officiers de l'unité, mais je ne me souviens pas de leurs noms.
Q. Vous souvenez-vous de l'un de leurs noms ?
R. Je me souviens d'un Obersturmführer Schindler.
Q. Très bien, qui d'autre ?
R. Je me souviens de l'officier chargé de l'administration, il s'appelait l'Obersturmbannführer Möckel. Et puis il y avait les médecins: le Sturmbannführer Wuerz (Eduard Wirths- ajouté par moi) et l'Obersturmführer Tylo (Heinz Thilo - ajouté par moi).
Q. Y avait-il des dentistes sur place ?
R. Oui, il y avait aussi des dentistes.
Q. Quels sont leurs noms ?
R. Je ne me souviens plus de leurs noms, car les médecins ont changé constamment, et il y avait aussi un médecin hongrois mais j'ai oublié son nom aussi (Fritz Klein, d'origine hongroise - ajouté par moi).
Q. Un médecin SS?
R. Oui, c'était un médecin SS.
Q. Vous avez dit qu'il y avait certains prisonniers qui étaient médecins, et avaient quelque chose à voir avec ça ?
R. Il y avait des prisonniers qui n'avaient de médecins que le nom, mais ils n'avait rien à voir avec ça.
Q. Qui étaient responsables des opérations de gazage ?
R. Wuertz (Wirths), c'était le médecin-chef. Chaque jour, il fournissait un officier de service et un médecin responsable du gazage. Wuertz (Wirths) n'était pas toujours présent, mais je l'ai vu rédiger des documents avec l'officier de service.
Q. Est-ce que les mêmes personnes étaient là jour après jour? Si non, à quelle fréquence changaient-ils?
R. Les médecins et les officiers changeaient constamment.
Q. Et vous étiez là tous les jours.
R. Pas tous les jours.
Q. À quelle fréquence?
R. Tous les deux jours.
Q. Les jours alternés, c'était votre affectation habituelle?
R. Oui, c'était ma tâche habituelle dans le travail.
Q. Combien de temps fallait-il pour terminer une opération de gazage ?
R. Le processus de mise à mort dure environ une demi-minute, mais je ne peux vraiment pas le dire. Car bien sûr, nous n'avions jamais le droit d'être à proximité quand çela se passait. Je me souviens qu'un jour, j'en ai parlé à un médecin et je lui ai demandé pourquoi tout cela, tous ces meurtres, parce que je pensais que c'était vraiment très mauvais pour le renom des Allemands.
Q. Connaissez-vous son nom ?
R. Je ne me souviens plus de son nom, mais il m'a dit qu'il n'aimait pas faire ça. Mais c'était un soldat, et il suivait les ordres du Reichsführer et du Gouvernement du Reich. Ensuite, je lui ai demandé pourquoi cela se faisait au gaz, et il a déclaré qu'un ministère avait essayé diverses méthodes, après quoi il avait été découvert que le gaz était le moyen le meilleur et le plus simple.
Q. Est-ce que cela vous a fait vous sentir mieux ?
R. Eh bien, on ne peut pas dire de telles choses, parce que vous ne pouviez pas commencer à avoir des sentiments sur de telles questions. C'était simplement notre devoir de le faire. Nous avons protesté à plusieurs reprises auprès des officiers. Mais vous exécutez simplement un ordre lorsque vous le recevez, et c'est tout ce qu'il y a à faire.

.../...

Q. Pouvez-vous nous parler de l'opération dont vous aviez la charge dans l'ancienne ferme ou bâtiment de ferme qui servait d'abord au gazage (probablement le bunker I - ajouté par moi). Que faisiez-vous là-bas?
R. Je n'avais aucune fonction dans une ferme là-bas.
Q. De quel genre de bâtiment s'agissait-il?
R. Je ne sais pas exactement de quoi vous parlez. Quand je suis arrivé à Auschwitz, j'ai travaillé comme jardinier.
Q. Oui, nous comprenons cela. Ce dont je parle, c'est quand le commandant Höss vous confia la responsabilité d'un bâtiment reconverti qui a d'abord été réparé et transformée en usine d'extermination. C'était avant les améliorations apportées réalisé en 1942.
R. Je ne connais aucune ferme et je ne sais rien de ces choses.
Q. Pouvez-vous nous parler de 1942, lorsque vous avez été chargé de la moitié des opérations dans la nouvelle chambre à gaz améliorée?
R. Comme je vous l'ai dit hier, je n'étais responsable d'aucune opération d'extermination en aucune façon.
Q. Vous êtes un être humain et vous n’êtes pas stupide. Vous savez probablement que vous allezs brûler en enfer pour ce que vous avez fait, mais vous continuez à mentir n'est-ce pas?
R. Je ne mens pas. Je ne fais que vous dire la vérité, et je ne peux pas vous dire que j'étais responsable de quoi que ce soit parce que je n'étais qu'un  sous-officier. Je n'étais pas un officier. Je n'étais pas de commandant.
Q. Vous mentez encore. Vous étiez responsable des équipes de travailleurs. Vous étiez chargé des gazages et des incinérations par milliers.
R. Je vous l'ai dit hier, uniquement pour la crémation.
Q. Vous savez que vous êtes homme mort en ce moment?
R. Je le sais, mais je suis innocent.
Q. Vous dites que vous êtes innocent. Les chances que vous avez de vivre demeurents tant que vous êtes disposé à parler. Maintenant, dites-vous toujours que vous dites la vérité?
R. Eh bien, je vous ai dit la vérité. Je n'ai témoigné que sur ce qu'on m'a demandé jusqu'à présent.

(L'interrogateur se penche ensuite sur le transfert de Moll de Sachsenhausen à Auschwitz)

Q. Vous êtes allé à Auschwitz en 1941 et avez été chargé du travail agricole comme vous nous l'avez dit ?
R. Pas en 1941. En 1941, j'étais uniquement responsable de la garde. Je suis allé au camp de travail en 1943.
Q. En 1941, vous avez été chargé de ce bâtiment agricole qui avait été transformé en usine d'extermination, et à ce titre vous étiez chargé des gardiens et des prisonniers qui y étaient employés, et c'était votre responsabilité de voir que toutes les victimes envoyées dans cet endroit étaient exterminés et leurs corps détruits par le feu?
R. Ils n'ont pas été gazés.
Q. Mais ils ont été tués par quelque moyen que ce soit?
R. Pas ça non plus. Je ne pouvais pas en être responsable parce que je n'en avais pas de juridiction de commandement.
Q. Vous avez reçu la compétence de commandement du commandant du camp.
R. Pas ça non plus. J'étais seulement responsable de la supervision de l'incinération des cadavres.
Q. Et leur meurtre?
R. Les médecins étaient responsables de cette tuerie.
Q. En 1942, avez-vous été chargé de la moitié des principales opérations de gazage et de la crémation?
R. Pas de ça non plus.
Q. Ensuite, vous avez été envoyé pour prendre en charge le camp de travail de Gleiwitz en 1943, parce que il y a eu des periodes d'inaction entre les opérations d'extermination massives?
R. Pas Gleiwitz. J'ai été transféré d'Auschwitz à Monowitz (Auschwitz III - ajouté par moi).
Q. En tant que chef des commandos du travail?
R. Oui.
Q. Et en 1944, lorsque de nouvelles et vastes actions d'extermination devaient être entreprises à Auschwitz, vous avez été rappelé?
R. Oui, j'ai été appelé. Je vous l'ai dit hier.
Q. Parce que vous étiez considéré comme la meilleure personne pour gérer les commandos de prisonniers et les gardes nécessaires à l’extermination?
R. Je ne le sais pas et je n'y crois pas.
Q. Qui d’autre a été plus efficace que vous?
R. Cela, je ne le sais pas. Mais il y avait aussi d'autres personnes qui étaient utilisées pour ce travail et qui l'ont fait tout comme moi. Höss devrait le savoir.
Q. Oui, en tant qu'homme responsable des commandos, vous avez ensuite pris en charge les transports. Les valides avaient été sélectionnés, et désormais c'était votre responsabilité de voir que les inaptes étaient exterminés?
R. Je n'ai rien repris de tout cela. Mon travail commencait une fois que le gazage était terminé.
Q. Pourquoi persistez-vous dans ce mensonge que vous avez commencé à raconter hier? Qu'espèrez-vous gagner?
R. Je ne mens pas. Je vous dis exactement comment c'est.
Q. Vous mentez, et vous savez que vous mentez. Nous avons des témoins compétents, et je ne comprends pas pourquoi vous persistez à mentir?.
R. Je vous ai dit hier que j'étais responsable de la crémation. je n'ai pas introduit du gaz dans une chambre à gaz. Je n'ai pas commis de meurtres. Pourquoi devrais-je admettre quelque chose que je n'ai pas fait?
Q. Vous n'avez pas jeté le gaz, mais vous avez tiré sur des gens une balle dans la nuque, n'importe lequel de ceux qui ne pouvaient pas marcher. Vous l'avez personnellement fait.
R. Non, je n'ai pas tiré sur des gens.
Q. Vous avez été vu par de nombreuses personnes. Vous en avez tué des centaines de cette façon.
R. Eh bien, ils ont tous été gazés.
Q. Ne savez-vous pas qu'il y a une place spéciale pour les menteurs en enfer ? Ils souffrent beaucoup plus que les autres.
R. Cela, je ne le sais pas.
Q. Être un meurtrier est une chose, mais être un menteur est pire.
R. Je ne mens pas. Je vous dis la vérité.
Q. C'est votre parole contre beaucoup.
R. Je ne comprends pas cela.
Q. Höss vous a vu. Il vous a suivi à travers les transports lorsque vous avait tué des gens au pistolet en leur tirant une balle dans la nuque.
R. Alors Höss essaie de se blanchir. C'est lui qui ment.
Q. Eh bien, il nous dit tout. Il ne ment pas. Ils l'a dit en audience publique pour que le monde entier le sache (Höss comparait en tant que témoin de l'accusation à la séance du 15 avril 1946 du procès de Nuremberg - ajouté par moi). Au moins, il a enlevé un poids de sa poitrine, mais apparemment vous allez mourir avec.
R. Je ne mourrais pas à cause de cela. J'ai une conscience pure. J'ai seulement suivi les ordres en tant que soldat.
Q. Vous n’avez pas de conscience, vous êtes à peine humain. Même votre propre chef vous a traité de "chien fou".
R. Qui a dit cela? Il m’a traité de chien?
Q. Voilà quelle était votre réputation.
R. Cela, je ne le sais pas. Mais je suis une victime de ces dirigeants et officiers et je vais à ma mort comme ça.
Q. Alors vous êtes un homme innocent, je suppose?
R. (Le témoin hoche la tête.)


Dernière édition par PJ le 10/2/2024, 12:50, édité 7 fois
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Message  PJ 9/2/2024, 14:55

Confrontation entre Rudolf Höss et Otto Moll - après-midi du 16 avril 1946

Q. Vous êtes le même Otto Moll qui a comparu ici ce matin et vous comprenez que vos déclarations ici sont faites sous serment?
R. Oui. Puis-je faire une demande s'il vous plaît?
Q. Oui.
R. A Landsberg, j'ai demandé à être confronté à Rudolf Höss, le commandant du camp d'Auschwitz, afin que je puisse témoigner devant Höss et que Hôss puisse témoigner devant moi. Je vous demande maintenant que cela me soit accordé. J'aimerais que Höss témoigne en ma présence, comme j'aimerais le voir faire ses déclarations en ma présence et que je puisse témoigner sur la vérité.
Q. En supposant que vous soyez confronté à Höss, allez-vous dire la vérité ou allez-vous continuer à nous raconter le même genre d'histoires que vous nous avez raconté ce matin?
R. Non. Je veux que Höss vienne ici et précise quels ordres il m’a donnés afin je puisse dire « oui » ou « non » quant à ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Höss devrait venir ici et dire quels ordres il m'a donné, quels devoirs j'ai rempli, et de quelle manière je les ai accompli et je pourrai alors nier ou confirmer ce qu'il dit.
Q. Nous mènerons l'interrogatoire de la manière que nous souhaitons et en fonction des sujets qui nous intéressent. Vous devez écouter attentivement, vous ne devez pas interrompre ni émettre le moindre son jusqu'à ce qu'on vous le demande. Comprenez-vous cela?
R. Je garderai le silence et je l'écouterai.
Q. Vous aurez la possibilité de parler au moment opportun.
R. Veuillez approuver cette demande selon laquelle Höss peut venir ici et répéter son témoignage m'incriminant. Cela me fait mal de voir que lui, le commandant, se promène librement, alors que je dois me déplacer enchaîné à un garde.
Q. Vos sentiments dans cette affaire ne nous intéressent pas du tout.

(Rudolf Höss, ancien commandant du camp d'Auschwitz, entre dans la pièce)

Q. Êtes-vous le même Rudolf Höss qui est apparu ici à de nombreuses reprises et a témoigné?
R. Oui.
Q. Comprenez-vous que les déclarations que vous faites ici cet après-midi sont faites sous serment?
R. Oui.
Q. Connaissez-vous cette personne assise à votre droite qui est enchaînée au garde?
R. Oui.
Q. Quel est son nom?
A. Otto Moll.
Q. Où l'avez-vous connu?
R. D’abord à Sachsenhausen, et ensuite à Auschwitz.
Q. Qu'a fait cet Otto Moll à Sachsenhausen et plus tard à Auschwitz?
R. À Sachsenhausen, il était jardinier et plus tard à Auschwitz, il a été utilisé comme chef d'un commando de travailleurs (compagnie pénale - ajouté par moi) et plus tard, il a été utilisé comme superviseur lors des différentes actions.
Q. Vous voulez dire les actions par lesquelles les gens étaient tués puis incinérés?
R. Oui.
Q. Vous nous avez parlé ce matin de sa première mission en 1941, lorsque des fermes (bunkers I et II - ajouté par moi) ont été transformés en sites d'extermination. Pouvez-vous répéter ce que vous avez dit à ce sujet ?
R. Au début, il travaillait à la ferme, puis plus tard, je l'ai installé dans la ferme qui servait d'usine d'extermination professionnelle.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Otto Moll, ce que le témoin vient de dire est-il vrai?
R. Premièrement, j'ai été utilisé pour des travaux liés à l'excavation des fosses communes. Höss doit le savoir. Il se trompe s'il dit que je travaillais dans les bâtiments où s'effectuaient les gazages. Au début, j'étais utilisé pour les excavationss des fosses communes, et il doit s'en souvenir. Hôss, vous souvenez-vous de Swosten, Blank, Omen, Hatford et Garduck [sic]? Ce sont ces personnes qui travaillaient dans le bâtiment à l'époque où vous prétendez que j'y travaillais, alors que je travaillais aux excavations. Höss s’en souvient sûrement.

Question adressée à Rudolf Höss

Q. Est-ce exact?
R. Moll a raison dans la mesure où il dit qu'il a été utilisé pour la première fois pour les excavationss, c'était avant d'être utilisé pour les actions d'extermination.

Question adressée à Otto Moll

Q. Ce qui est dit ici, comme je vous l'ai dit ce matin, c'est que vous êtes responsable de cette opération, à savoir la mise à mort et la destruction des corps dans le premier abattoir improvisé.
R. J'avais la responsabilité de veiller à ce que les cadavres soient brûlés après que les gens aient été tués. Je n’ai jamais été responsable de la supervision réelle de la mise à mort. C'étaient toujours les officiers ou les médecins qui étaient présents à ce moment-là. En tant que commandant à l'époque, Höss devrait être en mesure de le confirmer.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Qu’en dites-vous?
R. Comme je l'ai dit ce matin, Moll n'a qu'en partie raison. Comme je l'ai expliqué, le gaz était en fait jeté dans la chambre par le personnel médical et Moll n'était pas chargé de superviser l'ensemble du processus. À commencer par l'arrivée du transport et l'incinération des cadavres. Il n'était responsable que d'une partie du processus, du moins au début.
Q. Vous avez dit qu'il était chargé de veiller à l'extermination de ces personnes.
R. J'ai pu être mal compris. Ce que j'ai dit ou voulu dire, c'est que Moll était responsable des bâtiments où il travaillait. Au début, il veillait à ce que les gens soient déshabillés de manière ordonnée, et après leur exécution, à ce que les corps soient éliminés de manière ordonnée. Plus tard, lorsque les nouveaux crématoires furent achevés, il devint responsable de l'ensemble des usines (crématoires - ajouté par moi).
Q. De quelles opérations au sein de l'usine était-il responsable?
R. Il était responsable de tout, jusqu'à l'accès aux chambres à gaz des gens, et ensuite, de l'enlèvement des corps pour les brûler.
Q. Pourriez-vous, s'il vous plaît, répéter que Moll a éxecuté des gens d'une balle dans la nuque?.
R. Comme je l'ai expliqué ce matin, ceux qui étaient trop faibles pour être menés vers la chambre à gaz, ou qui ne pouvaient pas être déplacés pour une autre raison, ont reçu une balle dans la nuque par lui ou… [ellipses dans le texte original]... certains des d'autres gars autour, avec des armes de petit calibre.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Eh bien, qu'en dites-vous?
R. Il est possible que certains d'entre eux aient été abattus par moi, mais c'était un nombre relativement faible, et j'aimerais savoir si Höss m'a jamais vu le faire.
Q. Je vous ai dit ce matin que Höss a dit qu'il vous avait vu faire cela à plusieurs reprises, ainsi que beaucoup d'autres.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Höss, n’est-ce pas vrai?
R. Oui, c'est vrai. J'ai mentionné ce matin qu'il y avait relativement peu de morts de cette manière.
Q. Vous ne pouviez pas dire s'il s'agissait de quelques dizaines ou de quelques centaines. C'était votre problème.
R. Je ne peux pas vous citer un chiffre exact, c'est impossible pendant tant d'années, il y en avait beaucoup. Parfois, il y en avait quelques-uns sur chaque transport entrant et parfois il n'y en avait pas. C'est pourquoi je ne peux pas vous donner le chiffre exact.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Eh bien, c'est la première chose que vous avez admise. Maintenant, vous dites enfin la vérité sur laquelle vous aviez menti ce matin. Êtes-vous prêt à nous dire la vérité sur votre responsabilité dans d’autres opérations?
R. Oui, je vous dirai la vérité tant que mon Commandant sera présent. Laissez mon commandant vous dire ce que j'ai fait et quelles étaient mes fonctions.
Q. Nous savons ce que Höss a dit. Ce que nous voulons savoir, c'est votre histoire. Vous nous demandez l’opportunité de raconter votre histoire et c’est pour cela que nous avons fait venir Höss ici.
R. Non, j'ai demandé à être interrogé en présence de Höss.

Question adressée à Rudolf Höss

Q. Vous nous avez dit ce matin que Moll était considéré comme le meilleur homme pour les différentes actions, parce qu'il s'occupait mieux des équipes de prisonniers et de gardiens que vos autres subordonnés. Est-ce correct?
R. Oui.

Question adressée à Otto Moll

Q. Moll, si vous nous disiez quelle a été votre méthode de sélection des contremaîtres et des kapos, et quelle est selon vous la meilleure méthode pour gérer les gardes qui étaient en charge des transports après leur arrivée?
R. Lorsqu'on m'a ordonné de faire ce travail, les équipes de travailleurs avaient déjà été sélectionnés. Mes Unterführers avaient déjà sélectionné les kapos ou contremaîtres, peu importe comment vous les appelez. J'ai effectué correctement le travail par tous les temps. Je n'ai jamais été ivre pendant mon service ni lorsque j'étais avec les prisonniers, et je n'ai jamais maltraité aucun des prisonniers. J'ai obtenu beaucoup de succès dans le travail de mes prisonniers parce que je les aidais moi-même dans leur travail de mes propres mains. Les prisonniers me respectaient parce que je me comportais toujours comme un soldat exemplaire à leur égard. J'étais désigné pour tout type de travail difficile qui se présentait. Puis-je demander à Höss de confirmer cela?

Question adressée à Rudolf Höss

Q. Est-ce exact?
R. Oui, c'est ce que j'ai déclaré ce matin.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Vous avez été décoré pour votre travail, n'est-ce pas?
R. J'ai reçu une décoration pour mes services. Presque tous ceux qui ont servi pendant plusieurs années dans toute l'Allemagne ont reçu ces décorations. Je n'ai reçu aucune décoration pour le travail spécial que j'avais réalisé. Je n'aurais pas souhaité recevoir une décoration pour ce genre de travail.
Q. Pourquoi?
R. Parce que je ne considérais pas ce travail comme honorable.
Q. Avez-vous déjà protesté?
R. J'ai demandé à plusieurs reprises pourquoi il fallait faire ces choses, pourquoi on ne pouvait pas les arrêter. Je l'ai même demandé à Höss, et il m'a répondu que lui-même n'aimait pas cela, mais qu'il avait des ordres stricts, et qu'on ne pouvait rien y faire. Lui, comme le reste d’entre nous, a souffert de ce travail, et aucun de nous n’était plus vraiment sain d’esprit.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Est-ce exact, Höss?
R. Oui. D’autres l’ont également dit, et en ont déjà témoigné dans le Reich.
Q. Quand pensez-vous avoir perdu la raison, Höss ?
R. Je pense que vous voulez dire: à quel moment nos nerfs ont commencé à craquer? Je peux témoigner que je n'étais pas en bonne santé en 1942. Je vous ai parlé de mon congé en 1943, cependant je devais faire ces choses-là car il n'y avait personne là-bas pour le faire à notre place. Il y avait des ordres stricts et il fallait les respecter. Beaucoup d’autres ressentaient la même chose que moi, et des subordonnés sont venus me voir de la même manière que Moll, et en ont discuté avec moi, et ils ont eu le même sentiment.
Q. Pensez-vous que Moll soit fou?
R. Non.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Depuis combien de temps pensez-vous que vous êtes devenu fou?
R. Je ne voulais pas dire que j'étais fou ou que j'ai été fou. Ce que je veux dire, c'est que mes nerfs ont craqué, et ce à plusieurs reprises. Ils allaient très mal après que j'ai eu une crise de typhus, et que j'étais à l'hôpital et que les médecins m'ont accordé un congé en raison de l'état de mes nerfs. Je n’ai jamais été déclaré inapte au travail en raison de mes nerfs, ou à cause du soi-disant paragraphe 51.
Q. Selon vous, combien de personnes ont participé à l'opération dont vous étiez responsable, combien de victimes?
R. Lorsque vous utilisez les mots « vous étiez responsable » - je tiens à souligner une fois de plus que je ne souhaite pas que ce mot s'applique d'une manière ou d'une autre au meurtre réel des personnes, car je n'étais pas responsable de la fin physique réelle de ces personnes, de leur vie. Et je ne l'admettrai jamais, car ce n'est pas le cas.
Q. Vous n'avez pas appuyé sur la gâchette, mais vous avez obligé quelqu'un d'autre à le faire. Est-ce votre position?
R. Je ne comprends pas la question.
Q. Combien de victimes ont été exterminées dans le camp à partir de 1941?
R. Je ne connais pas le nombre, et je ne pense pas pouvoir vous donner un quelconque chiffre quant au nombre total de victimes. Je pense que Höss le sait peut-être.
Q. La seule chose qui nous intéresse, c'est ce que vous connaissez.
R. Lorsque j'étais responsable des excavations, comme je vous l'ai déjà dit, avec un autre camarade, ce qui a été confirmé par Höss aujourd'hui, nous avons mis entre 30 000 et 40 000 personnes dans ces fosses communes. C’était le travail le plus terrible qui puisse être accompli par un être humain.
Q. Tenez-vous-en aux chiffres.
R. Je ne sais pas qui étaient ces gens ni comment ils sont arrivés là-bas. J'ai seulement creusé les fosses communes. C'était moi qui ai brûlé les corps sur place.

Question adressée à Rudolf Höss.

Q. Que pensez-vous de ces chiffres, Höss?
R. Il lui est impossible de connaître les chiffres exacts, mais ils me paraissent beaucoup trop faibles pour autant que je m'en souvienne aujourd'hui. Les personnes enterrées dans les deux grandes fosses communes des soi-disantes fermes (bunkers I et II - ajouté par moi) s'élevaient à 106 000 ou 107 000 personnes.

Questions adressées à Otto Moll

R. Je n’ai pas pu terminer les excavations que j’ai mentionnées auparavant, car j’ai eu alors une attaque de typhus.
Q. À votre avis, combien de corps avez-vous traité?
R. C'est plus tard qu'ils sont passés par mon crématoire, et je dirais entre 40 000 et 50 000, c'est-à-dire au crématoire dont j'étais responsable. Je n'étais pas responsable des deux grands crématoires (Krema II et III - ajouté par moi), car c'étaient deux [membres] du corps des SS Nussfeld (SS-Oscha Erich Muhsfeldt, chef des Kremas II et III - ajouté par moi) et aussi Foss (SS-Oscha Peter Voss- il fut chef des 4 Kremas jusqu'à fin avril 44, remplacé par Moll, puis chef des Kremas IV et V durant l'action hongroise ou action Höss - ajouté par moi), qui étaient responsables des 2 grands crématoires, et Hôss s'en souviendra.
Q. Vous nous parlez des chiffres que vous connaissez.
R. Je vous ai dit le nombre. Peut-être 50 000, et peut-être qu'il y en avait davantage.
Q. Et ce depuis 1941 jusqu'à la fin?
R. Oui. C'est à partir de 1941, pendant toute la durée de mon service, lorsque j'ai eu quelque chose à voir avec cette affaire.
Q. Ne pensez-vous pas que vous êtes beaucoup trop modeste ? Vous aviez la réputation d’être le plus grand tueur d’Auschwitz. Les estimations se chiffrent en millions. Ne désirez-vous pas changer votre réponse?
R. Il n’est pas vrai que j’étais le plus grand tueur à Auschwitz.
Q. Vous étiez le plus grand incinérateur.
R. Ce n'est pas vrai non plus. Le chiffre n’est pas correct, et est probablement évoqué par des hommes qui veulent que je sois puni de mort.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Höss, quels seraient selon vous les chiffres corrects?
R. Moll, à mon avis, ne peut pas avoir la moindre idée du nombre de morts dans les bunkers où il travaillait, et où il était responsable. En tout cas, ils est bien trop bas, c’est à dire le chiffre donné par Moll.
Q. Quel chiffre attribuez-vous à la responsabilité de Moll?
R. Il m'est impossible de donner un chiffre exact, ou même très approximatif du nombre de cadavres qui ont été traités par Moll. Comme l’usage du site d’extermination variait à tout moment, je ne sais pas combien de cadavres. Combien je devrais en attribuer à Moll, combien à Nussfeld (Muhsfeldt - ajouté par moi), et combien aux autres.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Moll, combien de femmes et d'enfants selon vous figuraient parmi les corps que vous avez traité?
R. Les hommes et les femmes étaient là en nombre à peu près égal, et la part d'enfants par rapport aux autres personnes était d'environ un enfant sur cent personnes amenées. Parfois, les transports arrivaient sans enfants. Je voudrais également dire que je ne travaillais pas constamment avec ces transports, et bien sûr, je ne peux pas vous dire ce qui s'est passé pendant mon absence lorsque je n'étais pas là, car j'étais en congé, etc...
Q. Nous avons entendu dire qu'il y avait plus d'enfants que cela. Voulez-vous modifier votre déclaration?
R. Comme je vous l'ai dit, cela peut être un enfant sur cent, ou cela peut être plus. Je ne m'en souviens pas exactement.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Que dites-vous Höss?
R. Mon estimation est qu'un tiers de toutes les victimes étaient des hommes, et deux tiers des femmes et des enfants. Je ne suis pas en mesure de citer le rapport exact entre femmes et enfants, car cela dépendait ou/et variait considérablement selon les transports arrivés. Cependant, je me souviens que dans les transports venant d'Ukraine et de Hongrie, La proportion d’enfants était particulièrement élevée.
Q. En quelle année était-ce?
R. C'était particulièrement vrai en 1943, ou peut-être au début de l'année 1944.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Moll, hier, vous nous avez dit que vous aviez deux installations dans lesquelles il y avait douze grands fours et deux autres avec deux fours chacun, ce qui fait un total de vingt-huit unités de combustion distinctes. Combien d’êtres humains pouviez-vous incinérer en même temps?
R. Deux à trois cadavres pouvaient être brûlés dans un seul four à la fois. Les fourneaux étaient construits suffisamment grands pour cela.
Q. Avez-vous souvent fonctionné à pleine capacité?
R. Je voudrais souligner que je n'avais aucune responsabilité dans la crémation dans les fourneaux. Ce dont j'étais responsable, c'était l'incinération des cadavres en plein air (Krema V et Bunker V mai-mi-août 1944 - ajouté par moi). Les caporaux Nussfeld et Foss (Muhsfledt et Voss - ajouté par moi) étaient responsables de la crémation dans les fours.

Questions adressées à Rudolf Höss

Q. Est-ce exact, Höss?
R. Tout d'abord, Moll se trompe légèrement en ce qui concerne les chiffres qu'il a cités concernant les fourneaux. Les deux grandes unités étaient composées chacune de cinq fours doubles (les Kremas II et III avaient 5 unités de 3 fours chacuns - ajouté par moi) et les autres de quatre fours doubles chacune (Kremas IV et V - ajouté par moi). Il est vrai que Nussfeld et Foss (Muhsfledt et Voss - ajouté par moi) étaient responsables des commandos des fours, chacun en avait un grand et un petit, et Moll était responsable de l'incinération des corps à l'air libre. Moll était responsable de la disposition des cendres. Mais plus tard, je lui ai confié la responsabilité de l'ensemble des opérations de crémation. C'était en 1944.
Q. Est-ce que c'était au cours des deux mois où vous étiez de retour à Auschwitz après votre absence?
R. Oui, c'est à ce moment-là que j'ai été transféré à Auschwitz.
Q. À quelle fréquence les prisonniers des crématoires étaient-ils exterminés?
R. Autant que je m'en souvienne, c'est à deux reprises. Quand je suis parti, pour la première fois. Et ils ont été de nouveau exterminés après la fin de l'action contre les Hongrois.
Q. Sur quel ordre les prisonniers ont-ils été exterminés?
R. J'ai reçu cet ordre d'Eichmann. Il a ordonné notamment que les commandos des fours soient fusillés tous les trois mois. Cependant, je n'ai pas respecté ces ordres car je ne pensais pas que c'était juste.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Vous avez dit que votre détachement n'a jamais été exterminé. Que dites-vous maintenant?
R. Non, ce n'est pas vrai. Le commando avec lequel je travaillais n'a jamais été exterminé tant que j'étais là, et tant que je travaillais. Quant aux commandos affectés aux premières excavations des fosses communes, et que j'ai dû quitter à cause de mon attaque de typhus, ils ont peut-être été exterminés à mon retour au travail. La seule chose que je sais, c'est que lorsque je suis parti, le dernier membre du groupe avec lequel j'ai travaillé était encore en vie. C'est-à-dire que chaque membre du groupe était vivant lorsque je suis parti. Quelque temps plus tard, quand je suis parti à nouveau, une mutinerie a éclaté dans le camp (7 octobre 1944 - ajouté par moi). Je sais que toute les compagnies de gardes du camp ont été utilisée pour réprimer cette mutinerie. Je n'étais pas là, j'étais à Gleiwitz à ce moment-là. Je n’en sais rien, mais Höss peut vous le dire.
Q. Avez-vous déjà incinéré un membre de votre crématoire?
R. Non.
Q. Vous avez mentionné que pour tuer les gens dans les chambres à gaz, cela ne durait qu'une demi-minute. Sur quoi basez-vous cela?
R. Le gaz était introduit par une ouverture. Environ une demi-minute après que le gaz ait été versé, bien sûr je ne fais qu'estimer ce temps car nous n'avons jamais eu de chronomètre pour le chronométrer. Cela ne nous intéressait pas. En tout cas après une demi-minute, il n'y avait plus de cris, de bruits ou aucun son qui pouvait être entendu de la chambre à gaz.
Q. Quel genre de bruits avez-vous entendu avant cela?
R. Les gens pleuraient et hurlaient.
Q. Vous avez observé tout cela et entendu les bruits?
R. Oui, j'ai dû entendre cela parce que j'étais à proximité de là avec mon équipe de travail. Il n’y a rien que je pouvais faire contre cela car je n’avais aucune possibilité de changer cela de quelque manière que ce soit.
Q. Nous ne sommes pas intéressés par vos opinions à ce sujet. Vous avez aidé à prendre les dispositions nécessaires pour les mettre dans la chambre à gaz et vous les avez ensuite brûlés lorsqu'ils ont été tués. La seule chose que vous n’avez pas fait personnellement a été d'introduire de gaz. Est-ce que c'est ça?
R. Je n'étais pas responsable des préparatifs, car il n'y avait pas de préparatifs particuliers. Les victimes étaient conduites à la chambre à gaz par l'officier de service et ensuite il y avait un commando de travail qui leur disaient de se déshabiller. Il y avait une autre équipe de l'administration compétente [sic], qui était chargée de récupérer tous les objets de valeur des gens. Tout se déroulait très correctement, et il n’y avait aucune raison d’intervenir. Je n’avais pas le droit d’intervenir, c’était toujours un médecin qui supervisait l'ensemble de la procédure.
Q. Vous vous souvenez hier, vous avez dit qu'on vous avait dit que si des prisonniers provenant des nouveaux transports destinés à la chambre à gaz s'échappaient, vous seriez traduit en cour martiale.
R. Je parlais du commando de travailleurs, pas des transports.
Q. Cela s'est produit au moment où vous déposiez sur vos responsabilités au crématoire.
R. Non, je dis seulement en ce qui concerne le commando de travailleurs dont j'étais responsable.
Q. Nous ne discuterons pas de cela, comme le montrent les notes.

Questions adressées à Rudolf Höss.

Q. Qu'en dites-vous Höss?
A. Moll ne voit pas les choses du bon côté. Il est effectivement vrai, et je l'ai déjà expliqué, que l'officier était responsable de tout le transport. C'est-à-dire qu'il était responsable de veiller à ce que tout le monde soit déchargé de chaque transport, les médecins étaient responsables de veiller à ce que les gens soient tués et tous les corps éliminés. C'était la responsabilité d'un subordonné comme Moll, de veiller à ce que les gens entrent réellement dans les chambres à gaz sous la surveillance des médecins, puis de veiller à ce que leurs corps soient brûlés. En ce qui concerne le chef d'équipe, il était de sa responsabilité de veiller à ce qu'aucun élément de son commando de travailleurs ne s'échappe. En dernière analyse, j'étais responsable de toute l'affaire, c'est-à-dire de tout ce qui concernait ces transports.
Q. Vous nous avez parlé de certains problèmes liés à l'extermination de ces gens. Par exemple, les mères cachaient leurs enfants sous leurs vêtements après qu’ils se soient déshabillés. Qui est la personne qui a rassemblé les enfants, les a fouillés et les a mis dans la chambre à gaz?
R. Je pense que cette chose a été légèrement mal comprise. La façon dont cela s'est produit est que les mères avaient des bébés avec elles, qui étaient enveloppés dans des couvertures ou des tissus. On avait dit aux gens qu'ils allaient prendre un bain, ils ne savaient pas qu'ils allaient être tués. Ce n’était pas l’idée. Les mères ne voulaient pas emmener les enfants avec elles au bain et les laissaient dehors. Plus tard, l'équipe de travailleurs qui était responsable récupérait les bébés et les mettait ensuite dans la chambre à gaz.
Q. Était-ce la responsabilité de Moll de veiller à ce que les enfants soient éliminés?
R. Oui, mais cela ne signifierait pas en revanche que Moll aurait pour tâche particulière de repérer les bébés sous les couvertures. Je n'ai dit à aucun des officiers ou sous-officiers qu'ils seraient responsables de quelque chose en particulier. Toute l'équipe était responsable de l'opération. Cela devait être fait et tous ont exécuté les ordres sans problème et correctement.

Questions adressées à Otto Moll

Q. Vous, Moll, avez dit que vos commandos vous respectait parce que vous leur donniez des coups de main. Le travail consistant à récupérer les petits enfants et à les gazer faisait-il partie des coups de main que vous leur avez prêté?
R. Peut-être que cela n’a pas été exprimé correctement par Höss. Je n'avais rien à voir avec la fouille des vêtements parce que ce n'était pas ma mission. Comme je l'ai dit, les officiers en charge à l'arrivée du transport étaient responsables de celui-ci jusqu'au moment où les gens entraient dans la chambre à gaz. Je n’ai rien à voir avec ça, je n’ai jamais touché les bébés.
Q. Est-ce que l'un de vos hommes a eu quelque chose à voir avec cela? Quelqu'un sous vos ordres?
R. Oui, les prisonniers en étaient responsables. Ils devaient nettoyer la pièce après qu'elle ait été débarrassée de tout le monde (la salle de deshabillage - ajouté par moi), puis ils prenaient les bébés et les jetaient dans la chambre à gaz. Il y avait un ordre strict interdisant à tout SS de toucher à ces biens.
Q. Nous ne parlons pas de propriété. Nous parlons de personnes. Avez-vous eu une opération spéciale pour tuer ces bébés ou ont-ils été jetés dans la pièce où les gens étaient encore en vie et tous ont été gazés ensemble ?
R. Une telle chose arrivait rarement et je ne me souviens pas d'un cas où un bébé était retrouvé, mais s'ils étaient retrouvés, ils étaient jetés dans la chambre à gaz.
Q. Comment le savez-vous?
R. Eh bien, c'était un ordre de l'officier responsable du transport et si des enfants étaient retrouvés, ils devaient être jetés comme tous les autres dans la chambre à gaz.
Q. Vous avez exécuté vos ordres?
R. Je souligne encore une fois que moi-même, je n'ai pas trouvé d'enfants, mais si j'en avais trouvé, alors j'aurais dû le faire aussi.
Q. Avez-vous tiré sur des bébés dans la nuque comme vous l'avez fait pour les autres victimes?
R. Une telle chose ne s'est jamais produite.
Q. C'est ce que vous avez dit à propos du fait de tirer sur d'autres personnes ce matin. Nous avons alors prouvé que vous étiez un menteur. Êtes-vous sûr de dire la vérité cette fois-ci?
R. Oui, j'en suis sûr.

.../...


Dernière édition par PJ le 10/2/2024, 08:37, édité 1 fois
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Message  malinwa 9/2/2024, 17:58

très intéressant, pas facile à lire sur écran, mais édifiant, chacun cherchant à charger l'autre.
Si vous avez d'autres témoignage semblable, je les lirai volontiers

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Message  PJ 13/2/2024, 07:18

Salut,

j'avais oublié d'insérer une courte bio de Moll au début de mon 1er message. Oubli réparé.

Otto Hermann Wilhelm Moll est né le 4 mars 1915 à Hohen Schönberg (Mecklenburg). 
Fils d’ouvrier, il devint après les huit années d’école obligatoire, jardinier. Au sortir de sa formation en horticulture (1929-1932), le jeune diplômé fut embauché dans un établissement horticole local qu’il quitta en décembre 1933 pour intégrer le service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst). Tout juste âgé de 18 ans, Moll y exerça, la fonction de chef de groupe (Truppführer). Le 11 mai 1935, il adhéra à la SS (Numéro 277670), et fut affecté au 5ème Bataillon Tête de Mort "Brandenburg" (Totenkopf Sturmbann). Au sein de cette unité qui à l’époque comptait 273 hommes dont 44 jeunes recrues, il suivit une formation militaire. Au cours de cet entraînement destiné à la surveillance extérieure des camps de concentration, il fut formé à devenir un garde sans toutefois entrer en contact direct avec les détenus.
En novembre 1936, sa demande d’admission définitive à la SS fut acceptée, et Moll fut incorporé au bataillon Tête de Mort "Oranienburg". Comme il jouait du fifre, il intégra l’orchestre du bataillon qui se produisait dans des casernes SS ou dans des lieux publics. Ce fut en rentrant d’un concert en janvier 1937 que le camion transportant les musiciens SS eut un accident de circulation. Moll souffrit d’un grave traumatisme crânien et perdit la vue à l’œil droit (ce qui lui valut plus tard le surnom de "cyclope" parmi les membres des sonderkommandos juifs de Birkenau, à cause de son oeil de verre). Il est probable qu'il ait souffert du syndrome du lobe frontal suite à l'accident. Le syndrome du lobe frontal est une lésion organique qui peut se manifester par un comportement psychotique ou psychopathique. Un abrutissement des sentiments, un esprit d'entreprise exagéré et/ou une désinhibition générale en sont les symptômes habituels. 
Après neuf mois de convalescence, il reprit son service, mais désormais à l’intérieur du camp (kommandantur), car son handicap visuel le rendait inapte au à une carrière militaire.
À la suite de son accident, Moll travailla dans les jardins du camp de Sachsenhausen, loin de l’activité militaire qu’il avait exercée jusqu’alors. Ce nouveau statut put être considéré comme socialement et professionnellement disqualifiant. Et cela dut être difficile à accepter pour cet homme décrit par les médecins SS comme musclé et tonique, d’une stature de 1,72 mètre et pesant environ 80 kg.
En septembre 1939, lorsqu’il fit, sa première demande de mariage auprès du Bureau pour la race et le peuplement (Rasse- und Siedlungshauptamt - RUSHA), les administrateurs SS le jugèrent "moyen". Moll voulait se marier avec Elli Unruh, une jeune femme qui attendait un enfant de lui et qui, depuis août 1939, travaillait comme surveillante au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Étant donné que l’on ne retrouve aucune trace d’un enfant né de cette union, on peut supposer qu’Elli Unruh fit une fausse couche. En octobre 1940, Moll rencontra une nouvelle épreuve lorsque sa femme succomba d’une septicémie.
En février 1941, Moll fit une deuxième demande de mariage qui lui fut accordée par le RUSHA. Transféré à Auschwitz le 2 mai 1941, il fut chargé par le commandant Rudolf Höss de fonder un service agricole. Une fois installé, il se maria avec Dora Hansen née en 1916 et membre du NSDAP. Le couple vivait dans la maison 184 du lotissement SS du camp où naquirent leurs deux enfants. Une fille en décembre 1942, et un garçon un peu plus tard (date inconnue)
Au printemps 1942, Moll fut nommé chef de la compagnie disciplinaire (Strafkompanie). À partir de cette date, de nombreux récits témoignent de la violence régulière de Moll, et de sa cruauté à l’encontre des détenus. Ses exactions provoquèrent même une insurrection ratée de la part des prisonniers de la Strafkonpanie. 50 d’entre eux essayèrent de fuir, 9 réussirent à s’échapper, les autres furent tous abattus. Les 320 prisonniers restant furent aussitôt gazés. 
Après une visite du Reichsführer-SS Heinrich Himmler à Auschwitz-Birkenau en juillet 1942, Moll fut promu au grade de SS-Hauptscharführer. Cette promotion était sans doute due aux compétences particulières de Moll, lequel était déjà à cette époque chef des Sonderkommandos (il supervisait le travail de mise à mort des les bunkers 1 et 2).
Comme dans d’autres camps (notamment les camps de l'Aktion Reinhardt), les cadavres étaient simplement enfouis dans des fosses communes géantes. À l’automne 1942 déjà, cette technique posait problème à Auschwitz parce que les cadavres gonflés remontaient à la surface de la terre, et qu’il émanait d’eux une odeur de décomposition pestilentielle. Moll résolut ce problème avec ingéniosité en développant un système de crémation en fosses ouvertes.
C’est dans le contexte de la mise en œuvre de la Solution Finale à Auschwitz (printemps 1942 à automne 1943) que Moll se fit remarquer par son travail dans les chambres à gaz et les crématoires: en avril 1943, il fut décoré de la Croix du mérite de guerre de première classe avec glaives (Kriegsverdienstkreuz 1. Klasse mit Schwertern), récompensant les soldats pour services exceptionnels. En septembre 1943, pour le récompenser de ses mérites, Moll fut nommé chef du camp annexe de Fürstengrube (à Wesola, à 15km d’Auschwitz), où la IG Farbenindustrie AG exploitait une mine de charbon.
Le 5 mai 1944, Moll fut rappelé au camp de Birkenau en tant que chef suprême des crématoires et responsable de l'incinération des cadavres en plein air, pour mener à bien à l’extermination des juifs hongrois. Après avoir accompli l'action hongroise avec succès (mai-juillet 1944), il fut posté au camp de Gleiwitz I en tant que Lagerführer.
Avec l’avancée de l’Armée rouge et l’évacuation générale du camp d’Auschwitz et de ses camps annexes le 18 janvier 1945, Moll fut transféré à Sachsenhausen puis à Ravensbrück où il organisa la mise à mort des détenus malades par gazage et fusillade. En février 1945, il fut envoyé en Bavière, où il dirigea un camp annexe de Dachau, Kaufering II. Lors de l’évacuation de ce camp, il fut envoyé au Tyrol (Autriche) où, selon plusieurs témoignages, il aurait fusillé 26 prisonniers de guerre soviétiques.
Capturé par l’armée américaine, il fut jugé par un tribunal militaire américain lors du 1er procès de Dachau (novembre-décembre 1945) pour ses exactions durant les marches de la mort. Son rôle dans l'extermination des juifs â Auschwitz ne fut pas abordé durant le procès. Condamné à mort, Il fut pendu le 28 mai 1945 à la prison de Landsberg.

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