bataille de Voreppe

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bataille de Voreppe

Message  kerlouange le Sam 24 Oct 2009, 2:46 am

La bataille de Voreppe [modifier]



Voreppe, monument aux morts





En mai-juin 1940, après avoir envahi les deux-tiers du territoire
français, les avant-gardes allemandes vont tenter de forcer le seuil de
Voreppe à partir du 21 juin, mais elles sont contenues très
énergiquement sur la route qui mène à Grenoble (environ à 12 km des portes de la ville).
Le 15 juin 1940, espérant satisfaire au moindre coût ses
revendications territoriales sur une France submergée par les divisions
allemandes, l'Italie entre en guerre. L’armée des Alpes résiste
victorieusement et l'Artillerie du 14e Corps d'Armée inflige de lourdes pertes aux forces italiennes.
Partout elle leur interdit de déboucher et leur inflige une sévère
défaite : sur un front de quatre cents kilomètres, en deux semaines
d'affrontement, sous un temps parfois "hivernal", les vingt-quatre
divisions italiennes de premier échelon et les huit divisions de
soutien engagées dans l'attaque des positions de défenses françaises
sont stoppées par les destructions opérées en avant de la position de
résistance et par la mise en œuvre d'un système de défense cohérent,
appuyé par de puissants feux d'artillerie.
Malgré une écrasante supériorité numérique, l'offensive italienne
échouera ; les positions de résistance française ne seront franchies en
aucun point du front ; les pertes italiennes seront estimées à 20 000
hommes dont 10 000 prisonniers et de nombreux matériels détruits.
Pour prendre l’armée des Alpes à revers, les divisions motorisées et blindées allemandes du 16e
Corps occupent Lyon déclarée ville ouverte (par décision
gouvernementale, sur la demande d'Edouard Herriot, maire de Lyon) dont
les 10 ponts sont restés intacts, le 18 juin.
La première ligne de résistance de l’armée des Alpes, établie sur le
Rhône entre Lyon et la Suisse, est alors impossible à tenir, et donc
rapidement enfoncée par les troupes allemandes. Plusieurs unités de
défense de la position abandonnée ne disposant pas de moyens de
transports organiques, ne peuvent être évacuées et seront faits
prisonniers.
Des milliers d'hommes, de nombreux matériels, armements, parcs et
dépôts seront ainsi perdus. Le 20 juin, le haut commandement allemand
communique son intention de faire jonction avec les Italiens à Chambéry
et de s'emparer de Grenoble.
Une deuxième ligne de résistance française est donc à créer de toute
pièce sur l'Isère, la défense en est confiée au Général Cartier. On
décide de tirer profit du rétrécissement naturel de la vallée de
l'Isère au niveau précisément, de ce que les géographes appellent le
seuil de Voreppe.
Le Général René Olry Commandant de l’armée des Alpes excluant tout
prélèvement d'effectifs et de matériels sur le front des Alpes, il faut
donc récupérer tous les moyens possibles pour étayer le Groupement du
Général Georges Cartier. On réussit à rassembler une vingtaine de
bataillons avec des éléments épars de dépôts (coloniaux, aviateurs,
marins...) de réservistes et d'éléments rescapés des combats du
Nord-Est ; la marine de Toulon fournit des batteries de marine... Une
petite armée improvisée d'environ 30 000 hommes est ainsi réunie en une
semaine, il faut y rajouter environ 130 canons. Tout cela forme un
ensemble fort disparate à valeur militaire incertaine et sans grande
cohésion, bien peu capable d'affronter l'assaut d'une armée allemande
aguerrie et disposant d'un matériel puissant.
Le IIème bataillon du 104e Régiment
d'Artillerie Lourde Automobile peut se détacher du lot. Composé des
restes des Ier et IIème groupes du régiment qui a été décimé au cours
de la retraite des Flandres, il avait ramené ses pièces au travers des
colonnes ennemies jusqu'à Dunkerque où il allait les détruire sur
ordre. Poursuivant sa retraite, il s'était embarqué et avait gagné
l'Angleterre pour être redébarqué à Brest. Traversant la France jusqu'à
Lyon où il reçoit de nouvelles pièces de 105 long modèle 1936 Schneider
(portée 17 500 mètres)
destinées à l'armée roumaine (mais ces canons qui viennent d’être
évacués du Creusot afin d'éviter qu'ils ne soient pris par les
Allemands, sont nus, sans appareils de pointage ni accessoires, aucune
munitions ne les accompagnent), il est réduit à 14 officiers et 175
hommes ayant déjà subis l'épreuve du feu.
A Valence il reçoit des canons de 155 GPF (canons de 155 mm à grande puissance Filloux, tracté par automobile, portée de 19 200 mètres)
récupérés sur les quais de Toulon. Le Général Olry met alors ce groupe
aux ordres du XIVème Corps mais, redoutant la rupture du front de
l'Isère, il l'affecte à la défense des cols alpestres à quelques 80 km de Grenoble, sur la prochaine ligne de défense programmée.
Le 22 juin au matin, une colonne de 150 chars de la 3e division de panzers, suivie d'éléments de la 7e
division motorisée tente de forcer le seuil de Voreppe. C'est dans
cette situation désespérée que le Général Georges Marchand va s'avérer
l'acteur principal de la défense en exploitant au mieux la topographie
de la trouée de Voreppe pour verrouiller la poche de Grenoble.
Le Général Georges Marchand, premier Général français issu de l’Artillerie, commandait celle-ci au sein du XIVème Corps d’Armée.
Ayant pris connaissance de la déclaration des Allemands disant
qu'ils n'occuperaient que le territoire français conquis par les armes,
le 23 juin, il explique à son supérieur hiérarchique le Général Beynet
Commandant le XIVème Corps d'Armée, la manœuvre qu'il envisage et
recueille son approbation : suppléer par un commando éclair de canons
lourds (ceux du II/104 R.A.L.A.) à l'inexplicable absence de moyens
d'artillerie lourde dont disposait les faibles et disparates unités
chargées de résister à la pénétration allemande dans la cluse de
Voreppe.
Plus tard, il expose à ses officiers cette manœuvre risquée, en
totale dépendance de la valeur des exécutants, de les faire descendre
sur Voreppe pour livrer encore une bataille au moment où l'armistice
allait être conclue. Il les convainc qu'en interdisant à l'ennemi de
mettre pied dans les Alpes, des conséquences importantes seront évitées
dans l'avenir, il recueille l'adhésion enthousiaste de tous les
officiers et la compréhension des hommes rassemblés.
Un travail de préparation intense s'ensuit (reconnaissances des
futures positions des pièces, topographie, liaisons téléphoniques...).
Par une nuit noire et sous une pluie torrentielle, un groupe de canons
lourds tractés, dirigés par le bouillonnant Capitaine Charles-Azaïs de
Vergeron, parcourt 80 kilomètres tous feux éteints par les routes de
montagne en moins de huit heures. À trois heures du matin, le Général
Marchand retrouve le groupe de Vergeron au pont du Drac.
Le II/RALA avait été accueilli quelques instants auparavant par le
Chef d'escadron de réserve Marcel Crozet-Fourneyron (industriel et
beau-frère du Général), de l’état-major de l'Artillerie du XIV Corps
d'Armée, arrivé au pont du Drac juste à temps pour empêcher le Génie de
le faire sauter. Le groupe rejoint alors des emplacements
minutieusement déterminés et profite de la fin de la nuit pour se
mettre en place.
Le 24 juin, le 16e Corps blindé allemand
se déploie devant les troupes françaises bien camouflées. Ignorant la
présence des canons français de longue portée, les blindés de la 3e
Panzer se rassemblent et s’apprêtent à forcer la trouée de Voreppe.
Durant tout l'après-midi les canons français neutralisent toutes les
colonnes de véhicules arrêtés (mitrailleuses, chars, camions), leur
occasionnent des pertes sérieuses et les obligent à faire demi-tour.
Ils prennent aussi à partie neuf batteries de mortiers et de canons
allemands qui tirent sur Voreppe et Grenoble et leur impose de cesser
les tirs. Ils dispersent les rassemblements de chars et incendient un
dépôt de carburant. Un terrain d'aviation au Sud-Est de Moirans qui
grouille d'activités et sur lequel atterrissent déjà les premiers
avions ennemis (12 avions de la Luftwaffe seront détruits), est rendu
hors d'usage.
Jusqu'à la tombée de la nuit, l'Artillerie reste maître du champ de
bataille. Les pertes ont été évaluées à plusieurs centaines de tués
côté allemand contre une dizaine côté français (avec malgré tout de
nombreux blessés). Elle interdit aux Allemands de briser la résistance
de Voreppe avant l'armistice et sauve Grenoble de l'occupation.
Pendant que se déroule cette bataille de Voreppe, le Général Marchand a aussi d'autres préoccupations puisque la 13e
division d'infanterie motorisée allemande vient de franchir le Rhône à
Culoz, elle pousse sur Chambéry de part et d'autre du lac du Bourget et
s'empare d'Aix-les-Bains le 23 juin vers 18 h 00. Des renforts
d'Artillerie du 14e Corps d'Armée sont
alors envoyés durant la nuit pour défendre la trouée de Viviers d'une
part, pour renforcer à l'ouest de Chambéry le dispositif d'infanterie
du Colonel de Bissy, commandant le secteur de Guiers du confluent du
Rhône jusqu'aux Echelles d'autre part, et enfin pour se mettre à la
disposition du Général Cartier sur Chambéry.
Ces troupes arrivent à temps pour bloquer l'infanterie allemande et
matraquer toutes les unités ennemies s'aventurant entre le Rhône et le
lac du Bourget jusqu'à l'entrée en vigueur de l'armistice et du cessez
le feu le 25 juin à 0 h 35.
Dans cette bataille défensive contre le 16e
Corps blindé allemand, l'Artillerie du XIVème Corps d'Armée a joué un
rôle décisif. En disloquant les attaques et les concentrations de
l'adversaire, elle a permis aux fantassins du groupement Cartier de
tenir fermement les positions. D'ailleurs le Général Cartier
complimentera (à sa manière) l'action du Général Marchand en disant :
l'Artillerie est entrée dans la bataille comme un cambrioleur.
Cette phrase surprenante voulait dire de façon imagée que les
Artilleurs, contre toute attente et dans la plus grande discrétion (de
nuit), s'était introduite dans sa zone de responsabilité et l'avait
dépouillé de son unique préoccupation ; c'est-à-dire : arrêter l'ennemi
allemand.
Pour sa clairvoyance, sa préparation minutieuse de la bataille, sa
volonté farouche de vaincre et ses décisions énergiques, le Général
Marchand reçoit la citation suivante des mains du Général Beynet :
« Officier général du plus grand mérite. Alors que le Corps d'Armée,
attaqué à l'Est par les forces italiennes, s'est trouvé menacé sur ses
arrières par des unités blindés allemandes, a su rapidement employer
les unités d'artillerie disponibles. Après des reconnaissances
personnelles, les a engagées dans des conditions telles que leur bon
rendement a très largement contribué au maintient de l'intégrité des
positions de défense assignés au Corps d'Armée. »
Cette citation lui attribue la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.
On dira alors de lui, plus tard, qu'il avait par ces faits d'armes —
génial mélange d'inspiration, de conception et d'exécution, sauvé l'honneur de l'Artillerie française
et que la bataille de Voreppe était digne de figurer en exemple et
d'être cité en exploit dans les anthologies d'artillerie : 26 divisions
italiennes, 3 divisions blindées allemandes ont été tenues en échec. La
Savoie et le Dauphiné sont restés inviolés par les armes.
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Re: bataille de Voreppe

Message  le ronin le Dim 25 Oct 2009, 1:49 pm

Bonjour, et merci pour ce "post" super intéressant . Si les grands donneurs d'ordres de l'époque avaient fait preuves de la même initiative, le sort de la guerre en France à coup sûr eut été changé .En 1940, les allemands ont piétinés en Dauphiné et Isère en se heurtant aussi aux tirailleurs sénégalais.


Amicalement.


Le ronin.


.....Dans la réalité, il n'y a pas de round d'observation....


Semper fidelis.
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